‹ Collected papersChapitre 65 sur 84 · II. | ' <";.-% ' 'H'i · texte numérisé non relu

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E. Chauliat. del.

Manoir de Saint-Paterne.

Façade nord.

de Fécamp, voisine de l'abbaye (1), mais ce domaine faisait partie du fief de l'abbaye de Saint- Symphorien de Beauvais. La petite chapelle de Notre-Dame de Prcsle ou de la Paix, à l'angle nord-ouest de l'enclos, fut bâtie au XIVe siècle, comme le prouvent sa fenêtre en tiers-point encadrée par une doucine continue et sa niche extérieure tréflée. Sa toiture l'ut restaurée, en 1660, par les soins de Philippe Poulet, maréchal de camp, seigneur du fief, qui fit ouvrir une porte dans le mur du nord: on y monte par un escalier.

Les bâtiments qui bordent la cour présentent un excellent type de l'architecture civile du moyen âge. La porte d'entrée, dont l'arc en cintre surbaissé avec cordon mouluré est intact, s'ouvre au nord en face d'un corps de logis épaulé par des contreforts. La salle du premier étage conserve une cheminée et quatre fenêtres à meneau cruciforme : deux arcs trèfles se détachent en faible relief sur leur linteau àjoint central, suivant une disposition appliquée à la maison romane de Saint-Gilles-du-Gard (2).

Le bâtiment de l'est renferme une longue salle dont la charpente ressemble beaucoup à celle des dortoirs du Moncel. Elle se compose de sept fermes principales avec entraits et poinçons octogones séparés par cinq chevrons portant ferme. Des jambettes et des esseliers donnaient au comble la forme d'un berceau à sept pans coupés, car des clous sont plantés dans tous les bois. Auprès du poinçon, deux jambes de

(1) Précis statistique du canton de Pont-Sainte-Maxence, dans l'Annuaire de lOise, 1834, p. 60.

(2) Revoit : Architecture romane du midi de la France, t. III. pi. v.

22 l'abbaye du moncel

force venaient s'assembler dans un sous-faîte pour soulager la poutre faîtière.

Cette salle renfermait au sud une cheminée, mais il n'en reste plus que les deux corbeaux qui portaient la hotte. Elle est encore éclairée sur ses quatre faces par dix fenêtres à linteau tréflé. Des bancs sont ménagés dans leur ébrasement et le meneau central présente deux renflements percés d'un trou qui recevait le verrou des volets, comme à la Grange-aux-Dîmes de Provins. L'excellent dessin de M. Chauliat me dispense de décrire en détail l'élévation de la façade nord en bordure de la route. A gauche, lune des baies du rezde-chaussée a été remplacée par un œil-de-bœuf du XVIIe siècle. Un glacis accuse la base du pignon soutenu par un contrefort central et ajouré par deux fenêtres en tiers-point dont le meneau sert d'appui à deux arcs trèfles et à deux quatre-feuilles surmontés d'un troisième. Le comble de la grande salle se trouvait ainsi largement éclairé.

La valeur archéologique de ce manoir dérive de sa charpente et de ses quinze fenêtres à meneau cruciforme, encore intactes, appareillées vers le milieu du XIVe siècle. Or, des fouilles faites au pied des remparts de Sens, en 1903. ont ramené au jour le fragment d'une épaisse croisée de pierre gallo-romaine à feuillure qui est déposé aujourd'hui au Musée lapidaire (1). 11 faut donc reculer l'origine du meneau cruciforme dans l'architecture civile. Notre confrère, M. Enlart, en a dessiné deux exemples du XIIIe siècle, dans une

(1) Cf. Dr Moreau : Fenêtre à meneau et à croisillon de l'époque gallo-romaine, dans les Mémoires de la Société archéologique de Sens, 1904.

fenêtre du château de Boulogne et dans une baie du palais des comtes de Champagne à Provins (2). J'en signalerai d'autres un peu plus jeunes dans l'aile méridionale de l'ancien évèché de Beauvais, bâtie en même temps que les deux tours de la porte, en 130(5. La trace de la traverse horizontale est bien visible.

(2) Manuel d'archéologie française, t. II, fïg. 75 et 77. — Sur l'origine antique des fenêtres à croisée, voir une note du même auteur dans le Ihill. de la Société des Antiquaires de France. 1904, p. 102.

Gaen.— Impr. H. Delesques, rue Demolonibe, 34.

Dl MEME M TEUR

Étude historique et archéologique sur la nef de la cathédrale du Mans, dana la Revue historique et archéologique du Maine, t. XXV. 1889.

L'architecture religieuse dans l'ancien diocèse de Soissons au XV et au XIT siècle. Paris, Pion, 1894 1896. 2 vol. in-fol., 237 228 p. et civ pi.

L'abbaye de Xoirlae (Cher), dans le Congrès archéologique de Bourges, 1900.

Histoire de la cathédrale de Xoyon. dans les Mémoires du Comité historique et archéologique de Nogon, t. XVII.

I/éfflise de Chars (Seine-et-Oise). dans le Bulletin monumental, t. LXV. 1901.

L'église de Fresuay-sur-Sarthe, dans le Bulletin monumental, t. LXVI. 1902.

L'église abbatiale de Chaalis (Oise), dans le Bulletin Monumental, t. LXVI. 1902.

