L EGLISE DE CHATEL-.MONTAGNE
de lm10 de diamètre, qui rappellent celles de la nef des églises de Besse, de Chauriat et de Saint- Nectaire (Puy-de-Dôme). Ces piles reçoivent deux arcs en plein cintre d'ouverture très inégale, dont le plus étroit est voisin du transept pour mieux contrebuterla croisée. Dans l'hémicycle, six colonnes isolées assez minces soutiennent des arcades de la même forme : leurs chapiteaux, garnis de palmettes, de volutes et d'animaux, sont couronnés par des tailloirs en biseau. Trois fenêtres en plein cintre, encadrées et flanquées d'arcatures, qui s'appuient sur des colonnettes, s'ouvrent autour du chevet, comme dans la plupart des églises auvergnates et de la vallée de la Loire. Les stalles mutilées du chœur, qui peuvent remonter à la fin du XVe siècle, ont' été transportées au musée de Moulins.
L'architecte qui construisit le rond-point fit démolir les deux absidioles du transept, en conservant l'arc en plein cintre qui précédait leur voûte en cul-de-four, suivant une méthode qui fut également appliquée à Saint-Germain-des-Prés de Paris vers 1160. La partie droite du déambulatoire est voûtée en quart de cercle et le doubleau qui retombe sur les grosses piles rondes est voisin de celui qui marque le point de départ du berceau annulaire. Les lunettes qui correspondent aux arcades en plein cintre du chœur et des quatre chapelles rayonnantes pénètrent dans cette voûte, comme celles des baies en plein cintre intermédiaires flanquées de deux colonnettes. Sous les retombées, de fortes colonnes posées sur un bahut encadrent les chapelles voûtées en cul-de-four et éclairées par trois fenêtres en plein cintre à deux colonnettes. Trois chapiteaux en calcaire des baies
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du chevet se font remarquer par la finesse de leurs animaux affrontés.
Le nombre pair des chapelles du rond-point, qui se retrouve à Notre-Dame du Port, à Chamalières, à Orcival (Puy-de-Dôme), c'est-à-dire dans les églises de la région consacrées à la Vierge, comme celle de Châtel-Montagne, suivant la judicieuse remarque de notre confrère M. du Ranquet (1), n'est pas un caractère exclusif de l'école romane auvergnate. Cette particularité se rencontre à Chamalières-sur-Loire, à Saint-Paulien (Haute-Loire) et à Saint-Hilaire de Poitiers où l'on trouve également quatre chapelles, et à Saint-Benoît- sur-Loire où il y en a deux (2).
L'absence de tout document historique sur la reconstruction du chœur rend très difficile à déterminer la date où cet important travail fut exécuté. En effet, l'Auvergne, comme tous les pays de montagne, est une région retardataire. M. du Ranquet a prouvé que l'église de Montpensier (Puy-de-Dôme), dont l'architecture est purement romane, fut bâtie après 1193 (3) et que les Cordeliers qui vinrent s'établir à Clermont en 1248 y firent élever une église romane transformée en poudrière aujourd'hui. On peut donc hésiter à faire remonter à 1180 ou à 1210 environ le chevet de Châtel- Montagne, la coupole et les voûtes en berceau brisé du transept. Néanmoins, je crois qu'il serait imprudent de rajeunir d'une façon systématique les églises de
(1) École romane d'Auvergne, dans le Congrès archéologique de
Clermont, 1895, p. 186.
(2) Par contre, l'église d'Issoire (Puy-de-Dôme) a cinq chapelles autour du chœur et celles d'Artonne, de Saint-Nectaire, de Saint- Myon, de Volvic, près de Clermont, en ont trois.
(3) L'église de Montpensier, dans la Revue d'Auvergne, 1901, p. 253.
E. Lefèvre-Pontalis, phot.
Église de Chàtel-Montagne.
Façade.
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l'école auvergnate où l'arc en tiers-point fait son apparition. A mon avis, le chœur de Châtel-Montagne fut rebâti vers la fin du XIIe siècle.
Le porche, que l'on peut comparer à ceux d'Ebreuil, d'Huriel Allier et de Paray-le-Monial, n'a subi aucune influence de l'architecture religieuse de la Syrie, comme le prétend Viollet-le-Duc (1). L'existence de deux fenêtres en plein cintre bouchées dans le mur occidental des bas-cùtés et le collage de deux arcatures au revers prouvent qu'il fut ajouté après coup. D'ailleurs, son axe. comme celui du chœur, ne coïncide pas avec celui de la nef, ce qui confirme les observations de M. de Lasteyrie sur les déviations qui correspondent à des campagnes distinctes (2).
