‹ Collected papersChapitre 48 sur 84 · XI · texte numérisé non relu

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A. Ventre, del.

Église de Morienval.

Plan au XIIe siècle.

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ÉGLISE DK MOIUEXVAI. 69

colonnes surmontées de chapiteaux à palmettes mutilées viennent d'être dégagées. Au nord, l'une des colonnes est seule ancienne.

La nef était recouverte d'un lambris au XIe siècle, mais l'abbesse Anne III Foucault la lit voûter d'ogives en 1652, en même temps que la travée nord du narthex, où l'on voit aussi ses initiales sur la clef de voûte. Ses trois arcades en plein cintre à double rang de claveaux nus retombent sur des piles cantonnées de quatre grosses colonnes. On remarquera la curieuse décoration des chapiteaux, dont la corbeille est garnie de grosses volutes, de pédoncules, de petites palmettes, de masques et de deux chevaux accouplés. Le protil des tailloirs est découpé en biseau: les bases toutes neuves étaient munies au XIe siècle de griffes pointues, moins élégantes que celles d'aujourd'hui.

Les colonnes engagées qui portent les voûtes d'ogives montaient à l'origine jusqu'au sommet du mur, car on en retrouve des demi-tambours dans les combles. Du côté nord, j'ai découvert un de leurs amortissements coniques, car ces fûts jouaient le rôle de contreforts intérieurs. Une fenêtre en plein cintre restaurée s'ouvre dans l'axe de chaque travée. On a repris en sous-œuvre les trois travées du sud au XVIIe siècle : leurs anciens supports furent remplacés par des piles cruciformes, mais les grandes arcades sont encore intactes, ainsi que l'ancienne corniche, dont la tablette est découpée en dents de scie sous la face inférieure. Il faut signaler dans la nef un grand nombre de trous communiquant avec des vases acoustiques.

Le bas-côté nord fut presque entièrement reconstruit, de 1878 à 1880, par M. Selmersheim : tous les chapiteaux de son mur extérieur sont neufs. Ses doubleaux

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en plein cintre surhaussé ne devaient porter qu'un toit en appentis au XIe siècle, suivant une disposition fréquente dans la région, car on voit que la retombée des nouvelles voûtes d'arêtes n'avait pas été prévue. Il en était de même à Saint-Germain-des-Prés, où les piles de la nef étaient semblables à celles de Morienval. Le bascôté sud, remanié au XVIIe siècle, n'offre aucun intérêt. Le carré du transept, dont la voûte à liernes et à tiercerons porte la date de 1652, était encadré au XIe siècle, du côté de la nef, par un arc en plein cintre qui s'appuyait sur des colonnes jumelles engagées dans les piles d'angle et récemment découvertes sous l'enduit, Leurs chapiteaux à palmettes sont couronnés de tailloirs identiques à ceux qui se trouvent sous le clocher-porche. L'extrados de cet arc triomphal porte des petites arcatures en plein cintre, visibles dans les combles, pour alléger les écoinçons. A l'entrée des croisillons, les grands arcs primitifs devaient retomber de chaque côté sur deux colonnes engagées, mais, comme le carré du transept était éclairé directement au nord et au sud par deux fenêtres en plein cintre enfouies sous les toitures, cette partie de l'église formait, à l'origine, une sorte de lanterne recouverte de charpente.

Le croisillon nord, qui ne fut jamais voûté, s'arrêtait au XIe siècle en avant de la chapelle du fond : son lambris en carène porte la date de 1614. M. Selmersheim, qui vient de rétablir l'absidiole en cul-de-four, a retrouvé un morceau de sa moulure d'imposte garni de triangles en creux et de lignes brisées : on Ta replacé à droite de la fenêtre. Cette absidiole avait été démolie au XIIIe siècle pour construire une petite chapelle rectangulaire, dont j'ai vu les restes. Elle était

voûtée d'ogives et son arc en tiers-point mouluré retombait sur des chapiteaux à crochets. La fondation, faite par Pierre de Parvillers et sa femme, en 1240. devait se rapportera cette chapelle plutôt qu'à celle du fond, dont le style accuse le dernier quart du XIIe siècle. Ses ogives en amande s*appuient sur des colonnettes à bague centrale et les formerets en tiers-point encadrent trois fenêtres de la même forme, qui s'ouvrent au-dessus d'élégantes arcatures en plein cintre. L'arc d'encadrement, orné de fines moulures, décrit une courbe en tiers-point très surhaussée.

