PLANCHE XX
C'esl une petite horloge carrée surmoulée d’un dôme. et soutenue par quatre lions. Le dessous de cette pièce présente une grande quantité de dessins graves au burin. Lue des . faces du monument est trouée pour le passage du cadran ; au-dessous de celui-ci est un espace rempli par des dessins à jour d’un très-bel effet; les autres parties, de la même face sont remplies par dés Cgureâ gravées en champ-levé dout l'une représente la Justice avec sa balance-, l'autre. la Force. tenant un glaive à la myin. Au-dessus de leur tête sont deux cavaliers équipés à la romaine et galopant sur des chevaux d’une forte encolure. Au milieu de chacune des trois aulres;faoes sont des compartiments ovales découpés il jour offrant des figures fantastiques d'hommes, de femmes et d'animaux , mêlés à des ornements orientaux. Autour des compartiments sout des dessins également fantastiques offrant des figures symboliques, des centaures ailés , des faunes,- des cjiimèreset une multitude d’ornements divers d’une charmante naïveté et gravés avec talent. La coupole à jour est d’une grande richesse artistique : les figures sont toutes plus ou moins. orientales, ('.elle coupole est surmontée d’uue statuette de femme, portant des ailes: c’est sans doute la Renommée. Le mouvement d'horlogerie est fort bien fait, il marque et sonne les heures, il est aussi à réveille-matin. La gaine de cette horloge est caractéristique, elle est parsemée de fleurs de lis. L’anagramme GG prouve que cette jolie pièce a appartenu à Gaston d’Orléans, fils de Henri IV. ■
DESCRIPTION DES MONTRES ET HORLOGES DE LA COLLECTION QCI N’ONT PAS ÉTÉ GRAVÉES
Montre octogone enchâssée dans du cristal do roche, taillé à facettes. Les heures sont peintes sur un cercle d’argent fin qui se détache en relief sur un fond d’or admirablement gravé et ciselé. Le centre est rempli par un paysage gracieusement dessiné; la composition en est naïve et charmante : des arbres feuillus, des maisons et plusieurs moulins assis sur un cours d'eau qui serpente dans la campagne forment ce tableau. L’aiguille marquant les heures se termine par uuc fleur de lis. Cette montre fut faite par Melchior Adam, horloger de Paris, qui vivait sous le règne de Henri III.
La montre inscrite sous ce numéro est de forme ovale et en argent fin ; les deux cercles ou lunettes, dont l’un s'ouvre à charnière du côté du cadran et l’autre du côté opposé, servent d’alvéoles à deux fins cristaux taillés à facettes. Eutre ces deux cercles est l'anneau ou pourtour ovale de la montre sur lequel sont gravés en champ-levé des amours, des rinceaux , des fruits et des fleurs. Le cadran en cuivre doré est aussi gravé en champ-levé. Audessus de midi ou voit deux amours couchés sur des fleurs, au-dessous de leurs pieds sont deux lapins. Un peu plus bas l’artiste a buriné des fleurs de diverses espèces. Au-dessous de six heures ou remarque une jeune femme gracieusement couchée sur le côté droit; son geste indique la souffrance, souffrance d’amour sans doute, car le dieu Cupidon, qui se tient à côté d'elle, vient de lui lancer une des flèches de son carquois. La jeune femme détourne la tète pour ne pas voir le fils do Vénus : il est trop tard, elle aime, elle souffrira. Cette même jeune femme est reproduite dans la partie concentrique du cercle horaire; elle est debout et se désole, car celui qu’elle aime gtl à scs pieds : la mort désormais les sépare. L’anneau rond qui sert à suspendre la montre est attaché à un bouton de forme ovale très-richement ciselé; quatre griffes, également ciselées, ont leur point d’appui sur le sommet du pourtour de la boite entre les deux charnières. Au point opposé de ce pourtour est un autre bouton, mais celui-ci est rond comme uue petite boule et
ne PRINCE SOLTÏKOPF.
tienl à la boile comme le précédent par des griffes ciselées. En somme, celte montre est très-élégante, son mécanisme est parfait. Elle fut faite à Blois, par Marc Girard, vers la Gn du règne de Henri III.
