CATHEDRALE
Histoire. — Vers la fin du III'' siècle, la ville de Coutances changea son nom de Cosedia pour celui de Constantia, qui lui fut donné par l'empereur Constance Chlore. Cette cité était entourée de remparts, et la tradition attribue à son premier évêque saint Ereptiole, qui vivait au milieu du V* siècle, la fondation de la première cathédrale. En 1835, on a trouvé sous le dallage du chœur des tuiles à rebord, du marbre jaune, des poteries sigillées et la tête dune divinité païenne. L'un des biographes de saint Lo, évêque du VI" siècle, raconte qu'il rendit la vue à une femme aveugle devant une porte delà basilique.
Le Lwre Noir (1), rédigé en 1251, et dont l'original a été perdu au XIX'' siècle, est la meilleure des sources à consulter pour l'histoire des édifices antérieurs à la cathédrale actuelle. Vers 836, au moment de la première invasion normande, le clergé du diocèse emporta les reliques de la cathédrale, dabord à Bayeux, puis à Thouars, à Angers et à Rouen. Les évêques se réfugièrent à Saint-Lo, qui tomba au pouvoir des Normands en 899, un an avant Coutances, dont la cathédrale fut complètement détruite. Au milieu du X*" siècle, le culte fut rétabli peu à peu dans le Cotentin ; mais l'évêque Herbert II ne quitta Rouen qu'en 1024, pour s'installer à Saint-Lo. Son successeur, Robert, commença vers 1030 la nef de la cathédrale romane, avec l'aide de
(1) La chronique du Livre Xoir est comprise entre les deux dates de 836 et de 1093.
^ GATEEDRALE DE COUTANCES
f^érK'rcux hieiiraitcurs. dont les noms furent gravés sur les grandes arcades. 11 mourut en 1048.
L'évèque Gcollroi de Monlhray acheva le vaisseau central primitif, qui fut consacré le 8 décembre 105G, puis il éleva successivement le chœur, précédé d'un grand crucifix, le transept avec sa tour centrale et ses deux absidioles (1), la façade flanquée de deux tours octogones. M. le chanoine Pigeon traduit le mot area, qui a plutôt le sens de préau, par déambulatoire, mais je suis persuadé que la cathédrale romane de Coutances était dépourvue de rond-point. Son plan devait olîrir les mêmes dispositions que celui des églises de Lessay ou de Saint-Nicolas de Caen. Geoffroi de Montbray donna au chapitre des châsses, des ornements, des tentures, des missels. Un charpentier d'Isigny, nommé Vital, avait fabriqué des châssis de bois pour les vitraux. Pendant un tremblement de terre, le 5 décembre 1091, la foudre tomba sur la tour-lanterne romane, disloqua les claveaux de ses baies et fondit le coq doré. Le généreux évoque se mit aussitôt à Fœuvre pour réparer le désastre, en faisant venir d'Angleterre un plombier, nommé Brismet, qui recouvrit la tour de plomb et posa un nouveau coq. On restaura ensuite le chevet, les absidioles des croisillons et les clochers occidentaux. Geotîroi de Montbray, qui mourut le 4 février 1093, fut inhumé dans Paître de la cathédrale (2).
Certains archéologues, qui n'avaient que des notions très vagues sur les origines de l'architecture gothique, comme P'rançois Desrues au XVl*^ siècle, Hilaire de Morel en 1647,
(1) Capitiuni navis ecclesite cum area, et hinc iiide duo majora capitia iiobiliora et ampliora construxit; duas turres posteriores a fundaiiicntis, tertiam que supra chorum opère spectabili sublimavit in quibus classicuni consonans et pretiosum imposuit, et haec omnia plumbo cooperuit. Livre Noir, dans le t. XIV du Recueil des Historiens de France, p. 77.
(2) Le chroniqueur du Livre Noir désigne l'emplacement du tombeau par ces mots : « in stillicidium ecclesiœ », qui ne peuvent signifier devant la piscine de l'église, comme le croit M. l'abbé Pigeon.