L'église abbatiale d'Évron (Mayenne), dans le Bulletin monumental, t. LXVII. 1903.

L'architecture gothique dans la Champagne méridionale au XIIT et au XYP siècle, dans le Congrès archéologique de Trot/es. 1903.

Les façades successives de la cathédrale de Chartres au XIe et au XIT siècle, dans le Congrès archéologique de Chartres, 1901.

Le puits des Saints-Forts et les cryptes de la cathédrale de Chartres, dans le Bulletin monumental, t. LX"\ II,

Nouvelle étude sur la façade et les clochers de la cathédrale de Chartres. Réponse à M. Mayeux. dans les Mémoires de la Société archéologique d'Eure-et-Loir, t. XIII; 1904.

DU MEME AUTEUR

Les architectes et la eonstruetion des cathédrales de Chartres, dans \e& Mémoires de la Société nationale des Antiquaires de France, t. LXIV, 1905.

Saint-IIilaire de Poitiers. Étude archéologique, dans le Congres archéologique de Poitiers. 1904.

L'é.srlise de Jazeneuil (Vienne), dans le Congi-ès archéologique de Poitiers, 1904.

Jean Lanfflois. architecte de Saint-Urbain de Troyes. dans le Bulletin monumental, t. LXVIII. 1904.

Saint-Évremond de Creil. Notice nécrologique, dans le

Bulletin monumental, t. LXVIII, 1904.

La cathédrale romane d'Orléans, dans le Bulletin monumental, t. LXVIII. 1904. En collaboration avec M. Jaruy.

Le château de Lassay (Mayenne). Étude historique et archéologique, dans le Bulletin monumental, t. LXIX. [905.

En collaboration avec M. le marquis de Beaucuesne. Le déambulatoire champenois de Saint-Martin d'Étampes,

dans le Bulletin monumental, t. LXIX. 1905-. Les dates de Saint-Julien de Brioude, dans le Congrès

archéologique du Puj/, 1905..

L'éfflise de Cliâtel-Montagne (Allier), dans le Bulletin

monumental, t. LXIX. 190.).

A travers le Beauvaisis et le Valois, dans le Congres

archéologique de Béarnais, 1906.

Les influences Normandes au XI' et au XIIe siècle dans

le nord de la France, dans le Bulletin monumental.

t. LXX. 19U6.

Les clochers du XIIIe et du XVIe siècle dans le Beauvaisis

et Le Valois, dans le Congrès archéologique de Beaurais,

Comment doit-on rédiger la monographie d'une église ?,

dans le Bulletin Monumental, t. LXX. 1906. Les origines des ffâbles, dans le Bulletin Monumental,

t. LXXI. 1907.

Saint-Paul de Xarbonne, étude archéologique, dans le

Congrès archéologique de Curcassormc et Perpignan,

l'Ait

Eugène LEFÈVRE-PONTAL1S,

DIRECTEUR DE LA SOCIÉTÉ FRANÇAISE d'aRCHÉOI.OGIK,

MEMBRE DU COMITÉ DES TRAVAUX HISTOHIQUES

ET DE LA SOCIÉTÉ DES ANTIQUAIRES DE FRANCE

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HENRI DELESQUES, IMPRIMEUR-ÉDITEUR

34, rue Demolombe, 34

DU MEME AUTEUR

Études sur la date de léfflise de Saint-Germer. dans la Bibliothèque de l'Ecole des Chartes, t. XLVI. 1885. et le Bulletin monumental, t. LU, 1886.

Étude sur le chœur de l'église Saint-Martin-des-Champs à Paris, dans la Bibliothèque de l'École des Chartes, t. XLVII. 1886.

Monographies des églises d'Épone, d'Hardricourt, de Juziers, de Meulan, de Triel et de Gassicourt, dans le Bulletin de la Commission des antiquités et des arts de Seine-et-Oise, t. V. VI, VII et VHI, 1885 à 1888.

Étude historique et archéologique sur l'église de Parayle-Monial, dans les Mémoires de la Société éduenne, 2e série, t. XIV, 1886.

Croix en pierre des XP et XIIe siècles dans le nord de la France, dans la Gazette archéologique, 1885.

Étude sur les chapiteaux de l'église de Chivy (Aisne), dans

la Gazette archéologique, 1887.

Notices archéologiques sur les églises de Santeuil et de Gonesse, dans les Mémoires de la Société historique de Pontoise et du Vexin, t. X et XL 1886 et 1887.

Monographie de l'église de Villers-Saint-Paul (Oise), dans

les Mémoires de la Société académique de l'Oise, t. XIII. 1886.

Notice archéologique sur l'église Saint-Gervais de Pontpoint (Oise), dans les Mémoires du Comité archéologique de Senlis, 1887.

Étude, sur la date de la crypte de Saint-Médard de Soissons,

dans le Congres archéologique de Soissons, 1887.

Étude archéologique sur l'église de la Madeleine de Châteaudun, dans le Bulletin de la Société danoise, t. V,

Monoffraphie de l'église Saint-Maclou de Pontoise, 1888, in-4°. 188 p. et 11 pi., dans les publications de la Socictr historique de Pontoise et du Vexin.