C’est encore «ne montre ovale de la fabrique de Blois; elle porte le nom de Pasquier Peiras, lequel était contemporain do Marc Girard. Il serait superflu de donner la description détaillée de cette pièce, car je serais obligé de répéter ce que je viens de dire de la précédente. Le cadran seul est différent en ce qui concerne la gravure. Lu jeune homme nu, mollement étendu sur des rameaux, occupe le haut du cadran ; une jeune femme, également nue, et dans l'attitude de la Vénus du Titien, repose au-dessous de six heures. Ces deux Ggures sont délicieusement dessinées, et la gravure en champ-levé en est parfaite. Le centre du cadran est rempli par un Saint- Esprit planant au-dessus d’un champ parsemé de fleurs, la? cercle des heures, qui est en argent, se détache en relief sur un fond d'or. Dans l’intérieur de l’un des couvercles ovales on trouve une jolie boussole et un cadran solaire.
C'est là une montre octogone d’une rare beauté. Huit cristaux do roche sont maintenus dans des moutures d'or Gn, enrichies d’émaux blancs, noirs et bleus. Le cadran, sur foud noir, est couvert de fleurs émaillées autour desquelles sont des rinceaux en or poli, les cercles ou lunettes sont également en or émaillé et retiennent les cristaux au travers desquels on voit d’un côté les heures et de l’autre la platine du mouvement. Cette platine est tout émaillée comme les parties métalliques de la boite; le coq lui-même est |>arsemé de fleurs émaillées. Cette moulre n’est pas signée; elle est vraisemblablement de l’époque de Henri IV.
Voici encore un charmant bijou do l’époque des Valois. C’est une toute petite montre en cristal de roche montée en or Gn; le cristal forme huit pans allongés et taillés à facettes comme les diamants. Le cadran est en or gravé en champ-levé. Le centre est en émail vert translucide. On y distingue une jolie petite rosace. Les deux boulous que l’on voit aux deux extrémités de
la montre sont aussi en or fin émaillé. Cette montre a été construite sous Charles IX, par le docteur Duchemiu, horloger'de la ville de Rouen.
Il est à remarquer que ce fut sous le règne de l’avant-dernier des Valois que l’on fabriqua les plus petites montres. Charles IX , artiste lui-même et poêle, aimait beaucoup ces sortes de bijoux.
Maître Régnier, horloger de Paris { peut-être était-ce un parent du poète satirique de ce nom), a signé cette montre; il vivait à la fin du règne de Henri IV et son travail devait être estimé, car les pièces que j’ai vues de lui sont bien faites. Celle-ci est octogone et en cristal de roche taillé à facettes ; le mouvement porte la corde de boyau; le coq est découpé à jour. Le cadran, qui est en cuivre doré, a reçu divers ornements finement gravés: le centre occupé par l'aiguille marquant les heures offre un petit paysage tout champêtre , au bas de ce cadran est un pont rustique jeté sur un cours d'eau, un Ane bâté et chargé traverse ce pont. Un homme armé d’une gaule suit à grands pas l'animal aux longues oreilles. Au bout du pont est un sentier conduisant à un petit village bâti sur une éminence. L’horizon est caché par trois monts ou pics sur l’un desquels on aperçoit un moulin à vent. Le village est dominé par une tour ou citadelle crénelée ayant son pont-levis, ses poivrières, etc.
