L EGLISE DE CERNY-EN-LAONNOIS
baies en plein cintre, qui ont été agrandies, se trouvaient percées dans les murs. A l'ouest, un porche voûté d'arêtes, encadré par quatre arcades et surmonté d'un clocher, fait saillie sur la façade, comme à Morienval.
Au premier étage, la tribune du narthex, surmontée d'un plafond de bois, éclairée au nord et au sud par deux oculi remaniés, était ajourée par deux arcades qui s'ouvraient sur la nef. La pile intermédiaire, qui correspond à celle du rezde-chaussée, est ornée d'entrelacs à l'imposte; on a incrusté dans la cloison moderne des têtes et un tailloir provenant d'un chapiteau de la nef. La tribune communiquait avec le premier étage du cloclier voûté en berceau.
A quelle époque faut-il attribuer la construction du narthex qui est certainement antérieur à la nef, comme le prouvent le défaut de liaison de ses murs avec ceux des bascôtés et le relancement des colonnes jumelles occidentales de la première travée de la nef? M. Edouard Fleury ne craignait pas de faire remonter les murs latéraux de l'église au VI'' siècle, mais le narthex me semble plutôt une œuvre de la seconde moitié du XI" siècle, en l'aison du caractère archaï(|ue de son architecture qui contraste avec celle des autres parties du monument.
La nef, qui se divise en cinq travt'cs. ne fut jamais voûtée, mais la portée des fermes de la charpente est soulagée, au droit de la troisième et de la quatrième pile du nord et du sud, par deux arcs-diaphragmes à profil carré qui retombent sur des colonnes jumelles en saillie sur les dosserets. Cette curieuse disposition, qui fut tout d'abord appliquée dans les basiliques syriennes, puis dans les églises lombardes, se retrouvait en Normandie dans les églises romanes de Saint- Vigor-le-Grand, de Gerisy-la-Forêt (1), de Saint-Georges
(1) M. André Rheiii a donné une liste à peu près complète des églises qui ont possédé ou qui possèdent encore des arcs-diaphragmes. Cf. L'église abbatiale de Cerisy-la-Forêt, dans le Congrès archéologique de Cuen. 1908, notes des p. 500 et 556.
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de Boscherville. Elle persiste encore à l'époque gothique à Lamourguier de Narbonne, à Laroque d'Olmes (Ariège), dans plusieurs églises du Roussillon et de la Catalogne. L'église de Presles, près de Laon, si bien étudiée par M. Broche, qui l'attribue au XP siècle, conserve encore deux pilastres destinés à soutenir un arc-diaphragme en avant de la dernière travée de la nef. A Villers-Saint-Paul. près de Creil. on voit une disposition du même genre.
Les piles, dont le plan est anormal, se composent d'un massif carré flanqué à l'est et à l'ouest de deux colonnes accouplées, mais l'architecte a donné plus de saillie à celles qui correspondent aux grands arcs-diaphragmes, afin de faire reposer sur un p)ilastre les deux colonnes jumelles qui les soutiennent. Dans la neî des cathédrales d'Angoulème. de Xorwich et de Rochesler. de l'abbatiale de Fontevrault, de l'église de Saint-Pierre de Rèdes Hérault', dans le bascôté double de La Madeleine de Chàteaudun. dans le transept des églises de Chivy et de Trucy Aisne), des abbatiales de Lonlay (Orne) et de La Trinité de Caen, dans la travée droite du chœur de la cathédrale de Lescar et dans plusieurs autres édifices cités parnotre confrère M. Knlart fl), les constructeurs ont également appliqué deux colonnes sur un large dosseret, mais le plan des piles de (lerny n'est pas le môme que celui de tous ces supports. Je n'en connais aucun autre exemple.
Les bases des piliers sont L'uluiiics sous It; dallage, mais celles des colonnes jumelles qui soutiennent les grands arcsdiaphragmes sont cerclées d'une scotie entre deux tores. Les grandes arcades en plein cintre sont dépourvues de moulures. Les fenêtres, de la même forme, qui s'ouvraient dans Taxe de cha(|ue travée sont aujourd iuii bouchées, mais on en voit la trace.
(1) Manuel d archéologie française. Architecture religieuse, t. I, p. 324, note 2.
