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On voit encore aujourd’hui à Versailles, dans les appariements du roi, une horloge qui fut construite par Antoine Morand , de Pont-de-Vaux. A chaque fois que l’heure sonne, deux coqs, placés sur le haut de la machine chantent chacun trois fois en battant des ailes; en même temps , des portes à deux vantaux s’ouvrent de chaque côté, et deux ligures eu sortent portant chacuue un timbre en forme de bouclier, sur lesquels deux amours, placés aux deux côtés de l’horloge, frappent alternativement les quarts avec des massues. Une figure de Louis XIV, semblable à celle qui était sur la place des Victoires, sort du milieu de la décoration. On voit en même temps s'ouvrir, au-dessus de lui, uu nuage d’où la Victoire descend portant dans la main droite une couronne qu’elle pose sur In tète du roi; elle y reste pendant l'espace d’une demi-minute; puis alors, Louis XIV rentre dans l’horloge, la Victoire remonte, les figures se retirent, les portes se ferment, les nuages se réunissent et l’heure sonne.
Antoine Morand a eu d'autant plus de mérite en exécutant celte horloge très-compliquée, qu’il n’était pas horloger.
.Malgré la faveur dont jouissaient au vvu' siècle les horloges purement mécaniques, on se servait encore, surtout dans les monastères, de la clepsydre et du sablier. Il était même d’usage, dans certains couvents, de placer une de ces horloges au milieu de la table sur laquelle on servait le dîner des moines : c’était sans doute pour avertir ces religieux qu’ils ue devaient pas prolonger leur repas au delà des limites prescrites par la règle de la communauté.
l'horlogehie au xviii* SIÈCLE
Les arts mécaniques, et généralement les sciences positives, ne restent jamais stationnaires; ils marchent toujours dans la voie du progrès; mais ces progrès ne sont pas uniformes et ne se produisent pas constamment dans les mêmes pays.
Longtemps avant Périclès , les Égyptiens étaient déjà célèbres dans le , monde par les connaissances qu’ils avaient acquises eu astronomie, en physique, etc. L'école d’Alexandrie fut uu llambcau vivant qui , pendant plus d’uu siècle, rayonna dans toutes les contrées de l'Asie. Plus tard, les sciences et les arts se concentrèrent dans la Grèce, et bientôt après ce fut dans Rome qu'ils se réfugièrent. A la chute de ce puissant empire, les contrées occidentales de l’Europe s'étant peu à peu civilisées, les sciences se
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fixèrent dans celle parlie du monde ; tandis que, au contraire , les Égyptiens, les Grecs et les Romains du Ras-Empire étaient tombés dans l'ignorance et dans la barbarie. Toutefois, les Européens ne furent pas subitement initiés aux sciences; ils ne les acquirent que dans l'espace de plusieurs siècles. Ce ne fut, en effet, qu'à la fin du règne de Louis XII , ou au commencement de celui de sou successeur, François I", que l’Europe se plaça définitivement à la tête de la civilisation. Cependant, les divers peuples de cette contrée ne furent pas savants dans une égale proportion.
L'Italie et l'Allemagne avaient acquis une prépondérance incontestable sur la France et l'Angleterre, et celles-ci se montraient supérieures a l’Espagne, au Portugal, à la Russie, etc.
En ce qui concerne l'horlogerie, elle fit d'abord des progrès remarquables en Allemagne, puis en Italie et en France; puis enfin, comme nous l’avons dit précédemment, l’Angleterre conquit et conserva le sceptre de l'art pendant tout le cours du xvir siècle : rien môme ne pouvait faire pressentir qu'elle le [>erdrail au xvur siècle ; c’est cependant ce qui arriva.
Il ne faut que connaître l'histoire pour savoir que lorsque le chef d'un Etat civilisé manifeste un goût fortement prononcé soit pour une science, soit pour un art, il se trouve toujours des ministres et des courtisans prompts à se faire les protecteurs passionnés de l’art ou de la science qui est l’objet des prédilections du souveraiu. On voit alors surgir de tous côtés des savants ou des artistes qui, certains d'ôtro remarqués et protégés, se livreul avec autant de confiance que d'ardeur aux travaux de la science ou de l'art qui est en faveur; et celle-là, ou celui-ci, prend soudain un essor qui ne s’arrête qu'après avoir atteint son apogée.
Philippe d'Orléans, qui eut la régence du royaume après la mort de Louis XIV, avait du goût pour les arts mécaniques et particulièrement pour l'horlogerie; et, comme il savait que les horlogers de l'Angleterre étaient supérieurs aux français, il résolut de changer cet étal de choses. D’abord, il favorisa de tout son pouvoir ceux de nos ouvriers qui se distinguaient par des travaux remarquables; puis, voulant créer une pépinière d’artistes d’élite, capables de soutenir la lutte avec les horlogers d’outre-Manrhc, il Ut venir de Londres plusieurs horlogers d’un vrai mérite, qui s’établireut à Paris sous sa protection immédiate.
Le plus illustre parmi ces savants étrangers fut Sully, qui, par de belles inventions dans son art, et par la publication d'un bon livre sur l'horlogerie, se fit eu France et surtout à Paris une excellente réputation. Sully (voy.
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note 4) eut pour émules et pour amis Lebon et Gaudron, qui réunirent leurs communs efforts pour atteindre le but que s'était proposé le duc d’Orléans.
