L EGLISE DE VILLENEUVE-SUR-YONNE
la septième travée de la huitième est plus large que la pile faible correspondante, car elle se trouve sous le clocher.
Le plan de tous les supports de l'église de Villeneuvesur- Yonne, qui sadapte si bien à la retombée des voûtes d'ogives, n'est pas particulier à l'école gothique de la Bourgogne. En etret, on le retrouve au XIIP siècle dans la nef des cathédrales de Coutances et de Poitiers, dans le
Arcades de la cinquième et de la sixième travée.
chœur de Cambronne Oise', comme à Bois-Commun (Loiret), et au Buy-Xotre-Dame ^Maine-et-Loire], mais ce sont les architectes du Beauvaisis qui eurent les premiers lidée d'emprunter à l'école anglo-normande les piles cantonnées de colonnettes pour leur faire supporter des nervures, des doubleaux et des formerets.
Dans les trois voûtes qui préeèdent le chœur, les ogives ont le même ])roril que celles du chevet : leurs clefs ornées de feuillages sont flanquées de deux tètes. Au droit des piles
l'ÉGLISK de VILLENElVE-SUR-YOX\E
faibles, les colonnettes destinées à les soutenir reposent sur le passage qui règne au-dessous des fenêtres. Les grandes arcades en lancette, garnies de huit tores, retombent sur des chapiteaux à crochets et sur des tailloirs inscrits dans un losange, comme les socles. Encadrées par les trois
E. Chauliat, del.
Chapiteau de la cinquième travée sud.
tores des îormerets qui se profilent sur une voussure très profonde, les fenêtres en tiers-point, à deux et à trois meneaux, se rattachent au style rayonnant.
La sixième et la cinquième travée, qui doivent être attribuées à la fin du XllP siècle, se distinguent des trois dernières par leurs piles cylindriques llanquées de six
Eglise de Villeneuve-sur-Yoïme.
Sixième et septième travées nord.
Kglise de Villeneuve-sur-Yonne.
Nef et bas-côté sud.
i/k(;lise dk vil[.exel've-sur-yonne 13
colonnes, à savoir : doux pour les doubleaux de la nef el des collatéraux, cl quatre pour les grandes arcades en lancette, dont le m(''plal central est llanquc' de quatre boudins. Lal)sencc de cordon tor'ique à l'extrados, les chapiteaux à deux rangs de feuillages, les tailloirs à pans coupés, les bases ornées d'une scotie et dépourvues de petites consoles, les socles polygones moulurés, accentuent les difF(>rences. A partir de la sixième travée, les piles, bâties pendant la même campagne, sont identiques, parce que le second architecte ne songeait plus à lancer des voûtes sexparlites. Un bandeau mouluré marque le niveau du j)assage qui traverse les ])iles sous les fenêtres à trois meneaux surmontés darcs trèfles et de quatre-feuilles. Les murs qui précèdent rai)pui de ces baies sont plus élevés que dans les trois dernières travées. Enfin, les ogives en amande, dont le filet central est encadré par deux tores, viennent rejoindre des clefs à feuillages très fins.
En se rapprochant de la façade, on voit que la quatrième et la troisième travi-e du nord portent l'empreinte du style du XIV'' siècle, ainsi ([ue la quati'ième travée sud. Deux piles ([ui se correspondent, dont les colonnettes sont au nombre de huit, la pénétration des cavets dans un tore perpendiculaire au-dessus du sommier, le profil des bases, en donnent la preuve. Du côté nord, les chapiteaux de la seconde et de la troisième pile, ornés de mauve frisée et de personnages couchés, furent sculptés après coup.
Au commencement du XVI*' siècle, on éleva la seconde travée nord, la seconde et la troisième travée sud jusqu'à l'appui des fenêtres. De chaque côté, la première pile, qui est très forte, se trouve entourée de petits fûts prismatiques qui se relient aux moulures des arcades voisines sans chapiteaux intermédiaires, f^a pile suivante est bâtie sur le même plan (pie celles du XiV' siècle, mais les bases, les chapiteaux et le profil à tore central de la troisième arcade du sud sufiisent à distinguer les deux périodes.
14 L ÉGLISE DE VILLEXEUVE-SUn-YONXE
Jean Chéreau trouva leglisc dépourvue de façade, car les travaux de la campagne précédente avaient été interrompus vers 1529. Il monta la première travée jusqu'au niveau des voûtes des bas-côtés, mais les ressources firent défaut pour achever les parties hautes des deux travées suivantes. En effet, leurs voûtes d'ogives ne furent appareillées qu'en 1609 et en 1610. comme le prouvent leurs cleîs de style classique et les chapiteaux composites qui soutiennent les nervures et les doubleaux. L'architecte copia les profils gothiques et fît graver la date de 1612 sur la voûte à liernes et à tiercerons de la première travée, garnie de clefs pendantes il). Les trois meneaux dos fenêtres hautes sont reliés i)ar quatre arcs en plein cintre superposés, comme à Saint-Jean de Troyes.
