‹ Collection Archeologique du Prince Pierre SoltykoffChapitre 10 sur 59 · LES HORLOGERS AU XVI* SIÈCLE · texte numérisé non relu

LES HORLOGERS AU XVI* SIÈCLE

Parmi les horloges monumentales du xvt* siècle, on cite celle que Henri II fit construire pour sou château d’Anet, en iüoO : chaque fois que l'aiguille allait marquer l’heure, un cerf aux abois, sortant de l’intérieur de l’horloge, s’élançait poursuivi par une meute de chiens; bientôt la meute et le cerf s’arrêtaient, et celui-ci, par un mécanisme des plus ingénieux, sonnait l’heure avec un de ses pieds.

Une autre horloge de la môme époque, mais encore plus remarquable, fut celle d’Oronce Finé. Ce nom presque oublié aujourd’hui fut celui d’un homme illustre et savant, et ses livres sur la géométrie, l’algèbre, l’astronomie, la mécanique, etc., eurent un grand succès à son époque, et lui méritèrent le litre de mathématicien du roi François I* r , titre qui lui donnait ses entrées à la cour, où il brillait par son esprit et ses rares connaissances. Sa maison particulière fut pendant longtemps le rendez-vous des savants étrangers, des ministres, des ambassadeurs, des artistes renommés, parmi lesquels se distinguaient particulièrement Germain Pilon, le Primatice et Cellini.

D’illustres dames ne dédaignaient pas d’embellir de leur présence ce sanctuaire de la science et des beaux-arts; ou y vit plus d’une fois la fière duchesse d’Etampes et la très-gracieuse Diane de Poitiers...

I.e cardinal duc de Lorraine était aussi un des hôtes assidus d’Oronce Finé, et ce fut ce prince, amateur passionné des beaux-arts mécaniques, qui lui commanda l’horloge dont il est ici question, laquelle fut commencée en I o46. Celle machine a donc appartenu à la puissante maison de Lorraine. Le

cardinal, à sa mort, la légua au couvent îles Génovéfains, où elle fonctionna pendant longtemps à la grande satisfaction des moines. Sous Louis XIII, on la plaça dans la bibliothèque que le duc de la Rochefoucauld avait fondée dans ce couvent, et elle y resta jusqu’en 1830, époque où on la transporta avec beaucoup de précautions à la place qu'elle occupe aujourd’hui dans le nouveau monument.

Nous savions que la description de l'horloge d’Oronce Finé avait été trouvée dans les papiers du cardinal-duc, et, sur notre demande, des recherches ayant été faites parmi les manuscrits de la Bibliothèque impériale, on retrouva ce précieux document, dont nous primes copie. Nous en reproduisons les deux passages suivants, qui sulliront pour faire connaître l’importance de l’horloge de Sainte-Geneviève :

« Celte pièce, dit l'auteur, pour sa rareté, perfection, délicatesse de

scs parties, justesse de ses mouvements, qui sont une naïve expression de tous ceux que nous voyons au ciel, tant étoiles fixes qu'errantes, mérite d’ètrc comptée entre les merveilles de notre siècle. Il sera avant tout remarqué que cet excellent homme (Oronce Finé) , ayant formé en son esprit tout le dessin de sa pièce, fit venir à Paris les plus excellents ouvriers d’Europe pour l’exécuter, et, par sa sage conduite, la rendit parfaite après avoir employé plus de sept ans à y travailler. Il la livra audit seigneur cardinal l’an 1333, ainsi qu'il se reconnaît en l’araignc de l'astrolabe de cette horloge »

« Lu figure de cette machine est un prisme à cinq faces ou pentagonal, de la hauteur de cinq pieds, posé sur piédestal cylindrique de la hauteur de trois pieds, enrichi de cinq mullcs de lion, Gnissant en forme d'harpies qui y sont attachées, d'une belle ordonnance : toute sa hauteur est de six pieds.