SAINT-PAUL DE NABIIÛNl

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Eugène LEFÈVRE-PONTALIS,

DIRECTEUR DE LA SOCIÉTÉ FRANÇAISE d'aBCHBOLOGIB,

MEMBRE DU COMITÉ DES TRAVAUX HISTORIQUES

ET DE LA SOCIÉTÉ DES ANTIQUAIRES DE FRANCE

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CAEN

HENRI DELESQUES, IMPRIMEUR-ÉDITEUR

34, rue Demolombe, 3 +

Extrait du Compte-rendu du LXXllh Congrès archéologique

de France, Tenu en 1906, a Carcassonne et Perpignan.

L'histoire de l'abbaye de Saint-Paul de Narbonne est beaucoup mieux connue depuis la publication de l'ouvrage si bien documenté de M. l'abbé Sabarthès (1), mais l'étude architecturale de l'église reste encore à faire. C'est un édifice très original, dont la nef a subi des remaniements successifs et difficiles à expliquer. Je n'ai pas la prétention d'en rédiger une monographie : je voudrais seulement la décrire avec soin, en montrant comment elle se distingue des autres églises du midi de la France par ses piles, ses voûtes, ses galeries de circulation, et en recherchant les influences dont elle porte la trace.

M. P. Thiers (2) a bien établi que cette collégiale s'élève sur l'emplacement d*un cimetière antique qui

(1) Étude historique sur l'abbaye de Saint-Paul de Narbonne. Narbonne, Gaillard, 1893, in-8», 403 p.

(2) Notes sur les sarcophages chrétiens de l'église et du cimetière Saint-Paul, dans le Bulletin de la Commission archéologique de Narbonne, t. I, 1893, p. 388.

4 SAIXT-PAVL DE NARBONNB

se trouvait au bord de la voie Domitia. comme les fouilles de 1840 eu ont donné la preuve. Cette nécropole a fourni les sarcophages chrétiens conservés sous le porche occidental de l'église 1 ) et une inscription du VIIe siècle gravée sur la tombe du prêtre Adroarius. On a continué à y enterrer des corps jusqu'à la Révolution : les bâtiments de l'hospice en recouvrent la plus grande partie. Le culte de saint Paul fut célébré en ce Heu dès une époque très reculée, mais il est téméraire d'affirmer qu'une colonnette de marbre à cannelures torses, découverte en 1870 à l'extérieur du porche occidental était un débris du ciborium élevé sur son tombeau. Guillaume Hulard. prêtre bénéficier de la collégiale, qui écrivait entre 1334 et 1364. suppose que le sarcophage fut retiré dune confession primitive et enterré dans l'église en 409. au moment de l'invasion des Vandales. Cet auteur, dont le curieux manuscrit se trouve à la bibliothèque de Narbonne. est la meilleure source à consulter pour 1' histoire de la collégiale, avec la Chronique de Saint-Paul, transcrite par Dom Estiennot (2) : ses dates extrêmes sont comprises entre 890 et 1575.

La plus ancienne mention de l'abbaye, fondée en dehors des remparts, au delà du pont sur l'Aude, dans le lieu dit ad Albolas, remonte à l'année 782. A cette époque, le comte Milon, qui avait usurpé ses biens, fut condamné à les restituer (3). En 911, Arnould.

(1) Edmond Le Blant : Sarcophages chrétiens de la Gaule, n"

(2) Bibl. nat., latin 12770. Cette chronique est publiée dans Dom Yaissette : Histoire générale de Languedoc, nouvelle édition, t. V,

(3) Gallia christiana. t. VI. Instrumenta, col. 1.

archevêque de Narbonne, donne à l'abbé Savari les églises de Saint-Amans et de Saint-Baudile, à Biza-

net (1). Ainsi l'existence du monastère au VIII' siècle n'est pas douteuse. On connaît le texte de trois épitaphes carolingiennes qui se trouvaient dans l'église primitive: l'une fait mention du grand sacristain Bernard (2). Les caractères archéologiques de la net' permettent d'attribuer ses plus anciennes travées, non pas au XIe siècle, comme l'a écrit M. l'abbé Sabartbès, mais plutôt au dernier quart du XIIe siècle: seule la pile nord-ouest de la croisée doit être antérieure à cette époque. Les travaux de reconstruction de l'église devaient être terminés vers la tin du règne de Louis VII, car l'abbé Imbert fut inhumé dans le chœur en il<85.

Au commencement du XIIIe siècle, les deux dernières travées de la nef lurent reprises en sous-œuvre, leur tril'orium fut transformé et continué dans les croisillons ; enfin, on ajouta la cinquième chapelle latérale du bas-côté nord. Est-ce un incendie ou l'effondrement des voûtes qui décida l'abbé Roubaud à rebâtir le chevet au XIIL siècle, car le chœur du XIL siècle, aussi large que l'abside gothique, n'avait pas besoin d'être agrandi ? La première pierre fut posée en grande pompe, au mois de janvier 1224 (3), en présence des consuls de la ville, comme le prouve l'inscription suivante, en lettres onciales, qui porte le n° 227 dans le catalogue du Musée de Narbonne :

(1) Gallia christiana, t. VI. Instrumenta, col. 14.

(2) Do m Vaissette : Histoire de Languedoc, l. V. Inscriptions, nos 22, 26 et 49 .

(3) A Narbonne, l'usage de commencer l'année à Noël prévalut jusqu'à la fin du XIII'' siècle. Cf. G. Saige : Les juifs du Languedoc, p. 155 et 200.