Jusqu'à la huitième pile, le bas-cùté nord ne fut pas construit en même temps que les travées correspondantes de la nef. En remontant dans la direction du chœur, il faut signaler d'abord, au-dessus de la première travée, une voûte du XVI" siècle dont l'œil central est flanqué de tiercerons et de quatre liernes qui se divisent en Y à leur point de rencontre avec les arcs d'encadrement : ses ogives retombent sur des colonnes galbées. La chapelle latérale voisine est surmontée dune voûte en berceau, décorée de caissons, et sa fenêtre se divise en quatre panneaux encadrés par des meneaux et par des petites arcades en plein cintre qui en supportent une autre tlanquée de deux S.
La seconde travée, voûtée d'ogives, est l'œuvre de Jean Chéreau, comme la suivante. On y remarque une niche surmontée d'un dais Renaissance à l'angle de la chapelle latérale, recouverte de liernes et de tiercerons. Le remplage supérieur de la fenêtre se compose de trois losanges, de deux soufflets et de deux mouchcttes. sans redents, qui
(1) Marchés de juin l(i08 et du 7 juillet 1611, cités par Quesvers et Stein : Inscriptions de l'ancien diocèse de Sens. t. II, p. 530.
l'église de villeneuve-sur-yoxne 15
dominent des arcs cintrés. La troisième chapelle, dont la voûte à caissons losanges conserve ses clefs pendantes, renferme nn Sépulcre du XVl" siècle. Son fondateur, Pierre Duchaslel. procureur au bailliage de Villeneuve-le-Roi, mourut vers 1655 (1) : la clôture à pilastres, qui est une addition, porte ses initiales et celles de sa femme Adrienne Gadier. Dans la quatrième chapelle, la croisée d'ogives, à profd prismatique, présente le même prolil que celle du
Ogives des bas-côtés.
bas-C(Mé. mais les quatre panneaux de la verrière sont amortis [)Civ cinq soufflets. Il faut en conclure que cette travée se rattache à la campagne des premières années du WV siècle.
Les deux chapelles suivantes, voûtées d'ogives, correspondent à une reprise des travaux vers le milieu du XIV*' siècle. Lune sert de passage derrière une porte latérale, surmontée d'une fenêtre rayonnante ; 1 autre est éclairée par une large baie : ses trois meneaux servent de point d'appui à des arcs trilobés, à deux trèfles et à un quatre-feuilles. Les voûtes dogives de la cinquième, de la sixième, de la
(1) Qiiosvers et Stoln : Inscriptions de l'ancien diocèse de Sens, p. 534.
LÉGLISE DE VlLLE^EUVE-SUIt-yo^^E
septième et de la huitième travée sont plus hautes que les autres; leurs clefs à petits feuillages et leurs nervures à filet central portent l'empreinte dun style gothique avancé. Dans le mur extérieur, orné darcatures, l'architecte a ménagé un passage au niveau de l'appui des fenêtres recou-
Chapiteau d'une arcature.
pées par un meneau qui eorresj)ond à un quatre-feuilles. Cette coursière s arrête au droit de la sixième pile.
Le bas-cô^é sud appartient à trois périodes du XIII''. du XIV' et du XVI'' siècle, .lean Chéreau monta sur les deux premières travées et sur leurs chapelles latérales des voûtes
E. Lelcvro-Poutalis, ph<
Église de Villeneuve-sur-Yonne.
Bas-côté nord.
L EGLISE DE VILLENEUVE-SUn-YONXE
identiques à celles quejai signalées au nord. La première verrière du XVI'' siècle représente la nativité, la mort et le couronnement de la Vierge ; la seconde décore la chapelle de saint Nicolas, patron des mariniers et raconte diverses
E. Chauliat, del.
Chapiteau d'une arcature du bas-côté sud.
scènes de sa vie. Dans la troisième travée, le vitrail du Crucifiement, dont le panneau central est remplacé par du verre blanc, fut donné ])ar Claude Dindelle, prévôt de Villeneuve, en 152!). comme 1 indique cette inscrij)tion :
18 L i:(;i.lSE DE VILI-ENEUVE-SUR-YONNE
lionnorablf l)iimmr ^lau^f ^inî^fllf ■ prcuost • ^f llillciT • If • Uoi) • 3rl)annf ^lU•^r ont ïaxci taire • cfstc iirrrifrc If ^fU£if6mf iour ■ ^f • fflnu'ifr ■ mil • u • cfn xx\ï prifî • ^ifll pour • fiili:
La cinquième verrière, dite du Jugement dernier, est très endommagée.
La voûte dogives de Li troisième travée remonte au XVI* siècle ; mais il faut attribuer au XIV" siècle les trois suivantes, ainsi que le mur extérieur jusqu'à la seconde chapelle. Un filet se détache sur le tore en amande de leurs nervures, entre deux baguettes et deux boudins séparés par un bandeau, se profile sur les doubleaux en lancette. Jusqu'à la neuvième travée, on ne voit pas darcatures au-dessous du passage (jui traverse les piles, ilanquées de cinq colonnettes. Les fenêtres, de style rayonnant, encadrées par les deux tores des formerets en tiers-point, présentent des remplages variés comme le nombre de leurs meneaux, mais tous leurs arcs sont trèfles.
