‹ Collection Archeologique du Prince Pierre SoltykoffChapitre 37 sur 59 · SS · texte numérisé non relu

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un bon parti des inventions de Iluyghens et de ses émules. On n’était pas encore arrivé aux beaux jours de l'horlogerie française ; mais on commençait à en pressentir le moment.

Parmi les horlogers ou savants qui s'illustrèrent à cette époque , notts citerons, outre ceux que nous avons nommés, Ibeften, Pierre Georges, Martinet, Haye, Marlot, Guillelmi Ougblred, qui a fait imprimer un livre, en fG77, dans lequel il donne la théorie des engrenages, et des préceptes pour exécuter des pièces compliquées, telles que des horloges astronomiques, etc. Vers la même époque, Alimcnis était célèbre à Rome. Il exécuta, pour le pape Alexandre VII , une horloge de nuit qui fut généralement admirée. Gilbert Clark est encore un des savants qui honorèrent la fin du siècle de Louis XIV. Son traité de la construction des horloges, imprimé à Londres en 1682, est, suivant le rapport de Leibnitz, un ouvrage remarquable. Nous ne devons pas oublier non plus le savant Gaspard Scholt, qui dans' son livre intitulé : Jtsu Thecnica curium, se u mirabilia arlis, a donné quelques Irons principes de mécanique, de physique appliquée à l'horlogerie. Ce livre est rempli de figures techniques, à l’aide desquelles fauteur explique la théorie des engrenages, des échappements, les effets des forces motrices, et autres sujets intéressants au point de vue de l’art.

Un autre livre, celui de M. de Scrvière, n'est pas moins intéressant : on y trouve la description de plusieurs horloges très-curieuses et dont on s'occupa beaucoup vers la fin du règne de Louis XIV. Ces horloges étaient au nombre de dix-sept. Nous allons en reproduire la description.

La première de ces machines représentait un dôme soutenu par six colonnes assises sur une base hexagone. Autour de ces colonnes, qui formaient une espèce de rotonde, il y avait deux rangs de fils de cuivre, parallèles entre eux, qui de la base moulaient en spirale jusqu'au sommet du dôme. Ces fils étaient arrêtés aux colonnes avec de petites cousoles, et ils servaient de canal à une balle de cuivre qui , par son propre poids, parcourant en descendant toute l'étendue des fils de cuivre, arrivait enfin dans une petite ouverture qui était au pied de la rotonde. Aussitôt que la balle étant à la base entrait dans celte ouverture, elle y trouvait un ressort dont elle faisait lâcher la détente laquelle la repoussait toujours avec la même justesse, de bas en haut, dans l'endroit où les fils de cuivre placés parallèlement lui traçaient le chemin qu’elle avait à parcourir en descendant. Cette balle continuait ce manège sans jamais s’arrêter; et comme elle n'emplovait pas plus de temps une fois qu'une autre pour monter ou pour descendre le

DU PRINCE ROLTYKOKP.

long dp la rotonde, et que, proportionnément à ce temps toujours égal, on avait fait les roues du cadran de cette horloge, la balle faisait marquer les heures à l’horloge avec beaucoup de justesse.

La seconde horloge avait beaucoup de rapport avec la première; elle n’en différait qu’en ce que la petite halle, au lieu d’étre lancée par l’action d’un ressort au sommet du dème, y était portée visiblement par un petit seau qui montait et descendait, etc.

I.a troisième horloge était un tableau sur lequel il y avait des liteaux posés les uns sur les autres diagoualement en zigzag; ces liteaux servaient de raual à deux halles, lesquelles, étant arrivées eu bas , remontaient dans l'épaisseur du cadre, etc. Les heures étaient marquées en bas du tableau.

Dans la quatrième horloge, les tils de cuivre étaient lacés dans quatre colonnes, et, quand la balle était en bas, elle remontait dans une vis d'Archimède, et ensuite redescendait sur les fils, et parce continuel mouvement elle faisait marcher l’horloge, dont les cadrans étaient aux faces de la base.

La cinquième horloge était un pupitre sur lequel étaient des liteaux disposés comine dans la quatrième horloge, etc.; ce pupitre pouvait s’ouvrir, etc.

La septième horloge consistait en une boite cylindrique qui, étant, posée du côté de la surface curviligne, sur un plan incliné, semblait s’y tenir immobile contre la nature des figures rondes qui roulent ordinairement avec précipitation tant qu’elles trouvent de la pente. Celle-ci (la boîte en question) descendait sur son plan incliné , imperceptiblement et avec mesure. Cette boite était de cuivre ; elle avait environ cinq pouces de diamètre , et le plan sur lequel elle était posée avait quatre pieds de longueur. Les heures étaient écrites sur l’épaisseur de ce plan incliné, et sur la circonférence de la boite, laquelle avait une aiguille à deux pointes qui se tenaient toujours perpendiculairement , et qui marquait l’heure courante eu deux endroits dilîérents, savoir : par sa pointe inférieure, elle la marquait sur le plan incliné. Cette horloge n’avait ni ressort, ni contre-poids. La durée du temps qu’elle marchait était proportionnée à la longueur du plan iucliné. Elle ne recevait sou mouvement que par l'effort que la figure ronde se faisait de se tenir sur le plan incliné contre son penchant naturel. On en faisait l'expérience de celle manière. Lorsque la boite- était sursoit plan incliné, elle descendait imperceptiblement et avec mesure, eu marquant les heures comme nous l'avous dil, et l’on entendait le mouvement de son balancier;

mais aussitôt que l’on retirait la boîte de dessus sou plan incliné, et, qu'on la posait sur un plan horizontal , le mouvement de l'horloge cessait, et on n’entendait plus le mouvement de son balancier, parce qu'alors la figure ronde étant dans son état naturel, il ne se faisait plus d'effort.

