‹ Collected papersChapitre 82 sur 84 · CONCLUSION · texte numérisé non relu

CONCLUSION

Le roi Louis le Gros possédai! dans les quartiers neufs dp sa ville d'Élampes un palais : sur In colline un chàleaufbrl avec sa haute el puissanle tour; dans le chœur de l'église collégiale fondée par son aïeul Roberl-le-Pieux, il avait -a chaire. Le complément obligé de tels objets el de tels monuments ('lait une porte convenable facilitanl au roi I entrée de l'église el l'accès du chœur I . En 1125, le portail n'était pas une superflu ité, voilà l'évidence : à l'église royale, on pouvait bien ajouter une porte digne du roi, une porta regia, selon le terme qui fut en ce lemps-là consacré, sinon à Ëlampes, du moins ailleurs -1 .

I La porte, ouverte dans le tlatic méridional de I église, se trouvai! ainsi au bout du chemin qui venait le plus directement du palais royal. Elle permettait au mi de pénétrer dans le chœur sans avoir à traverser les rangs du peuple sur toute la longueur de la net : le monarque rencontrait seulement les premiers rangs des femmes auxquelles rituellement devait être réservé le côté droit de l'église gauche liturgique . Il est possible que la perle actuelle en ait remplacé une moins lare,- ; elle ne se trouve pas dans l'axe de la travée peut-être parce que l'architecte, pour opérer l'élargissement, n'a démoli qu'un piédroit de la porte primitive, s'évilant ainsi une part de travaux ennuyeux, ei trouvanl en même temps tout avantage à reculer l'ouverture du cote iln chancel cl ver- le chœur ou le mi se rendait.

■1 11 n'y a guère lieu de dmiter que le portail fut une porta regia parce que le titre n'est pas parvenu jusqu'à nous. Il est tombé dans l'oubli avec tant d'autres choses capables d'illustrer la vieille église dunt on ignore même la date de consécration. Aussi la porte a el ti cesser d'être utilisée par les mis ou les princes depuis le sv* siècle. A ce propos, si le litre de porta regia on porte royale doit principale-

Quand, en 1130, il réunit à Étampes le grand Concile national, I»' roi de France trouva dans cel événemenl un moyen de premier ordre pour servir son i nlérêl politique en dehors de la grosse question du choix, d'un pape: ce fut pour lui une occasion exceptionnelle de Faire acte souverain à l'égard d'une infinité de seigneurs ecclésiastiques disséminés sur les sièges les plus lointains, el donl un grand nombre parmi eux avaient oublié depuis longtemps la royauté française.

Ponr celle réunion si extraordinaire el si grave en même temps, pour cette prise <le contact avec des sujets inconnus el aux sentiments douteux, le roi n a choisi ni Paris ni ( Irléans : il a préféré Étampes.

C'était à ce moment le centre d'une l'égion tour à tour très belle el très riche, épanouie dans la sécurité, offrant le spectacle d'une magnifique prospérité sous l'égide de la puissance du souverain, sous son autorité directe el tempérée. A Étampes, Louis VI était roi, mais il étail aussi un grand seigneur dans ses terres; à ceux qui venaient lui rendre visite, il pouvait faire les honneurs de son domaine parli-

ment découler de l'usage peut-être exclusif que le roi luisait de l'entrée, un peut rappeler que le choix pour sa décoration de personnages tous royaux, sauf Moïse, n'est pas sans signification, el l'intervention spéciale du roi au moment de l'érection peul fort bien avoir été aussi une cause de cette appellation.

Nous croyons ces hypothèses fort raisonnables. Leur vraisemblance est confirmée par le cas du portail de Chartres : celui-ci a conserve son titre de porte royale, malgré qu'il eût apparemment moins de droits de le porter, puisque ni la ville ni l'église n'étaient royales. Pourquoi le titre usité à Chartres n'aurait-il pas eu son origine à Etampes, connue le monument lui-même'? — D'ailleurs les portails de Saint- Denis, de Saint-Germain-des-Prés, de N'otre-Dame de Paris, et d'autres encore, devraienl 1res probablement être aussi qualifiés de royaux. On est tenté d'appeler toute la série des portails primitifs à statuescolonnes la série royale. A cet égard, la discipline religieuse a pris dans le domaine du roi un caractère particulier, et il sst curieux de constater qu'elle s'esl étendue sous le même aspecl partout très loin, même en dehors du Domaine royal, là ou le monarque avait quelque autorité Ex. : Saint-Bénigne de Dijon : l'extension de la sculpture dans le Midi qous parait plutôt s'être accomplie sous des influences monastiques .