(lATIIKDHALE I»E COUTANTES .>
'roiislaiii ilcBilly et 1 ahlfù IlouaulLaii XVIII" sic-clc, (lolinan. M. de Gerville. l'abbé Dclamare, Léopold Qucnault cl M. E. Didier au XIX" siècle, essayèrent de soutenir que la cathédrale actuelle était celle de Geofîroide Montbray; mais Gally-Knight. en 1.S31, puis M. Vitet, M. de Caumont et Viollet-le-Duc ont fait justice de leurs opinions assaisonnées d'une ridicule phraséolog'ie. Néanmoins, c'est à M. Bouet, à M. le chanoine Pigeon et à notre confrère M. le comte de Dion que revient le mérite d'avoir démon ti'é l'existence de certaines parties' de la cathédrale du XI*" siècle, englobées dans la nef et dans la faç-ade. Ainsi les tours romanes octogones forment la cage des clochers gothiques, les tribunes primitives et les parties hautes du vaisseau central ont été rhabillées vers 1230. l.a nef romane de Notre-Dame de Coutances avait donc la même largeur que celle du XIII'' siècle. On a fait la même remarque à Saint-Ouen de Rouen et à Notre-Dame de Chartres.
Les caractères archéologiques de la nef gothique, le plan des piles, le profil des arcades et la sculpture des chapiteaux permettent d'affirmer qu'elle fut reconstruite en utilisant les murs supérieurs du XI'' siècle, sous l'épiscopat d'Hugues de Morville (1208-1238), après l'incendie de Coutances en 1218 ; mais M. Le Cacheux, archiviste aux Archives nationales, a eu beau dépouiller dans les dépôts trois cents pièces émanées de ce prélat, il n'a pu découvrir aucune charte faisant allusion à ces importants travaux qui s'arrêtèrent au transept roman, afin de permettre la célébration du culte dans le chœur de Geoifroi de Montbray. On alla chercher les pierres, dans les carrières d'Yvetot, près de Valognes.
Le transept et sa tour-lanterne, le chœur avec son double déambulatoire inspiré de ceux des cathédrales de Bourges et du Mans, et lés flèches des deux clochers de la façade furent élevés par un autre architecte, au cours d'une seconde campagne, vers le milieu du XllI*^ siècle. L'évêque Jean
d'Essey (1251-1274) termina les travaux et fut enterré dans le chœur, à gauche du maître-autel. Il fonda quatre chapelles, qui ne furent construites qu'au XIV'' siècle, au nord de la nef. La nouvelle cathédrale fut consacrée le 12 juillet d'une année inconnue. En 1293, Philippe le Bel autorisa les chanoines à bâtir un cloître au nord de la nef : c'était un mur d'enceinte, percé de quatre portes, qui s'étendait jusqu'à leglise de Saint-Nicolas. L'évéque Robert d'Harcourt (1291-1315) fonda trois chapelles latérales au sud. Son successeur. Guillaume de Thiéville. continua à en ajouter d'autres. Le pape .lean XXII accorda des indulgences à ceux qui contribueraient à l'œuvre de Fédifice.
Au mois d'octobre 135G, Geoffroy d'Harcourt vint assiéger Coutances. La cathédrale fut très endommagée par les boulets de pierre, comme le prouve une supplique de l'évéque Louis d'Erquery, en 1357, au pape Innocent VI, qui accorda des indulgences à ceux qui contribueraient aux travaux de réparation. En 1366, Charles V ordonne au bailli de Cotentin de faire fortifier la cathédrale et de la confier à la garde d'un capitaine. L'édifice fut restauré parles soins de l'évéque Silvestre de La Cervelle (1371-1386), qui envoya des quêteurs dans toutes les paroisses du diocèse. On établit une balustrade devant les baies des tribunes de la nef; on remania les travées et les fenêtres voisines de la façade. A l'extérieur, le couronnenient de la tour-lanterne fut refait et les deux clochers furent reliés par une élégante galerie. Vers la même époque, le plan du chevet se trouva complètement modifié par la reconstruction de la chapelle centrale du déambulatoire, qui devint beaucoup plus profonde. L'évéque Silvestre, décédé le 4 septembre 1386, y fut enterré.
