L. Saliez, del
Saint-Paul de Narbonne.
Coupe du déambulatoire.
çant une seconde galerie de circulation entre le chœur et le déambulatoire, qui communiquent clans chaque travée par deux arcades superposées.
Le porche occidental fut bâti vers la fin du XIV'
siècle, mais le clocher rectangulaire qui le surmonte est resté inachevé depuis Tannée 1508, époque où les nouveaux remparts vinrent s'adosser à la façade de l'église. La porte entiers-point bouchée à la même date était encadrée par des colonnettes et par deux arcatures de la même forme : leur tympan conserve les amorces de deux arcs trétlés et d'un quatre-lobes aveugle.
Au nord, on aperçoit deux arcs-boutants en quart de cercle établis après coup, qui partent d'une énorme culée pour venir buter sur un contrefort à ressaut. Malgré leur lourde apparence, ils ne sont pas antérieurs au XIVe siècle, car l'un d'eux correspond à la première pile de la nef. Ainsi l'architecte du XIIe siècle n'avait pas épaulé les voûtes d'ogives du vaisseau central, en commettant la même imprudence qu'à Saint-Etienne de Beauvais, à Bury, à Cambronnc. et à La Villetertre (Oise). Sur la troisième travée du bas-côté s'élève un énorme clocher de la tin du XIIe siècle, qui était ajouré par des baies en tiers-point simples au premier étage et géminées au second étage. La partie supérieure de la tour, qui renferme une cloche de 1666, donnée par Jeanne Gravilhon, veuve de Jérôme Camasach, fut refaite au milieu du XVIIIe siècle.
Le portail en plein cintre de la quatrième travée se trouve sous un porche très remanié. Son linteau repose
sur deux corbeaux mutilés et sur deux colonnes dont Tune est en marbre. Il faut encore signaler, au nord, deux grands arcs du XIIIe siècle, en saillie sur les deux dernières travées de la nef et sur le croisillon nord, pour porter un chemin de ronde qui devait jouer un rôle défensif.
Du côté sud, on retrouve les mêmes arcs en encorbellement et deux arcs-boutants qui ne sont pas primitifs. Un grand clocher latéral correspond à celui du nord : ses contreforts larges et peu saillants ne forment pas de retrait aux angles. Les baies du premier étage sont en plein cintre et celles du second en tiers-point. On a remplacé le portail roman de la quatrième travée par un affreux porche classique. L'escalier d'angle du croisillon sud, placé dans une tourelle hexagone, fut remonté au XIIIe siècle.
L'abside est la seule partie de l'église qui présente un caractère artistique à l'extérieur. Chacune des chapelles rayonnantes est épaulée par quatre contreforts en forme de colonne. Leurs chapiteaux, ornés de crochets, de feuillages, de monstres affrontés, servent de point d'appui à des arcatures en lancette ou surbaissées, qui franchissent l'angle rentrant entre les chapelles. Cette disposition, qui se retrouve à l'abside de la plupart des grandes églises gothiques normandes, comme à Saint-Etienne de Caen et à la cathédrale de Bayeux, permit à l'architecte de recouvrir les chapelles d'un toit à trois pans coupes, qui vient buter contre le mur de fond du passage intérieur. La corniche inférieure se compose dun rang de corbeaux moulurés.
A l'extérieur, la galerie de circulation est dépourvue de contreforts, mais on voit un arc de décharge en
■;. Lefèvre-Pontalis. phot.
Saint-Paul de Narbonne.
Détail d'un tombeau du cloître.
SAINT-PAUL DE NARBONNE l'A
tiers-point au-dessus des fenêtres à meneau, el les modillons de la corniche sont biseautés sur leurs faces latérales. Les baies hautes du chœur, séparées par des contreforts, s'ouvrent également sous un arc de décharge, et une corniche à modillons marque le niveau des combles, comme sur le transept. Il y a donc trois étages de toitures au chevet de l'église.
Vu nord du transept s'élevaient les bâtiments monastiques et le cloître roman dont les arcades en plein cintre retombaient sur des colonnettes. Sa galerie méridionale, reconstruite et transformée en sacristie, abrite deux tombeaux arqués du XII'' siècle (1), dont l'un est tout à fait remarquable. Au-dessus d'un sarcophage en auge, flanqué de colonnettes d'angle, huit abbés, taillés en demi-relief dans une plaque de marbre, encadrés dans des niches cintrées et vêtus d'une longue chape, se tiennent debout, les deux mains posées sur une crosse à volute en spirale. Vers la droite, un évêque bénissant se détache entre deux colonnettes torses. Le personnage central, plus grand que les autres, est un archevêque, car il porte le pallium : en outre, il se distingue par sa mitre triangulaire et l'arcature en cintre brisé qui l'encadre. Vêtu d'une aube et d'une chasuble en pointe, bordée d'un large galon, il porte une étole pattée à franges et donne la bénédiction de la main droite. C'est une erreur de croire que l'artiste a voulu représenter à ses côtés les suffragants de l'archevêché de Xarbonne.