A l'ouest, on entre sous le porche par trois grands arcs en plein cintre doublés d'arcades beaucoup plus étroites et désaxées qui retombent sur des piédroits : au sud. l'arcade simple, qui fait pendant à celle du nord, est surmontée de quatre arcatures à pilastres. Les quatre contreforts en saillie sur la partie haute de la façade sont reliés par des arcs de décharge en plein cintre, comme au Monastier (Haute-Loire). Au centre, les deux baies jumelles qui éclairent la tribune sont encadrées par des petits fûts et surmontées d'une fenêtre : un rang de billettes passe sous leur appui. Une seule baie s'ouvre sous les autres arcs de décharge et le pignon est orné de deux arcatures. Sous la toiture, on remarque des modillons à copeaux, comme
(1) Dictionnaire d'architecture, t. VII, p. 279 à 282. Notre confrère M. Anlhyme Saint-Paul a fort bien réfuté cette opinion. Cf. Violletle-Duc, ses travaux d'art et son système archéologique, p. 187.
(2) La déviation de l'axe des églises est-elle symbolique ? dans le Bulletin Monumental, 1905, p. 447.
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sur la corniche de la nef et des collatéraux. Malgré l'absence de toute ornementation, cette façade produit un excellent effet par son style robuste et ses heureuses proportions.
La voûte d'arêtes centrale du porche est flanquée de deux berceaux encadrés par des arcs en plein cintre qui retombent sur des piles à grands ressauts et sur des tailloirs en biseau sans retour d'équerre. Le portail en plein cintre du même style présente un double rang de claveaux sans moulures. Au-dessus, la travée centrale de la tribune, voûtée en berceau, s'ouvre sur la net par une grande arcade en plein cintre. Deux arcs de la même forme, qui s'appuient sur deux colonnes engagées, la font communiquer avec des salles latérales voûtées en quart de cercle. On y monte par un escalier moderne établi dans le bas-côté sud.
Les collatéraux sont épaulés par des contreforts et le changement d'appareil déjà signalé se voit nettement dans la partie haute de leurs murs. Les baies inférieures sont encadrées au nord par une moulure en biseau et au sud par un cordon de billettes restauré. Le porche méridional fut collé à l'époque moderne contre un ancien portail qui a conservé son linteau en bâtière et son arc de décharge en plein cintre. Trois arcatures sur pilastres correspondent à chaque travée de la nef et celle du centre est percée d'une fenêtre, suivant une disposition fréquente en Auvergne et qu'on rencontre également à Chamalières-sur-Loire et à Chanteuges dans le Velay.
Le chevet du croisillon sud a été restauré et flanqué d'une sacristie, mais le clocher qui s'élève sur le carré du transept est encore intact avec ses colonnes d'angle. 11 faut signaler sa ressemblance avec celui de l'église
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E. Lefèvre-Pontalis, phot.
Église de Chàtel-Montagne.
Abside.
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de Veauce (Allier). Son mur occidental est plein afin de protéger le beffroi contre la pluie et la neige, suivant un usage habituel dans le Gévaudan et dans les pays de montagne. Sur les autres faces, dont le contrefort central a la forme d'une colonne, on remarque quatre arcatures en plein cintre séparées par des colonnettes. Au-dessus, quatre baies de la même forme sont groupées deux par deux et dépourvues de moulures : la retombée commune de leur archivolte s'appuie sur deux colonnettes jumelles. Avant la Révolution, cette tour était surmontée d'une flèche en pierre de 20 mètres que la municipalité fit démolir pour le prix de 1.400 livres. Les relevés de M. Millet, datés de 1855 (1), prouvent qu'il avait projeté de la rétablir, mais aujourd'hui le clocher se termine par un toit en bâtière conforme à son style primitif.
Au dehors, les quatre chapelles rayonnantes sont épaulées par des contreforts peu saillants, comme k Saint-Menoux. à Saint-Désiré (Allier), à Saint- Nectaire et sur deux chapelles de Notre-Dame du Port et d'Issoire (2). Leur glacis est précédé d'un biseau qui ne se raccorde pas avec le cordon du même genre disposé autour de toutes les fenêtres en plein cintre du chevet. C'est un exemple des maladresses dont les églises romanes offrent tant d'exemples. La partie droite de l'abside haute présente deux
(1) Archives de la Commission des monuments historiques, t. IV, pi. XLI.
(2) C'est une exception à la règle des contreforts à colonnes, dont l'absence se remarque également autour des déambulatoires sans chapelles de Saint-Saturnin (Puy-de-Dôme) et de Veauce (Allier), qui furent peut-être bâtis par le même architecte.
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arcatures jumelles, comme à Notre-Dame du Port et à Issoire, et l'hémicycle supérieur est flanqué de quatre contreforts plats sans larmier. Les modillons à copeaux du déambulatoire, des chapelles et du chœur ont été refaits, ainsi que les antéfixes de tous les
pignons.