« Les cinq faces qui forment le corps extérieur dudit horloge sont de cuivre doré d’or moulu; ledit corps porte dix-sept pouces en son diamètre et est embelli de cinq colonnes de l’ordre corinthien avec leurs chapiteaux sur lesquels pose un petit dôme qui renferme les mouvements et le timbre de la sonnerie, et supporte en son sommet un globe céleste, aussi doré d’or moulu, de sept pouces de diamètre ; sur lequel globe sont gravées les quarante-huit constellations du firmament, faisant son mouvement d’orient en occident, et achevant sa révolution eu vingt-quatre heures. »

Ici l’auteur donne la description des rouages de l'horloge; il dit que les plus habiles artistes de Paris déclarèrent unanimement qu'aucune pièce

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aussi compliquée et aussi bien travaillée n’avait encore été vue dans la capitale.

Les cadrans qui marquaient, outre les heures, les révolutions des corps célestes, le cycle solaire, le nombre d’or et les épactes, le lever et le coucher du soleil, les signes du zodiaque, les quantièmes des mois, les jours de la semaine, etc., etc., tous ces cadrans, en cuivre doré, ont été gravés et ciselés avec le goût le plus exquis. Il en est de même pour les aiguilles, que les rouages intérieurs de la machine entraînaient incessamment dans leurs mouvements respectifs de rotation. On voit sur le cadran principal les portraits eu médaillons de trois princes de la maison de Lorraine ; leurs armes ou blasons se détachent en relief sur le dôme pentagonal qui surmonte élégamment l’édifice.

Le cardinal était fier de son horloge planétaire, cl Henri H, qui la vit à son retour de la Lorraine, en lab3, voulut en avoir une absolument pareille. Oronce Finé entreprit ce nouveau travail, mais ses forces étaient épuisées, et deux ans plus tard, quoiqu’il n’eût alors que soixante et un ans, ce grand mathématicien avait cessé de vivre. Mais, par un hasard providentiel, son horloge nous est restée presque intacte : elle orne aujourd’hui la salle des manuscrits de la bibliothèque de Sainte-Geneviève, lille est presque intacte, c’est un fait ; car jusqu’à présent elle a échappé aux mains meurtrières des ouvriers des dix-sept et dix-huitième siècles; elle n’a pas été modernisée. Mais hélas! l'action du temps, mais la rouille et la poussière ne l’ont pas respectée depuis trois siècles, et le moindre ébranlement pourrait disjoindre ou briser ses frêles organes. Espérons que ce malheur n’arrivera pas, et que bientôt cette horloge, confiée à d’habiles artistes, et reprenant sous leurs mains sa forme primitive, redeviendra le chef-d’œuvre d’Oronce Finé.

On ne connaît pas l’auteur de la célèbre horloge de Jean d’Iéna, mais on sait quelle fut construite vers le milieu du xvf siècle; elle existe encore aujourd’hui. Au-dessus de son cadran est une tête en bronze, d’une laideur remarquable, dont la bouche s’ouvre, dès que l’heure va sonner ; alors une statue, représentant un vieux pèlerin, lui présente une pomme d’or attachée au bout d’une baguette; mais au moment où la pomme est sur le point d’être avalée, le pèlerin la relire précipitamment : ainsi le pauvre Hans de Jena (Jean d’Iéna), comme ou l’appelle, est condamné, depuis trois siècles, au sort de Tantale. A gauche de cette tète est un ange chantant (ce sont les armes de la ville): il tient un livre d’une main, et le lève vers scs yeux, à chaque fois que l’heure sonne ; de l’autre main, il agite une clochette. Cette