Cette inscription, dont les mots sont mal séparés. n'est pas d'accord avec un passage de la Chronique de Saint-Paul, qui fixe la fondation du chœur au mois d'avril 1229 (1), mais Dom Estiennot a bien pu lire m ce xxix au lieu de mccxxiv. Je suis d'avis de donner la préférence au document lapidaire. D'ailleurs, la date de 1224 s'accorde avec deux faits historiques. L'abbé Pierre III. mort en 1221. dont M. l'abbé Sabarthès a retrouvé l'épitaphe au château de Cérame, près de Lézignan. avait fait d'importantes fondations (2). Son successeur, l'abbé Roubaud, originairo de Pavie. vit son élection contestée. Comme il s'était absenté de son monastère en 1222 , le pape Honorius 111 lui enjoignit de revenir à Narbonne. dans une lettre écrite à l'archevêque Arnauld II Amauri, le 21 décembre de la même année (3). Il eut donc le temps de réunir des ressources avant de faire ouvrir le chantier.

Comment faut-il interpréter les mots diruta tecta refecit? Je ne puis admettre que la nef était encore recouverte de charpente en 1224, car le plan des piles du XIIe siècle prouve que les colonnes étaient disposées pour recevoir des voûtes d'ogives. Il est probable que le feu avait détruit plusieurs voûtes en même

(1) « Anno m ce xxix, tempore Pascal!, fuit primo ineoeptum opus eccleske nova- Sancti Pauli Narbonae. Dominus abbas dicta; ecclesiœ cum processione clcricorum ipsius ecclesiœ posuit in dicto opère primum lapidem praesentibus eonsulibus et universitate burgi Narbonse ». Cf. Dom Vaisselle : Histoire de Languedoc, t. V, col. 40.

(2) Étude historique sur l abbaye de Saint-Paul de Narbonne.

(3) Gallia christiana, t. VI. col. 140.

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temps que les toitures. Avant d'être élu évêque de Pavie, eu 1232. l'abbé Roubaud restaura donc son

église, tout en faisant activer les travaux du chevel pendant huit ans.

La translation du sarcophage de saint Paul qui se trouvait dans une chapelle rayonnante, le 25 juillet 1265,

a dû coïncider avec l'achèvement du chœur (l).Le chroniqueur désigne son emplacement par ces mets: rota chori, qu'il ne faut pas traduire par : un cercle de dalles noires, comme divers auteurs l'ont proposé, mais plulùt ainsi: dans le rond-point. Le 10 octobre 1359, d'après les Bréviaires narbonnais, ou 1369, suivant la Chronique de Saint-Paul, ces reliques furent déposées entre les colonnes du maître-autel (2). L'abbé Guiraud 1", mort le 20 janvier 1277, fut inhumé dans le sanctuaire (3). La chronique fait mention d'un grand incendie, le 26 décembre 1368 (4) : les voûtes de la nef s'écroulèrent, car elles ne sont pas antérieures à cette date. On se mit aussitôt à l'œuvre pour réparer ce désastre et pour agrandir l'église, en y ajoutant un porche, deux travées occidentales et plusieurs chapelles latérales. Ces travaux ne furent terminés qu'au XVe siècle.

(1) « mcci.xv. Eodem anno xxv julii fuit translatas tumulus sancti Pauli Narbonae de rota chori ad columnas altaris majoris per virtutem Dei et magnum miraculum ». Don. Vaisselle : Histoire de Languedoc, t. V, col. 42.

(2) « Anno m<:cclxIX die x, mensis octobris, corpus beati Pauli fuit positum supra columnas in quibus aune est ». Ibid..

col. -Mi.

(3) Gallia christiana, t. VI, col. 148.

(4) « Anno m.xclxvih, die xxv, mensis decembris fuit magna destructio ecclesiœ S. Pauli Narbona- propter ignem ». Don, Vaissette : Histoire de Languedoc, t. V, col. 46.

Au commencement du XVIe siècle, on voulut élever un clocher sur le porche occidental. Plus tard, six piles de la nef furent entourées d'un massif circulaire pour les consolider, et l'abbé Tristan de Clermont remania la dernière chapelle du bas-côté sud vers 1534. Il faut encore mentionner le don fait par la ville de Xarbonne, en 1545, de dix tapisseries d'Aubusson, qui représentaient des scènes de la vie de saint Paul. De 1753 à 17Ô5. on répara le clocher nord, avant de l'exhausser d'un étage (1). En 1827. on fut obligé d'étrésillonner la nef par trois arcs en pierre. Une pile du chœur fut reprise en 1847. Enfin, en 1906, notre confrère M. Nodet a rétabli le remplage et les balustrades des galeries de circulation qui contournent le déambulatoire.

Des fouilles permettraient sans doute de reconstituer le plan de l'église antérieure à celle du XIIe siècle, qui se composait d'une nef, de deux bas-cotés, d'un transept non saillant et d'un chœur dont la forme n'est pas facile à déterminer: deux clochers s'élevaient sur les collatéraux. Au XIIIe siècle, le plan de l'édifice subit une première modification, par suite de la reconstruction du rond-point flanqué de cinq chapelles rayonnantes; puis, dans le dernier tiers du XIVe siècle, l'allongement de la nef, qui comprend aujourd'hui cinq travées, porta la longueur de l'église à 82 mètres, y compris le porche occidental. Ce porche

(1) Sabarthès (L'abbé) : Étude historique sur l'abbaye de Saint- Paul de Narbonne, p. 78 et 79.