La cathédrale fut pillée le 10 août 1562 par les Huguenots, qui bridèrent le mobilier. L'évéque Arthur de Cossé fit réparer les autels et les vitraux ; des stalles neuves furent posées en 1588. Le 13 novembre 1651, la pointe de la flèche de la tour du sud. renversée par un ouragan, tomba sur le
CATIIÉDHALE DE COUTANCES 7
porche du midi et creva la voûte d'ogives. Antoine Duparc. mort en 1755, et son fils Raphaël sculptèrent un nouveau maître-autel, mais, vers la même époque, de maladroites restaurations furent entreprises à Textérieur de la nef. La cathédrale. dépouUlée de ses meubles, de ses statues, de ses cloches, de ses tapisseries, pendant la Révolution, eut à souffrir des intempéries, car sa couverture de plomb servit à faire des balles. Les voûtes de la seconde et de la troisième travée de la nef s'écroulèrent. L'entrepreneur Doublet les refit en 1800. Au XIX'^ siècle, d'importants travaux, exécutés sous la direction de MM. Louzier et De La Rocque, ont rendu à l'édifice son incomparable élégance.
Nef. — La nef, divisée en sept travées, est recouverte de huit voûtes dogives. en y comprenant celle du
Ogives de la nef.
XIV^ siècle qui domine la tribune d'orgue, soutenue par deux arcs en tiers-point et des piles à quatre colonnettes. Les nervures toriques de la voûte suivante sont plus épaisses, k cause du voisinage des tours, mais le profil des autres ogives se compose d'un boudin entre deux baguettes.
CATHÉDRALE DE COLTANCES
Les deux premières piles, dont le diamètre est plus fort, sont flanquées de dix-sept colonnes et reliées par des arcs en tiers-point, finement moulurés, qui retombent sur des fûts accouplés. Les autres supports, cantonnés de douze colonnettes dans des angles rentrants, comme à Baveux,
Pile de la nef.
suivant les principes de l'école gothique normande, à l'origine, présentent trois colonnes sur le même nu, destinées aux doubleaux en tiers-point et aux ogives de même section. Les formerets en tiers-point, à boudin continu, partent de la tribune et leur profonde voussure encadre une galerie de
CATlli:nHALE DE COUTANCES V)
circulation. Les chapiteaux ne sont pas garnis de crochets, mais de feuillages variés, le profil de leur tailloir carré se compose d'un iilet. dun tore et d'un cavet intermédiaire; les bases à tore aplati et à griffes s'appuient sur un socle très élevé. Au-dessus d'un rang de ces petits quatre-feuilles en creux, si fréquents en Normandie, une frise de feuillages porte les quatre lobes de la balustrade, posée devant les tribunes, au XIV'' siècle, qui s'ouvraient au Xlll'siècle sur la nef, comme à Lisieux. Leurs baies en tiers-point, ornées d'un boudin
Grandes arcades de la nef.
continu et dune baguette, étaient divisées par deux arcades de la même forme et par une colonnette isolée, qui correspond à une belle rosace de feuillages sculptée au milieu de l'écoinçon.
A une époque difficile à préciser, ces ouvertures furent bouchées par un mur percé de quatre petites baies en tierspoint, à boudin continu, qui furent aveuglées plus tard par des carreaux de plâtre. Au revers, on aperçoit des arcs en plein cintre do pierre calcaire, qui retombent sur des contreforts granitiques plus anciens, flanqués d'un ressaut.
10 CATUÉDRALE DE COUTANCES
Entre la nef et les tours de la façade, M. le chanoine Pigeon a signalé deux baies isolées, presque intactes, des tribunes romanes dont le toit en appentis porte sur des arcs diaphragmes du XVI'' siècle. Il faut conseiller aux archéologues de visiter les tribunes du nord. Leur mur de fond conserve des arcatures en plein cintre, dont les claveaux de granit sans moulures retombent sur des corbeaux en quart de rond. De deux en deux, des fenêtres de la même forme se distinguent par leurs claveaux rouges et gris alternés.
Au-dessus des tribunes, un passage déjà signalé traverse les piles sous des petits arcs en plein cintre, qui sont les derniers vestiges de la galerie haute du XP siècle, comme le prouve la voûte en berceau sur couchis qui la recouvre dans la pile sud-ouest du carré du transept : on y distingue une reprise du XII1'= siècle en moellons calcaires. Sa balustrade tréflée, engagée dans une plinthe, est accusée par un bandeau de feuillages. Un boudin continu encadre les fenêtres hautes en tiers-point, mais celles de la première travée sont aveugles : leur remplage rayonnant date du XIV* siècle.