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horloge, qu’on appelle communément « la tête monstrueuse » ou liant von J nm, est souvent citée par les écrivains allemands, lesquels prétendent que la ligure qui en fait le principal ornement représente les traits d’un boulTou du prince Ernest, électeur de Saxe. Ou dit qu'après la mort de l’électeur, alors que ses héritiers se partageaient le pays, le Tou Klaus (c'est ainsi qu'il se nommait) fut estimé. 80, 000 risdalcrs 32,000 fr.), somme énorme pour l'époque : .< Les plus sages et les plus habiles, disent les chroniqueurs, pouvaient aller à l’école de ce bouffon de cour, et les princes mômes manquaient rarement de lui demander des conseils, i>

l’eu de temps après la mort de Charlcs-Quiut, l’empereur Ferdinand, son successeur, envoya à Soliman, empereur des Turcs, une horloge admirable. Suivant lhigato ( Garsoni Piazza universale; , elle marquait le cours des astres, le lever et le coucher du soleil; elle sonnait les heures, etc.

En 1570, la ville de Niort, en Poitou, s’enrichit dune horloge non moins curieuse que celle d'Iéna. Lite multitude de ligures allégoriques la décoraient. Elle lit pendant longtemps l'orgueil de la province ; elle était un objet d’envie pour les pays circonvuisius, dont les habitants venaient la visiter en yranl révérence. Le sieur Kouhain, auteur de celte horloge, eu a donné une description qui peut paraître emphatique ; cependant, d’après ce qu’eu disent plusieurs historiens, notamment le jésuite Scholt et le révérend père Alexandre, elle n’était pas inférieure aux plus belles horloges de l’époque.

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La cathédrale de Strasbourg a eu deux horloges ; la première était placée vis-à-vis de celle qui existe aujourd'hui. On y voit encore, dans la muraille, les restes de la pierre qui la soutenait. Elle fut commencée en 1352 et achevée eu 1351. (Voy. Schiller, page 575.) Elle était divisée eu trois parties. La première, commençant par le bas, représentait le caleudrier, qui faisait son tour eu un au. On voyait dans la partie du milieu un astrolabe qui indiquait les mouvements du soleil et de la lune, les heures et les demiheures. La partie la plus élevée renfermait l’image de la Vierge, devaul laquelle les trois rois s’inclinaient à chaque fois que l’heure était sur le point de souuer. Cette horloge, quoique réparée en 1399, tombait en ruine, lorsque les directeurs de la fabrique résolurent, en 1517, d’en faire construire une nouvelle, pour être mise à la place qu'occupe aujourd'hui celle doit! nous donnons plus bas la description.

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Trois célèbres mathématiciens, Cbrélicn üerlin, Michel Heer et Nicolas Brükcuer, furent chargés de dresser le plan de cette horloge et de présider à tous les travaux nécessaires à son érection. Ce travail était déjà fort avancé lorsqu'il fut interrompu parla mort d'Ilerlin, en 15(12, et par d’autres circonstances produites par l’intérim de Charles-Quint.

Kn 1570, Conrad Ilasypodius, professeur de mulhématiques à l'Université de Strasbourg, fut choisi pour achever l’horloge ; mais, voulant la refaire d’après les vrais principes de l’astronomie et île la mécanique, il dressa un nouveau plau, qu’il alla communiquer, à Fribourg, à Conrad Schreckcubenfucks et aux autres mathématiciens de l'Université de cette ville, qui tous l’approuvèrent, lte retour à Strasbourg, en mai 1571, il commença l’immense travail qu’il avait entrepris; et, pour en accélérer les progrès, il s'associa son ami David Wolcksteiu, qu’il lit venir pour cet effet de la ville d’Augsbourg, où ce savant résidait. Tobie Sturmer, peintre de Strasbourg, fut chargé de faire toutes les décoratious relatives à son art. ( Voy. le ISurgerfreund de l’année 1777, page 190.) Mais le principal travail, qui consistait dans les rouages et les mouvements sans nombre de l’horlogerie, fut conlié aux deux frères Isaac et Josias llabrechl , du canton de SchalThouse, qui avaient acquis, en Suisse et daus toute l'Allemagne, uuc réputation justement méritée. Les directeurs de la fabrique passèrent , avec ces deux habiles horlogers, un traité par lequel on-leur allouait 7,000 florins, la nourriture, l’entretien et le logement. Isaac Habrecht signa seul le contrat, parce que son frère Josias, âgé seulement de dix-neuf ans, netait pas encore reçu maître, et qu’il fut bientôt appelé par l'électeur de Cologne pour exécuter l'horloge du château de Kayserswerlh ; Isaac acheva seul l'œuvre qu’il avait entreprise et à laquelle il mit la dernière main le 24 juin 1574.