Le croisillon sud, dont le lambris remonte également à l'année 1614. avait conservé son absidiole qui vient d'être restaurée. On a rétabli le bandeau primitif sous le cul-de-four, à l'aide d'un témoin, mais les motifs déjà signalés sur les tailloirs du XIe siècle ne décorent que le chanfrein, au lieu d'être également appliqués sur le filet. L'accès de l'étage inférieur des tours jumelles de l'abside, qui avait été muré, est maintenant libre. Ces réduits sont voûtés en berceau et celui du clocher sud est éclairé par une fenêtre qui traverse un massif de maçonnerie, ajouté après coup au XIIe siècle. L'architecte qui a construit le déambulatoire n'a pas osé percer leur mur de fond pour les faire communiquer avec cette galerie, par crainte d un tassement.

Le chœur appartient à deux époques différentes. Les murs de sa partie droite, qui avaient été replâtrés au XVIIe siècle, et les amorces de la voûte en berceau dont elle était recouverte remontent au XI' siècle. Le déambulatoire et la première voûte d'ogives, qui est encore intacte, doivent être attribués à une date voisine de 1130. Avant la restauration si consciencieuse

de M. Selmersheim. commencée en 1900 et terminée en 1903, il était difficile de se faire une idée exacte de l'état des parties hautes après les remaniements du XIIe siècle. La discussion que j'ai soutenue avec notre savant confrère. M. Anthyme Saint-Paul, sur l'âge du chevet, en 1897, ne pouvait alors aboutir à des conclusions définitives comme aujourd'hui.

L'heureuse découverte de chapiteaux, de claveaux de nervures et d'autres débris dans le mur nord du sanctuaire permet d'affirmer maintenant que la croisée d'ogives de la travée droite remonte à la même date que le déambulatoire. Ses nervures, ornées d'une arête centrale, de deux boudins et de deux rangs de petites rosaces, convergent sur une clef très curieuse flanquée des animaux symboliques. Les compartiments de remplissage très irréguliers conservent la trace de peintures décoratives du XIIIe siècle. Pour soutenir cette voûte et ses doubleaux en tiers-point, dont le premier est garni de disques empilés, de trois gros tores, de petites rosaces et d'un cordon de perles, il fallut relancer des colonnes dans les murs du XIe siècle. M. Selmersheim a remis en place des témoins de leurs tambours, posés obliquement sous les ogives, et quelques anciens chapiteaux décorés d'aigles affrontés, de feuilles reliées à une tige, de palmettes et d'entrelacs. Ce dernier est surmonté d'un témoin du profil des tailloirs, formé d'une arête entre deux

tores.

La nouvelle voûte en cul-de-four de l'hémicycle, précédée d'un doubleau du XIIe siècle avec méplat entre deux tores, est renforcée par deux nervures garnies d'une arête entre deux boudins, suivant un profil certifié par des témoins. Elle a remplacé cinq branches

EGLISE DE MOItlENVAL lô

d'ogives en amande du XIVe siècle, qui retombaient sur des culs-de-lampe défigurés au XVIIe siècle, quand on avait agrandi les fenêtres hautes du chevet. La preuve de l'existence des deux nervures se déduit du plan des piles, à droite et a gauche de l'axe, qui comportaient une colonne engagée du côté du chœur. Les fouilles ont fait retrouver les débris de leur socle, un de leurs tambours, et surtout la curieuse bague à bâtons brisés de la colonne sud. L'éclairage estobtenu par cinq fenêtres en plein cintre à boudin continu et à glacis en escalier, dont l'archivolte se trouve en pénétration dans la voûte. La première, au nord, était restée intacte, mais les autres devaient correspondre à l'axe des travées. Il faut donc classer la voûte du chevet de Morienval dans la catégorie des plus anciens culs-defour nervés, comme celles du chœur de Parnes et de Chelles (Oise), de Bruyères-sur-Fère et de Berzy-le- Sec (Aisne).