H. Nodet, del

Plan de Saint-Paul de Narbonne.

esl voûté d'ogives ornées d'un filet en saillie sur un tore: ses deux baies latérales et son portail extérieur en tiers-point furent murés vers 1508, au moment où Louis XII fit agrandir l'enceinte de Narbonne, mais la porte en lancette qui donne accès dans l'église a conservé ses dix consoles à feuillages du XI V( siècle et ses voussures finement moulurées.

Les deux premières travées de la nef sont également postérieures à l'incendie de 1368. Elles furent recouvertes au XV' siècle d'ogives toriques assez fines, avec listel saillant. Le mur de fond porte les armes de l'abbé Bonnaire, mort en 1458, et la clef de voûte en étoile de la seconde travée, celles de Louis d'Harcourt. archevêque de Narbonne (1452-1459), comme M. l'abbé Sabartbès l'a fait remarquer (1). Au nord, la première pile ronde encore intacte, flanquée de quatre colonnes à cbapiteaux moulurés, supporte deux arcades en tiers-point, garnies de trois tores et de six baguettes. La pile correspondante, du côté sud, est englobée dans un gros pilier cylindrique du XVIe siècle. Les baies supérieures, tréflées au nord et divisées par un remplage flamboyant au midi, s'ouvrent au-dessus d'une galerie de circulation encadrée, comme dans l'église de Lamourguier, par les profondes voussures des formerets : une balustrade pleine remplace l'ancienne, qui se composait de petites arcatures tréflées. Ce passage, que l'école gothique du Midi a pu emprunter aux écoles gothiques de la Bourgogne ou de la Normandie, se retrouve dans les cathédrales d'Albi, de Bordeaux, de Barcelone et de Gérone.

(1) Étude historique sur l'abbaye de Saint-Paul de Narbonne. p. 21.

10 SAlVI-l'AlL DE NARBONNE

Malgré certaines apparences, il est évident que la nef du XIIe siècle comprenait au moins quatre travées. Parmi les raisons qui ne permettent pas de placer la façade primitive au droit de la seconde pile, il faut signaler l'existence de trois colonnettes du XIIe siècle entre la seconde et la troisième chapelle latérale du nord et du sud, sous la retombée d'un doubleau et de deux ogives. On peut donc affirmer que le mur occidental des bas-côtés s'élevait plus loin avant l'incendie de 1368. Comme la seconde pile du nord conserve à l'est un groupe d'anciennes colonnes, j'ai supposé que le pilier correspondant, refait également au XVIe siècle, renfermait un noyau identique. Ces deux supports sont reliés par un arc surbaissé qui joue le rôle d'étrésillon et qui est orné de l'écu de la famille de Pierrepertuse, d'après M. l'abbé Sabarthès(l). Les deux galeries du triforium communiquent ainsi par un véritable pont.

Passons à la troisième travée, dont la voûte d'ogives fut refaite au XIV' siècle. Ses grandes arcades en tiers-point, à claveaux nus. remontent au XIIe siècle et s'appuient au nord sur une pile de la même époque noyée dans un support cylindrique au XVIe siècle. Au sud, la seule pile primitive bien conservée, dont la valeur archéologique est capitale, se compose d'un massif cruciforme cantonné de quatre colonnes et de quatre colonnettes. Ses curieux chapiteaux représentent des damnés dévorés par des monstres. Un listel, un petit boudin et un cavet se profilent sur les tailloirs qui formaient bague autour des trois colonnes

(1) Étude historique sur l'abbaye de Saint-Paul de Narbonne, p. 45.

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engagées vis-à-vis de la nef: les bases sont cerclées par un tore aplati. Le plan de ces piles, si fréquentes dans les premières églises gothiques du nord de la France, comme à Saint-Étienne de Beauvais, et dont j'ai expliqué la filiation normande (1), prouve bien que la nef était voûtée d'ogives au XII' siècle. Les formerets retombaient sur l'angle du dosseret. Les chapiteaux supérieurs sont ornés de feuillages qui portent l'empreinte du style roman.

Ainsi l'architecte qui construisit la nef de Saint- Paul de Narbonne, vers 1180, voulut imiter ce qu'il avait vu dans le Beauvaisis -ou ailleurs, mais il se révéla comme un véritable novateur en disposant au-dessus des grandes arcades un triforium qui se continue dans la quatrième travée. Cette petite galerie, recouverte de dalles.se compose, dans chaque travée, de six arcades en plein cintre, sans moulures, qui retombent sur des colonnettes en délit, dont les chapiteaux sont garnis de feuillages et les tailloirs de pointes de diamant. Le mur de fond était percé de trois baies en plein cintre, aujourd'hui bouchées comme la plupart des arcatures, suivant une disposition qui se retrouve, avec une légère variante, dans la nef de Saint-Leu-d'Esserent (Oise), au XIIIe siècle. C'était donc non seulement un triforium précoce, comme celui du transept de la cathédrale de Noyon, mais un embryon de claire-voie. Du côté sud, les colonnettes du triforium furent remplacées, au XVIe siècle, par des fûts octogones dans la troisième travée, dont les baies hautes sont aveuglées. Il faut signaler

(1) Les influences normandes au XIe et au XII siècle dans le nord de la France, dans le Bulletin Monumental, t. LXX, 1906, p. 7.

dans la nef d'anciennes croix de consécration flanquées de Fa et de l'w. du soleil et de la lune.