Description île l'horloge de Strasbourg

L’horloge de Strasbourg est entourée de deux balustrades, dont l’une est en bois et l’autre en fer. Elle est divisée eu trois étages. Sur le premier est uu globe astronomique porté sur le dos d’un pélican. Ce globe, qui a trois pieds de diamètre, pèse cent livres. Sa composition est un mélange de toile, de mastic, de craie et de papier. Il tourne toutes les 24 heures. Il représente le lever et le coucher du soleil et de la lune, ainsi que le cours et le mouvement des astres, qui tous fout leur révolution astronomique par le moyen des ressorts et des rouages cachés daus le pélicau. Oasy podius, qui

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avail composé ce globe, en 1537, pour sou usage personnel, l’estima luimême comme le plus considérable et le meilleur morceau de son travail. Vis-à-vis de ce globe se trouve un tableau rond, haut de dix pieds, qui est divisé en trois parties. La première et la plus grande, ayant neuf pieds de diamètre, contient un calendrier perpétuel, marquant les mois, les semaines et les jours. Apollon et Diane, debout sur des piédestaux, sont placés de chaque côté du calendrier. Apollon, qui désigne le Soleil, marque chaque jour de l’année avec une flèche qu’il tient en main ; Diane, qui représente la Lune, marque le jour où se termine la moitié de l'année. Cette première partie du tableau rond tourne de gauche à droite, fait son mouvement de rotation une fois par an et marque chaque jour de l’année [Kir les noms des saints comme ils sont écrits dans le calendrier. On y remarque entre autres celui de Lutherus, placé au 13 février. La seconde partie du tableau, dont le diamètre est de huit pieds, a son mouvement de droite à gauche, et ne fait qu'un tour en cent ans, c’est-à-dire qu'elle était divisée eu ceut parties égales, dont chacune devait marquer l’année courante, depuis 1373 jusqu'à 1673. Elle indiquait aussi l'année de la création du monde (de 5535 à 5635), les équinoxes, les heures et les minutes, les dates de la Quinquagésime, de Pâques et de l'Avent, les concurrents, la lettre dominicale, les bissextes, etc. Toute cette partie avait été calculée suivant le calendrier Julien. La troisième partie du rond, qui est la plus petite, est placée au centre et n'a aucun mouvement. Elle représente la carte d'Allemagne, et principalement le cours du Rhin et le plan de Strasbourg; on y lit aussi les noms de ceux qui ont construit l’horloge. Aux quatre coins de ce tableau sont les quatre saisons figurées par les quatre âges de l’homme. Chaque côté du second étage a pour ornement un lion, dont l'un tient les armes de la ville, et l’autre celles des directeurs de la fabrique. Sur la gauche de cet étage, est posée la tourelle qui renferme les poids et les principaux rouages de l’horloge.

Au-dessus de l’astrolabe et au-dessous de l’entablement du troisième étage, est uu cadran qui marque le cours et le quantième de la lune. Ses phases y sont indiquées au moyen d'un nuage : d’un côté cet astre s'élève et montre successivement son croissant, son premier quartier et son plein; puis, rentrant sous l’autre côté du nuage, fait voir également sa décroissance successive.

