DU TORTOIR
GAEN
HENRI DELESQUES, IMPRIMEUR-ÉDITEUR 34, RUE Demoi.ombe, 34
Extrait du Compte-rendu du LXXVIIl" Congrès archéologique de France,
Tenu en 1911, à Reims.
LE
Étude historique.
A cinq kilomètres environ à l'est de Saint-Gobain, entre deux éperons du plateau couvert par la i'orèt du même nom, s'ouvre un frais vallon dont la direction est perpendiculaire à celle de la route de La Fère à Laon. Au fond, coulent deux rus. L'un, descendant de l'ancienne verrerie de Charles Fontaine (1) et l'autre, des pentes de la Croix-Ceisine, forment, par leur réunion, un clair ruisseau qui s'écoule vers la Serre et s'attarde en étangs successifs.
Dans un de ces étangs, celui de la Papeterie, se mirent les vieux bâtiments si curieux de la ferme du Torloir, qui
(1) C'était, dès le commencement du XVI* siècle, le rendez-vous de chasse de Marie de Luxembourg, dame de Marie et de La Fère, qui le donna, en 1526, à Jean de Brossard, pour y faire revivre le fourneau de verrerie de la forêt de Saint-Gobain, à condition de payer à la donatrice un surcens de 24 livres annuelles et douze douzaines de verres à boire. — Notice sur M. Bernard Arquej', curé de Saint- Nicolas-aux-Bois. Bibl. de Soissons. Fonds Périn, n" 3L')2. La Semaine de Verinaïulois.
dépend de la commune de Saint-Xieolas-aux-Bois. Leurs toits pointus, leurs tines échauguettes. leurs fenêtres aux gracieux meneaux sont bien connus des archéologues. Après tant d'autres, je vais essayer d'en résumer l'histoire, mais sans avoir la prétention d'élucider complètement les questions qui s'y rattachent.
Notre directeur. M. E. Lefèvre-Pontalis, s'étant chargé de la description archéologique des constructions encore existantes, il me suffira d'en esquisser à grands traits un tableau d'ensemble. Que 1 on se représente une cour de ferme carrée, close au nord et à l'occident par des murs. Une porte percée dans 1 angle sud-est y donne l'accès. Deux corps de logis la bordent au midi et au levant. Celui du midi contient une ravissante chapelle, malheureusement coupée par un étage et des cloisons. Ce petit édifice est relié par un bâtiment fort simple, probablement moderne, à une construction plus élevée, |)lus ornementée, percée de belles fenêtres à meneaux et flanquée par une tourelle en encorbellement 1 . Otte partie de la ferme est liabitt-e par le propriétaire, M. le baron de Kerpezdron. Si l'on examine attentivement le plan de la seconde garde de la forêt de Saint-Gobain, dessiné parles arpenteurs Gueule et Lebelle de l'ordonnance de Mgr de Boursonne en 1646 (2), on voit que ce pavillon était laile d'un grand bâtiment qui bordait la cour à l'occident du cùté de l'étang de la Papeterie.
Vis-à-vis. (oniplrtomcnt isolé, se trouvait le second corps de bâtiment. Il ne forme actuellement qu'une vaste pièce utilisée comme grange, flanquée de quatre l'cliauguettes
(1) M. Enlart considère à tort ce bâtiment comme une sorte de donjon. Ce n'était en réalité qu'inie aile du logis seigneurial, comme nous le disons plus loin. Manuel d'archéologie française, p. 19.3.
(2) Ce plan est reproduit par M. Prudlioninie : Les étangs de l'abbaye de Saint-Nicolas-aux-hois. Cf. Bulletin de la Société académique de Laon, t. XXXIV, p. 103.
d'angle et éclairée, à l'est, par deux rangs de huit fenêtres. A l'intérieur de la grange, aucun vestige des dispositions anciennes. Seuls, les manteaux de cheminées superposées sur les pignons indiquent ({ue l'édifice avait un premier étag-e.
Il suffît de jeter les yeux sur les diverses constructions et d'examiner leur ornementation pour les rapporter au milieu du XIV" siècle. Etant donné que nous connaissons leur âge, nous allons chercher comment, en vue de quelle destination et par qui elles furent élevées.
Le vallon de Saint-Nicolas fut habité par les moines dès le commencement du moyen âge. A deux kilomètres au-dessus de l'église de Sainte-Geneviève (1), dont dépendait jadis le Tortoir, vers la fin du XI" siècle, étaient venus s'établir deux ermites cherchant la solitude. Mais la réputation de leur vertu, de leur piété, leur attirèrent bientôt des disciples. Tous ensemble embrassèrent l'état monastique et adoptèrent la règle de saint Benoît. Ils fondèrent labbaye de Saint- Nicolas-aux-Bois (2), qui se dévelopjja rapidement grâce à de nombreuses donations. Vers la même époque, à l'endroit où le ruisseau, débouchant dans la plaine, se perdait dans un vaste marais actuellement desséché en partie, s'installèrent d'autres moines qui construisirent le prieuré de Saint-Lambert (3) .
