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L ABBAYE DU MONCEL

d'ogives, dont les clefs sont décorées de têtes au milieu de feuillages, comme les médaillons extérieurs des chapelles rayonnantes de Notre-Dame de Paris.

E. Chauliat, del.

Clef de voûte du chartrier.

[.es compartiments de remplissage sont bien appareillés. Les quatre doubleaux en lancette ont le même profd que les nervures. L'épaisseur anormale de leur boudin, dont le diamètre est de 0ra15, me fait supposer que la grande chapelle méridionale de l'église voisine de Saint-Gervais de Pontpoint est l'œuvre du

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Abbaye du Moncel.

Pilier et ogive du chartrier.

Kir ni: archéologique 11

même architecte, car on y remarque un tore identique sur les ogives. Les formerets en tiers-point élancé se relient directement aux trois colonnettes groupées dans les angles et aux cinq fûts engagés au milieu de chaque côté.

Le pilier central octogone, plus ou moins enterré, est flanqué de huit boudins qui correspondent aux ogives et aux doubleaux. suivant un système déjà signalé dans les caves du nord. Or, la construction de ces piles se place nécessairement entre les années 1310 et 1337, date de la consécration de 1 église. C est donc l'un des plus anciens exemples de la fusion des moulures des voûtes d'ogives avec les colonnettes d'une pile qui caractérise le style gothique flamboyant. Sans doute cette disposition, qui entraîne la suppression des chapiteaux, existait en germe en France (1) dès le XIIe siècle, comme le prouvent les boudins continus des fenêtres de l'abside à Morienval et de beaucoup de portes et de baies romanes dans les églises de la Normandie, de l'Ile-de-France ou de la Bourgogne (2). Jean Langlois, architecte de Saint- Urbain de Troyes. en avait fait un usage précoce dans les piles du chœur de cette église entre 1262 et 1265. mais tous les supports du XIVe siècle qui présentent cette curieuse particularité méritent d'être signalés. Le chartrier était éclairé, à l'est, par deux

(1) En Angleterre, le boudin continu apparaît, dès la fin du XIe siècle, à la cathédrale de Gloucester, sur les formerets qui soutiennent les voûtes d'arêtes des chapelles rayonnantes et autour des fenêtres des absidioles du transept.

(2) Cf. E. Lefèvre-Pontalis : Les influences normandes dans le nord de la France, dans le Bulletin Monumental, t. LXX, 1906, p. 27.

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fenêtres encadrées par une doucine. qui ne s'ouvrent pas dans l'axe des formerets: on distingue encore des amorces de leur remplage et la trace de leur meneau

La salle capitulaire, recouverte d'un plafond de bois dont les poutres portaient sur des corbeaux frustes et sur un masque, communiquait avec le cloître par une porte en tiers-point et par deux baies qui s'ouvraient au-dessus d'un bahut. Leur boudin continu, qui se relie à une doucine, est intact, mais leur remplage rayonnant a disparu. Les trois fenêtres orientales présentaient la même disposition : leur meneau central, dont il reste un témoin, soutenait deux arcs trilobés et un trèfle.

\ la suite s'étendent des salles non voûtées dont les poutres sont étayées, mais à l'angle nord-est une colonne isolée, à chapiteau nu. posée sur une base octogone, soulage une sablière du plafond (1), comme dans le réfectoire du nord qui conserve cinq colonnes avec chapiteaux à tailloirs hexagones (2). Les socles à six et à huit pans se distinguent par une large scotie. Cette vaste salle, dont la porte d angle en tiers-point s'ouvrait sur le cloître, à côté de celle qui fermait l'escalier des dortoirs, est recoupée par un mur moderne. On a bouché ses larges baies en tierspoint à doucine continue.

La chaire du réfectoire est bordée dune balustrade moderne, mais sa plate-forme saillante, finement moulurée, n'a pas été mutilée. La baie en tiers-point

(1) C'est une disposition très rare, qui doit avoir été appliquée dans plusieurs donjons où il n'en reste plus aucune trace.