Le déambulatoire communique avec le chœur par quatre arcades d'ouverture inégale, dont les claveaux sont flanqués d'un seul boudin. Les deux plus étroites, au nord et au sud. sont en tiers-point : celle qui se trouve à droite de l'axe décrit une courbe en plein cintre et celle de gauche est légèrement brisée. La nouvelle colonne centrale a remplacé un fût du XVIIe siècle, mais M. Selmersheim a réemployé une partie du socle primitif et il a retrouvé des débris de son chapiteau. Les deux autres supports se composent d'un petit massif cantonné d'une colonne aplatie et de trois colonnettes. A droite, un fragment de socle prouve l'existence de la colonne qui soutient une nervure de la voûte.

La galerie qui contourne l'hémicycle est dépourvue de chapelles rayonnantes, comme à Champagne

i Ardèche). à Saint-Saturnin (Puy-de-Dôme) et à Veauce (Allier), mais ici cette particularité s'explique par la déclivité du terrain qui aurait entraîné des soubassements coûteux. L'inexpérience- de l'architecte du XIIe siècle se trahit dans l'appareil des quatre voûtes d'ogives : leur gros boudin forme queue dans les com: partiments de remplissage, comme dans le bas-côté sud de Saint-Étienne de Beauvais et dans le porche de Saint-Leu-d'Esserent. Dans les deux travées centrales, la clef des nervures n'est même pas dans l'axe du déambulatoire, et les boudins viennent se coller contre les grandes arcades. L'ouverture des petits doubleaux en plein cintre très surhaussé ne dépasse pas 0m65. Leurs claveaux plats, aux arêtes abattues, retombent sur des colonnes engagées, ainsi que les ogives, le boudin des formerets surbaissés et le gros tore qui encadre l'archivolte des quatre fenêtres en plein cintre.

Il a fallu sculpter quatre chapiteaux neufs et en restaurer un cinquième, mais l'ornementation des autres est bien curieuse à étudier. La plupart sont garnis d'entrelacs, de godrons, de petites palmettes, de tiges enchevêtrées: ceux qui représentent des oiseaux affrontés et un cheval sellé méritent d'attirer l'attention, ainsi que les tailloirs décorés de bâtons brisés, de dents de scie, de torsades et de feuilles de fougère. On voit encore quelques bases intactes avec leur scotie entre deux tores, leurs torsades et leurs griffes pointues. Il ne faut pas se laisser impressionner par la sculpture archaïque des chapiteaux pour discuter l'âge de ce rond-point, car ceux des églises de Bury et de Villers-Saint-Paul présentent le même caractère, mais on a le droit de prétendre que le

E. Lefèvre-Pontalis, phot.

Église de Morienval.

Voûte du déambulatoire.

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déambulatoire de Morienval, antérieur à ceux de Poissy. de Saint-Denis et de Saint- Martin-des-Champs, est le plus ancien bas-côté tournant voûté d'ogives encore intact aujourd'hui.

I /église est pavée de pierres tombales. La plus ancienne, qui remonte au XIIIe siècle, est celle de l'abbesse Agnès de Viri. On peut encore déchiffrer les inscriptions des abbesses Jeanne d'Arsonval, Anne de VHlelume et Jeanne V Foucault, qui vivaient au XVIe siècle. La tombe plate d'Anne II Foucault, morte en 1635. fut sculptée à Crépy-en- Valois par Rieul et Billion. Dans le croisillon nord, un gisant du XIIIe siècle représente un chevalier, nommé Florent de Hangesl. vêtu d'un haubert et d'une cotte d'armes, et tenant un écu chargé de coquilles. Les stalles du transept remontent au début du XVIe siècle.

La façade présente une porte sans caractère, dont les vantaux sont du XVIe siècle, et un lourd portail du XVIIe siècle qui s'ouvre dans le bas-côté nord, mais le clocher-porche, qui servit de modèle à celui de l'ésriise voisine d'< )rn»uv. doit être attribué au premier quart dn XIIe siècle. Les baies géminées en plein cintre, percées sur chaque face des étages supérieurs, sont subdivisées par deux arcades secondaires de la même forme, et les colonnettes qui les encadrent reposent sur un bandeau orné de billettes. comme les archivoltes. C'est un véritable prototype des tours romanes, si nombreuses da'ns la région, qui sont ajourées par des baies du même genre. On doit remarquer aussi les colonnettes d'angle, la corniche ornée d'une torsade et d'étoiles en creux. Lue flèche en charpente a remplacé l'ancien toit en bàtière qui s'est conservé à Orrouy. Ce clocher renferme une

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petite cloche de 1525 et une grosse cloche fondue par Simon et Pierre Chéron en 1782.