Dans son ensemble, la quatrième travée appartient au XIIe siècle, car elle conserve ses grandes arcades en tiers-point dépourvues de moulures et son triforium roman, comme la précédente; mais, au nord, le faisceau de colonnettes qui la séparait de la cinquième travée fut remplacé au XIIIe siècle par un pilier rond flanqué de quatre colonnes, semblable à ceux de la cathédrale d'Amiens. Cette reprise en sous-œuvre fut habilement exécutée. Au sud, la pile correspondante à huit colonnes du XIIe siècle fut noyée dans un massif cylindrique au XVIe siècle, mais ses chapiteaux romans sont encore visibles. Le troisième étrésillon moderne, qui a la forme d'un arc surbaissé, relie les deux supports en traversant la nef. La fenêtre du nord, à remplage llamboyant, est une œuvre du XVe siècle, ainsi que la baie voisine. Quant à la voûte d'ogives, elle fut refaite après l'incendie de 1368. comme la suivante, qui conserve un quatre-lobes à

la clef.

La cinquième travée est l'une des plus intéressantes parce qu'elle fut l'objet d'une seconde campagne de travaux, vers le commencement du XIIIe siècle. Comme le bandeau mouluré, qui passe sous la galerie de circulation, se raccorde avec celui des travées précédentes, il faut bien admettre que ses grandes arcades sont primitives, d'autant plus que leurs claveaux nus retombent à l'est sur une pile du XIIe siècle, mais le triforium est plus jeune. Ses trois arcs en tiers-point sont subdivisés par deux arcades secondaires de la même forme, dépourvues de boudins, qui s'appuient sur des colonnettes. Des feuillages ou des monstres

affrontés se détachent sur les chapiteaux surmontés de tailloirs à pointes de diamant. Cette étroite galerie est recouverte d'un glacis à l'extérieur : ses petites voûtes en berceau brisé, parallèles à la nef. s'appuient sur des arcs en tiers-point. Comme elle est plus ou moins aveuglée, M. Nodet se propose de la rétablir dans son état primitif. Plus haute que le triforium roman de la troisième et de la quatrième travée, elle se continue sur la face occidentale du transept. Le second architecte prit également le parti de percer dans le mur de fond trois fenêtres en tiers-point sous un arc de décharge. Toutes ces dispositions sont anormales dans une église gothique du Midi au XI 1P' siècle, mais on peut en citer un autre exemple dans l'église du Vignogoul (Hérault), commencée vers 1211 (1). qui possède un triforium formé d'arcatures tréflées, comme à la cathédrale de Narbonne.

Les deux premières croisées d'ogives du bas-côté nord et le doubleau intermédiaire en tiers-point, à quatre boudins, remontent au XIVe siècle, comme les chapelles latérales correspondantes qui sont voûtées de même et séparées par un faisceau de colonnettes engagées. Des quatre-feuilles viennent s'emboîter dans la rosace de la seconde chapelle. La troisième travée est recouverte d'une voûte d'ogives torique du XIIe siècle et communique avec une chapelle polygonale du XVe siècle, surmontée de six nervures prismatiques. La voûte d'ogives suivante, au revers d'une porte romane, est une œuvre du XIIe siècle: un bandeau mouluré de la même époque, appliqué sur le mur

(1) Emile Bonnet: Antiquités et monuments du département de l'Hérault, p. 518.

extérieur, relie les tailloirs des colonnes engagées en passant sous un oculus gothique. Dans la dernière travée, les nervures ne sont pas antérieures au XIIIe siècle, comme la chapelle latérale rectangulaire voûtée d'ogives. L'arc brisé qui l'encadre retombe à droite sur un dosseret du XIIe siècle flanqué de deux colonnes, et à gauche sur une pile arrondie du XIIIe siècle où deux colonnes viennent s'engager.

Dans le bas-côté sud, les voûtes d'ogives et les chapelles latérales des trois premières travées, qui sont éclairées par des roses garnies de petits quatre-lobes, furent construites au XIVe siècle, d'après le caractère de leur style, mais M. l'abbé Sabarthès a distingué, sur les clefs de voûte de la première et de la seconde chapelle, les armes des abbés Thomas de Saint-Bonnet (1528-1530) et Tristan de Clermont, mort en 1534, qui peuvent indiquer une restauration. La troisième chapelle est encadrée par deux groupes de trois colonnes engagées du XIIe siècle, comme dans l'autre collatéral. Il faut en conclure que la seconde travée des bas-côtés avait été amorcée à cette époque. La quatrième voûte d'ogives, à gros boudin, doit être attribuée au XIIe siècle. Au-dessus de la porte latérale, le bandeau qui se relie aux tailloirs se décroche.