(2) Les poteaux intermédiaires sont modernes.

E. Chauliat, del.

Abbaye du. Moncel.

Chaire du réfectoire.

ÉTUDE ARCHEOLOGIQUE

qui l'encadre et celle qui s'ouvre dans l'escalier sont bordées par deux tores avec gorge intermédiaire qui se réunissent en pointe au niveau de l'appui, comme

E. Chauliat. del.

Fenêtre au fond de la chaire.

dans les fenêtres des absides de Taverny (Seine-et- Oise) et de la cathédrale de Baveux. On y monte par un escalier droit ménagé dans l'épaisseur du mur et recouvert de larges dalles, comme un triforium

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gothique. Deux baies sont percées dans le mur du fond. La première était encadrée par une archivolte en tiers-point polylobée qui a disparu : la seconde, au fond de la chaire, est rectangulaire et bordée de tores : son meneau central soutient deux petits arcs à sept lobes (1). Le trèfle de l'écoinçon central a des lobes en pointe et les angles supérieurs du remplage sont évidés.

Au nord-ouest, les bâtiments monastiques ont été transformés en habitation moderne, mais la cuisine occidentale, dont le plafond de bois porte sur deux colonnes isolées à chapiteaux nus et à tailloirs octogones, est encore intacte. Au fond de la grande cheminée flanquée de deux colonnes, une belle plaque, ornée de six fleurs de lis, représente saint Jean-Baptiste en prières. L'inscription suivante fait connaître la date et le nom des donatrices :

16 LES SŒVRS MARIANNE MICHELLE TOVRMANTE 92

Dans le même bâtiment, entre la cuisine et le mur du sud, une vaste salle, qui a servi d'hôpital militaire après la Révolution, est coupée par une cloison moderne et divisée par six colonnes, hautes de 4m38. à chapiteaux nus sous des tailloirs hexagones, qui portent des poutres anciennes. Ainsi toutes les salles du rez-de-chaussée, sauf celle du chartrier. n'étaient pas voûtées. Il est vrai que les Clarisses faisaient vœu d'extrême pauvreté et que Philippe le Bel les avait autorisées à prendre tout le bois nécessaire à la construction du monastère dans les forêts de Cuise

(1) Le tombeau de levêque Guillaume de La Marche, mort en 1302. à la cathédrale de Wells (Angleterre), est encadré par des arcatures du même genre.

E. Lefèvre-Pontalis, phot.

Abbaye du Moncel.

Salle du rez-de-chaussée à l'ouest.

et d'Halatte, comme en témoigne la charte de fondation datée de 1309.

Le dortoir, qui occupe tout le premier étage du bâtiment oriental, a perdu son aspect primitif, depuis qu'un faux plancher a été établi au niveau du bandeau qui passe sous les enlraits de la charpente, mais le comble n'a subi que des remaniements sans importance vers le sud. Cette charpente unique en France, qui venait detre terminée en 1337. est caractérisée par ses chevrons portant ferme, comme celles d'une salle de l'évèehé d Auxerre. du château de Scnlis et du château de Sully-sur-Loire (1). Les treize fermes maîtresses, qui mesurent il mètres à la base et 8m90 de hauteur, se composent chacune de deux arbalétriers, d'un entrait et d'un poinçon octogone dont le socle et la partie haute sont carrés. Un entrait retroussé marque le niveau d'un grenier dont le plancher n'a jamais été posé, mais qui était éclairé par des baies carrées percées dans le pignon nord, au-dessus de deux fenêtres en plein cintre. Deux sous-faites et des croix de Saint-André assemblées à mi-bois maintiennent le sommet des fermes dans un plan vertical, comme dans la charpente de Saint-Ouen et delà cathédrale de Reims, refaite après l'incendie de 1481 (2).