L'abside du XIIe siècle, flanquée de deux tours du XIe siècle, produit un effet imposant. Entre les fenêtres du déambulatoire, encadrées par deux gros boudins continus et reliées par un cordon de damiers, on voit trois contreforts surmontés d'une grosse colonne, dont M. Selmersheim a rétabli l'amortissement conique. Au-dessous de ces fûts, il faut signaler des petits gables massifs, dont l'un est couronné d'une colombe mutilée, comme sur le pignon du prieuré de Chambly. La corniche inférieure, amorcée du côté nord, se compose de trois rangs de damiers, mais la corniche haute est neuve, comme les fenêtres du chevet, a l'exception de la première baie du nord qui avait conservé son boudin d'encadrement et un fragment de son cordon de damiers.

Le clocher nord, dont la cage est rectangulaire, me semble un peu plus ancien que l'autre tour, bâtie sur plan carré. Le mur de l'hémicycle du XIIe siècle vient buter maladroitement dans l'une de ses petites baies inférieures. Plue haut, chaque face du clocher est percée de deux baies en plein cintre encadrées par deux colonnettes et par un rang de billettes. Cette disposition se répèle aux deux étages suivants, mais, au dernier, les baies s ouvrent entre quatre colonnetl.-s et des fûts superposes décorent les angles de la tour. Une courte pyramide en pierre à quatre pans s'élève audessus de la corniebe a torsade. Il faut signaler des clochers identiques à Rhuis. à Saint-Gervais-de-Pontpoint(Oise), àOulchy-le-Châteauetà Retheu il (Aisne . Le clocher sud, également épaulé par des contretorts cl couronné par une pyramide en pierre, fut

E. LetWre-Pontalis, phot.

Église de Morienval.

Abside.

ÉGLISE DE MOBIEXVAL

rempiété au XIIe siècle. Ses trois derniers étages sont ajourés par des baies en plein cintre à doubles claveaux et à quatre colonnettes, mais l'appareil est plus soigné que dans la tour du nord. Les chapiteaux de ces petits fûts et des colonnetles d'angle sont garnis de volutes et de palmettes. Des billettes se profilent sur les bandeaux intermédiaires, sur les claveaux des baies et snr le biseau des tailloirs: au dernier étage, des baguettes aplaties contournent les archivoltes.

En avant de l'église, un bâtiment du XVIe siècle, qui faisait partie de l'abbaye, est flanqué d'une tourelle polygonale qui renferme un escalier à vis. Sous la grande porte d'entrée, on lit cette inscription gothique:

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Bibliographie. — Cartier: Histoire du duché de Valois, 1764, passim. — Graves: Précis statistique du canton de Crépy-en-Valois, dans Y Annuaire de l'Oise, 1843. — Taylor et Nodier: Voyages pittoresques dans l'ancienne France. Picardie, t. III, pi. xcyii à en. — Darras (Abbé): Essai sur l'église de Morienval, dans le Bulletin de la Société archéologique de Soissons, t. II. p. 112. - Viollet-le-Duc : Dictionnaire d'architecture, t. III. p. 341, et t. VIII, p. 204. - Pécheur (Abbé): Annales du diocèse de Soissons, passim. — Peigné- Delacourt : Cartulaire de l'abbaye de Morienval, 1876. — Pihan (Chanoine): Esquisse descriptive des monuments historiques dans l'Oise, p. 517. — Gonse: L'art gothique, p. 56. — Anthvme Saint- Paul: Discussion archéologique sur les dates de l'église de Morienval. dans les Mémoires du Comité archéologique de Sentis, 1893, p. 48. — Poissy et Morienval, dans les Mémoires de la Société historique de Pontoise, t. XVI. p. 1.

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