11 n'y eut jamais aucun rapport entre Saint-Lambert et le Tortoir, tandis que ce dernier domaine devint de bonne
(1) Celle église a été délruilc au XVIII'^ siècle, el la cure réunie à celle de Saint-Nicolas. Elle se trouvait près de la source actuelle de Sainte- Geneviève, à environ 100 mètres au sud de la ferme du Tortoir.
(2) Il ne reste de l'abbaye Saint-Nicolas que de beaux fossés, mie porte monumentale en ruines et le donjon utilisé comme habitation par M. Faure.
(3) Une chapelle servant de grange, les ruines d'une porte sont les seuls vestiges de ce prieuré, qui est un rendez-vous de chasse appartenant au baron Brincard. Il n'est pas certain que les Templiers aient jamais occupé Saint-Lambert; il u'j' a aucune preuve de celle installation.
b LE MANOIR DU TORTOIR
heure une dépendance de 1 abbaye de Saint-Nicolas-aux- Bois. Il resta la propriété des moines jusquà la Révolution, époque à laquelle il fut aliéné comme bien d'église .
Si nous nous trouvons en présence dune annexe de monastère, nous ne pouvons cependant en déduire la destination primitive.
Viollet-le-Duc a cru résoudre le problème. Estimant que la grange présentait une certaine ressemblance avec la salle des malades de Thôpital de Tonnerre, il a conclu de cette vague analogie quelle servait de maladrerie. 11 n'a fait d'ailleurs que répéter MM. Verdier et Cattois (l!. qui n'ont cité aucune preuve à l'appui de leur opinion. Il ne pouvait cependant pas ignorer que ces sortes d'hospices étaient généralement sous le vocable de saint Ladre (saint Lazare) ou sainte Madeleine, dont les noms sont un symbole de souffrance ; mais il s'est bien gardé de nous expliquer pourquoi le Tortoir était sous celui de sainte Geneviève 2 . Il n'a mentionné aucune tradition locale susceptible de justifier une dérogation à un usage constant. 11 a suivi son idée en faisant montre d'infiniment plus d'imagination que de sens critique. Son raisonnement mérite d'être reproduit comme un exemple de parti pris 3' :
« Cette salle de malades, dit-il, était percée de deux « rangs de larges fenêtres disposées de telle façon que celles « du bas éclairaient des cellules de bois semblables à celles « de l'hôpital de Tonnerre, et celles du haut s'ouvraient sur « une galerie à laquelle on montait par un escalier ménagé « dans la travée I (voyez le plan dépourvue do fenêtre. A « Tonnerre, l'intervalle entre chaque cloison est de deux « toises (3™ 95): même espace entre les axes de contreforts « de la salle du Tortoir. En supposant les cloisons des
(1) Archilecitire civile et domestique, t. Il, p. 107.
(2) Charte confirniativc de l'évêque de Laon, Gaultier, datée de 1153 ; « in villa quœ dicitiir Tortoriuni Sanctse Genovefae ». Arch. de l'Aisne.
(3) Dictionnaire raisonné de l'architecture, t. \'l, p. 117.
« cellules de la même prolbncleur que celles de rtiôpital de « Tonnerre, et plaçant sept cloisons dans l'axe de chaque « contrefort, la salle ayant dix mètres de large, il restait six « mètres pour la circulation du côté de l'entrée, en dehors « des cellules, et l'on pouvait placer sept lits dans celles-ci, « l'escalier prenant la place d'une cellule. Or, ce nombre « de sept lits est fréquemment admis dans ces petits établis- « sements de charité. Si nous nous rappelons que les mala- « dreries étaient spécialement réservées aux malheureux « affectés de maladies contagieuses et que des précautions « minutieuses étaient prises, non seulement pour les « séparer des populations, mais aussi pour les isoler entre « eux, nous comprendrons ici cette disposition des cellules « avec fenêtres qui permettaient à ces pauvres gens de voir « la campagne et de se réchauffer aux premiers rayons de « soleil, car ces fenêtres donnaient au levant. Elles étaient « d'ailleurs munies de volets à l'intérieur de manière à « éviter la trop grande chaleur » .
A la première lecture de ce passage, on éprouve une certaine honte à penser combien peu nous nous préoccupons de nos malades en comparaison de ce que l'on faisait pour eux au moyen âge. Nous ne bâtissons plus des salles de vingt-huit mètres de longueur sur dix mètres de largeur pour sept pauvres gens, avec deux rangées de larges fenêtres ornées de lins meneaux pour leur permettre « de voir la campagne et de se réchauffer aux premiers rayons du jour ». Mais quand nous examinons les lieux, nous devenons plus sceptiques. Nous ne comprenons plus ni la reconstitution des cellules, ni celle de la galerie. Si la salle n'a pas été partagée primitivement en deux étages, pourquoi ces grandes cheminées superposées sur les murs de fond ? Où sont les témoins du passage au-dessus des cellules de malades ? L'absurdité de la disposition apparaît, et le bon sens nous force à rejeter une conception aussi fantaisiste.