Presque toutes les pièces d'horlogerie que renferme la collection du prince Soltykoff sont fines et charmantes, et pour les décrire je suis obligé d'employer à peu près les mêmes formules, les mêmes mots admiratifs; mais qu’y faire? Pour ne pas m’éloigner de la vérité, il faut toujours que j’admire; c’est monotone, je le sais, c’est rebutant peut-être pour le lecteur, mais ce n’est pas ma faute, c’est celle du prince qui n’a pas voulu faire entrer dans sa collection des pièces médiocres ou de mauvais goût que j’aurais pu alors raisonnablement critiquer. Cette occasion ne m’ayant pas été offerte, j’cu prends mon parti et je poursuis ma route.
La montre n° 7 est de l’époque de François II ou de Charles IX. La botte est une topaze creusée au centre et taillée à huit pans sur les côtés par un habile lapidaire. Le cadran est en argent gravé et émaillé. L’aiguille, en or fin, se détache en relief sur le fond blanc. Le mouvement est de celte école
DD PRINCE SOLTYKOFF. «St
si remarquable dont furent les chefs, durant la première moitié du xvi* siècle, Myrmécide, Carovagius, et en dernier lieu Oroncc Fiué, le savant professeur de mathématiques de François I", l’auteur de la célèbre horloge astronomique qui existe encore aujourd'hui dans la salle des manuscrits de la Bibliothèque Sainte -Geneviève. En effet , cetto école donna un vif élan à l'art de l'horlogerie , et la montre inscrite sous ce numéro en est un brillant spécimen. Elle fut très-cerlaiuement portée par plusieurs grandes dames; son aiguille des heures fut souvent consultée par elles pour leurs rendez-vous d’affaires ou de plaisirs. Hélas! ces grandes dames vieillirent et moururent successivement, tandis que cette montre, malgré ses trois siècles , est encore rayonnante de jeunesse et de beauté. Les objets d’art ne vieillissent pas ; leur valeur augmente dans une notable proportion à mesure que les générations s’écoulent.
Faite à Sedan par Isaac Forlfart, vers la Gu du règne de nenri III, cette montre de forme ovale est particulièrement remarquable par la beauté de son cadran, dont la partie concentrique est découpée à jour et coquettement ciselée. Le cercle horaire est en argent poli , mais le fond d’or qui l’encadre a reçu de très-jolis ornements gravés. Le coq, le cliquet, et diverses autres pièces, offrent des guipures ou dentelles en or (in artistement travaillées.
Ce numéro désigne encore une montre octogone en cristal de roche. Le petit cadran, qui est en argent, se détache sur une surface plate dorée à l’or moulu. Le centre de ce cadran est occupé par un paysage à peu près semblable à celui que j’ai décrit sous le N* 0. Au-dessus de midi plane un Saint- Esprit. Autour de la monture de la botte sont huit compartiments ou tableaux dans chacun desquels on remarque un animal de vénerie, un cerf, une biche, un lièvre, un chevreuil, etc. Le côté opposé du cadran, autour de la petite platine du mouvement, est aussi divisé eu huit tableaux offrant à peu près les mêmes sujets. Jean Jacobs, horloger de la ville de Harlem, a signé cette montre; elle porte le millésime de 1560.
C'est là encore une montre de Henri Béraud , de Sedan ; elle forme un
COLLECTION ABCHÊOLOGIQCF.
lit
gracieux petit bijou. Allongée comme une olive un peu tronquée par un de ses bouts, celte montre est en argent doré et tout uni, à l’exception d’une légère ceinture finement gravée. Le cadran est en or et parsemé de (leurs en émail blanc et jaune.
N* il
Durant la seconde moitié du xvi* siècle, on a fait un grand nombre de montres en cristal à huit pans, celle-ci n’a rien de particulièrement beau. Elle fut faite à Lyon par un bon horloger nommé Cellier.