Le tore aminci appliqué sur les nervures de la dernière voûte indique une œuvre du XIIIe siècle, et la chapelle latérale correspondante s'ouvre entre trois colonnes du XIIe siècle et une pile ronde du XIIIe siècle, flanquée de trois colonnes. L'un des chapiteaux, garni de dragons affrontés, est une réplique de celui qui se trouve sous l'avant-dernier doubleau de la nef, du côté nord. Cette chapelle du XIIIe siècle fut divisée au XVIe siècle en deux parties par un mur de refend

qui porte deux voûtes d'ogives inférieures et une tribune construite pour la famille de Fontaines, dont

les armes se détachent sur une clef de voûte : on y accède par un escalier. Ainsi l'œuvre du XIIe siècle disparaît presque entièrement dans la nef et les bas-côtés sous des remaniements du XIIIe. du XIVe et du XVI siècle. L'existence de quatre anciennes croisées d'ogives dans les collatéraux permet d'affirmer que la nef était voûtée de même. L'église de Saint-Paul de Narbonne fut donc un des premiers édifices gothiques de la région.

Le transept est voûté par trois croisées d'ogives du second quart du XIIIe siècle, qui furent appareillées en même temps que celles du chœur. Un tore aminci entre deux baguettes se profile sur les nervures. La pile carrée, flanquée de quatre colonnes, qui se trouve à l'angle de la nef et du croisillon nord, n'était pas destinée à recevoir des branches d'ogives. Il faut donc la rattacher à une campagne dont il reste bien peu de traces et qui a précédé celle de la reconstruction de la nef au XIIe siècle. Le noyau de la pile sud-ouest, reprise en sous-œuvre au XIIIe siècle, se compose de quatre colonnes engagées dans un cylindre;mais sa base fut englobée dans un massif circulaire au XVIe

siècle.

Les deux architectes du XIIIe siècle ont utilisé des murs plus anciens, en remontant les croisillons, mais le premier continua le triforium en tiers-point de la dernière travée de la nef sur la face occidentale et les murs de fond du transept, comme le prouve une colonnette encore visible. Le second détruisit son œuvre vers le nord, le sud et l'est, pour la relier au chœur, dont le style est plus avancé. Au fond du

croisillon nord, une baie en tiers-poinl du XIIIe siècle est surmontée de deux fenêtres du style flamboyant. Le croisillon sud se terminait par une large niche rectangulaire voûtée d'ogives et transformée en tribune, qui encadrait sans doute un tombeau.

Le chœur, commencé en 1224, se compose d'une large travée droite, recouverte d'une croisée d'ogives à tore en amande et d'un chevet à cinq pans, dont les six nervures sont, très courtes. Les écus qui se détachent sur les clefs doivent rappeler quelques réparations du XVIe siècle. Deux tores se profilent sur les doubleaux en tiers -point, Les deux piles de l'arc triomphal ne sont pas identiques. Celle du nord, flanquée de quatre colonnes et de quatre colonnettes, est en partie romane et conserve quelques chapiteaux romans réemployés. 11 faut en conclure qu'au XIIe siècle, la première travée du chœur communiquaitavec un déambulatoire primitif. L'existence de deux absidioles ouvertes latéralement sur le sanctuaire, comme en Normandie, est plus douteuse. La pile du sud. œuvre homogène du XIIIe siècle, est cantonnée de quatre colonnes et de huit colonnettes. En avant du chevet, quatre colonnes et six colonnettes, groupées en faisceau, sont reliées par des gorges, suivant un système appliqué pour la première fois dès le milieu du XIIe siècle, par l'architecte de la cathédrale de Noyon, entre les chapelles rayonnantes.

Au fond du sanctuaire, les chapiteaux des quatre hautes colonnes isolées se distinguent par leur élégance. Les uns, à double corbeille de feuillages, présentent un tailloir octogone allongé du côté du

E. Chauliat, del.

Saint-Paul de Narbonne.

Chapiteau du chœur.

E. Chauliat. del.

Saint-Paul de Narbonne.

Vue perspective du chœur.

déambulatoire; les autres, garnis d'un seul rang de palmettes el de masques, sont couronnés par des petite modillons moulurés qui portent les tailloirs circulaires. Toutes les grandes arcades, dont les ressauts renferment deux boudins, décrivent une courbe en tiers-point, mais pour que leurs clefs arrivent au même niveau, sans exagérer le surhaussement des sommiers, les chapiteaux de la pile qui précède l'hémicycle se trouvent à des niveaux différents et ceux des colonnes isolées sont placés plus haut que les autres. Une colonnette posée sur leur tailloir reçoit la retombée des branches d'ogives et des formerets.

Au-dessus des grands arcs, un curieux passage traverse les piles : ses deux balustrades, formées de petites arcatures trétlées qui s'appuient sur des colonnettes hexagones ou à pans concaves, viennent d'être rétablies par M. Nodet, mais il en restait des amorces. A l'aplomb du déambulatoire, les arcs brisés de cette galerie de circulation encadrent un remplage neuf formé d'une colonnette. de deux arcs brisés et dune rosace à six lobes. La colonnette porte sur un massif orné d'une arcature aveugle, qui fait corps avec la balustrade. Comme l'arc d'encadrement avait une plus grande ouverture dans la travée droite, l'architecte avait disposé deux colonnettes qui portaient trois arcs brisés et une rosace à six lobes, dont les arrachements sont encore visibles.