Nous espérons donc qu'on ne nous reprochera pas d'avoir rendu au portail d'Etarapes un titre qu'il a presque certainement porté jadis. L'épilhète que nous lui accoloas a le mérite de rappeler son origine, sa décoration et sa beauté ; elle le distingue facilement des autres portes de la ville: elle le rapproche, comme il est parfaitement logique, du

monument chartrain; et enfin elle s fait souvenir de quel milieu

exceptionnel le monument a surgi.

— il.:

bulîei*. Il n'\ sentail pas cojnine ailleurs, cl lui taisant opposition, l'autorité concurrente el tracassante il un évèque. Nulle part probablement il ne possédait un peuple plus satisfait, plus fidèle ou plus patient, ni un clergé plus soumis.

Éviile nt, voilà des choses qu'il importait au roi <l étaler

;m\ veux «1rs prélats, des abbés, de Ions ces vassaux ecclésiastiques venus ;ï sou commandement des quatre coins extrêmes de la vieille r'rance Carolingienne.

Toutefois, il ne faut pas l'oublier, au xii" siècle, le. prestige d'un seigneur résidait beaucoup dans la hauteur «I une tour cl dans l'épaisseur de quelques murailles. Louis le l.îros possédait cela, nous l'avons dit. Mais le prestige d'un uirque

réclamait plus el devait se distinguer par autre chose.

(h-, dans la ville d'Élampes, en 1130, nous ne voyons qu'une vieille église ruinée el des chapelles autour du saneT tuaire de Notre-Dame; el celui-ci n'a pas In vaste extension ,\r certaines cathédrales. Nous aillions donc à penser que du moins l'église royale, pour mieux justifier un titre dont elle était si lîère, possédait quelques parties construites de beauté originale el [nouvelle, susceptibles de retenir la curiosité el de susciter l'admiration. Parmi ces choses nous plaçons le clocher audacieux, à l'élégante flèche de pierre. rl |(. portail royal : élanl données toutes les raisons techniques exposées ici el ailleurs 1 . nous sommes de plus eh plus convaincu que ces deux yeuvres glorieuses étaient achevées avant l'année du Concile national.

Le portail d'Élampes n'a donc pas dévoile toutes ses énigmes : 1rs \w pothèses tiennent encore beaucoup de place dans son histoire; Du moins nous croyons avoir fait rendre ,-', la pierre à peu près tout ce qu'elle pouvait receler de positif. Par les certitudes que nous avons essayé de mettre ,.,, relief |e monument étampois gagne un prestige rare, sinon sans égal : el même dans les incertitudes, on dislingue une part de vérité sûre qui augmente encore sa gloire. Ce aVsl pas un mince mérite pour le portail d'Ktampes si, comme nous le croyons, il a inauguré «les styles el même presque de nouvelle-, données symboliques chrétiennes, s il

l Pour le L'iocher, voir notre Étampes et ses Monument* au \ll< siècle, chap. Vil.

a servi de modèle a lanl d'œuvres donl la perfection lui doit quelque chose el n'eûl pu exister sans lui.

L'élan esl donné : on commence à reconnaître dans le monument un des i rès curieux chefs-d œuvre de ce xir" siècle enthousiaste qui lui-même se découvre de jour en jour une des grandes époques < I < ' la France. <>n ne conteste plus. croyons-nous, l'intérêt puissant qui s'attache an portail; il ;, forcé l'attention des archéologues: et c'est .juste, puisque son (Hinle est la plus propre à mettre sur la voie «les origines de l'art slal uaire français.

Sorte «le phénomène Iransitionnel, il esl rempli de souvenirs orientaux et antiques; <>u perçoil dans ses sculptures d'originales conceptions de la statuaire grecque, vieilles aujourd'hui de vingt-quatre siècles; il est con s un dessuprêmes

efforts de l'art byzantin venu de 1res loin jusqu'en Occident pour \ jeter «les germes el mourir : c'est un archaïque spécimen. Mais il esl en même lemps, surtout par son architecture, une manifestation de jeunesse el de nouveauté : H puisque le monument incontestablement antérieur à lin n'est pas découvert, il demeure l'ancêtre de l'interminable série (\r> portes gothiques : c'est de lui qu'il faut partir si ['on veut se rendre compte du chemin parcouru par I art plastique et l'idée chrétienne à travers le Moven Age français.

Page 1