La septième travée se trouve au-dessous du clocher, entre de robustes doubleaux à huit tores du Xlll' siècle. In bt'-nitier de la même époque, prévu pendant la construction, fait saillie sur la septième pile de la nef, en face d'une porte latérale. Sa cuvette à cinq pans, soutenue par un culot, est surmontée d'un dais très élégant qui ressemble à un château crénelé, flanqué de six tours d'angle et porté sur des arcs à trois redents (1). Les travées du bas-côté sud voisines du chœur ressemblent à celles du dt-ambulatoire. Devant les fenêtres, semblables aux baies qui s'ouvrent en regard dans le bas-côté nord, on jjeut circuler dans un passage qui traverse les piles et dont le niveau s'élève dans la septième
(1) Cf. \'iollet-li'-l)iic : Dictionnaire d'architecture, t. II, p. 202.
K. I.efèvre-Pontalis, phot.
Bglise de Villeneuve-sur-Yonne.
Bas-côté sud.
XJ
CD
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L EGLTSK l)K VILLENEUVE-SUR-YOWE 19
travée, à cause de la porte. I^nti-e la sixième et la septième Iravi'e, tiri changement de niveau se produit dans les sommiers des formerets (pii ne se trouvent plus à la même hauteur que ceux des ogives et des doubleaux. I.e profil de ces arcs se modifie ('gaiement et leur méplat central est remplacé par un tore en amande. C'est une jireuve du point de suture entre deux campagnes.
Lafa(;ade occidentale, du meilleur style delà llenaissance, fut commenc('-e ])ar .I(\in (Ihéreau. en 1551. On lit ces deux inscriptions au sommet du contrefoi-t (jui sépare le portail central et le portail du nord :
HEC • DOMVS • DOMINI
BENE • FVNDATA • EST ■ 1551
SVPRA ■ FIRMAM • PETRAM PETRA • AVTEM • EST XRS (i).
Les trois j)ortails, en plein cintre, sont encadrés par une large voussure en berceau, formant porche, décorée de caissons à rosaces. Les quatre culées sont décori'cs, sur leurs trois faces, de losanges qui encadrent des têtes et d'entablements ioniques avec des socles de statues entre les colonnes et une tète dange au milieu du fronton. Sur la face principale de ces massifs un entablement corinthien s'élève au-dessus de lautre.
La porte centrale, beaucoup {jIus large que celles des bascôtés, est divisée par un trumeau dont le dais abrite une statue delà Vierge portant l'enfant .lésus : saint Jean-Baptiste leur offre une corbeille de fleurs. 11 est évident que ce groupe très artistique n'occupait pas le même emplacement au XVP siècle, car toutes les statues du porche furent brisées en 1793. Le linteau, garni dun rinceau, vient couper les montants à mi-hauteur, de façon à augmenter la surface du tympan garni de trois niches à coquilles et de deux
(1) Le sculpteur s'est trompé en gravant Yns.
20 l'église de VILLENEUVE-SUR-YONNE
baies vitrées séparées par qiialro colonnes. Au-dessus, trois frontons, portés chacun sur trois colonnettes qui encadrent des petites niches à coquilles, viennent s'encastrer sous l'archivolte.
Les portails latéraux sont du même style, mais leur linteau à trois consoles sert de point dappui à une niche centrale, à dais très orné, qui se détache au milieu de (juatre panneaux vitrés. Plus haut, dans le portail sud-ouest, la lettre H et des C entrelacés se répètent de chaque côté d'un bas-relief qui représente F Annonciation. Il faut en conclure que la façade fut élevée sous le règne de Henri II : on sait d'ailleurs qu'elle fut commencée en 1551.
La corniche, qui passe au-dessus du porche, se compose de consoles à feuilles d'acanthe et d'une tablette quiporte des balustres. Six gargouilles rejettent l'eau provenant de la terrasse. En arrière, dans l'axe de la nef. s'ouvre une grande rose, encadrée par des niches et des petits dais : ses mouchettcs rayonnantes viennent buter contre deux rangs concentriques d'autres mouchettes sans redents. La terrasse est divisée en trois parties par deux contreforts très saillants, ornés de pilastres cannelés et de chapiteaux corinthiens. Un balcon de pierre, soutenu par des modillons. accuse la base du pignon où la date de 1597 se détache dans un cartouche.
A l'angle nord-ouest, l'une des tours de la façade qui sont restées inachevées après la reprise des travaux en 1573 est flanquée d'une tourelle d'escalier ronde. Le retour du mur est marqué par deux entablements semblables à ceux des trois portails, et des pilastres surmontés de gargouilles séparent les fenêtres Renaissance des premières chapelles du bas-côté nord. Les culées neuves des arcs-boutants sont ajourées sous leur glacis par des baies rectangulaires à linteau tréflé. C'est une restauration fantaisiste faite par M. Lefort, architecte à Sens, en 18()5.