Comment expliquer la raison qui fit conserver sous cette enveloppe du XlIP siècle des parties de murs de la cathédrale du XP siècle ? Par une nécessité d'économie. C'est ainsi qu'à Bayeux toutes les piles romanes de la nef de la cathédrale furent englobées au XIIP siècle dans des supports plus épais, en étayant les grandes arcades primitives. On fit un travail analogue à la cathédrale du Mans, dès le XIP siècle ; et quand on voit, à Saint-Maclou de Pontoise, quelques formerets du XIP siècle dans une nef de la Renaissance, on comprend que les architectes du moyen âge pratiquaient les reprises en sous-œuvre avec une suprême habileté. M. l'abbé Pigeon suppose que les piles primitives furent simplement rhabillées, comme celles du transept de Bayeux, mais les faisceaux de colonnettes gothiques semblent bien homogènes, .le croirais plutôt à la transformation de lai petite galerie supérieure.
Cathédrale de Goutances.
Baies des tribunes à l'intérieur.
K. Chauliat, del.
Cathédrale de Goutances.
Baies des tribunes à l'intérieur.
K. Chauliat. dol.
E. Chauliat, del.
Cathédrale de Goutances.
Tribunes du nord.
CATHÉDRALE DE COtJTANCES il
Bas-côtés. — Les o<jives des collatéraux présentent le niùiuc prolil que celles de la nef, mais leur section est plus faible. Tous les arcs des voûtes retombent sur cinq colonnes engagées dans le mur extérieur. Le tailloir arrondi de leurs
Ogives des bas-côtés.
chapiteaux à crochets présente un profil différent de celui des grosses piles. Dans la première travée on voit une baie en tiers-point, qui fut aveuglée quand on ajouta les porches latéraux. Derrière les petits portails de la façade, il faut signaler une baie du XI 11*" siècle et deux fausses fenêtres de style rayonnant.
Les chapelles latérales nord furent ajoutées au XIV^ siècle, de l'ouest à lest, en éventrant le mur de clôture visible entre deux petits arcs, suivant la méthode normande. La voûte d'ogives principale, à tore en amande, est encadrée par deux étroites voûtes du même genre. Cette singulière disposition permit à l'architecte de réduire l'épaisseur des deux meneaux qui soutiennent le remplage des grandes fenêtres, formé de trèfles et de quatre lobes superposés. Les murs qui séparent les premières chapelles sont remplacés par des fenestrages portés sur un meneau : mais, dans les dernières, deux et trois meneaux jouent le même rôle. Ces baies n'étaient pas vitrées, car on n'y voit aucune feuillure.
12 CATHÉDRALE DE COrTANCÈS
Les murs sont tapissés d arcalures tréflées avec écoincons évidés. Un meneau central divise les piscines doubles, d'excellent style.
La seconde chapelle renferme l'inscription suivante :
\]am ' rapclla ^otalnt • iol) • ^f
cm rpr est '■ i '■ Ijonorr • Imrtï) • apli
Lévêque Jean d'Essey. qui mourut en 1274, n'a pu faire bâtir la chapelle Saint-Barthélémy et les suivantes, consacrées à saint André, à saint Martin et à saint Georges, car leur style rayonnant et les inscriptions en minuscules gothiques ne permettent pas de leur attribuer une date antérieure au XIV' siècle, mais ce prélat avait sans doute légué une somme sutïisante pour l'entretien des quatre chapelains.
Les chapelles méridionales, qui remontent également au XIV*" siècle, semblent un peu plus anciennes et sont dépourvues d'inscriptions. Voici les différences à signaler : les croisées d'ogives sont ilanquées de voussures en berceau brisé. Les meneaux des grandes fenêtres sont au nombre de trois, et leur remplage très compliqué se compose de rosaces qui enserrent des trèfles et des quatre-feuilles. De mémo, les fenestrages qui forment les clôtures latérales reposent sur trois et même sur quatre meneaux. Les petites arcatures, amorties par un gable, sont plus élégantes, ainsi que les piscines à clef pendante.
Dans la sixième chapelle voisine du transept, on remarque des bas-reliefs du XIV" siècle, qui représentent l'Annonciation aux bergers, la Nativité, lAdoration des Mages, les Mages devant Hérode. la Présentation au Temple, le Massacre des Innocents, la Fuite en Egypte, la Crucilixion. l'Assomption et le Couronnement de la Vierge.