Restitution.
E. Cbauliat, del.
Plan de l'ég-lise de Gerny.
E. Chauliat, del.
Église de Gerny Coupe sur le narthex.
E. Chauliat. del.
Église de Gerny. Perspective de la nef.
l'église de CEhNY-EiV-LAONi\OIS
l.es chapiteaux, maladroitement grattés en 18G2, quand l'église fut l'objet de réparations urgentes, se continuent sur la partie droite des piles, comme à Llrcel. La plupart sont ornés de palmcttes variées qui ressemblent à des branches de laurier: quelques-uns sont garnis de têtes accouplées. Les volutes d'angle sont remplacées par de grandes feuilles imbriquées e( lancéolées, qui renferment une feuille plus petite surmontée d'un petit cube : plusieurs astragales se composent d'une torsade. J'avais vainement cherché dans mes notes et dans mes souvenirs des chapiteaux du même type, à titre de comparaison, car leur ornementation se distingue de tous les motifs en usage dans le Laonnois et le Soissonnais, quand j'ai eu la bonne inspiration de communiquer les dessins des chapiteaux de (>erny à notre savant confrère M. de Trucliis. 11 a bien voulu m'envoyer les ])hotographies de trois chapiteaux découverts par M. Henry (]orol dans les ruin(^s de l'église du Puys-d'Orbe, entre Chàtillon-sur-Seine et Dijon, c'està-dire dans une région oii les influences lombardes ont été prépondérantes au XI" siècle. On retrouve sur leur corbeille ces feuilles de laurier attachées à une tige verticale qui décorent les chapiteaux de Cerny (1).
ÏjQh larges tailloirs qui contournent les piliers ne sont pas biseautés, suivant Tusage, mais leur prolil carré ressemble à celui d'un bandeau, comme au Puys-d'Oi-be et sur plusieurs chapiteaux d'origine cypriote (2). Leur caractère commun, c'est que les rinceaux, formés d'une tige qui serpente entre des palmettes, les branches de laurier et les autres motifs sculptés au fond d'une cuvette rectangulaire sont bordés
(1) Un des chapiteaux du portail de l'église de Chambon (Cher) est garni de plusieurs rangs de l'euilles de lam-ier juxtaposées.
(2) Perrot et Chipiez : Histoire de l'art dans l'antiquité, t. III, p. 116 et 118.
L EGLISE DE CERNY-EN-LAONNÔIï
(1 un tilet. Qiicl(|ue^ tailloirs méritent d'attirer l'attention. Ainsi ceux qui st- trouvent sous les grands arcs-diaphragmes sont ornés d entrelacs et peuvent être comparés à ceux des pilastres carolingiens de l'église de Gravant, près de Chinon. Sur la quatrième pile du nord, deux lions affrontés, en
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E. Chauliat, del.
Chapiteaux de la nef.
demi-reliel". évoquent le souvenir des animaux variés qui décorent les tailloirs de Saint-\ ital de Ravenne. de Saint- Laurent de Grenoble (Ij. des chapiteaux du Puys-d'Orbe.des
(1) .Marcel IleN-niond: La chapelle Suinl-Laiirent de Grenoble, dans le Bulletin urchéoloyiqne. 1893, p. 8.
E. Chauliat, del.
Chapiteaux du Puys-d'Orbe.
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L i:glise de CERNY-EN-LAONNOTS !>
coriiiciies iM'einjjloyées à la hase du clocher de Sainl-dcrniain dWuxeiTc et au sommet de la tour de Saint-Kestitut (1).
Enfin, on remarque sur certains tailloirs des tleurs à quatre et à huit pétales dont je voudrais rechercher les lointaines origines. Ce motif dérive de quatre feuilles de laurier
Ornements des tailloirs.
