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RUE DE RENNES

L'ÉGLISE DE TAVERNY

Eugène LEFÈVRE-PONTALIS

niRRCTEUR DE LA SOCIÉTÉ FRANÇAISE D 'ABCHÉOLOGI E

PROFESSEUR A l'École des chartes

MEMBRE DE LA COMMISSION DES MONUMENTS HISTORIQUES

PAIUS

SOCIÉTÉ GÉNÉKALE D'IMPRIMERIE ET DÉDITION

71, HUE nE RENXES. 71

L'ÉGLISE DE TAVERNY

Le bourg de Taverny^ qui a la même origine romaine que la ville de Saverne, est déjà mentionné dans un diplôme de 754 (1). Son église romane était voisine de la grande rue, mais au début du xiii® siècle la famille de Montmorency en fit construire une autre à mi-côte, au pied de la forêt, dans le voisinage immédiat de son château seigneurial dont il ne reste plus que les caves au nord-est du chevet. L'édifice devait être terminé vers 1237, date du testament de Bouchard de Montmorency qui légua dix livres pour les vitraux (2). Au xv® siècle, les fenêtres hautes de la nef et du croisillon nord furent remaniées et un clocher de bois s'éleva sur le croisillon sud dont le pignon fut remonté. En 1837, douze baies supérieures étaient aveuglées et le monument menaçait ruine quand il fut classé en 1842. L'architecte Garrey retira les étrésillons dans la nef en 1843 pour les remplacer par des tirants de fer. La restauration, commencée par M. Ouradou et terminée par M. Simil en 1886, entraîna la reprise en sous-œuvre de deux colonnes de la nef, la réfection de la porte, de la claire- voie et du pignon de la

(1) Mabillon. De re diplomalica, p. 493.

(2) Ecclesie Béate Marie de Taberniaco ad fabricam decem libras ad vitreas... Actum anno Domini MCGXXXVII, mense junio. Cf. Dubois (Gérard), Hisloria ecclesiœ parisiensis, t. II, p. 332.

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façade, du réseau flamboyant de huit fenêtres et de la rose méridionale ainsi que la reconstruction du pignon et de la chapelle du croisUlon nord.

Echelle : 0,003 p. m.

A. Ventre, del.

Plan de l'église de Taverny.

EGLISE DE TAVERNY O

Nef. — Le plan de l'église comprend une nef de quatre travées, deux bas-côtés, un large transept flanqué de deux chapelles polygonales et une abside à sept pans coupés. La nef est voûtée d'ogives, mais la moitié de la première et de la troisième voûte ainsi que toute la seconde ont été refaites au début du xix^ siècle avec les chapiteaux moulurés supérievirs. Une gorge entre deux baguettes et deux

Ogives des bas-côtés et de la nef.

tores se profile, comme dans les cathédrales de Chartres et de Soissons, sur les anciennes nervures séparées par des doubleaux en tiers-point. Parmi les six colonnes de la nef, couronnées de chapiteaux à crochets et de tailloirs octogones d'un style plus avancé du côté sud, il faut signaler la seconde, au midi, qui fut remplacée au xiv^ siècle, comme le prouvent les feuillages de son chapiteau et le profil de sa base. Au sud, la dernière colonne du xiii^ siècle a seule conservé sa base à tore aplati ornée de griffes. Entre les grandes arcades en tiers-point, moulurées de trois boudins, trois colonnettes reçoivent les ogives et les doubleaux. Contre les piles du transept les colonnettes des formerets et des fenêtres primitives sont encore visibles, comme dans la première travée.

Le triforium recouvert de dalles qui contourne toute l'église se compose de petites arcades en tiers-point qui

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retombent sur des colonnettes monolithes^ comme dans la plupart des églises gothiques de l'Ile-de-France^ mais

E. Lefèvre-Pontalis, phot.

Chapiteau de la nef.

au revers de la façade^ cette petite galerie^ voûtée par des berceaux transversaux^ se transforme en claire-voie d'iXn type très précoce^ comme au chevet de l'église de Brie- Comte-Robert. Au sud, plusieurs chapiteaux du triforium ont été refaits au xv^ siècle quand on transforma les baies supérieures dont les deux meneaux, les arcs trèfles, les soufflets et les mouchettes ont été remplacés à l'époque moderne, sauf dans les deux dernières travées du nord. A l'ouest, deux baies en tiers-point, moulurées d'une gorge continue, s'ouvrent sous la claire-voie surmontée d'un triplet et d'un grand formeret primitif en tiers-point.

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Les bas-côtés, voûtés d'ogives toriques en amande avec doubleaux en tiers-point intermédiaires^ conservent leurs faisceaux de trois colonnes et au nord leurs baies en tierspoint, mais les fenêtres du collatéral sud sont modernes.

E. Lefèvre-Poiitalis, phot.

Claire-voie occidentale.

