‹ Collected papers (volume 4)Chapitre 33 sur 43 · DU CALVADOS · texte numérisé non relu

DU CALVADOS

PAR

Eugène LEFÈVRE-PONTALIS

D I K E C T K U R DE LA SOCIÉTÉ K K A N Ç A 1 S K U ' A K C H É O I, O « 1 E

PROFESSEUR A l'ÉCOLE DES CHARTES

MEMBRE DU COMITÉ DES TRAVAUX HISTORIQUES

GAEN

HENRI DELESQUES, IMPRIMEUR-ÉUITEUR 34, luiE Demoi.ombe, 3+

Ext)-ait du Compte-rendu du LXXV^ Congrès archéologique de France,

Tenu en 1908, à Caen.

La répartition géographique des clochers les plus intéressants du Calvados est la n'ième que celle des belles églises au moyen âge. La vallée de la Dives.où sarrètent les carrières de calcaire, l'orme une limite à la t'ois naturelle et artisti({ue. D'un côté, l'ancien ('vêché de Lisieux, avec ses tristes tlèches de charpente recouvertes d'ardoises, ne possède que trois tours remarquables, celles de sa cathédrale. De l'autre, les anciens diocèses de Séez etdeBayeux renferment une admirable série de clochers romans et gothiques dont les ilèches de pierre sont justement célèbres, mais malgré les travaux de plusieurs archéologues, les caractères généraux des clochers bâtis dans le Calvados depuis le XL" jusqu'au milieu du XVI'' siècle n'ont jamais été nettement définis. De nombreuses excursions dans la plaine de Caen et dans le Bessin mont permis d étudier et de photographier les meilleurs types. Avant d'exposer les résultats obtenus par l'analyse et la comparaison, je tiens à remercier cordialement notre confrère M. Huard, qui a bien voulu relever le plan de la flèche de Saint-Pierre de Caen, et me

communiquer des noies sur plusieurs clochers, et mon ami M. Burtlie d'Annelet qui a fait un grand nombre de clichés à mon intention (1).

La plupart des clochers du X^ et du XIP siècle s'élèvent sur un des côtés du chœur ou de la nef, comme à Bény, à Colombiers-sur-Seulle, à Saint-Contest, et plus rarement sur le porche, comme à Basly, à Colleville-sur-Mer et à Vienne, ou sur un angle de la façade, ainsi qu'on peut le constater à Gommes et à Saint-André-dHébertot. Le clocher de Ver était jadis tout à fait séparé de l'église, mais c'est une véritable exception. Les cathédrales, comme celle de Baveux, et les grandes églises abbatiales, comme Saint-Etienne et la- Trinité de Caen, Saint-Pierre-sur-Dives, possédaient seules deux clochers de façade ou une tour-lanterne, mais on peut signaler quelques tours romanes bâties sur le carré du transept, par exemple à Beaumesnil. à Cheux. à Secquevilleen-Bessin, à Saint-Gervais de Falaise et à Touques, ou sur la travée qui précède le chœur, comme à Clinchamps. à Osmanvillc et à Ryes. La plantation de deux tours jumelles à l'abside, propagée par l'école rhénane, est inconnue en Normandie: on y rencontre peu de clochers-arcades romans: je n'en connais aucun exemple dans le (Calvados.

(1) BiBLioGHAPHiE. — De (^aumont : Slatistùiue nwmimentule du Calvados, 1846-1867, 5 vol. in-8", passim. — G. Bouet : Clochers du diocèse de Bayeux, dans le Bulletin Monumental, l. XXXVI, 1870, p. 524; t. XXXVII, 1871, p. 81, 182. 415, et t. XXXVIII, 1872, p. 517.- Ruprich- Hobert : L'architecture normande auv XI' et XII' siècles, p. 96, 161 et pi. XXVIII à XXXVII bis, lxxxiv à cxlii. — La Normandie monumentale et pittoresque, 5 vol. in-fol., 1895, Cahiados. — L. Serbat : Guide archéologique du Congrès de Caen, passim.