assemblées en diagonale dans un carré. On le voit apparaître à la fin du IV*^ siècle avec des rosaces sur deux panneaux de pierre conservés au musée de Tébessa (2). L'autel dit de saint Montan, à Orléansville, qu'on peut attribuer au Vil" siècle, en fournit un autre exemple très ancien (3). Le même motif se répète sur les chapiteaux du Puys-d'Orbe et sur le tympan du portail roman de Beaumais (Calvados), qui présente de curieuses variétés de rosaces à quatre et à huit pétales inscrites dans un carré, alternant avec des étoiles gravées en creux. Le rinceau qui décore le linteau ressemble beaucoup à ceux qui se déroulent sur les tailloirs de Cerny. A Cerny, les pétales se multiplient déjà d'une manière très précoce, car les ornements du même genre visibles sur l'archivolte du portail de Bellegarde (Loiret) et sur la corniche de la
(1) Emile Bomiet : Les bas-reliefs de la tour de Saint- Restitut, dans le Congrès archéologique d'Avignon, 1909, p. 251, fig. 9 à 17, 31, 32 et 33.
(2) Le panneau dont je donne la photographie provient d'Aïn-Zoui ; l'autre est dessiné dans Gsell : Musée de Tébessa, p. 52, fig. 4. Des rosaces du même genre décorent le tombeau de l'évêque Boétius (■{■604). conservé à Venasque. Cf. Congrès archéologique d Avignon, 1909, t. I, p. 282.
(3) Cf. Cattaneo : L'architecture en Italie du V' au XI'^ siècle, p. 82 et 137.
lÔ LÉGLÎSE DE CERNV-EN-LAONNOlS
tour de Saint-Restitut (Drômo furent sculi)tés à une époque beaucoup plus avancée du XII' siècle (i). Au XII^ siècle,
Plaque du Musée de Tébessa.
les fleurs à plusieurs pétales se détachent sur les cordons
(\) Les plus éléganlcs fleurs à quatre i)élales tiu XII"^ siècle se délachenl sur les colonnes des portails romans des cathédrales de Chartres, du Mans et de Bourges.
Eglise de Gerny.
Chapiteaux de la nef.
E. Chauliat, del.
F.. Chauliat, del.
Eg-lise de Gerny.
Chapiteaux de la nef.
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E. Chauliat, del.
Eglise de Gerny.
Chapiteaux sous les arcs-diaphragmes.
Église de Gerny.
Chapiteaux des arcatures du chœur.
E. Chauliat, del
Église de Gerny.
Chapiteaux des arcatures du chœur.
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l'église de cerny-en-laonnois 11
d'archivolles ou sur le soubass(uiienl, des portails, comme à la cathédrale de Noyou et à Saiiil-Jeau-des-Vig-nes de Soissons, mais les pétales s'arrondissent à leur extrémité et le bouton central est de plus en plus accusé.
Les sculpteurs envoyés à Cerny par les moines bénédictins de Saint-Jean de Laon étaient imbus de traditions préromanes et ils sont restés élrangers à toute influence locale. Malgré l'apparence archaïque des chapileaux. le relief de leurs feuillages et le caractère des rinceaux de leurs tailloirs indiquent une période plus avancée que celle où furent taillés les chapiteaux de la nef de Morienval, de Chivy en Laonnois et d'Oulchy-le-Château, ornés de palmettes. d'étoiles, d'animaux gravés en creux qui semblent sortis du même atelier et qui portent l'empreinte d'un art très grossier. Il faut en conclure que la série des curieux chapiteaux de Cerny n'est pas antérieure au commencement du XII" siècle. D'ailleurs, les chapiteaux et les tailloirs ne se retournaient jamais sur la partie droite des piles à deux colonnes, c'est-à-dire vis-à-vis de la nef et des bas-côtés, dans les églises du XP siècle encore intactes autour de Laon.
Les bas-côtés plafonnés conservent chacun quatre arcsdiaphragmes, dont les claveaux nus retombent sur des pilastres engagés dans les murs extérieurs et sur des tailloirs en biseau. Ces doubleaux isolés, que jai déjà eu Toccasiou de signaler dans les collatéraux de nombreuses églises du XIP siècle de la région.àVillers-Saint-Paul(Oise),à Aizy, à Bonnes, à Glennes, à Presles, à Urcel, à Vailly, à Vauxsous-Laon et à Vorges (Aisne), apparaissent plus anciennement à Morienval et se rattachent aux mêmes origines que ceux de la nef. On ])eul en citer d'autres exemples à Saint-Pierre de Northampton, à Gréville (Manche), et à Lavardin, près de Vendôme. Les fenêtres en plein cintre