Au troisième étage est une roue, sur laquelle sont attachés quatre Jacquemarts représentant les quatre âges de l’homme, et qui, eu tournant, frappent

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les quarts d'heure sur des cymbales. Plus haut est un nouvel entablement où se trouve la cloche des heures, près de laquelle sont Jésus-Christ et la Mort : celle-ci, s'approchant à chaque quart d’heure, est repoussée par le Sauveur; mais, l’heure étant venue, la Mort s’avance pour la sonner; et cette fois-ci Jésus-Christ lui permet de remplir sa mission, afin de montrer aux hommes que la mort, tôt ou tard, arrive à son but.

Au-dessus du troisième étage est le dôme de l’horloge, dans lequel est un carillon qui joue quelques airs de cantiques anciens. Ce carillon est de l'invention de David Wolekstein.

I.a tourelle qui est sur la gauche, et qui renferme les poids et contrepoids de l’horloge, est ornée des peintures de Tobie Slurmcr. Au-dessus de cette tourelle est un coq automate, qui était celui de l’ancienuc horloge de l'année 1353 et qui fut conservé dans la nouvelle. Ce coq, après le carillon, déploie avec bruit ses ailes, allonge le cou, et par deux fois fait entendro son chant naturel. Au-dessus de cet automate est peinte la figure d'Uranie, qui préside aux mathématiques. Plus bas est représenté le colosse, ou la statue dont il est parlé dans le septième chapitre de Dauiel, et qui désigne les quatre monarchies. Dans la partie la plus inférieure est le portrait de Nicolas Copernic; Tobie le fil sur la copie d’après l'original que le docteur Tidemann Gysse envoya de Dantzig à Dasypodius.

Sur la gauche de la tourelle, vis-à-vis le choeur de l'église, sont les trois Parques : Lachésis tenant la quenouille, Clolho filant, et Atropos coupant le fil de la vie. Sur la droite, du côté du portail, est l’escalier de pierre, fait en limaçon, par lequel on monte à l'horloge.

Le mathématicien Dasypodius survécut encore vingt-sept ans à la construction de l’horloge dont il avait conçu le plan et dirigé les travaux. Chanoine de Saint-Thomas depuis 1502, il en fut nommé custos en 1577, par l’évêque Jean do Mandcrscheid. Il était doyen de cette église lorsqu’il mourut le 26 avril 1601. Isaac Habrecht, son principal coopérateur, mourut à Strasbourg le 1 1 novembre 1620, à l’âge de 76 ans. Son portrait fut gravé en 1602. Au-dessus de cette estampe on lisait un distique latin à la louange de cet habile horloger.

Ses descendants eurent la direction de l’horloge de Strasbourg jusqu'en l’aimée 1732, époque où le dernier des Habrecht mourut. (Voy. Melchior Adam, J. Schiller, l'abbé Grandidier, etc.)

Plusieurs historiens, et entre autres Angelo Rocca, dans son Cnmmentarium de Campants, disent que l’on attribuait la construction de l'horloge de Stras-

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bourg à Nicolas Copernic qui florissait vers le milieu du xvr siècle. Ils ajoutent qu’après que ce savant astronome eut mis la main à son œuvre, les échcvins et les consuls de la ville lui firent crever les yeux pour lui Atcr la possibilité d'en exécuter une pareille. Le premier fait est dénué de tout fondement; il est môme probable que Copernic u'a pas vu l’horloge de Strasbourg; quant au second fait, il tombe de lui-même, c'est un conte absurde de tout point, et nous nous étonnons à bon droit que des écrivains s'en soient faits les propagateurs.

Cette horloge, qui représentait l’état des connaissances du xvT siècle, était, pour son temps, un véritable chef-d'œuvre; aussi fut-elle comptée au nombre des sept merveilles de l'Allemagne, dont Strasbourg faisait alors partie comme ville libre. Les poêles les plus célèbres de l'époque, les Xylander, les Fischart, les Crusius, les Dell, les Prischiinus, s’empressèrent à l'envi d'en faire le sujet de leurs chants.