Au xviii^ siècle, les formerets furent buchés, sauf à l'ouest, comme Tarcature en tiers-point dont les colonnettes sont amorties par des chapiteaux de plâtre, mais au revers de la façade deux arcades aveugles ornées d'un tore sont des témoins de la disposition primitive. Il faut signaler dans le bas-côté nord, près du transept, trois chapiteaux de la Renaissance.

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Transept. — La croisée^ dont les piles en forme de losange sont flanquées de quatre colonnes et de seize colonnettes, est voûtée d'ogives dont la gorge se profile entre deux baguettes et deux boudins : la clef percée d'un trou est cerclée de feuillages. Les quatre doubleaux en tierspoint où les bandeaux alternent avec quatre tores retombent sur des chapiteaux à crochets et sur des tailloirs carrés : la scotie des bases à tore aplati est remplie de pointes de diamant.

Le croisillon nord est très saillant ; ses deux voûtes d'ogives conservent leurs formerets toriques en plein cintre dont les colonnettes se terminent plus haut que celles des nervures et des doubleaux. A l'est, s'ouvre une chapelle à cinq pans dont les six branches d'ogives retombent sur des tailloirs en pointe et sur des chapiteaux à crochets. Au-dessus de cinq arcades aveugles toutes neuves s'ouvrent trois fenêtres en tiers-point à gorge continue qui ont été complètement restaurées comme les parements des murs. Le triforium passe sous les deux fenêtres orientales du xv^ siècle (1) et sous les deux baies occidentales du xiii® siècle à gorge continue, mais au nord il est remplacé par une coursière qui passe entre les deux triplets à gorge continue et sous un grand formeret en plein cintre très saillant. Au niveau du sol, une arcature en tiers-point, encore intacte à l'est, fut refaite au xiv^ siècle au nord et à l'ouest, comme le prouvent le profil de l'archivolte et la base des colonnettes. Les fenêtres basses, au nombre de deux sur chaque face, s'ouvrent entre deux colonnettes et deux gorges continues bordées de baguettes qui se rejoignent au bas du glacis. Cette mouluration dont les fenêtres des chapelles rayonnantes de la cathédrale de Bayeux et du chevet plat de Lhuys (Aisne) offrent d'autres exemples est appliquée sur les piles centrales du transept de Triel.

(1) Une gorge verticale primitive est encore visible sur le jambage d'une de ces fenêtres divisées au xiii« siècle par un seul meneau.

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Le croisillon méridional^ dévié vers le sud-ouest, est moins profond que l'autre parce que ses fondations sont établies sur une terrasse ; ses deux travées de largeur inégale conservent leurs voûtes d'ogives du xiii^ siècle, leurs clefs à feuillages, leurs formerets en plein cintre dans la première travée et en tiers-point dans la seconde.

E. Chauliat, del.

Chapiteau de la chapelle sud.

La chapelle orientée, dont les six ogives piriformes du XVI® siècle rayonnent autour d'une clef pendante, est encadrée par un arc à deux boudins qui retombe sur deux colonnes et deux beaux chapiteaux gothiques garnis de feuillages et de fruits d'arum. Trois baies en tiers-point s'ouvrent dans les pans coupés dépourvus d'arcature comme les autres murs du croisillon. A l'est et à l'ouest, une fenêtre en tiers-point s'ouvre sous le triforium dont les arcades

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E. Chauliat, del.

Chapiteaux des fenêtres de l'abside.

E. Lefèvre-Pontalis, phot.

Église de Taverny.

Façade.

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au nombre de quatre dans la première travée se réduisent à deux dans la seconde. Plus haut^ la première travée est éclairée par deux baies en tiers-point du xiii® siècle recoupées par deux arcs brisés et un oculus. comme à Moret ; des gorges continues se profilent sur leurs piédroits et sur leur meneau central. Dans la seconde travée, plus étroite, s'ouvrent des baies simples. Au-dessus de la porte du fond une rose à seize rayons, dont le réseau flamboyant est moderne, s'encadre dans une baie en tiers-point du xv® siècle percée au niveau d'une coursière et surmontée d'un formeret à moulures piriformes, mais à droite une courte colonnette du xiii^ siècle devait recevoir l'archivolte de la rose primitive.

Chevet. — L'abside à sept pans qu'on peut comparer à celles de Saint- Jacques de Compiègne, de Braine et de Saint-Léger de Soissons est voûtée par huit nervures en amande qui retombent sur une colonnette surmontée d'un chapiteau à crochets et d'un tailloir pointu ; il faut noter l'absence de formerets. Le triforium est du même type que celui de la nef. Les cinq fenêtres basses en tierspoint, flanquées de deux colonnettes, se distinguent par l'élégance des feuillages de leurs chapiteaux et la finesse des moulures de leurs tailloirs. Autour des sept baies supérieures on voit deux gorges continues entre deux baguettes.