K. Lofèvre-l'ontali^. l'hot.
Cathédrale de Coutances.
Carré du transept.
CAXnÉDRALE DE COUTANCES 13
Transept. — f^es piles d'angle de la croisrc no sont pas scnihlahlcs. ])arcc (\nv celles de l'ouest lurent nionlées ])cndant la preniicin; cani[)ag'ne, et celles de; 1 est à une époque plus avancée du XIII" siècle. Cependant, le second architecte fut obligé de relancer dans chaque pile occidentale sept colonnes, et quatre colonnettes reliées par des gorges sur la face qui r(!garde le chœur. Les socles, plus élevés, et le profd, différent des bases, suffisent à en donner la preuve, ainsi que le défaut de concordanc(ï des assises. Par contre, les deux piles à l'entrée du chœur, ilanquées de vingt-deux colonnes et de douze colonnettes avec gorges intermédiaires, sont homogènes, bien que les socles soient de hauteur variable à cause de la différence de niveau entre le chœur et le déambulatoire, comme dans la cathédrale de Bayeux.
Le prohl des grands arcs présente les mêmes variantes. Ainsi, en avant du transept, cinq colonnes, engagées dans le même dosseret. soutiennent, de chaque côté, quatre arcs en tiers-point moulurés, qui pénètrent dans le sommier et qui sont séparés par des claveaux plats, suivant le système normand. A l'entrée du chœur, un champ nu relie deux groupes de moulures. Les arcs qui encadrent les croisillons disparaissent sous les tores et les gorges : leur boudin central est évidé par une rainure. Leur section est plus forte vers l'intérieur du carré, pour faciliter le passage du plan rectangulaire de la croisée au plan octogone de la tour centrale.
La tour-lanterne, portée sur quatre pendentifs nus, dont les assises supérieures forment des encorbellements accusés par huit bandeaux moulurés, est voûtée par seize nervures à tore aminci, entre deux baguettes qui viennent se réunir, à 57 "*45 de hauteur, autour d'une clef percée dun large trou. Des écoinçons reposent sur l'extrados des branches d'ogives, afin de reporter l'arête des lunettes au même niveau que la clef. Un triforium, assis sur un rang de crochets, et bordé d'une balustrade qui se compose de petites arcades
en tiers-point, eontourne le premier étage. Ses baies jumelles en tiers-point, subdivisées par deux arcades très aiguës et par une colonnette à socle très élevé, sont décorées de fines moulures. Au-dessus, des arcatures en tiers-point, à boudin continu, encadrent une galerie de circulation à balustrade tréflée, qui sert de point d'appui aux seize colonnettes des brancbes d'ogives engagées dans les angles et au milieu de chaque pan. Chaque voûtain correspond à une fenêtre en tiers-point, tlanquée de deux colonnettes. Cette tour, bâtie aussitôt après l'achèvement du chœur, est la plus belle lanterne octogone voûtée d'ogives de la France, mais on en trouve trois plus anciennes, en Espagne, dans les cathédrales de Salamanque, de Zamora et de Toro. Elle servit de prototype à celles de Saint-Sever (Calvados) et de Saint-Pierre de Coutances.
Croisillon nord. — Sa construction se rattache à la seconde campagne de travaux, et ses voûtes d'ogives à trois tores retombent sur une colonne qui reçoit également le doubleau intermédiaire. Les moulures forment donc des pénétrations dans le tas de charge, qui se rencontrent souvent en Normandie. Au bas, une baie en tiers-point, qui s'ouvrait dans le mur occidental, est aveuglée par la dernière chapelle, bâtie après coup. En face, un retrait encadré par deux arcades à clef pendante, sous une rosace de feuillages, devait être destiné à loger lautel.
Le mur de fond est décoré de deux grandes arcatures en tiers-point, recoupées par deux arcatures secondaires, dont les colonnettes tronquées reposent sur un culot normand, en forme d'entonnoir coudé. Au-dessus, une profonde voussure, qui sépare deux formerets en tiers-point et en plein cintre, encadre trois fenêtres, dont les appuis se trouvent au niveau d'un passage à balustrade tréllée. Sur les côtés de la travée du fond, un premier triforium, bordé de trilobés et accusé par un rang de petits quatre-feuilles en creux, se
E. Lefèvre-Pontalis. |ihot.
Cathédrale de Coutances.
Chœur et transept.