L’horloge de Strasbourg cessa de fonctionner régulièrement dès le commencement du xvnf siècle; on la répara plusieurs fois sans beaucoup de succès jusqu’au moment où, en 1838, M. Schwilgué, savant horloger, entreprit la restauration complète de cette machine. Ce travail fut achevé le 2 octobre 1842, à la grande satisfaction des habitants de la ville qui firent, avec solennité, l'inauguration de la uouvelle horloge le 10 décembre de ln même année.

Comme cette pièce diffère essentiellement de la première, nous croyons faire plaisir aux lecteurs en en donnant la description d’après M. C. Schwilgué, le fils du savant artiste.

« Celte œuvre, dit l'auteur, qui vient d’être complétée par la pose d’une sphère céleste, est entièrement de l’invention de mon |mtc, aucune pièce de l’ancienne horloge n'ayant pu être utilisée, à l’exception de quelques statuettes, dont les unes ne servent que d’ornement et dont les autres ont reçu des mouvements plus naturels.

« Toutes les anciennes indications , eu majeure partie figurées par la peinture , ne pouvaient servir que pour des périodes assez restreintes ; aujourd’hui elles se trouvent reproduites à perpétuité par des combinaisons mécaniques dont l’exactitude ne laisse rien à désirer. Outre ces indications astronomiques, l’horloge en fait voir plusieurs autres qui n’étaient pas connues au temps de Dasypodius. lünfin, pour conserver les traditions de l’ancieunc horloge, dont le souvenir est si populaire dans nos contrées, les divers mécanismes ont été composés de manière à ce que, malgré les nom-

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hreuses augmentations dont la nouvelle œuvTe a été enrichie, on ait pu les établir dans l'ancien cabinet.

o I. Le monument est derechef entouré d’une grille en fer et d’une balustrade en bois, mais qui sont placées dans un ordre inverse de celui de l'ancienne horloge. La grille, d'une forme simple et cependant élégante, est disposée de manière que du dehors on puisse voir facilement l'horloge, tandis que la balustrade à hauteur d'appui sert à la fois à garantir la sphère et à ménager un espace réservé aux personnes qui voudrout donner quelque teuqis à l’examen attentif des divers mécanismes.

« II. Au bas du monument est placée une sphère céleste, indiquant sur un cadran le temps sidéral , c’est-à-dire le mouvement diurne des étoiles. Cette sphère, construite en cuivre et supportée par quatre belles colonnes en métal, est disposée pour la latitude dé Strasbourg. Toutes les étoiles des six premiers ordres de grandeur, au nombre de passé 5,000, sout représentées dans leurs positions vraies et respectives, sur un fond imitant la voûte céleste; ces étoiles, groupées en 1 10 constellations faciles à distinguer, sont désignées par les lettres grecques et latines qui servent à les reconnaître. La sphère opère sa révolution d’orient en occident dans un jour sidéral , c'est-à-dire dans l'intervalle entre les retours successifs d’une même étoile au méridien, durée plus courte d'environ 3 minutes 50 secondes que celle du jour solaire moyen.

« Dans son mouvement autour de son axe, la sphère emporte avec elle les cercles qui l’entourent, savoir : l’équateur, l'écliptique, le colure des solstices et celui des équinoxes, tandis que les cercles du méridien et do l’horizon restent immobiles; elle nous fait ainsi voir le moment du lever, du coucher, comme aussi celui du passage au méridien de Strasbourg, de toutes les étoiles visibles à l’œil nu qui paraissent sur l’horizon.

« Outre ce mouvement remarquable par son exactitude, les cercles qui se meuvent avec la sphère se déplacent de manière à suhir l'influence presque insensible de la précession des équinoxes; ce déplacement rétrograde est tellement imperceptible qu’il faut environ 25,804 années pour que ces cercles fassent leur révolution complète autour de la sphère; dans ce mou-

veinent, l’équinoxe variable se trouvera coïncider constamment avec le point du ciel auquel il répond ; or, comme chacun sait, le midi du jour sidéral est marqué par le passage de ce point équinoxial au méridien.