(1) Le premier enfeu serait celui de Géraud de Jonquières, prévôt de Saint-Paul, mort en 1204.
Ce curieux bas-relief est encadré par un arc en plein cintre, dont la riche décoration rappelle celle des portails de la Saintonge ou du Poitou. Les trois rangs de claveaux en marbre blanc sont garnis d*un rinceau à palmettes alternées, puis d'oiseaux affrontés qui becquètent des feuilles d'acanthe ou des fruits, au milieu de tiges entrelacées. Le sculpteur les a figurés tantôt la tête en haut, tantôt la tête en bas. Un cordon de palmettes contourne ces motifs d'excellent style.
On a tort de prétendre que cette archivolte, qui n'est pas antérieure à la seconde moitié du XI 1L siècle, devait faire partie d'une porte romane. Ce qui est certain, c'est que le bas-relief de l'archevêque et des abbés est plus ancien que l'enfeu, mais ses caractères archaïques ne doivent pas induire en erreur les archéologues qui connaissent les deux tombes en demi-relief du cloître d'Elne, sculptées par Raimond de Biaya, au commencement du XIIIe siècle.
L'archevêque qui se trouve au centre porte un large pallium, comme celui qui est figuré sur le sceau de Guillaume de Champagne, archevêque de Sens (1169- 1177) (1). Sa chasuble ressemble à celle de Philippe, évêque de Rennes (1179-1182) (2), et sa mitre triangulaire doit être comparée à celles d'Hugues, évêque d'Auxerre, en 1144 (3), de Pierre, évêque de Sisteron, en 1168, et de Lantelme, évêque de Valence, en 1186 (4). On remarquera les galons perlés qui contournent la mitre et qui relient le bord à la pointe : ce n'est
(1) Demay : Le costume d'après les sceaux, p. 289, fig. 365. (2)Ibid.. p. 287, fig. 362.
(3) Ibid., p. 270, fig. 332.
(4) Blancard : Iconographie des sceaux conservés dans les archives des Bouches-du- Rhône, pi. i.xxvm, n° 7, et lxxxi, n" 5.
K. Lefévrc-Pontalis, phot.
Saint-Paul de Narbonne.
Motifs arqués d'un tombeau.
pas un signe d'archaïsme 1 . Quant à la mitre cornue portée par les abbés, on la voit apparaître sur les sceaux de Thibaut, évêque de Paris (1143-1157), de ses successeurs, Pierre Lombard (1159-1160) et Maurice de Sully (1160-1196) (2). M. Demay en donne d'autres exemples entre 1160 et J 170 (3). Michel de Mouriès, archevêque d'Arles (1203-1217), portait la mitre à deux cornes; son successeur, Hugues Beroald, ne l'abandonna pour la mitre triangulaire qu'en 1225. M. l'abbé Sabarthès n'a pu identifier le nom du défunt. Après avoir songé à l'abbé Pierre III, mort en 1221, dont il a retrouvé l'épitaphe, il a reconnu que les dimensions de sa pierre tombale ne concordaient pas avec celles du bas-relief qu'on ne peut d'ailleurs attribuer au XIIIe siècle. Il fait observer que le premier abbé de Saint-Paul, qui devint archevêque de Narbonne, se nommait Guifred et mourut en 1079. Son successeur, Pierre, s'empara du siège de Narbonne par la force (4). Quoi qu il en soit, cette pierre provient d'une tombe d'archevêque. Si le nom du personnage doit rester inconnu, les figures et l'ornementation de l'enfeu exciteront toujours le plus vif intérêt.
(1) Cf. le sceau d'Arnoul, évèque de Lisieux, en 1170. Demay, op cit., p. 296, fig. 372.
(2)Ibid., p. 296, fig. 371. — Arch. nat., L., 892, n- 7, et S., 2142, n" 14.
(3) Demay, op. cit., p. 272, fig. 335; p. 289, fig. 365, et p. 296, fig. 372.
(4) Etude historique sur l'abbaye de Saint-Paul de Narbonne, p. 69 à 74.
Caen. — Impr. H. Delesques. rue Demolombe. 34.
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Portail royal cTÉtampes
(Portail méridional de l'église Notre-Dame)
XII Siècle