Le clocher gothique, pi-ojeté au XIII'' siècle, sur la septième travée du bas-côté sud. comme le prouve l'épaisseur
l/Ér.LISE DE VII.LENEUVE-SUn-YOXXE 21
des piles et des douhleaiix qui le soutieiuieut. ne l'ut nictulc; que sous le règne de 1' rauc^ois 1". Par lettres paleulcs du 22 février lô'iS. HiMii-i II autorisa la l'abriquf» à reecvctir chaque année 120 livres sur le produit des octrois pour le terminer. Un petit porche, voûté d'ogives, avait (Hé bâti, au XiV'" siècle, entre l'un de ses contreforts et sa tourelle d'escalier octogone, flanquée de petits contreforts anguleux qui alternent avec des dais flamboyants. Au second étage comme au premier du côté sud. des baies jumelles, tréflées et finement moulurées, s'ouvrent entre des colonnettes prismatiques et des chapiteaux ornés de feuilles frisées. Plus haut, chaque face est ajourée par une large baie en tiers-point encadrée par un cordon en accolade. Les contreforts d'angle s amortissent par des pinacles au niveau de la terrasse moderne.
Cette tour renferme une cloche du X\''' siècle, de 0'"70 de diamètre. (|ui n'est pas datée, mais dont rinscri])tion en lettres onciales fait connaître le nom du curé Jean de Chimery. L'autre cloche de l'église fut fondue en 1G91 par Pierre Rozier, qui fondit aussi celle de l'église de Pullay (Eure) en 1626 (i).
L'abside inférieure est bâtie en moyen appareil irrégulier et en blocage sous les fenêtres en tiers-point des trois chapelles rayonnantes, encadrées par un cordon à large biseau. Les contreforts sont amortis par une pyramide garnie de crochets. Au-dessus, les arcs-boutants. très minces, restaurés par M. Louzier en 1900(2), s'appuient, d'un côté, sur le chapiteau à feuillages d'une colonne à pans coupés ; de l'autre, sur des culées surmontées de pinacles modernes et de gargouilles. L'écoinçon supérieur est ajouré ])ar un
(1) Quosvers ot Sloin: //i.scn'/j/io/i.s </(> l'ancien diocèse de Sens, t. II. p. 575 et 576. — L. Hégnicr: Cloches cl f'ondcui-s de cloches, dans le Bulletin archéologiciue, 1895. p. 425.
(2) Cette inipoi-lante restauration a t'ait dispai-aili-e les boutiques adossées à l'abside et la toiture moderne des chapelles rayonnantes cpii venait masquer la partie inférieure des fenêtres hautes.
22 L ÉGLISE DE VILLEXEUVE-SUR-TONXE
cercle. L'unique meneau des fenêtres hautes en tiers-point encadrées par un boudin, soutient deux arcs trétlés et une rosace à six lobes, plus ou moins restaurés.
L'église de Villeneuve-sur- Yonne soulève deux problèmes archéologiques. Le premier peut se formuler ainsi : A quelle époque du XIII'' siècle faut-il placer la construction du chevet, dont la partie basse semble plus archaïque à cause du remplage élégant des fenêtres hautes ? La comparaison avec le chœur de la cathédrale d'Auxerre. bâti entre 1215 et 1234. met en relief le style plus avancé de 1 abside de Villeneuve. D autre part, son architecture est moins raffinée que celle de la chapelle de la Vierge, à Saint-Germain dAuxerre. commencée en 1277. En adoptant la date moyenne de 1240-1250. pour le début des travaux à Villeneuvesur-Yonne, je crois donc pouvoir donner une base solide à mes conclusions, sans me laisser influencer par le fdet en saillie sur le boudin des ogives, qui est précoce dans lécole gothique bourguignonne (1) et qui n'est pas tout l'apanage du style du XIV'' siècle, comme lant darcliéologues mal informés l'ont pr(''tendu.
Les six premières travées de la nef el des bas-côtés s'échelonnent entre la fin du Xlll' siècle el le XVII* siècle. On y voit donc toutes les variétés du style gothique à son déclin. 11 est curieux de constater, comme à la cathédrale de Ti-oyes, que les architectes successifs ne modifièrent pas le type de ti-avée conçu par le maiti-e de l'œuvre du XIIL' siècle, sauf au point de vue de la décorati(jn. En effet, l'une des colonnes de chai^ue pile monte toujours du sol jusqu à la retombée des doubleaux, le passage supérieur, oîi viennent s'appuyer les colonnettes des ogives, se continue jusqu'à la première pile et les doubles formerets moulurés ont toujours la même profondeur.
(1) Ce profil se renconlrc déjà sur les nervures du déambulatoire et de la chapelle de la \'ierge à la cathédrale d'Auxerre (1215- 1234).
E. LiMf\ ie-Piiiit;ilis, |ihot.
Eglise de Villeneuve-sur-Yonne.
Abside.
i/kcmsi: i)i; vii.i.KMavE-sLit-Yoxxi. 2'A
La seconde (lueslioii qui se j)osc. cest de savoii- si ICglise de Villeneuve-sur-Yoniie se rattache à l'école ^^othique de la Champagne ou à celle de la Bourgogne. A la première, elle a empi-unlc' le passage au niveau des fenêtres des bascôtés et des chapelles rayonnantes ainsi que les profondes voussures en berceau brisé des îormerets ; à la seconde, le passage supérieur sans arcades qui contourne la nef et le chœur. En effet, les architectes bourguignons du XIII^ siècle abandonnèrent rapidement les véritables triforiums du type de la cathédrale dAuxerre. de Notre-Dame de Dijon, de Notre-Dame de Semur et de l'église de Clamecy, pour adopter la galerie de circulation encadrée par les pieds-droits saillants des îormerets. Les autres éléments des travées dérivent des principes d'architecture communs à toutes les écoles gothiques. Le Sénouais et l'Auxerrois présentent dautres exemples de la pénétration des influences champenoises en Bourgogne au Xlll" siècle. C'est en les étudiant de plus près qu'on pourra mieux délimiter le domaine de chaque école.