Ce passage doit être regardé comme une anomalie, mais on peut trouver, cependant, de lointaines origines de cette disposition. A Saint-Pierre de Vienne et à Chàtel-Montagne (Allier), un faux triforium est percé de même entre la nef et les bas-côtés, mais on ne peut y circuler. Au XIII" siècle, L'architecte de la

collégiale d'Eu adopta le même principe, en s'inspirant. sans doute, de la galerie de circulation de la cathédrale de Rouen. A Saint-Paul de Narbonne, on accède à ce passage en montant l'escalier d'angle du croisillon sud et en passant sur les arcs d'entrée du déambulatoire, comme sur un véritable pont qui relie les deux galeries hautes du rond-point. Le chœur est éclairé en avant par deux grandes fenêtres en tierspoint, divisées par deux meneaux, trois arcs trèfles et trois quatre-lobes. Dans l'axe s'ouvre une baie, dont le meneau porte deux arcs trilobés et un quatre-feuilles à lobe inférieur déjà pointu. L'archivolte des fenêtres ouvertes dans les pans coupés est tréflée.

L'entrée du déambulatoire est encadrée, dans chaque croisillon, par un arc brisé flanqué de deux tores, qui retombe, au nord et au sud. sur une colonne romane engagée dans le mur extérieur. C'est une nouvelle preuve de l'existence d'un déambulatoire au chevet de l'église du XIIe siècle, qui vient corroborer l'observation précédente sur la pile nord-est de la croisée. Au-dessus de ces arcs, on peut passer entre deux balustrades dont les arcatures tréflées viennent d'être rétablies. Plus haut, un arc en tiers-point encadrait un remplage soutenu par deux colonnettes, qui devait être identique à celui des travées droites du chœur, car il en reste des amorces.

Les sept voûtes d'ogives du déambulatoire méritent d'attirer l'attention : un boudin en amande décore leurs nervures. Sur les deux travées droites, elles sont établies sur plan rectangulaire entre quatre formerets toriques flanqués de deux cavets, mais sur les travées tournantes, l'architecte renonça à les appareiller sur un trapèze, suivant la méthode habituelle. Au droit

H. Nodet, del.

Saint-Paul de Narbonne.

Plan au niveau des galeries.

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ri

des chapelles rayonnantes qui ont 5'" 25 de largeur, il traça l'épure d'un rectangle de V" 55 sur 2"1 80, où il inscrivit une croisée d'ogives dont les nervures retombent au bord des larges baies qui encadrent le passage établi au revers du mur extérieur. Il restait à couvrir entre chaque voûte un espace triangulaire. L'architecte résolut ce problème en faisant porter le compartiment de remplissage sur un doubleau central à claveaux plats et sur les formerets toriques des voûtes d'ogives. Les nervures sont dépourvues d'ornement à la clef, sauf à droite de l'axe où l'œil central est cercle de feuillages.

Ce système de voûtement est essentiellement champenois, car il fut appliqué pour la première fois, dans la seconde moitié du XIIe siècle, sur le déambulatoire de Notre-Dame-en-Vaux, à Chàlons-sur-Marne, puis au chevet de Saint-Remi de Reims. Il est vrai qu'on le rencontre aussi dans le rond-point de Saint-Martin d'Étampes et de la cathédrale de Bourges, bien que les chapelles rayonnantes ne soient pas précédées de colonnes isolées, mais le maître de l'œuvre du déambulatoire de Saint-Paul avait sans doute emprunté le tracé de ses voûtes à une église de Champagne, à l'exemple de son prédécesseur qui avait importé dans la nèfles croisées d'ogives de l'Ile-de-France.

Les doubleaux en tiers-point, dont les claveaux nus sont bordés de deux boudins, reposent, du côté du mur extérieur, sur trois colonnettes qui descendent jusqu'à terre : les tores de leurs bases, dépourvues de scotie, sont très aplatis. Au revers du chœur, ce groupe de petits fûts, qui sert également de point d'appui aux formerets, porte sur la pointe du tailloir des grosses colonnes.

Les chapelles rayonnantes à sept pans, éclairées par trois fenêtres en tiers-point, sont au nombre de cinq. Encadrées par un arc en lancette, elles sont voûtées par huit nervures en amande qui retombent, comme les formerets toriques très surhaussés, sur de longues colonnettes. Dans la travée droite du nord, on voit une chapelle rectangulaire peu profonde, voûtée d'ogives, mais au sud la chapelle correspondante, très remaniée et divisée par un plancher moderne, conserve use voûte en berceau brisé primitive. La chapelle centrale, qui était consacrée à saint Bernard au XIVe siècle, renferme l'épitaphe de Guillaume de Mangorio, marchand à Narbonne, mort le 24 mai 1337, et de sa femme Gentiane.

Au-dessus des chapelles, une étroite galerie de circulation contourne les pans coupés du déambulatoire au même niveau que celle du chœur, en traversant les pieds-droits des grandes voussures qui encadrent des fenêtres en tiers-point au nord et des baies à meneau au sud. Les petites arcatures tréilées de la balustrade neuve portent une tablette moulurée qui se raccorde aux tailloirs des chapiteaux.

Les premiers architectes qui eurent l'idée de faire monter les voûtes d'un déambulatoire assez haut pour établir un triforium au-dessus des chapelles rayonnantes furent ceux des cathédrales de Bourges et du Mans, mais le maître de l'œuvre, qui traça le rondpoint de Saint-Paul de Narbonne, en 1224, viendrait historiquement en troisième rang, suivi par celui du chœur de la cathédrale de Beauvais, puis par le constructeur de l'abside de la cathédrale de Coutances. Néanmoins, l'architecte de Saint-Paul imagina une disposition plus originale, en perçant une seconde

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