« III. Immédiatement derrière la sphère céleste se trouve le compartiment consacré au calendrier.

« Une bande métallique, en forme d’anneau, n’ayant que ‘25 centimètres de largeur sur une circonférence de passé 9 mètres, porte, sur un fond doré, toutes les indications d’un calendrier perpétuel : le mois, les quantièmes, les lettres dominicales, les noms dos saints et des saintes, ainsi que les fêtes fixes. Cet anneau, qui est mobile, avance chaque jour d’une division, le passage d’un jour à un autre s’effectuant instantanément à minuit.

« Une statue représentant Apollon se tient à la droite du calendrier en montrant, avec une flèche qu’elle porte d’une main, le jour de l’année et le nom du saint correspondant à ce jour. Diane, sous les traits de la déesse de la nuit, est placée de l’autre côté et seulement pour servir de pendant au dieu du jour.

«Le calendrier fait sa révolution en 3G5 ou en 366 jours, selon que l’année est commune ou bissextile, et reproduit en outre l’irrégularité connue sous le nom de bissextiles séculaires, c’est-à-dire qu’il opère de lui-même le retranchement ou la suppression de 3 jours en 400 années.

« Entre le 31 décembre et le 1" janvier, le calendrier porte les mots de commencement de l'année commune , lesquels mots continuent à demeurer à leur place tant que les années sont ordinaires, c’est-à-dire de 303 jours; il n’en est plus de même dans les années bissextiles : le mot de commune disparaît, et un nouveau jour s’intercale entre le 28 février et le 1" mars.

« Indépendamment de ces combinaisons qui, dans l’horloge, n’ont pas de limites, en ce qu’elles seront reproduites pour un temps indéfini, le calendrier indique aussi les fêtes mobiles, savoir : la Septuagésime, le Mercredi des Cendres, le Dimanche de la Passion, celui des Rameaux, le Vendredi-saint, la fête de Pâques, celle de l’Ascension, la Pentecôte, la Trinité, la Fête-Dieu et deux des Quatre-Temps, etc. Ces fêtes variables se placent d’elles-mèmcs chaque année, le 31 décembre, à minuit, aux jours auxquels elles correspondent dans la nouvelle année; ainsi fixées, elles conservent leur position jusqu’au passage de l’année suivante.

« Outre les fêtes mobiles qui dépendent du jour de Pâques, et qui, comme nous le verrons, sont reproduites par le comput ecclésiastique, le calendrier

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fait encore connaître, à l’aide de mécanismes particuliers, le premier dimanche de l’Avent, ainsi que ceux des Quatre-Temps qui en dérivent ; il indique de plus la fêle de Saiul-Arbogasle, patron du diocèse, laquelle fête est variable et se célèbre toujours un dimanche dans la dernière quinzaine du mois de juillet.

« Quatre figures parfaitement caractérisées occupent les quatre angles de ce compartiment; ces figures, qui sont dues au pinceau de Tobias Stimmer, le peintre et le sculpteur de l’ancienne horloge, représentent la Perse, l’Assyrie, la Grèce et Rome, ou les quatre monarchies du monde ancien, d'après la prophétie de Daniel.

« IV. La partie interne, comprise dans la bande annulairo du calendrier, est uniquement destinée aux indications du temps apparent, c’est-à-dire aux différents mouvements du soleil et de la lune, tels que nous les voyons dans les deux, tels enfiu que ces astres nous apparaissent.

« On sait que le temps employé par le soleil pour revenir à un mémo méridien, ou le temps écoulé entre deux midis successifs, marqué sur un bon cadran solaire, n’est pas le même pour chaque jour de l’année; or, de cette marche irrégulière il résulte qu'une horloge parfaitement réglée ne demeurera pas d’accord avec le soleil : tantôt elle avancera, tantôt elle retardera, et cette iuégalité peut aller jusqu'à euvirou IG minutes.