Gaen. — Imprimerie H. Delesques, rue Demolombe, 34.
DU MEME Ai TE m :
L*\i<liit('«liir<' iM'IiiiioiiNc dans laïu-ion diocèso «lo Soissons au XV et au \IV sièchs Pai-is, Pion, 1894-1896. 2 vol. in-fol.. 237 228 p. et civ pi.
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DU MÊME AUTEUR
Jean Lauirlois, architecte de Saiiit-libaiii tJe Troyes, dans le BulCclin ntonaineittal. t. LXVIIF. 1904.
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La cathédrale romane d'Orléans, dans le Bulletin /nonuiiienfol. t. LXVIII. 1904. En collaboration avec M. Jarry.
Le château de Lassay (Mîiyenne). Étude historique et archéolOL^ique. dans le Bulletin nionumenttd. t. LXIX, 1905. En collaboration avec M. le marquis de Beauchesne.
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Comment doit-on rédiaer la monoarraphie d'une éarlise ?,
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LES
DE
r\M)\i\ i\ iim T\'i^T
PAR
Eugène LEFÈVRE-PONTALIS,
DIRECTEUR DE LA SOCIÉTÉ FRANÇAISE d'aRCHÉOLOGIE,
PROFESSEUR A L'ÉCOLp DES CHARTES
MEMBRE DU COMITÉ DES TRAVAUX HISTORIQUES
sas
CAEN
HENRI DELESQUES, IMPRIMEUR-ÉDITEUR
34, 1UU-; Demoi.ombe. 34
DU MEME AUTEUR
Éludes sur la dalo de léiilise de Saint-(ieiiiier, dans la BUdiothèquc do rÉroIr drs Chai-trs. t. XLYI, 1885. et le Biillclin Dtonuinmtid, t. LU, 1886.
Érude sur le chœur de Téslise Saint-Martin-des-Champs à Paris, dans la B(hlio(/u'i/iic de l'Ecole des Cliartcs, t. XLVII. 1886.
Honoffrapliies des églises d'Épone, d'Hardricourt. de Juziers, de Meulan, de Triel et de Gassicourt, dans le BnUetia do ht Co/iiniission dos anliquitcs et don ((/-fs do Solno-ot-Oiso. t. V, VI, VIT et VIII, 1885 à 1888.
Étude histori<|UP H .\reIiéolosique sur réjalise de Parayle-Monial. dans les Moin oit-os do ht Aor/tVt' odiionno. 2' série, t. XIV, 1886.
Croix en pierre des W et XIP siècles dans le nord de la France, dans la Gacotto (ij-o/i(^'oh)(/li/iio, 1885.
Étude sur les cliapiteau.v de Téirlise de Cliivy (Aisne), dans la Gttcotfo (tfo/ioohjj/iqiic, 1887.
Notices arcliéoloaiques sur les éjiiises de Sanieuil el de Gonesse, dans les Mèmoiros th- ht Sooioto liistooif/iic do Pantoise et du Voj'in, t. X et XI, 1886 et 1.^87.
Honoîrrapliie de réalise de Villers-Saint-Paul (Oise), dans
les Moiiioires do ht Socioto aottdoDii'/iio do l'Oise, t. XIII, 1886.
Xotice arcliéoloffique sur Téfflise Saint-Gervais de Pontpoint (Oise), dans les Momoii-os du Coiuito ai-cJioolotjiaiio do Sonlis. 1887.
Étude sur la date de la crypte de Saint-:^!édard de Soissons,
dans le Conf/rès ai-o/ii'olnf/ii/iio de Soissons. 1887.
Étude arclié<»loïi<|ue sur Téfflise de la Madeleine de (liâteaudun. dans le Bnllciin do ht Sooioio ditnoiso, t. V.
Monoîrrapliie de réalise Saint-llaclou de Pontoise. 1888 in-4°. 188 p. et 11 pL. dans les publications de la Sooioio liisfori'/ito de Pontoise et iltt Vciin.
Étude historique et archéolojïique sur la ne/de la cathédrale du Mans, dans la lîenio histoi-i'/ito et arc/ièolo- :ji'/iie dnMn'tno, t. XXV, 18S9.