Deux entraits retroussés maintiennent l'écartement des chevrons portant ferme, où viennent s'assembler deux jambes de force et deux esseliers. comme dans les arbalétriers. On ne voit aucune trace de clous sur toutes ces pièces de bois. Il faut en conclure que les bardeaux en chêne, qui auraient formé un berceau à

(1) Viollet-le-Duc : Dictionnaire d architecture, t. III, p. 26 et Si.

(2) Ibid.. t. III, p. 16 et 19.

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sept pans au-dessus du dortoir, ne furent jamais posés. On compte cinq chevrons, espacés de 0m52, entre les maîtresses fermes, dont le déversement est peu accentué, malgré le défaut de pannes.

Ce dortoir, éclairé par des fenêtres latérales en plein cintre très rapprochées, renferme deux larges niches en tiers-point à doucine continue et communiquait au sud avec l'église par un escalier. On y montait par un escalier droit qui se trouve dans l'angle nord-est du cloître et qui desservait également le grand dortoir du nord. Sa charpente, encore intacte, présente des dispositions identiques au-dessus du faux plancher, mais les niches et les fenêtres percées dans les murs sont modernes. Le bâtiment occidental, dont le premier étage est recoupé par des cloisons, conserve également une belle charpente du

XIVe siècle.

Une de ces légendes archéologiques, qu'il est presque impossible de déraciner, s'attache aux charpentes de l'abbaye du Moncel, comme à d'autres œuvres des charpentiers du moyen âge en France et en Angleterre. On répète qu'elles sont faites en bois de châtaignier, d'autant plus que les araignées n'y tissent pas leurs toiles (1). Cette dernière particularité tient uniquement à ce fait que les bois de brin et non de sciage, équarris à la hache et dépourvus de leur aubier, sont extrêmement sains : les mouches ne sauraient donc y trouver aucun trou de ver pour déposer leurs œufs. Quant à la nature du bois, on peut affirmer que

(1) Notre confrère, M. René Fage, m'assure que les combles en châtaignier des maisons du Limousin sont remplis de toiles d'araignées comme les autres.

des châtaigniers droits, capables de fournir des poutres de 9 à 11 mètres de longueur, n'existent pas dans les forêts de la région (1).

Viollet-le-Duc a parfaitement reconnu que tous les anciens bois de charpente, dits de châtaignier, étaient débités dans du chêne à mailles serrées. « Leurs caractères particuliers, dit-il, sont ceux-ci : égalité de grosseur d'un bout à l'autre des pièces ; peu d'aubier, Tissu poreux, soyeux, iil droit, absence presque totale de nœuds, de gerçures, rigidité, égalité de couleur au cœur et à la surface, couches concentriques fines et égales, légèreté, ce qui tient probablement à leur sécheresse (2 ». Toutes ces qualités se retrouvent dans les charpentes du Moncel qu'il ne connaissait pas. L'éminent architecte fait encore observer que les pièces de bois accusent des arbres âgés de soixante à cent ans et qu'elles ne sont pas refendues, ce qui les empêche de se gercer, comme si le cœur était à

découvert.

Mais il se trompe quand il ajoute : « Il est certain que l'on possédait encore au moyen âge et jusqu'au XVIIe siècle une essence de chênes parfaitement droits, égaux de la base aux branches supérieures et très élevés, quoique d'un diamètre assez faible. Evidemment, nos forêts ne produisent plus de ces bois ». Or. les chênes de cette espèce n'ont pas disparu. C'est l'essence qui forme, dans la forêt de Compiègne, la

(1) La plupart deviennent trapus, comme en Limousin, notamment, dans les forêts de Montmorency et de Carnelle : seuls quelques arbres de cette espèce, plantés par les moines du prieuré de Saint-Nicolas de Courson, près de Saint-Jean-aux-Bois, sont de

belle venue.

