‹ Collection Archeologique du Prince Pierre SoltykoffChapitre 23 sur 59 · PLANCHE VU · texte numérisé non relu

PLANCHE VU

Celle horloge portative a 34 centimètres de hauteur, 23 de largeur à la base, 13 au milieu du mouument, et 7 en épaisseur,

Elle est supportée aux angles par 4 lions héraldiques; une multitude de figures en relief sont sculptées sur la base de l'édifice, et -rappellent par la naïveté de la pose, la simplicité du geste', l’expression’- du visage,- et aussi par l'originalité un peu grotesque de quelques-unes des crtnqWijtions, ces figurines ou statuettes qui ornent le portail de la plupart dés églises et des monastères du moyen Age- Le côté de l'horloge où sont- placés les cadrans, celui des heures et celui du réveille-matin, forment' un tableau carré représentant une chasse à courre. Le cerf est lancé, les’ chiens le poursuivent, mais la forêt semble profonde et l'animal bondit dans lès fourrés; les chasseurs ne le tiennent pas encore! Cependant, si .l'on en croit llardoiu, Caston Phébus, Dufouillou ,- Henri III et tous les auteurs Cynégétiques, les veneurs étaient fort habiles à l'époque des Valois.

Au-dessus du grand cadrai) sont deux femmes sculptées (des princesses sans doute) qui chussent au faucon; un nain est assis aux pieds de l'une d'elles (celle de gauche ) ; ce nain lui présente un objet ayant la forme d'une pomme. L’artiste a su donner à ces deux femmes la grAce nâïve, la vie et le mouvement. 1

Le côté opposé de l’horloge est r , selon moi , -lé plus beau ; il est orné de ciliq cadrans ; le premier marque les vingt-quatre heures, le second le quantième du mois, le troisième les phases de la lune, le quatrième lès signes du zodiaque, le cinquième le coûte des planètes, (es parties du tableau qui entourent les cadrans représentent les plaisirs do l’été; on ÿ a sculpté des arbres au feuillage touiïu, des ligures d’hommes, d'oiseaux, de

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lévriers ; c’est partout une joyeuse animation, vivante image du bonheur. L’Amour domine la scène, il est placé dans un médaillon et s'apprête à lancer une flèche.

Tout au bas du tableau, et de chaque côté d'un petit cadran, sont deux femmes sculptées en relief, elles sont drapées à l'antique; l'une tient dans ses mains une coupe pleine ; l'autre, le coude appuyé sur un fût de colonne est dans l’attitude de la méditation.

Une partie du médaillon qui renferme l'amour, se prolonge vers les principaux cadrans, et, sur une petite bande unie en forme de ruban, on a gravé la date de l’exécution de l'horloge ; cette date est celle de l'année 1521 , époque où Léon X, quoique bien près de mourir, vendait encore des indulgences pour payer les immenses travaux du Vatican, où Charles-Quinl et François I** se disputaient l'Italie , où Luther et Wenghé luttaient avec énergie, et non sans succès contre la papauté. Les deux autres faces de cette horloge sont dignes des deux premières pour la pureté du dessin et la fermeté île la ciselure. Chacune de ses faces porte un cadran et une aiguille marquant l'heure et les quarts de la sonnerie; celle de droite relativement au cadrau astronomique, est couverte de fleurs savamment burinées, d'arbustes feuillus et de plusieurs figures emblématiques dont l’une, sous les traits d'une jeune femme, lient un enfant par la main et un autre dans ses bras. La face opposée nous montre la musique personnifiée dans une femme jouant du violoncelle et ayant autour d’elle divers autres instruments harmonieux. Des fleurs, des fruits, des oiseaux complètent le tableau. Ces quatre compartiments ont pour cadre ou bordure quatre cariatides richement sculptées qui soutiennent sur leur tète les chapiteaux et l'entablement.

La coupole est d'une grande magnificence. Ses découpures à jour forment des tableaux dont les sujets sont empruntés à l’épopée biblique. Ici l'ange vient annoncer à Marie qu'elle sera mère du Christ ; Joseph est auprès d’elle et le Saint-Esprit plane au-dessus de leur tête ; là nous sommes à Bethléem , Jésus naît dans une étable, les bergers viennent l'adorer avec grande révérence; plus loin, les rois Mages guidés par l’étoile sacrée arrivent dans Rethléem et offrent au Sauveur du monde leurs hommages et leurs présents. Celle brillante coupole offre encore plusieurs tableaux. Les plus importants sont la circoncision et la résurrection du Christ. Les auglcs de la coupole et de l’entablement sont occupés par des gargouilles représentant des dragons monstrueux sur la tête desquels sont fièrement assis quatre hommes ayant la tête nue et le glaire à la main. Le monument est surmonté

DU PRINCE SOLTYKOFF.

par un chevalier debout: c'est saint Georges; il est couvert d’une étincelante armure du temps de Louis XII ; d’une niait) il tient sou bouclier et de l’autre il s’appuie sur sa lance dont le bout, garni de Ter, est enfonce dans la gueule béante d'un dragon. D’autres détails qu'il serait trop long d'énumérer enrichissent celte horloge. Il est regrettable que le mouvement d’horlogerie ne soit pas visible, car presque toutes les pièces qui le composent sont gravées en champ-levé avec une extrême délicatesse. La complication des organes de celte petite machine est telle que , je ne crains pas de le dire , très peu d’artistes horlogers de notre époque seraient capables de la démonter et de la remonter comme il le faut et de faire fonctionner sans erreur tous ses organes, notamment ceux qui conduisent les aiguilles autour des cadrans astronomiques. J’ai vu plus d’une fois dans des pièces du genre de celle-ci des bévues incroyables commises par des ouvriers d’ailleurs trèshabiles; c’est que ces ouvriers n’avaieul pas lait d’études particulières concernaut les horloges du xvi* siècle. Ou remarquait , très-récemment , sur un de nos boulevards les plus fréquentés, une petite pendule en marqueterie de l’époquo de Louis XIV; clic était étalée daus la vitriue d’un horloger qui , de bonne foi sans doute, l'avait munie d’une large étiquette contenant ces mots : « Horloge ayant appartenu au roi Henri III; prix : 150 fr. » Ce fait n'a pas besoin de commentaires.

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