LES
DE
Eugène LEFÈYRE-PONTALIS,
DIRECTEUR DE LA SOCIÉTÉ FRANÇAISE d'aRCHÉOLOGIE,
PROFESSEUR A l'ÉCOLE DES CHARTES
MEMBRE DU COMITÉ DES TRAVAUX HISTORIQUES
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GAEN
HENRI DELESQUES, IMPRIMEUR-ÉDITEUR
34, RUE Demolombe, 34
Bail Mûn. '909. 5-3»
DE
Knlre toutes les églises de Seine-et-Oise. Notre-Dame dl^tampes (1) est celle dont l'étude archéologique présente le plus grand nombre de problèmes à résoudre, mais comme la restitution des états successifs du monument dans le cours du XII'' siècle devrait être basée sur des fouilles, je ne me flatte pas d'arriver à des résultats définitifs en résumant ici les observations faites dans mes fréquentes visites de l'église. Je voudrais seulement faire comprendre et placer dans un ordre chronologique les remaniements dont l'édifice fut l'objet, car son plan actuel, qui comprend un
(1) BiBLiOGKAPHiE. — Doiii F"leurc;ui : Les antùiuités de la ville et du duché d'Estampes. 1683. — De Montrond : Essais historiques sur la ville d'Etampes, 1836. — King : Etudes pratiques tirées de l'architecture et des arts du moyen âge, 1869. t. I, pi. vu et vin. — Léon Marquis : Les rues d'Etampes et ses monuments, 1881, p. 263. — Anthyme Saint-Paul : Notre- Dame d'Etampes. dans la Gazette archéologique, 1884, p. 211. — AUiot (L'abbé) : Cartulaire de Xotrc-Dame d'Etampes, 1888. — Raguenet : Petits édifices historiques, n" 103. — René Merlet : Etampes, dans le Congrès archéologique de Chartres, 1900, p. 72. — Sanoner : Analyse de la porte méridionale de l'église Xolre-Dame d' Etampes, dans la Revue de l'Art chrétien, t. XIV, 1903, p. 225 et 325. — Gabriel Fleury : Études sur les portails imagés du XII'^ siècle. 1904, p. 232. — Albert Mayeux : Les grands
narlhex, une courte nef, deux bas-côtés, un double transept, un chœur à chevet plat flanqué de doubles collatéraux qui se terminent par des absidioles. est tout à fait irrégulier. Il
E. Chauliat, del.
Crypte sous le chœur.
portails du XII' siècle, dans la Reuiie Mahillon.WiUi. — Maxime Legrand : Compte de recettes et dépenses (lôlS-l.')!.")), publié dans les Annales de la Soc. hist. du Gûtinais. 1906, p. 72. — L.-Eug. Leiëvre : Étampes et ses monuments au X/« et au XIJ' siècle, dans le même recueil, 1907. — L.- Eug. Lefèvre : La façade occidentale, portail et foftificaiion de l'église Notre-Dame d'Étampes. dans le Bulletin de la Soc. hist. de Corbeil, 1907. — L.-Eug. Lefèvre : Le portail royal d Etampes, 1908.
nE NOTRE-nAME D ETAMPES /
faut en chercher la cause dans rexist(!ncc des rues en bordure de lég-lise. En effet, robliquité des murs est la conséquence de l'alignement des voies limitrophes dans le même sens. Au XVP siècle, Saint-Aspais de Melun, Saint- Maclou de Fontoise et Saint-Eustache de Paris en offrent d'autres exemples. Ailleurs, l'impossibilité d'acquérir à lamiable certaines parcelles, obligea les architectes du moyen âge à telles ou telles déviations qui n'ont aucune raison symbolique.
La petite crypte qui se trouve au-dessous du chœur, avec son chevet à trois pans et ses voûtes d'arêtes soutenues par six colonnes isolées qui correspondent à des colonnes engagées, est le seul reste de l'église du XI" siècle encore visible. Son plan coïncidait avec celui du chœur primitif, suivant la règle ordinaire, mais ses fenêtres sont aveuglées depuis le XIP siècle. Il faut en conclure que la première église, fondée par le roi Robert, d'après le témoignage d'IIelgaud et d'Hugues de Fleury (1), et qui n'était pas encore achevée en 1046, comme le prouve un diplôme de Henri I*^^"" confirmant aux chanoines un cens destiné à sa construction (2 . avait des dimensions très réduites, mais le culte y fut célébré pendant près de cent ans.
Première campagne.
Ea nef actuelle, beaucoup plus large que le vaisseau central primitif, n'est pas antérieure au second quart du XH** siècle, car le donjon d'Etampes, bâti vers le milieu du règne de Louis YI. présente un caractère beaucoup plus archaïque. Elle est précédée d'un petit narthex qui forme le soubassement du clocher et qui fut recouvert de deux
(1) Recueil des historiens des Gaules, t. X, p. 115, et t. XII, p. 794.
(2) « Qui census, douante Roberto rege, ad opus ecclesiœ persolvitur. » Dom Flcureau : Antiquités d'Etampes, p. 292.
voûtes d'ogives au XIIP siècle. Les deux murs latéraux, ornés de deux grandes arcatures en plein cintre, ne sont pas plus anciens que la nef et ses bas-côtés, car on ne voit aucune trace de collage. Si ce narthex est désaxé par rapport au vaisseau central, c'est à cause de l'escalier à vis pris dans l'épaisseur du mur du nord. L'architecte du Xll' siècle ayant prolongé les collatéraux de chaque côté du clocher-porche, ne pouvait monter une cage en saillie dans une tourelle. 11 prit donc le parti de se rejeter vers l'intérieur du narthex.
