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L'ABBAYE DU MONCEL ÉTUDE ARCHÉOLOGIQUE

L'abbaye du Moncel, au diocèse de Beauvais, près de Pont-Sainte-Maxence, semble avoir séduit les historiens (1) plutôt que les archéologues, mais comme elle présente un type remarquable d'un monastère de Clarisses au XIVe siècle, j'avais été heureux de la faire visiter l'automne dernier aux membres de la Société française d'archéologie, grâce à l'aimable obligeance de M. Corpet qui en conserve les bâtiments avec le plus grand soin. Pour répondre au désir de nos confrères, je vais décrire les restes de cette abbaye, fondée par Philippe le Bel, au mois d'avril 1309 (2),

(1) Bibliographie. — Gallia christiana, t. IX. col. 852-856. — Collection Aftorty, à la bibliothèque municipale de Senlis, t. XI, p. 596 et t. XX. — Nécrologe transcrit en 1743 par Philippe-Charles Gallande, chanoine de Sainte-Geneviève. Ce manuscrit appartient à M. Corpet, au Moncel. — Graves : Précis statistique du canton de Pont-Sainte-Maxence, dans l'Annuaire de l'Oise 1834, 3e partie, p. 55 60. — L. Fautrat: L'abbaye du Moncel, dans les Mémoires du Comité archéologique de Senlis, 1891, p. 1-24. - Petit : Notice descriptive du canton de Pont-Sainte-Maxence, 1894, p. 30-33.

(2) Gallia christiana, t. X. Instr., col. 270.

l'abbaye du moxcel

près du château royal de Fécamp.sur le domaine du chevalier Rémi, bailli de Senlis. Les trois fils du roi confirmèrent sa donation, mais quand Charles le Bel mourut en 1328, les constructions n'étaient pas achevées.

Philippe de Valois et sa femme Jeanne de Bourgogne se firent les bienfaiteurs de Y abbaye, en contribuant à l'achèvement de l'église. Le 17 juillet 1336 (1), la reine vint installer douze Clarisses sorties des maisons de Saint-Marcel de Paris, de Lono-champs et de Provins. Elles étaient assistées de douze sœurs de l'Hôtel-Dieu de Paris. Le cardinal Guy de Bologne consacra l'église sous le titre de Saint- Jean-Baptiste, le 27 mars 1337 (2). Jeanne de Bourgogne offrit aux religieuses, à cette occasion, une croix d'or rehaussée de pierreries, un calice et une châsse contenant des reliques de sainte Marcelline. Le roi était alors en résidence au château de Fécamp adossé à l'enclos de l'abbaye. Il en subsiste encore deux tours du XIVe siècle, en hémicycle au nord et fermées à la gorge par un mur droit qui borde la route de Pont-Sainte-Maxence à Verberie. Les salles intérieures sont voûtées par une croisée d'ogives aux arêtes abattues. Au sud, on voit quatre gargouilles mutilées, qui représentent des chimères, et deux fenêtres hautes rectangulaires divisées par un meneau.

La première abbesse, Pernelle de Troyes, qui prit sa retraite en 1344, obtint de Philippe de Valois l'autorisation de surélever les murs de clôture, encore

(1) Cet ordre, fondé en Italie par sainte Claire, en 1212, compta près de 900 maisons dont les plus anciennes en France furent celle de Troyes, fondée par Thibauld VII, comte de Champagne, et celle du faubourg Saint-Marcel, à Paris, fondée en 1289.

(2) Gallia christiuna, t. X, col. 853.

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intacts aujourd'hui: leur chaperon, amorti par un tore, est formé de quatre lits d'assises. Le roi lit capter à ses frais, dans des tuyaux de plomb, une source assez éloignée. Les religieuses purent acquérir la cure de Pontpoint en 1364, mais ruinées par la guerre de Cent ans, elles furent obligées de vendre leur autel enrichi de pierreries et se retirèrent à Compiègne en 1369. pour y séjourner plus d'un an. Les inventaires de 1371 et de 1424, copiés par Afforty, prouvent que le trésor et la bibliothèque de l'abbaye renfermaient des reliquaires, des joyaux et des manuscrits de grande valeur.

L'église venait d'être restaurée par l'abbesse Philippe de Luxembourg, morte en 1522, quand elle fut ravagée par un incendie dans la nuit du 31 mai au 1er juin 1526, sous l'abbatiat de Jeanne Cossart qui avait fait bâtir l'infirmerie. Grâce aux dons généreux de Robert et de Charles de Croy,évêque de Cambrai et de Tournai, et de son frère Philippe, l'abbesse Charlotte de Croy put réparer le portail, la chapelle Saint-Jacques, les vitraux dont l'un représentait l'histoire de Job, la charpente et la flèche centrale (1). Le 23 juillet 1542, Antoine Le Tonnelier, évêque de Damascène, célébra une nouvelle dédicace de l'église (2). Les stalles furent posées treize ans plus tard, car on lit la date de 1555 sur l'un des panneaux ornés d'arabesques et retrouvés par M. Corpet sous la charpente des dortoirs. L'obituaire constate que les bâtiments monastiques avaient été également atteints par le feu. L'abbesse Philippe

(1) Nécrologe, 21 février. Ces travaux étaient terminés le 1er juin 1541.