M . Enlart estime que le Tortoir était le manoir de 1 abbé de Saint-Nicolas (1), M. Choron est d'avis que c'étaitun prieuré (2), et M. R. Duval une maison de filles (3 au XII'' siècle. En l'absence de documents, riiypothèse de M. Flnlart est jusqu'à présent la plus logique. On est obligé de s'y rallier en attendant la découverte de textes historiques précis.
Ce qui est certain, c'est qu'il n'existe au Tortoir aucune construction antérieure à la seconde moitié du XIV* siècle. L'examen des pierres le d(''niontre d'une manière péremptoire, mais il est probable c|ue les bâtiments d(mt les vestiges subsistent en remplacèrent d'autres datant du Xll*" siècle. Le nom de Tortoir apparaît, en eiïet. pour la première fois dans une charte de 1130 de 1 évéque de Barthélémy de Laon qui donne à cens à l'abbé de Saint-Xicolas la « villa Tortorium » et la terre de Rieu moyennant une redevance de trois muids de froment portables en la maison du trésorier de l'f'vèché (4i. Le mot de « villa » indique une ferme.
En 1153. (iauthier l'"" de Saint-Maurice, évéque de Laon. confirme cette donation avec plusieurs autres. Cette charte est particulièrement intéressante à connaître, non pas tant parce qu'elle mentionne qu un certain Gérard s'est donné en aumône à l'abbaye de Saint-Nicolas-aux-Bois avec son épouse, ses fils, ses filles, et tout ce qu'il possédait au Tortoir, mais parce qu'elle nous fournil un renseignement très pn'cieux sur l'appellation des lieux. Les biens dudit Gérard se trouvaient >< in villa qua- dicitur Tortorium sanctœ Genovefœ » et consistaient en maisons, terres labourables,
(1) Manuel (i'archéolofjie française, p. IWA.
(2) Elude snr le Tortoir. dans le Bulletin de lu Soeiété iirchéohujique de l'Aisne. 18(54, t. XNIll. p. 110.
(3) Histoire de l'abbaye bénédictine de Saint-Nicolas-anx-Bois. p. 191. L'auteur a comme seules preuves que plusieurs religieuses figurent au XIII' siècle sur l'obituaire de Saint-Nicolas.
(4) Arch. de l'Aisne, H. 339.
prés, pâtures, eaux, bois, district, justice et moulin (1).
Or Tortoir, Tordoir,Tourtoir,Tortœs, Tortouer, Tourdoir, sont les mêmes mots, que Godefroy traduit improprement dans son dictionnaire par « moulin ».
Je dis improprement, car il existe de nombreux lieux dits « Tordoirs », dans le département de l'Aisne. Je citerai les suivants :
Tordoir •Je), fabrique de sucre, commune d'Abbécourt.
Tordoir (le), maison isolée, communes d'Aubigny, Beaurieux, Chavignon, Tugny et Pont, Vendeuil.
Tordoir [le), ferme, commune de Barisis.
Tordoir [le), maison isolée, commune de Maizy, aujourd'hui détruite.
Tordoir [lé], h. communes d'Happencourt et de Remigny.
Tordoir [le], moulin à huile, commune de Pont-à-Bucy.
Tordoir [le), moulin à eau, commune de Vieil-Arcy.
Tordoir Bleu [le], maison isolée, commune de Manicamp.
Tordoir de Besnie [le), maison isolée, commune de Besny, aujourd'hui d(' truite.
Si quelques-uns de ces Tordoirs peuvent être des moulins, la plupart n'en ont jamais été. Le Tordoir de Saint-Nicolas entre autres, par sa situation même, n'en était certainement pas un, et le titre de 1153, que nous avons mentionné, le prouve, car il distingue très nettement la ferme du moulin de la Papeterie ou de la Papilloterie, qui existe encore de nos jours.
(1) « Manifestanius ctiam quod Gerardus predoniinato seipsuin et uxoreni suani, filios et filias, in eleniosinam dédit et quidquid liabebat iii villa qiuv dicitur Toi'toriuni Sancte Genovefe, iii casa, terra arabili, pratcs, pascuis, agnes, moleiidino, nemoritjus, jiisticia, districlo. Inde testes sunt : Guido, Castellanus, garnerus, filiud Idœ Œlardus de Gonni, Iterus, frater ejus, Hugo de Curval, et frater ejus. » — Charte confirmative de l'évêque Gaultier, citée aux preuves de l'Histoire de l'abbaye bénédictine de Saint-Nicolas-aux-Bois. par M. R. Duval, p. 436.
11 faut entendre par tordoirs des pressoirs à huile (1), et le tortoir de Saint-Nicolas devait être primitivement un pressoir à huile de faîne, en excluant l'idée de prison que Du Gange donne au mot Tortorium (2) qui ne répondrait à rien dans le cas présent (3).