La nef se compose de deux larges travées dont les voûtes d'arêtes en briques creuses furent appareillées vers 1845. A la même époque, on perça dans la partie haute des fenêtres géminées en tiers-point au nord et des triplets au sud. Ces voûtes modernes ont remplacé un plafond de bois postérieur au XVL siècle, mais voici comment on peut démontrer l'existence de voûtes d'arêtes au XIL siècle. Les colonnes isolées, de l^lô de diamètre, qui supportent les grandes arcades en tiers-point dépourvues de moulures, se continuent sous la forme d'un demi-cylindre jusqu'à la retombée des voûtes actuelles, suivant une disposition très rare qui se rencontre au XII' siècle, en Angleterre, à la cathédrale d'(Jxford, dans une travée de l'église de Romsey, dans le chœur de l'église de Jedburgh et au XVI^ siècle, dans l'église de Rambercourt- aux -Pots (Meuse . Or. ces supports appareillés n'ont pas été surhaussés, comme le {trouvent les fines marques de tâcherons qui se répètent sur les assises inférieures et supérieures (1 . De même, il est impossible d'admettre que les chapiteaux des colonnes isolées, garnis de masques, de palmettes. de rinceaux et d'une tête d ange, aient été sciés en deux, puis remontés plus haut, car les uns et les autres sont bordés d'un listel soigneusement réserv('' par le
(1) La hauteur des lits varie de 0'"25 à 0'"30.
E. Chauliat, del.
Colonne de la nef.
sculpteur. Le niveau des chapiteaux supérieurs correspond d'ailleurs à celui des chapiteaux du même type englobés dans les piles d'an^'le de la croisée. Leur tailloir crueilorme est parfaitement adapté à la retombée d'un doubleau et des arêtes d'une voùle. tandis qu'il n'aurait aucune raison de correspondre à un arc diaphragme, à une colonne montant sous une ferme de charpente, comme en Normandie, ou à une voûte d'ogives. Le même principe fut applicRu- au plan des sommiers, dans les bas-côtés.
Le carré du transept, dont la voûte d'arêtes en blocage, plus ou moins restaurée, se trouvait sous un clocher de bois recouvert de plomb (1 , était flanqué, au XIL' siècle, de quatre hautes colonnes isolées et appareillées : un segment de leur circonférence aj)paraît dans les piles nord-est et sudest, à l'entrée du chœur. Les voûtes d'arêtes sexpartites des bas-côtés portent l'empreinte de remaniements modernes, mais leurs formerets en tiers-point, ornés d'un boudin, permettent de les comparer à celles de l'église abbatiale de Vézelay, de Saint-Lazare d'Avallon, de Montréal (Yonne), de Saint-Loup-de-Naud, de Champeaux (Seineet-Marne), et des bas-côtés du chœur de la cathédrale d'Autun. Ces voûtes, dont la portée est très large, dénotent une influence champenoise qui s'est également fait sentir à Etampes sur le déambulatoire de Saint- Martin et sur le clocher à quatre pignons de Saint- Gilles, car l'usage de la voûte d'arêtes persista très tard en Champagne. A la naissance de celles du bas-côté sud, on remarque des masques d'hommes et d'animaux qui semblent avoir été incrustés après coup. Faut-il les considérer comme d'anciens corbeaux romans ? Je n'en sais rien, mais ce qui me fait hésiter, c'est que l'un d'eux, dans la première travée, est taillé en trapèze pour mieux s'engager dans le sommier : on y voit une tête surmontée d'un diable qui tire la langue.
(1) Ce cloclier fut démoli en 1793.
Les doubleaux qui séparent les voûtes décrivent une
E. Chanliat, del.
Corbeau sous la première voûte du bas-côté sud.
courbe en tiers-point très surhaussée, mais ceux qui portent le mur occidental du transept ont été renforcés par un arc inférieur, à une époque plus avancée du Xll'" siècle, quand
K. Leièvre-Pontalis, phot.
Notre-Dame d'Étampes.
Bas-côté nord de la nef.
les piles nord-ouest et sud-ouest de la croisée furent entourées de colonnettes. Aux colonnes isolées de la nef correspondent des demi-colonnes engagées dans des dosserets. Les
.ulllltlu. -,
Chapiteau du bas-côté.
E. Chauliat. del.
chapiteaux, dont le relief est peu accentué, se distinguent par des personnages et des masques qui servent à soutenir des rinceaux du meilleur style. Le profil des tailloirs cruciformes (1) se compose d'un listel et d'une baguette entre
(1) On trouve des tailloirs du XIII'' siècle de même plan dans la nef de Saint-Gervais de Pontpoint (Oise).
deux cavets. Toute cette ornementation paraît plus jeune que celle des quatre chapiteaux supérieurs du donjon d'Étampes, dont le tailloir est coupé en biseau. Il en est de même pour les bases, dont les tores peu épais sont reliés par une scotie. Aux angles du socle à double glacis, des tètes d'hommes et d'animaux, très originales, tiennent lieu de griffes.