« Les jours formés par chaque révolution apparente du soleil sont nommés jours solaires; ou les désigne encore sous le nom de jours rrais , parce qu’ils indiquent le vrai montent du passage du soleil au méridien.

« Le cadran du temps apparent, peint en azur, est entouré d'uu cercle en argent sur lequel ou voit deux fois les heures de 1 à 12 avec leurs subdivisions en minutes. Ce cadran sert à la représentation :

« 1* du lever et du coucher du soleil ;

« i“ du temps vrai ;

« 3* du mouvement diurne vrai de la lune autour de la terre, ou de son ascension droite vraie, et de sou passage au méridien;

< 4" des phases de la lune ;

« 5° enfin des éclipses de soleil et de lune.

« Les heures du lever et du coucher du soleil sont indiquées à l’aide d'un horizon mobile qui divise eu deux le cercle |iarcouru par le soleil ; on peut déduire de là la longueur de chaque jour de l’année et celle de chaque nuit. C'est aiusi qu'aux équiuuxes on voit le soleil se lever vers 6 heures du

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matin et se coucher vers 6 heures du soir, et qu’au solstice d’été il se lève vers les quatre heures du matin pour ne disparaître de l’horizon que vers 8 heures du soir, taudis qu’au solstice d’hiver on ne le voit apparaître que vers 8 heures du matin et se coucher déjà vers les 4 heures du soir. Dans ces indications, qui sont exprimées en temps vrai ou apparent, et qui se rapportent au méridien de Strasbourg, on a eu égard à la loi de la réfraction , en vertu de laquelle les rayons lumineux qui émanent du soleil éprouvent, eu outrant dans l’atmosphère terrestre, uue inflexion qui les fait paraître plus élevés sur l'horizon qu’ils ne le sont réellement.

« Deux aiguilles de même couleur que celle du cadran, sur lequel elles se projettent, sont terminées l’une par un disque doré à rayons figurant le soleil, l'autre par un petit globe à couleur argentine d’un côté et noir do l’autre, représentant la lune. Les diamètres de ces deux astres sout eu rapport exact avec la graudeur moyenne apparente du soleil et de la lune, ce qui les reud propres à l’iudication des éclipses.

« A cet effet, la terre figurée par l’hémisphère septentrional occupe le centre du cadran ; cet hémisphère, qui est orienté de manière que le méridien de Strasbourg se trouve dans la verticale, représente avec la dernière exactitude tous les pays situés entre l’équateur et le pôle nord ; il peut donc servir à indiquer le temps du passage du soleil et de la lune aux méridiens de ces divers pays ; c’est ainsi que l’on verra que le soleil passe au méridien de Paris environ 22 minutes plus tard, et à celui de Vienne, eu Autriche, environ 34 minutes plus tôt qu'à Strasbourg.

« Durant le^ révolutions, que dans les intervalles inégaux le soleil et la lune exécutent autour de la terre, il arrive que ces astres se trouvent, l’un à l’égard de l’autre, dans des positions particulières et très-différentes.

« Si la lune est du même côté que le soleil, par rapport à notre planète, et si en môme temps elle est dans ses nœuds ou tout auprès, c’est-à-dire près des points où l’orbite de la lune coupe le plan de l'écliptique, elle se trouvera entre le soleil et la terre ; or, comme notre satellite est un corps opaque, il cachera le soleil à une partie de notre globe, faisant aiusi assister les habitants de ces contrées à une éclipse de soleil. Durant ce phénomène, la partie obscure de la lune sera tournée vers le spectateur, et le soleil se trouvera occulté d’autant plus que l'éclipse sera partielle ou totale..

« Par contre, si la lune est du côté opposé au soleil par rapport à la terre, et si en même temps elle est dans ses nœuds ou auprès de ces points, la

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