Le prieuré de Châtél-Montagne relevait de F abbaye de Cluny, mais sa date de fondation est inconnue. En 1131, une charte d'Aymeri, évèque de Clermont, reconnaît au prieur le droit de présenter à la cure d'Arfeuilles, près de La Palisse (1). Le bullaire de Cluny n'en fait pas mention avant le XIIIe siècle et le registre des visites faites en 1294, 1310 et 1353 y constate la présence d'un prieur et de quatre moines (2), mais en 1501. il fut réuni à l'abbaye bénédictine de Laveine.
On peut donc attribuer la construction de l'église à trois périodes distinctes. Les parties basses de la nef, des collatéraux et du transept doivent remonter au commencement du XIIe siècle. A la seconde campagne, qui peut se placer aux environs de 1150. je rapporte le triforium, les fenêtres et les voûtes de la nef et celles des bas-côtés, ainsi que le grand porche occidental qui n'avait pas été prévu par le premier architecte. Enfin, les voûtes du transept, le chœur avec son déambulatoire et ses chapelles
(1) « Ecclesie de Arfolio que ad Castellum de Monùbus pertinet ». Cf. Bruel: Chartes de l'abbaye de Cluny, t. V, n° 4023.
(2) Bruel : Visite des monastères de l'ordre de Cluny de la province d'Auvergne aux XIII* et XIV* siècles, dans la Bibliothèque de l'École des Chartes, t. XXXVIII, 1877, p. 125; t. LU, 1891, p. 80 et 111. La première visite eut lieu en 1281. Ibid., t. LU, p. 76.
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rayonnantes doivent appartenir à la fin du XIIe siècle et le clocher n'est peut-être pas antérieur aux premières années du XIIIe siècle.
Caen. — Imp. H. Delesques, rue Demolombe, 34.
DU MEME AUTEUR
Monographie de l'église Saint-Maclou de Pontoise, 1888, in-4°, 188 p. et 11 pi., dans les publications de la Société historique de Pontoiseet du Vexin.
Élude historique et archéologique sur la nef de la cathédrale du Mans, dans la Revue historique et archéologique du Maine, r. XXV, 1889.
L'architecture religieuse dans l'ancien diocèse de Soissons au XI et au XII siècle, Paris, Pion, 1894-1896. 2 vol. in-fol., 237 228 p. et civ pi.
L'abbaye de Noirlae (Cher), dans le Congrès archéologique de Bourges, 1900.
Histoire de la cathédrale de IVoyon, dans les Mémoires du Comité historique et archéologique de Noyon, t. XVII,
L'église de Chars (Seine-et-Oise). dans le Bulletin monumental, t. LXV, 1901.
L'église de Fresnay-sur-Sarthe, dans le Bulletin monumental, t. LXVI. 1902.
L'église abbatiale de Chaalis (Oise), dans le Bulletin Monumental, t. LXVI. 1902.
L'église abbatiale d'Évron (Mayenne), dans le Bulletin
monumental, t. LXVII, 1903.
L'architecture gothique dans la Champagne méridionale au XIIIe et au XVIe siècle, dans le Congrès archéologique de Troyes, 1903.
Les façades successives de la cathédrale de Chartres au XIe et au XIIe siècle, dans le Congrès archéologique de Chartres, 1901.
DU MÊME AUTEUR
Le puits des Saints-Forts et les cryptes de la cathédrale de Chartres, dans le. Bulletin monumental, t. LXVII 1903. • '
Nouvelle étude sur la façade et les clochers de la cathédrale de Chartres. Réponse à M. Mayeux, dans les -Mémoires de la Société archéologique d'Eure-et-Loir, t. XIII, 1904.
Les architectes et la construction des cathédrales de Chartres, dans lesMémoires de la Société nationale des Antiquaires de France, t. LXIV. 190o.
Saint-Hilaire de Poitiers. Étude archéologique, dans le Congrès archéologique de Poitiers, 1904.
L'église de Jazeneuil (Vienne), dans le Congrès archéologique de Poitiers, 1904.
Jean Langlois, architecte de Saint-l rbain de Troyes, dans le Bulletin monumental, t. LXVIII, 1904.
Saint-Évremond de Creil. Notice nécrologique, dans le Bulletin monumental, t. LXVIII. 1904.
La cathédrale romane d'Orléans, dans le Bulletin monumental, t. LXVIII, 1904. En collaboration avec M. Jarry.
Le château de Lassay (Mayenne). Étude historique et ^archéologique, dans le Bulletin monumental, t, LXIX, 190&. En collaboration avec M. le marquis de Beauchesne.
Le déambulatoire champenois de Saint-Martin d'Étampes,
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A travée le Beauvaisis et le Valois, dans le Congres
archéologique de Beauvais, 1906.