On remarque à l'extérieur que le mur du bas-côté nord est bâti en blocage et que la seule fenêtre en plein cintre ancienne, encadrée par un boudin continu, s'ouvre dans la première travée du bas-cùté sud. D'ailleurs, l'addition du portail méridional eut j)our conséquence d'aveugler la fenêtre voisine. Une difficulté, qui n'est pas sans analogie avec le cas du porche de Morienval 1) et de Saint-Germaindes-Prés. à Paris, se présente à mon esprit pour restituer le mur occidental primitif des bas-côtés, qui fut reconstruit obliquement au XIII'' siècle. Le culot, orné de petits chevrons et de dents de scie, qui correspond à la colonne et au chapiteau roman de la première travée, les amorces des anciens murs latéraux. sufTiscnt à prouver que le bas-côté nord avait trois travées au XII*" siècle. En effet, il fallait bien accéder à l'escalier du clocher, mais la voûte d'arêtes de cette travée fut remplacée, au début du XIIP siècle, par six branches d'ogives toriques précédées d'un doubleau en tiers-point mouluré, de la même époque. Par une raison de symétrie, le bas-côté sud se prolongeait aussi sur le flanc du narthex, car le tailloir du chapiteau de la première travée se continue sur le pied-droit, à l'entrée d'une chapelle remaniée et voûtée d'ogives au commencement du XIIP siècle.
Ainsi, la construction du narthex. des deux travées de la nef, des trois travées des bas-côtés et des quatre colonnes
(1) E. Lcfèvre-Pontalis : Le plan primitif de l'église de Morienual. dans le BtiUelin Monumental, t. LXXII, 1908, p. 477.
K. Chanliat, cl.<l.
Chapiteau du bas-côté sud.
E. Chauliat, del
Chapiteau du bas-côté nord.
E. Chauliat, del.
Gave du XII'' siècle sous la sacristie.
d'angle de la croisée, se rattache à la première campagne, qui doit coïncider avec la période 1130-1135 environ. Je crois pouvoir attribuer à la même date le gros œuvre du bâtiment qui sert aujourd'hui de sacristie, au nord du transept, et dont la salle souterraine est trop peu connue. C'est une cave presque carrée, recouverte de quatre voûtes d arêtes qui retombent sur le chapiteau fruste dune colonne centrale, entre quatre doubleaux en plein ceintre dépourvus de moulures. Ces arcs s'appuient de l'autre côté sur deux corbeaux profilés en quart de rond : dans l'angle nord-est, l'une des voûtes porte sur un masque. Les deux soupiraux et la porte de l'escalier de descente sont des percements modernes.
Rien ne prouve que cette salle, qui ressemblait à la cave du donjon d'Etampes, ait servi d'ossuaire à l'origine, comme au XVI* siècle. Elle présente un curieux exemple de voùtement, comme deux salles d'une construction romane de Provins, voisine de la place du Châtel. car les architectes gothiques qui firent retomber des ogives sur un pilier central dans une salle capitulaire, ne firent que perfectionner ce système. Au rez-de-chaussée, les voûtes du XVl" siècle, soutenues par des piles à colonnettes prismatiques, furent établies dans une salle plus haute, dont la voûte d'ogives à gros boudin du XIP siècle arrive au niveau d'une corniche à palmettes.
Seconde campagne.
La construction du croisillon nord suivit de près celle de la nef, mais cette partie du transept, recouverte à 1 origine de quatre voûtes d'arêtes, était recoupée en deux vaisseaux parallèles par un massif cylindrique qui fut remplacé par une pile cantonnée de colonnettes, quand on monta les voûtes d'ogives après coup. 11 suffit d'examiner le collage des
14 LES CAMPAGxNES DE CONSTRUCTION
colonnettes dans les angles et au milieu du mur du nord et de l'ouest, pour se convaincre que ces piles ont été relancées dans des maçonneries plus anciennes. Vers le milieu du XU'' siècle, deux fenêtres basses en plein cintre, flanquées de deux colonnettes et encadrées par un cordon en biseau, s'ouvraient à lest comme à l'ouest, mais quand on ajouta un bas-côté double au chœur du côté nord, il fallut démolir la moitié du mur oriental du transept primitif, en conservant une seule baie.
Une autre ])reuve de l'ancien état du croisillon nord, c'est le bandeau biseauté qui passe sous les fenêtres basses occidentales et qui fut coupé par l'archivolte d'une porte en tiers-point percée après coup et par les faisceaux de colonnes correspondant à la retombée des doubleaux et des ogives. Les baies supérieures en plein cintre, qui s'ouvrent dans un mur surélevé, remontent également à la période de la construction des voûtes. Dans le mur de fond, à droite de la porte du XVl'' siècle qui donne accès à la sacristie, on voit un arc en tiers-point du XII*^ siècle rehaussé d'un tore qui est bouché par une pile de date postérieure flanquée de sept colonnettes et par une porte de style flamboyant. Le croisillon sud fut presque entièrement reconstruit à une époque avancée du XIP siècle: son chevet plat primitif ne dépassait pas l'alignement du bas-côté méridional, comme le prouve la plantation d'vm pied-droit du portail latéral aujourd'hui engagé dans le mur du transept.
Troisième campagne.
L'architecte qui remplaça le chœur roman demi-circulaire, vers 1150. par un chevet de trois travées limité par un mur droit, fut le premier qui fit usage de la croisée d'ogives dans l'église de Notre-Dame. Les nervures de la première voûte sont orné'es d'un filet à deux biseaux qui se détache en