Extérieur. — La façade, beaucoup trop restaurée, est épaulée par quatre contreforts à larmiers. Le portail en tiers-point se compose de six colonnettes neuves séparées par un rang de fleurs à quatre pétales, d'un tympan moderne orné d'un quatre-feuilles et de trèfles pleins et d'une archivolte garnie de deux boudins, de chevrons et de fleurettes. Au-dessus s'ouvrent deux fenêtres en tierspoint entre deux colonnettes, les six arcades de la clairevoie qui portent une coursière extérieure et un triplet

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encadré par un arc de décharge. L'une des baies latérales, dans l'axe du bas-côté nord, conserve son boudin et son cordon de feuillages qui retombe sur deux têtes, suivant une disposition adoptée dans la plupart des fenêtres de l'église. Le pignon moderne, ajouré par trois oculi, avait

E. Chauliat, del.

Poinçon moisé de la croisée.

été refait au xv^ siècle en même temps que la charpente à peu près intacte sur la croisée et sur l'abside. Le poinçon central du transept, flanqué de quatre moises pendantes, soulage la portée de deux poutres diagonales et la croupe conserve ses enravures assemblées dans les chevrons.

E. Lcfrvrc-Poiii.-iIis, phot.

Église de Taverny.

Portail du croisillon sud.

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Au nord^ l'élévation latérale offre peu d'intérêt. En effet, les arcs-boutants ajourés par un oculus dans leur écoinçon furent refaits au xviii^ siècle, tandis que ceux du sud avaient été remplacés au xv^ siècle, comme le prouvent les pinacles des culées et les têtes sous les gargouilles brisées : la saillie de deux éperons fut augmentée. Les fenêtres basses, remaniées au nord, sont modernes au sud, comme le petit portail de la seconde travée qui devait exister au xiii^ siècle. Une coursière permet de circuler au niveau des fenêtres hautes dont les réseaux du xv^ siècle ont été renouvelés à l'époque moderne, sauf dans les deux dernières travées du nord. A l'angle de la nef et du croisillon sud, on voit deux colonnettes engagées du XIII® siècle ; ce sont les témoins d'une fenêtre haute primitive.

Les baies du xiii® siècle du croisillon nord, ornées d'une gorge continue, sont flanquées de colonnettes au nord et à l'est : un cordon de damiers qui s'appuie sur des têtes décore plusieurs archivoltes. Le triplet supérieur du mur de fond a été refait en même temps que les deux tourelles octogones qui encadrent le pignon neuf ; c'est une restauration très médiocre. Le parement, les contreforts, les fenêtres de la chapelle ainsi que la corniche et les gargouilles sont modernes. Le croisillon sud est plus intéressant. La porte dite du roi Jean, tombé malade au château de Taverny en 1335 (1), s'ouvre entre six colonnettes séparées par des petits fûts : leurs chapiteaux à feuillages couronnés de tailloirs carrés, sont bien refouillés. Le trumeau, formé d'un pilastre, porte deux linteaux et un tympan ajouré par une petite rose à six lobes et par deux quatre-feuilles : c'est un des plus anciens exemples de cette disposition qui fut adoptée dans les portes de la façade à la cathédrale de Reims. Sur l'archivolte en tiers-point gye déroule un

(1) Chronique de Guillaume de Nangis. Édition Géraud, t. II, p. I4G.

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rinceau de feuilles de vigne, de feuillages et de fruits d'arum entre deux boudins. Un cordon de feuilles qui alternent avec des fruits d'arum, passe sous la rose flamboyante restaurée.

Au xv^ siècle, on remania également le sommet des contreforts amortis par des gables à crochets de mauve frisée et on remonta le pignon flanqué de deux pinacles et percé de deux baies tréflées dont le cordon retombe sur deux marmousets ; des crochets refouillés et des chimères se détachent sur ses rampants. Il faut encore attribuer au XV® siècle le clocher de bois recouvert d'abat-sons en ardoise qui domine la première travée du croisillon sud. C'est un befîroi dont la flèche de charpente à huit pans s'élève entre quatre clochetons triangulaires ; quelques crochets de plomb permettent seuls de le dater de cette époque. A l'est, la chapelle à pans coupés, dépourvue de contreforts, est percée de trois fenêtres à gorge continue, comme les deux baies supérieures dont le cordon de feuillages retombe sur deux têtes. On voit plus haut un témoin de la corniche garnie de feuilles bien découpées.

L'abside, épaulée par six contreforts àlarmier,est ajourée par cinq fenêtres basses flanquées de deux colonnettes : leur archivolte est moulurée comme leur cordon. Une gorge continue se profile autour des baies supérieures dont l'appui se trouve au niveau du chemin de ronde qui traverse les contreforts. La corniche a disparu, mais les gargouilles qui représentent des chimères efflanquées sont posées sur un petit personnage en encorbellement.

Mobilier. — Le retable du maîtie-autel, qui masque une piscine de la Renaissance, fut donné à l'église par le connétable Anne de Montmorency sous le règne de Henri II, comme le prouvent les alérions, les H et les C entrelacés et les trois croissants. Ses deux portes latérales, flanquées de colonnes cannelées et amorties par un fronton curvi-

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