Quoi qu il en soit, en 1260 le Tortoir était encore une ferme. On en trouve la preuve dans un état de comptes présenté à saint Louis par la commune de Crépy-en-I>aonnois à la Saint-Martin de cette année. La commune porte au nombre de ses revenus une somme de quarante sols trois deniers parisis, tant pour la ferme du Tortoir que pour la garde des terres et censés dépendant de l'abbaye sur le territoire de Crépy 4^
Vingt-cinq ans plus tard (1285). une requête de l'abbé de Saint-Nicolas-aux-Bois. Guillaume IL en faveur de son prédécesseur Henri, semble indiquer qu'il y avait des logements à côté des bâtiments dexploitation, car le domaine est donne en usufruit au vieux prieur que ses infirmités avaient obligé à résilier ses fonctions. Lévêque de Laon,
(1) Dans UM litre de 179.3, conservé aux Archives municipales de La Fére, on trouve une demande du propriétaire du tordoir de la Foulonncrie, à l'eftet d'être autorisé à transformer celui-ci en moulin à blé. — Arch. municipales de La Père. Dossier «moulins».
(2) ^'oir Tortorium , Du Cange.
(3) J'avais pensé un instant, en considérant l'association des mots «Tortorium sancta» (jenovefa" 'i, qu'il s'agissait d'un bien d'église, et que tortorium pouvait avoir été mis pour « tortarium », tortcrie. Il se serait agi d'une sous-prébende d'un chanoine tortier « canonicus, tortarius y, mais je ne trouve de chanoine de cette espèce que dans l'église d'Autun.
(4) Extrait de la situation financière des uilles de Picardie sous saint Louis, par M. Ch. Dufour, dans le t. X\' des Mémoires de la Société des Antiquaires de Picardie.
Texte du compte :
« Item débet nobis dictus abbas, quolibet anno lam, pro meso suo di Toi-toi, qunm pro censibus ol carrucis suis et pro custodia terrarum suarum de (>rcspi quadraquita solidos et tris denarios parisines. » — Bibl. nat. Bulletin de la Société archéologique de Soissons, t. XVIII.
Robert, confirme cette donation, en y ajoutant la jouissance de l'étang et du vivier au-dessous du moulin, la concession de diverses autres terres, et Toctroi de prébendes pour lui, son chapelain et trois domestiques (1).
Après cette mention, pendant près de trois siècles, silence complet des textes. Pour combler cette lacune, il faudrait consulter le cartulaire de labbaye de Saint-Nicolas (2), et encore ne serait-on pas sûr d'y trouver des renseignements intéressants, les cartulaires étant des recueils de titres de propriété qui ne mentionnent pas en général les changements apportés aux immeubles. Actuellement, nous en sommes réduits à faire des déductions pour mettre d'accord l'histoire et les pierres.
Nous pouvons tout d'abord préciser la date de construction des parties les plus anciennes du Tortoir: elles peuvent être attribuées au règne de Charles. V. 11 n'y a. pour s'en convaincre, qu'à examiner la chapelle ; on est frappé de ses analogies avec des édifices élevés sous ce roi, Vincennes notamment. Or, nous trouvons précisément qu'à cette époque le siège abbatial était occupé par Richard de Coucy, qui était un haut et puissant seigneur, fils de Guillaume, sire de Coucy; il avait pour frère Enguerrand VI, qui épousa Catherine d'Autriche, fille de l'empereur Léopold. Il était, par conséquent, l'oncle d'Enguerrand VII, un des hommes les plus remarquables de son temps, le premier baron d(! France, l'ami de Charles V, le transformateur du château de Coucy.
Richard devait disposer de fonds considérables. 11 fut élu
(1) Aich. de l'Aisne, H. 339.
(2) Le cartulaire de Saint-Nicolas a élé présenté à la Société académique de Laon il y a environ 25 ans, alors que M. de F"lorival était président de cette société. On ignore depuis ce qu'il est devenu. M. de Florival, retraité à Abbeville, qui est l'auteur de nombreuses études sur le Laonnois, ne se rappelle plus d'ailleurs s'il s'agissait de l'original ou d'ime copie.
f)rieur de Saint-Nicolas-aux-Bois aux environs de 1360. 11 mourut en 1377.
11 y a de fortes présomptions pour croire qu il fut l'auteur de la transformation de la vieille ferme.
Je sais bien que l'on mobjectera que le Laonnois était fort troublé à cette époque. M. Duval nous dit que Richard acheta une maison à Laon en 1377 pour assurer un refuge à ses religieux en cas de besoin Le fait de l'achat est certain, mais il démontre simplement que l'abbaye était à ce moment en pleine prospérité et nullement que les moines vivaient dans un état perpétuel d'anxiété.