LES CLOniIKRS ni' CALVADOS

Clochers latéraux romans

Los clocliers latt-raiix sélrvoiit sur plan carré: plusieurs forment, au rrz-de-cliaus.s('e. une petite chapelle voûtée en berceau, comme à Lion-sur-Mer (1) et à Quilly. ou voùté-e d'arêtes, comme à Colleville et à Ver, et |)lus souvent d ogives, comme à Biéville, à Douvres, à Bény, à Saint-Loup, à Saint-Contest. Cette chapelle communique avec l'église et renferme parfois une niche rectan^^ulaire destinée à loii^er lautel, suivant une disposition (pie jai signalée sous les clochers de Fontencjy et de Nouvrou-Ving-ré (Aisne) et dans les croisillons des églises du Soissoimais et du Laonnois au Xll"' siècle (2). A l'extérieur, la niche en saillie est couronnée par un petit fronton ou })ar un glacis, comme à Ducy- Sainte-Marguerite. à Biéville. à Bény-sur-Mer. à Goustranville (Calvados), à Tanierville (Manche,: on en voit la trace sous le clocher de Douvres.

Les clochers latéraux octogones doivent èti-e considérés comme des exceptions. On jjeut cependant en citer quelques exemples: à Drubec Clalvados . h Tanierville Manche . en ajoutant que. dès le XI"" siècle, les architectes normands avaient élevé des étages supérieurs octogones pour couronner les tours de façade à la cathédrale de Coutances [3>.

Avant d étudier 1 élt'vation des clochers latéraux et des clochers-porches, je voudrais rechercher s'il est possible, en Tétat actuel de nos connaissances archéologiques, de distinguer une tour du XI' siècle d'un clocher du Xll" siècle en

(1) Le rez-(Je-i-li;uisséf du dochor de Lion-siir-.Mer est déeoré, par exception, de quatre hautes arcaturcs intérieures, ("f. lUipricli-Iioberl : L'architecture norniande, t. I. pi. xxxv.

(2) E. Lefèvre-Pontalis : [.'(ircliitertttre relitjieuse au A'/'' et au XII" siècle dans l'ancien diocèse de Soissons. pi. xxix et xxxiv.

(3) I^'une des tours occidentales de l'église abbatiale de Juniièges se termine par un étage octogone; l'autre par un étage rond.

b LES CLOCHERS DV CALVADOS

Normandie. Il me paraît certain que les plus anciens clochers sont ceux dont les archivoltes sont dépourvues de moulures, mais comme l'emploi des boudins sur les claveaux est très précoce dans le Calvados, plusieurs tours du XP siècle présentent déjà des baies encadrées par des tores, comme celles de Saint-Etienne de Caen. Néanmoins, je suis d'avis que les archéologues normands ont trop vieilli certains clochers, comme celui de Ver : son couronnement est identique à la pyramide en gradins du clocher de Thaon, dont 1 étage inférieur peut seul remonter au XI" siècle.

Quoi qu il en soit, le plus ancien clocher du Calvados est celui de Vieux-Pont-en-Auge. Son soubassement en petit appareil irrégulier est une œuvre du IX*" siècle et non pas du VIP siècle, comme l'affirme Ruprich-Robert. Dépourvu de contreforts, mais renforcé aux angles par des chaînages en grand appareil qui sont reliés par des cordons de briques, ce clocher présente tous les caractères de l'architecture carolingienne. Le premier étage se distingue également par les gros joints de ses assises et par deux rangs de briques engagées dans la maçonnerie. Un bandeau de billettes passe sous ses larges arcatures en plein cintre, à claveaux nus. qui retombent sur des tailloirs de pilastres. Cette décoration se retrouve à la base de la plupart des clochers romans et gothiques de la région. L'inscription suivante, qui fait connaître le nom de Renaud, architecte de l'église, est encastrée dans la face orientale :

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