(2) Ibid., 8 avril.

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de Pellevé (1568-1607) éleva le logis abbatial à l'angle nord-ouest, puis elle fit réparer la flèche et les toitures de l'église endommagées par une tempête. En 1709. Louis XIV donna aux religieuses le château royal de Fécamp : vers la même époque. 300 livres furent affectées aux restaurations du chœur.

Nicolas-François Prévost, architecte à Senlis, se rendit acquéreur de l'abbaye le 3 novembre 1792, au prix de 60.000 livres, pour le compte de Jean Renaud, percepteur à Pont-Sainte-Maxence. Une des clauses de l'acte de vente stipulait que l'église serait affectée à des usages profanes. Elle fut démolie en 1795, mais un dessin qui appartient à M. Corpet conserve au moins le souvenir de sa nef unique, voûtée d'ogives, dont les fenêtres méridionales, remaniées au XVIe siècle, s'ouvraient entre des contreforts. Le transept, épaulé au sud par un contrefort central, devait être divisé par une colonne intermédiaire au milieu de chaque croisillon, comme à Saint- Jean-aux-Bois et au Lieu-Restauré (Oise). Le chœur à pans coupés était recouvert de nervures qui rayonnaient autour d'une seule clef. La façade occidentale, percée d'une grande verrière à trois meneaux, se terminait par un large pignon. Une flèche en charpente s'élevait au milieu du comble.

Le plan primitif de l'abbaye du Moncel comprenait un grand cloître bordé au sud par l'église, à l'est par la salle capitulaire et deux autres pièces, au nord par le réfectoire, à l'ouest par la cuisine et une vaste salle. Les deux dortoirs occupaient le premier étage, au nord et à l'orient.

Les caves, longtemps utilisées par un marchand de vins en gros, furent commencées vers 1310 et n'ont

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subi aucun remaniement. Elles sont voûtées à l'est par un berceau surbaissé de 9m 50 de portée, parallèle aux bâtiments, et à l'ouest par des berceaux transversaux qui se cont rebutent mutuellement et qui retombent sur des murs de refend. Vers l'angle nord-ouest, les caves, voûtées d'ogives, sont divisées par des colonnes et des piliers. Au nord, sous le réfectoire, les neuf piles intermédiaires octogones des deux galeries parallèles reçoivent quatre nervures très saillantes, aux arêtes abattues, qui viennent s'appliquer sur les supports dépourvus de chapiteaux, en descendant jusqu'au niveau du socle à seize pans. Les doubleaux et les formerets surbaissés s'appuient, du côté du mur extérieur, sur des culots frustes. Toutes les baies d'aération ont été remaniées. Sous l'escalier des dortoirs, au nord-est, des voûtes surbaissées sont portées sur des murs transversaux, puis une seule pile isolée, du type déjà décrit, reçoit quatre voûtes d'ogives.

La seule galerie du cloître encore intacte longe le réfectoire au nord, mais elle n'est pas antérieure au XVIIe siècle : sa charpente, en forme de carène renversée,sélève au-dessus d'une série d'arcades en plein cintre, qui retombent sur des piles massives. Comme on n'aperçoit aucune amorce d'ogives sur les murs, il est certain que les galeries du cloître primitif n'étaient pas voûtées; d'ailleurs, le bandeau qui portait les chevrons primitifs se voit encore au revers du mur du réfectoire. Le seul témoin du XIVe siècle encore intact est le lavabo qui devait alors se trouver près de la porte du réfectoire : c'est une auge renflée, longue de 2m 74 et ornée de quatre masques dont l'un servait de bonde. Une de ces figures porte une coiffe, deux autres se distinguent par leurs cheveux bouffants.

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retenus par un cercle d'orfèvrerie : le style des tètes

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E. Chauliat, del.

Masques du lavabo.

se rapporte bien à l'époque de l'achèvement de l'abbaye sous Philippe de Valois. C'est l'un des plus

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anciens exemples de cette forme de lavabo, car ceux de l'abbaye de Saint- Wandrille, des musées de Douai et d' Aix-en-Provence ne remontent qu'au XVIe siècle. En commençant la description des bâtiments du côté de l'est, il faut étudier tout d'abord l'unique salle voûtée du monastère, transformée en écurie.

E. Chauliat, del.

Plan du chartrier.

Elle devait servir de chartrier ou de trésor. Pour y pénétrer, il fallait franchir une porte en plein cintre, à doucine continue, et une porte en tiers-point séparées par un couloir dont la voûte en quart de cercle porte l'escalier qui descendait du dortoir à

l'église.

Au centre de la salle, un pilier sans chapiteau reçoit les nervures toriques à filet saillant de quatre voûtes

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