1) une manière générale on se fait une idée très fausse de cette époque. Si la guerre continuait, si des actes de brigandage étaient commis sur certains points du territoire. 1 autorité, l'habileté, le prestige d'un roi de santé débile, mais d'intelligence supérieure, donnaient à tous 1 impression de stabilité, avec l'espoir d'une paix prochaine. Aussi les édifices sortaient partout de terre. Le roi. pour sa part, construisait la Bastille. Vincennes, Saint-Germain, Melun. 1 hôtel Saint- Pol, et refaisait presque entièrement le Louvre, après avoir agrandi le palais de la Cité. Ses frères limitaient, tous les grands seigneurs, pleins d admiration pour le souverain qui reconquérait de sa chambre, petit à petit, tout son royaume, ainsi que la dit Froissard. suivaient son exemple. Crécy. la peste de 1349. Poitiers, la Jacquerie, les Grandes Compagnies, tous ces maux, tous ces désastres avaient passé sur la France comme l'ouragan sur la forêt. Quelques vieux arbres étaient tombés, mais ils avaient fait du jour aux jeunes dont la sève avait pris plus de vigueur. Sous la chaude impulsion des princes de Valois, véritables précurseurs des Médicis, il semblait que l'on fût à deux pas de la Renaissance (1). S'il y avait par-ci par-là « de pauvres brigands prêts à piller villes et châteaux - . la prompte répression donnait contiance à
(1) Renan : Discours sur l'art au A'/V*- siècle.
tous, et les ruines se relevaient d'autant plus facilement que l'argent était en abondance, caché dans les bas de laine depuis le règne de Philippe VI. qui l'ut l'époque d'une prospérité sans pareille, comme l'a démontré Siméon Lucc (1).
Il est donc fort probable que Richard de (>oucy fut un grand bâtisseur comme tous ses contemporains, et qu'il fit édifier un logis à côté duquel il mit un refuge, un dortoir pour les hôtes et les voyageurs, et que la grande salle supérieure était affectée à cet usage.
Conserva-t-elle longtemps sa destination ? (]'est peu probable. Si l'abbaye de Saint-Nicolas-aux-Bois échappa aux soldats du duc de Lancastre qui saccagèrent Crépy en 137.3. elle fut livrée aux flammes en 1418, d'après la Gallia Christiana. 11 est logique de croire que les Bourguignons, qui pillèrent à ce moment le riche monastère, mirent à mort plusieurs religieux et nombre de paysans, n'épargnèrent pas le Tortoir. Peut-être la grande salle fut-elle ruinée <à cette époque, ce qui expliquerait pourquoi l'on trouve intérieurement si peu de traces de son aménagement. I^n tout cas, nous voyons l'influence des moines décroître. Ils sont obliges, en 1410, d'octroyer une charte d'affranchissement aux manants du Tortoir, qui peuvent dès lors acquérir des biens (2).
Puis, en 1490, ils afferment leurs terres par i)aux emphytéotiques (3). Nous ne savons s'ils louèrent aussi le domaine; du Tortoir. Ce n'est qu'en 1604 que nous avons la preuve d'un tel contrat. Nous connaissons un bail daté du 10 avril de cette année, par lequel Duplessis, abbé de Saint-Nicolasaux-Bois, loue à Léonard de Béry, pour 80 écus, la censé du
(1) Histoire de Berlrand Du Giicsclin et de son époque. N'oir chapitre : La vie privée au XIV<' siècle.
(2) R. Duval, op. cit., p. 252.
(3) Ibid., p. 257.
Tortoir. Celle-ci comprenait alors : une maison, une salle, une grange, une étable, une cour et des jardins. C'est tout ce que nous apprend ce document officiel. Le bail est cédé successivement, en 1627. au seigneur de Gauville, puis à une demoiselle Leclerc. enfin à un certain Vaduret qui. en 1654, abandonne la ferme après son pillage par les troupes du maréchal de Plessis-Pralin.
A cette époque, la paroisse de Saint-Xicolas était administrée par l'abbé Arquey.morten odeur de sainteté en 1661. Nous savons qu'il percevait la dixme sur le terroir du Tortoir qui comprenait une agglomération de maisons assez importante (1 .
Le dernier bail des moines fut signé le 20 avril 1778 : la dépendance de la mense conventuelle l'ut louée à un certain Jacques Ponthieu. moyennant la redevance de 900 livres d'argent. 6 septiers de blé. 57 d'avoine, mesure de La Fère, et 500 de paille.
Le 2 thermidor an 11. le domaine était vendu, par adjudication publique, devant le notaire de Montlibre, ci-devant Saint-Gobain, à Jean-Etienne Bource, cultivateur, domicilié à Briqueneau. L'acte de vente ne porte que les bâtiments que nous connaissons.
La ferme resta dans la famille Bource jusqu'en 1883, époque à laquelle elle fut achetée par M. Demaison. Elle appartient, depuis le 8 décembre 1911, à M. le baron de Kerpezdron. et ses anciens bâtiments ont été classés, en 1912, au nombre des monuments historiques.
F. DE FoSSA.
(1) Xote xiir l'abbé Anjuey : extrait de la Semaine du Vermandois. IJibl. de Soissons. Fonds l'ériii n" 15152.
Étude archéologique.