(2) Dictionnaire d'architecture, t. II, p. 214.

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plus grande partie des jeunes futaies et des plus vieilles, comme celle des Beaux-Monts : j'en ai remarqué d'autres spécimens dans les forêts d'Halatte et de Gamelle. Leurs troncs droits et sans nœuds ressemblent à des colonnes dont le diamètre ne varie pas de la base au sommet : leurs glands ronds et très petits, leur port élégant suffisent aussi à les distinguer de ces chênes trapus aux formes tourmentées, que les artistes ont souvent reproduits.

Les bâtiments monastiques sont épaulés à l'est, au nord et à l'ouest par des contreforts dont le larmier central se relie à un bandeau. Les fenêtres en tierspoint, à doucine continue, du chartrier et de la salle capitulaire conservent des débris de leur remplage tréflé. mais celles du réfectoire sont bouchées. A l'extérieur, la chaire du réfectoire et son escalier ajourés par trois baies font une saillie rectangulaire, comme à l'abbaye de Royaumont. Le pignon nord du dortoir oriental, divisé par un contrefort central qui correspond aux poinçons de la charpente, est percé de quatre baies rectangulaires superposées. Au-dessous, on voit deux baies en tiers-point garnies de bancs de pierre à l'intérieur. Du même côté, l'ancien lavoir du couvent est encore utilisé aujourd'hui. Le tuyau cylindrique en pierre d'une cheminée de l'aile de lest est intact, mais ceux des deux cheminées de l'ouest méritent d'attirer l'attention par leur forme et leur date certaine. Montés sur des souches rectangulaires qui se rétrécissent au niveau du toit par des glacis latéraux surmontés d'un larmier, ils ressemblent à deux colonnes jumelles séparées par un dosseret à deux pointes. Aux angles de leur socle, des griffes en forme de volutes vont rejoindre la base moulurée :

E. Chauliat. del.

Abbaye du Moncel.

Tuyaux de cheminée.

l'une des cheminées a perdu le bandeau de feuillages de son couronnement.

A l'extérieur, il faut également signaler le pignon à

E. Chauliat, del.

Pignon à gradin d'un dortoir.

douze gradins qui surmonte le mur de refend entre les deux dortoirs du nord et de l'est. On en voit un autre

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sur un bâtiment isolé au sud. Chaque gradin est amorti par un tore flanqué de deux grands et de deux petits cavets, comme dans les pignons à escalier de l'hôtel de ville de Noyon. Après ceux du clocher à quatre pignons d'Eméville (Oise), que j'ai déjà signalés et qui remontent au XIIIe siècle (li, les pignons à gradins du Moncel, antérieurs à ceux de Saint-Martin-aux-Bois et du château de Pierrefonds, doivent être considérés comme les ancêtres de ceux qu'on voit bâtir encore aujourd'hui dans les villages du Soissonnais. Une discussion très intéressante, à laquelle j'ai pris part au Congrès archéologique de Gand. a prouvé que les pignons à gradins ont apparu sur les bords du Rhin et en Belgique dès l'époque romane, et je suis d'accord avec notre confrère M. Bals, ancien bourgmestre de Bruxelles, qui explique leur origine par une nécessité de construction. Pour remplir le triangle formé par les arbalétriers d'une charpente, il faut nécessairement faire décrocher les lits d'assises d'un pignon les uns sur les autres. C'est un procédé à la fois économique et pratique, qui évite l'usage des dalles toujours prêtes à glisser sur les rampants.

Entre l'abbaye du Moncel et le village de Pontpoint. au hameau de Saint-Paterne, s'élève un curieux manoir du XIVe siècle, transformé en ferme. M. Graves suppose que c'était la chancellerie de la maison royale

(1) Les clochers du XIIIe et du XVIe siècle dans le Beauvaisis et le Valois, dans le Congrès archéologique de Beauuais, 1905, p. 601 et pi., p. 602.

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