Nous trouvons encore ici une des plus belles pièces du xvi* siècle. Elle représente Diane chasseresse montée sur un char tralué par deux chiens dogues. Elle est assise sur un fauteuil dont le dossier découpé à jour et ciselé se recourbe au-dessus de sa tète et forme un dais. La déesse tient d’une main un arc en acier et de l’autre un dard qu'elle s'apprête à lancer. Un carquois rempli de flèches est suspendu à son côté gauche. Outre les deux chiens traînant le char, on remarque un autre chien, d’une espèce différente, qui, placé près de Diane, la regarde armer son arc. Sur l'un des côtés du siège de la déesse se trouve le cadran des heures et minutes; sur l'autre côté sont deux autres cadrans d’inégale grandeur, dont l’un, le plus grand, marque les quarts et l’autre le réveil-matin. Le mouvement d'horlogerie est renfermé dans l'intérieur de ce siège, dont la partie postérieure offre une porte cintrée et vitrée au travers de laquelle on voit fonctionner les organes de l’horloge. Le char a pour appui une plaque de cuivre incrustée dans un socle de bois d’ébène élégamment profilé. Les dogues sont aussi sur une plaque de cuivre dont la largeur égale celle du socle et la longueur celle des chiens; elle est gravée et dorée comme la précédeute; ces gravures sont très-fines. Les chiens sont attelés au char par deux chaînes d’acier servant de brancard; les guides sont en cuivre et reposent sur le timon, lequel est tenu horizontalement dans la gueule d’un monstre en bronze ciselé et doré. Sur les deux côtés du socle sont des ornements à jour se détachant sur un fond rouge ; ces ornements sont en cuivre ciselé avec goût. L'intérieur du socle est rempli de rouages et de machines compliquées, mais bien faites, servant à faire mouvoir les roues du char et les
DU PRINCE SOLTYKOF F.
figures. Ainsi , lorsque l’heure soune , les dogues se mettent à courir en tournant la tête; Diane, dont les yeux roulent dans leur orbite, fait partir la flèche ; le petit chien comme les dogues tourne la tète, et, enfin, la machine entière est emportée par l’action du mécanisme : elle peut rouler assez longtemps sur une surface plane. La statuette de la déesse est d'un dessin très-correct et d’un charmant modelé.
Les horloges à automates étaient nombreuses eu Europe à la fin du xvi* siècle; elles sortaient presque toutes des fabriques allemandes et italiennes. Malheureusement ces machines étaient fragiles, l’usure et plus encore la maladresse de certains ouvriers, les détériorèrent promptement, et déjà, sous Louis XIV, il n'en existait qu'un petit nombre; aujourd'hui, je doute qu’on en puisse trouver une seule qui soit complète ; celle-ci est une exception; les injures du temps ne peuvent plus l'atteindre, les mauvais ouvriers ne la détruiront pas sous le prétexte de la restaurer. Elle fait partie d'une collection inaccessible aux charlatans, aux faiseurs; elle va prendre place parmi bien des chefs-d’œuvre de la renaissance, et malgré ce redoutable voisinage, elle y sera certainement très-remarquée.
Voici encore un chef-d'œuvre : c’est une montre octogone en cristal de roche. La monture est en or fin, émaillée bleu et vert. Le cadran est aussi en or et parsemé de bouquets émaillés de plusieurs couleurs. Le mouvement est resté dans son état primitif. Le coq, le cliquet et quelques autres pièces accessoires sont à jour et ciselés avec talent. Ce qui rend cette montre précieuse ce sont les cristaux : leurs facettes, gravées avec un art parfait, notamment celles des couvercles, oflrent des rinceaux, des fleurs, des oiseaux délicatement travaillés. Sur la facette centrale de chacun de ces couvercles est gravé un amour debout; l'un lient à la main un arc et une flèche , l’autre un flambeau et un carquois. Ces amours ont sans doute été burinés sur le cristal par un artiste habile, d’après quelque crayon du Prirnatice. Les amours que ce maître a peints dans ses plafonds de Fontainebleau et ailleurs, ont tous ces formes élégantes et sveltes que l’on retrouve avec plaisir sur le cristal de cette montre. Ce charmant bijou est de l'époque de Henri III, il fut fait par Lemand, horloger de la ville de Blois.