[.e manoir du Tortoir, bâti au XIV"' siècle par l'abbaye de Saint-Nicolas-aux-Bois, n'est pas un édifice exceptionnel en France. M. Enlart en a signalé un autre du même type et de la même époque, construit par les abbés de Notre-Dame de Boulogne à Moulin-l'Abbé, près de Wimille (Pas-de-Calais). La seule différence entre les deux plans, c'est que la chapelle de ce dernier édifice est accolée à l'angle nord-ouest de la grande salle. iNotre confrère le compare au manoir que les abbés de Saint-Maur-des-Fossés avaient fait élever au milieu du XllP siècle au Piple, près de Boissy-Saint-Léger et dont la grande salle était bâtie au-dessus d'un cellier (H. Il classe dans le même groupe la commanderie d'Eterpigny (Somme), les manoirs anglais d'Aydon, de Stokesay et celui d'Acton- Burnell, flanqué de quatre tours carrées, qui ressemblait au château de Bicêtre bâti par Jean, due de Berri (2). On pourrait y ajouter le manoir de Saint-Paterne, près de Pont- Sainte-Maxence, dont la salle haute du XIV" siècle est encore intacte, et celui de Xaintrailles. près de Nérac, dessiné par Viollet-le-Duc (3).
Grand bâtiment. — Ce corps de logis, qui borde la cour à 1 orient et qui mesure vingt-huit mètres de longueur sur dix mètres de largeur, se compose de deux vastes salles au rezde-chaussée et au premier étage. Transformé en grange, il était divisé par un plancher dont les trous de poutres sont encore visibles et dont l'existence se déduit de la superposition des deux cheminées adossées aux murs de fond.
(1) Lebeuf (L'ablié) : Histoire de la ville et du diocèse de Paris, éd. Bournon, t. Y, p. 389.
(2) Manuel d'archéologie française, l. II, p. 192 et 193.
(3) Dictionnaire d'architecture, l. Y\, p. 312.
Lli MANOIR DU TORTOIR
Comment M. Verdier (1) et Viollet-le-Duc (2), qui n'ont pas donné la coupe du bâtiment, ont-ils pu supposer que la prétendue maladrerie occupait toute la hauteur de l'édifice. Les deux rangs de fenêtres auraient dû les mettre en garde contre cette erreur, car les baies supérieures ne sont pas des lucarnes comme dans la salle des Preux au château de Coucy. Aucune trace de murs de refend ou des cloisons imaginées par Viollet-le-Due napparaît sur le parement intt'ricur. Ce bâtiment n'est pas fondé sur des caves, et le petit cellier du nord-est fut creusé après coup. On entrait
p. Nouvel, del.
Plan de la salle basse.
dans la salle inférieure par une large porte percée au milieu du mui' occidental.
A l'est s'ouvraient huit fenêtres, aujourd'hui bouchées : les moulures de leur archivolte surbaissée, qui se composent d'un tore, d'un petit cavet, d'un listel et dun grand cavet, se relient à celles des jambages. La troisième baie, en partant du sud, conserve seule son remplage à meneau cruciforme, dont la traverse horizontale porte sur trois colonneltes et
(1) A ichitecliiie ciuile et domestique tni moyen âge et à la Henaissaïue, t. II, p. 107.
(2) Dictionnaire d'architecture, t. \'l. p. 116.
sur trois chapiteaux. Deux arcs trilobés, dont l'écoinçonest ajouré, et deux quatre-feuilles se découpent dans les formes supérieures. C'est un type assez rare de îenestrage qui se rapproclie de celui des baies occidentales de la porte Narbonnaise à Carcassonne, de 1 hôtel de ville de Martel iLot), et d'une maison de Sarlat (1). La cinquième baie fut supprimée et remplacée par une porte charretière quand la salle devint une grange. M. Verdier a eu tort de figurer un mur plein dans lavant-dernière travée (2). A l'ouest, la salle est éclairée par deux fenêtres.
Les deux cheminées de la salle inférieure sont formées d'une hotte rectangulaire peu saillante, carie foyer, encadn^ par un arc de décharge en tiers-point, pénètre dans li'paisseur du mur. Le linteau de la hotte appareillé en crossetles est couronné d'une moulure en larmier, et deux colonneltes, surmontées de chapiteaux à deux rangs de feuillages, sont engagées dans les montants. La ressemblance frappante de ces cheminées avec celle dont j'ai pris la photographie, et qui est encore visible au revers du mur de fond dun grand bâtiment ruiné du XI V"" siècle à l'abbaye de Saint-Nicolas-aux- Bois, également ilanqué de deux tourelles sur tronq)es, prouve que ces deux édifices furent bâtis parle même architecte et par la même équipe d'ouvriers.
La salle du premier étage, chauffée par deux cheminées identiques, communiquait avec les échauguettes nord-est et sud-est, qui ne renferment pasdescalier et qui n'étaient pas recouvertes de flèches de pierre. Les huit fenêtres orientales en tiers-point sont bouchées, mais leur remplage se compose d'un meneau cruciforme. Au-dessus de la traverse, deux arcs trèfles et un quatre-feuilles, encadré dans une petite rose, se découpaient sur le ciel. Une baguette contourne la baie et la doucine du cordon qui descend sur les
(1) \'erdier et CiiUois : Archilertttre civile et domestique, p. 208-209.
(2) IbiiL, p. 109.
LE MANOIR Dl TORTOIR
piédroits, s'amortit en demi-cercle au niveau de lappui. La charpente, refaite à l'époque moderne, n'a |)as la même inclinaison que celle du XIV^ siècle, car elle ne suit pas le bord des rampants des pignons.
p. Nouvel, dcl.