Les huitième et neuvième horloges étaient faites sur le même principe. La longueur et la disposition du plau incliné en faisaient toute la différence. Ce plan pouvait être tellement prolongé que l’horloge pouvait marcher pendant plus d’une semaine sans qu’on remontât la boite, etc.

Les pièces dixième et onzième étaient des horloges de sable qui n’avaieut rien de bien remarquable.

La douzième horloge était un globe céleste qui tournait sur la tète d’un atlas, etc.

L'horloge quatorzième avait sou cadran en ovale, et son aiguille s’allongeait et s'accourcissait suivant les différents diamètres de l'ovale, en marquant les heures. Au-dessous de ce cadran, il y avait une niche par laquelle on voyait sortir des figures qui marquaient les différents jours de la semaine.

L'horloge seizième avait son mouvement semblable à celui des pendules simples; son cadran seul en était différent : il n’avait point d'aiguilles, mais à leur place il y avait deux cercles inégaux, dont le plus grand marquait les heures, et le plus petit les quarts. Ces deux cercles étaient cachés dans l’intérieur de la machine; ils ne faisaient paraître, par des ouvertures, que I heure courante. Ce qui rendait celte machine très-comuiode, c’est que les caractères qui marquaient les différentes heures étaieut taillés à jour sur les cercles, et pouvaient par conséquent s’apercevoir pendant la nuit , au moyen d une lampe que 1 on plaçait derrière la machine, et dout la lueur ne paraissait qu à travers les petits vides qui les formaient, etc.

I. horloge dix-septième était un plat d’étain sur le bord duquel les heures étaient gravées comme sur un cadran. Après avoir rempli d’eau ce plat, on y jetait une figure de tortue de liège qui allait chercher l’heure courante pour la marquer avec son petit museau ; lorsqu'elle l’avait trouvée, elle s’v arrêtait ; si on voulait I en éloigner, elle y retournait aussitôt, et si on l’y laissait, elle suivait imperceptiblement les bords du plat marquant toujours les heures.

Un mot sur la Samaritaine. Bien des vieillards qui vivent encore aujourd hui se souviennent de l'avoir vue fonctionner sur le Pont-Neuf, elle eu était un des plus beaux ornemeuts. Cet édifice, commencé sous Henri 111, lie fut totalement achevé que sous Louis XIV. Il renfermait une pompe qui

DD PRINCE SOLTYKOEP.

élevait l’eau et la distribuait ensuite par plusieurs canaux , au Louvre et à quelques autres quartiers de Paris.

« Les anciens, rapporte Claude Malingre, auteur des Antiquités de lu ville de Paris, avaient ignoré l’industrie de faire élever et remonter les eaux plus haut que leur source, et le roi a ci-devant employé les plus ingénieuses et hardies inventions qui se sont offertes à en laisser la preuve admirable sur ce pont, telle que nous la voyons, et qui ne permet plus que nous et les n Aires demeurions en cette ignorance. C’est une Samaritaine, laquelle verse de l’eau à Noire-Seigneur, et au-dessus une industrieuse horloge qui, non-seulement marque et montre les heures devant midi eu montant, et celles qui suivent après eu descendant, mais aussi qui sert à connaître quel chemin le soleil et la lune font sur noire horizon, représenté, selon la diversité de leurs cours, par une pomme d’ébène : voire qui représente les mois et les douze signes du zodiaque, compris dedans six espaces en montant, et six en dévalant. Plus, quand l’heure est prête à sonner, il y a derrière l’horloge certain nombre de clochettes, lesquelles représentent tantnt une chanson, tantôt une autre, qui s’entend de bien loin et est fort récréative. »

On a vu par l’ordonnance de Louis XIV, à l’article des corporations, que ce prince avait la conscience des grandes choses qui pouvaient s’accomplir par les perfectionnements de (l’horlogerie, et qu'il tenait cette science en grande considération. Il avait un goût particulier pour les montres à six roues et à secondes. Le savant l)e Camus était l’inventeur de ces sortes de montres, et il les décrit succinctement dans son Traité des forces mouvantes. Dans ce même traité, page 461, il donne la manière d’exécuter une montre à répétition qui sonne d’elle-même les heures et les quarts, sur trois timbres différents, avec un seul marteau , et à l'aide d’un seul rouage de sonnerie.

Louis XIV, Colbert et plusieurs grands personnages de la cour, avaient de ces montres qui étaient surtout fort commodes pour la nuit ou pour voyager en voiture. C’est à une de ces petites horloges^ que Corneille fait allusion dans sa comédie du Menteur :

O discours ennuyeux enfin se termina ;

Le bonhomme partait quand ma montre sonna.

De Camus fut aussi le premier qui construisit des pendules qui marchaient un an sans être remontées.

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