Cheminée de la salle basse.
A l'extérieur, au niveau du premier étage, quatre échauguettes d'angle reposent sur un encorbellement mouluré et sur un contrefort flanqué de deux trompes. Entre ces tourelles, les deux cheminées forment un grand coffre rectan-
E. Lefèvre-Pontalis. phot.
Abbaye de Saint-Nicolas-aux-Bois.
Cheminée du dortoir.
LE MANOIR nu TORTOIH
g-ulaire coupé par quatre larmiers, qui correspondent à des retraits. On pouvait entrer, au sud, dans la salle basse, par une porte aujourd'hui bouchée, dont l'archivolte est surbaissée, et dans la salle haute, par une porte voisine de l'échauguette du sud-est et amortie par un linteau en bâtière. Pour y accéder, il faut supposer l'existence d'un chemin de ronde ou d'une galerie de bois qui s'élevait sur l'emplacement de la porte actuelle de la ferme.
p. Nouvel, del.
Corbeaux du porche.
La façade occidentale de ce bâtiment se compose d'un grand mur plein percé, au centre, d'une porte charretière dont l'arc de décharge se trouve au milieu d'un ressaut de 11™ 60 de longueur. Deux rainures et deux consoles à encoche, ornées d'un masque humain et d'une tète de lion, sont les derniers témoins d'un porche ou auvent de bois (1) dont une sablière venait s'appliquer contre le parement du mur. J'en déduis l'existence d'un vestibule d'où partait l'es-
(1) Viollet-le-Duc s'imagine que ce porche servait d'abri aux chariots qui transportaient les malades. Dictionnaire d'archilecliire. t. VI, p. 117.
LE MANOIH DU TÛRTOIR
calier de bois qui montait au premier étage. A droite s'ouvre une petite porte en tiers-point sous un arc de décharge. Plus haut, on voit deux larges baies dont larchivolte est surbaissée et dépourvue de moulures.
Quelle pouvait être la destination des deux grandes salles, qui nont jamais servi d intîrmerie V J'admettrais volontiers qu'elles devaient être utilisées dans certaines circonstances
P. Nouvel, del.
Plan de la chapelle.
pour loger les liùtes de 1 abbaye de Saint-Nicolas, et que la salle liante était un vaste dortoir.
Chapelle. — C'est un petit édifice rectangulaire parfaitement orienté et divisé en deux travées qui sont voûtées d'ogives. Bâtie à gauche de la porte d'entrée de la cour et séparée du logis abbatial, elle remonte à la première moitié du XIV* siècle, d'après les moulures de ses arcs, le remplage de ses fenêtres et la décoration de ses chapiteaux. Un tore en amande, rehaussé d'un filet saillant et flanqué de deux doucines. se profile sur les doubleaux en tiers-point et
p. Nouvel, del.
Chapelle du Tortoir.
sur les nervures, qui ont la même section. Les formerets toriques en lancette retombent avec les autres arcs sur des faisceaux de cinq ou de trois colonnettes, sur des chapiteaux à deux rangs de feuillages et sur des tailloirs à bec émoussé. Les compartiments des voûtes présentent de faux joints blancs qui se détachent sur un fond ocre, comme dans les tours de la porte de Laon, à Coucy ; un griffon et une tête entourée de feuillages sont sculptés sur les clefs. Un plancher et deux cheminées modernes déshonorent cette chapelle, dont les colonnettes ont été biichées au rez-dechaussée.
Profil des ogives de la chapelle.
Au nord et au sud s'ouvrent deux fenêtres en tiers-point qui ne sont pas percées dans Taxe des travées, et la clef de leur archivolte ne coïncide pas avec celle des formerets. Cette disposition assez rare a permis à l'architecte d'augmenter la largeur du trumeau, épaulé au sud par un contrefort qui a été supprimé du côté nord. Ces baies latérales sont encadrées, à l'intérieur comme au dehors, par une large doucine et par deux colonnettes qui ont conservé leurs chapiteaux à feuillages et leurs tailloirs ronds. Leur remplage se composait d'un meneau central, de deux arcs trétlés et d'une rose à cinq lobes bordés de baguettes. La fenêtre bouchée du
clicvel plat, beaucoup plus large, était recoupée par trois meneaux qui soutenaient des arcs trilobés et une rose à cinq lobes. M. Verdier a commis une erreur en restituant ce remplage dans les autres baies, qui sont plus étroites. A 1 extérieur, on voit encore les claveaux du portail occi-
P. Nouvel, del.
Clef de voûte de la chapelle.
dental en tiers-point, masqué par un bàtinienl moderne Le bandeau, en forme de larmier, qui passe sous les baies, est bûché, mais les contreforts dangle du chevet sont amortis par des rampants d'où sort un pinacle orné dune arcature tréflée concave sur chafjue face, dun g-àble plein et dune petite flèche à crochets et fleuron, .l'y vois la trace dun repentir décoratif, car les contreforts auraient dû se termi-
ner par un couronnement à deux pentes, [.os contreforts, bâtis dans le prolongement de la façade, existent encore, ainsi que les deux pignons en retrait garnis de crochets, qui servent de point d'appui à lancienne charpente du XI V*" siècle.
Logis abbatial. — Au rez-de-chaussée, plafonné et défiguré par des cloisons, on voit de gros corbeaux destinés à porter les anciennes poutres et une cheminée du XIV'' siècle, dont le linteau a été découpé en forme d'arc surbaissé. Les fenêtres sont modernes. La salle du premier étage, qui est devenue une chambre à coucher, est surmontée d'un plafond. Au XI V siècle sa charpente en berceau brisé était apparente, bien que l'escalier à vis qui conduit au grenier semble impliquer l'existence d'un comble, mais les pièces de bois moulurées et les beaux masques qui les supportent n'étaient pas destinés à resler invisibles.
Tous les chevrons portent ferme, mais dans les deux fermes principales l'entrait est rehaussé de deux baguettes et d'un cavet sur les arêtes inférieures, le poinçon octogone ressemble à une colonnette dont la base et le chapiteau seraient moulurés, les aisseliers, fixés sur les arbalétriers, sont garnis d'un tore avec filet central encadré par deux baguettes. Le lien horizontal qui relie les fermes sous les entraits retroussés est taillé suivant le même profil. Il faut signaler la présence d'aisseliers moulurés entre les deux fermes et contre les pignons.
Comme tous les aisseliers étaient posés en encorbellement, ils venaient s'assembler dans une sablière portée par dix corbeaux à encoche. Trois sont encore en place dans le grenier, on y distingue une tête de femme encadrée par une guimpe, une belle figure dhomme aux cheveux bouclés, une tète humaine près des pignons. Dans la chambre du [)remier élage, on retrouve les autres qui furent déplacés et rpii représentent une figure de femme portant la guimpe du
LE MANOIH nu TORTOIR
XIV" siècle. trois tètes à cheveux bouclés, entoure'es de feuillages, une tête barbue et une ligure coiffée dun capuchon. Les deux fenêtres, flanquées de bancs de pierre, conservent un meneau cruciforme, les arcs trétlés et une petite rose dont le quatre-feuilles a disparu. La grande cheminée, dont la
p. Nouvel, (lel.
Chapiteau d'une cheminée du logis.
hotte est peu saillante, se fait remarquer par la moulure en forme de larmier qui couronne le linteau, par les élégants (•haj)ileaux à tètes, à feuillages découpés et à crochets épanouis de ses deux colonnettes. Les bases, <à tore aplati, (h'pourvues de scotie. reposent sur un socle à pans coupés. Au nord, un bâtiment venait s'adosser au logis abbatial.
Manoir du Tortoir.
Logis abbatial.
qui était éclairé à l'orient par une fenêtre dont on voit la trace, malgré les constructions parasites appliquées sur les faces de Test et de l'ouest. Au sud. s'élève l'élégante façade dont le contrefort central, à trois larmiers, est amorti par deux rampants. A l'angle sud-ouest, la tourelle d'escalier repose sur un encorbellement arrondi et orné de cinq tores
p. Nouvol, del.
Fernne de la charpente du logis.
qui s'appuie sur un contrefort. Au niveau du premier étage s'ouvrent les deux fenêtres en tiers-point déjà signalées, dont le cordon torique, à filet saillant, se retourne au niveau do l'imposte. Des crochets se détachent sur les rampants du pignon très aigu.
Entre le logis abbatial et la chapelle s'élève un bâtiment du XVIP siècle que M. Verdier n'aurait pas dû indiquer sur son plan de restitution. Le soubassement à glacis s'accorde
avec les assises de la chapelle, mais plus haut, les lits se décrochent contre cet édifice et le loc^is de labbé. Aucun solin réservé ne correspond, sur le mur est du logis, au pignon occidental de la cliapelle. En outre, on aperçoit, au
p. Nouvel, del.
Corbeau de la salle du logis.
sud. deux corbeaux du XIV" siècle, à tète de lion, relancés dans le mur. Au nord, il faut signaler le même mutif. une tète d'ange, une chimère, une tète de chien et trois masques sur une console qui représentent une tète de moine entre un diable et une figure barbue. Tous ces corbeaux réemployés ont dû correspondre à des fermes de charpente sem-
p. Nouvel, del.
Corbeaux de la salle du logis.
LE MAiNOIH DU TORTOIR
blables à celles que j'ai décrites. Enfin, les fenêtres de cette construction sontdépourvuesde tout caractère archéologique. La restauration du manoir du Tortoir est une œuvre très délicate que M. le baron de Kerpezdron se propose d'entreprendre peu à peu, en commençant par faire démolir le
p. Nouvel, del.
Corbeau extérieur.
plancher et les cheminées qui déshonorent la chapelle. Confiée aux soins éclairés de notre confrère M. Ventre, architecte des Monuments historiques, elle fera grand honneur à son talent et donnera toute satisfaction aux archéologues.
E. LEFÈVnE-PoNTALIS.
Caen. — Imprimerie H. Delesques, rue Demolombe, 3-t.
L'EGLISE
DE
CHAUDARDES