Julien Le Roy, après s'élre distingué par une dextérité toute particulière, ne tarda pas à se signaler par des inventions précieuses. Il imagina d'abord une pendule à équation que l'Académie des Sciences honora de ses suffrages. Peu après, ayant lu, dans VOptiqueAc Newton, les expériences que celui-ci rapporte pour montrer les lois suivant lesquelles agit l'attraction de cohésion, Julien Le Roy eut l’idée de faire servir celte propriété des fluides à fixer l'huile aux pivots des roues' et du balancier des montres, et par là, de diminuer considérablement l’usure et les frottements de ces parties. Pour cet effet, il imagina différentes pièces qui ont été généralement adoptées. Telles sont les potences, au moyen desquelles ou peut rendre l'échappement .aussi parfait qu’il puisse être, etc. Les montres anglaises à répétition avaient, à l’époque dont nous parlons, quatre enveloppes ou boites. Il arrivait de là que, malgré leur grosseur apparente, le mouvement de ces montres était si petit, et leur moteur si faible, que les moindres variations dans la ténacité de l'huile y produisaient des erreurs considérables.
Au moyen des répétitions sans timbre, Julien Le Roy supprima trois boites sur quatre, eu sorte que le mouvement d’une répétition de cet habile horloger est à celui d’une répétition anglaise dans le rapport de soixantequatre à vingt-sept. Il est aussi l’auteur des répétitions dites à boites levées, qui ont l’avantage d'être d'une exécution plus facile en ce que les pièces de la quadrature sont mieux distribuées, et qu’elles ont une place plus grande pour fonctionner et produire leurs effets.
On sait qu'il est assez commun de voir des répétitions qui, ayant marché un certain temps, ou par l’effet du froid, soutient lentement ou même ne sonnent pas du tout. L'huile du rouage de la sonnerie étant alors congelée, le ressort n’est plus assez fort pour faire tourner les roues et lever le marteau. Cet inconvénient est prévenu, dans les montres de Julien Le Roy, par un petit échappement substitué aux dernières roues, et qui évite la plupart des inconvénients attachés au pignon du volant.
Non content de travailler assidûment pour perfectionner ses ouvrages, Julien Le Roy avait le soin de recueillir tout ce qui paraissait d'utile ou de curieux en Angleterre ou ailleurs. C’est ainsi qu’ayant entendu parler avantageusement des inventions de Graham, il fit venir de Londres, en 1728, la première montre à cylindre qu'on ail vue à Paris; il eu étudia le méca-
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nistne, qu'il trouva excellent; et, après l’avoir éprouvée, il la céda à M. de Maupertuis.
Graham, de son côté, ne dissimulait pas tout le cas qu'il faisait de son émule. Un jour que milord Hainilton lui montrait, devant plusieurs personnes, une des montres à répétition, à grand mouvement, de Julien Le Roy, Graham après avoir examiné cette montre, dit : « Je voudrais être moins âgé afin de pouvoir faire des répétitions sur ce modèle. » Cette justice que rendait au grand artiste français le plus célèbre horloger de l’Angleterre, lui a été rendue par tous ceux des autres parties de l'Europe. Il arriva de là que tous se saisirent de ses inventions; on grava le nom de Julien Le Roy sur les montres de Genève, au lieu d’y graver comme autrefois, ceux de Uarlovv, de Tompion, do Graham, etc. Enfin les montres de l’Angleterre furent généralement abandonnées, et dès lors la préférence fut acquise aux montres françaises.
Une partie des perfections que nous venons d'exposer passa bientôt dans es pendules; il serait inutile de les rappeler en détail. Nous dirous seulement, au sujet des tirages ou pendules à répétition, que, jtour rendre les pièces de leur quadrature plus grandes et plus solides, il les transposa de dessous le cadran sur la petite platine, afin qu'elles ne fussent plus gênées par les faux piliers, l'arbre du remontoir et son roche), ainsi que par les roues des heures et des minutes.
A l’égard de ses pendules à secondes, voici le témoignage que M. de Maupertuis a rendu de celle qui fut exécutée pour les opérations de la mesure des degrés du méridien terrestre vers le cercle polaire: « Nous avions une pendule de M. Julien Le Roy, dont l'exactitude nous a paru merveilleuse, daus toutes les observations faites avec cet instrument, s
Quant aux pendules à équation de toute espèce, on peut lire ce qu'elles lui doivent dans les .Mémoires de l’Académie, année t72i. On voit aussi (Mém. acad., 1741 ) que l’horlogerie lui est redevable de la compensation des effets de la chaleur et du froid sur le pendule, au moyen de rallongement et du raccourcissement inégal des métaux.
Julien le Roy s' est encore distingué par la construction de ses montres et pendules a trois parties, par divers échappements qu’il a inventés ou perfectionnés, par ses réveils, dout il a donné la description dans la règle artificielle du temps, et par ses répétitions sans rouages.
Enfin, ses lumières et ses vues se sont portées jusque sur les horloges publiques; car il est l’inventeur de celles qu'on nomme horizontales, qui
sont encore en usage aujourd'hui. De onze pièces dont la cage de ces machines était composée, il n’a retenu que le rectangle inférieur; par ce moyen, l’horloge, beaucoup plus facile à faire et moins coûteuse, est encore infiniment plus parfaite.
A tant d'heureuses inventions on pourrait joindre cçllcs dont leur auteur a enrichi la gnomonique, telles que son cadran universel à boussole et à pinnulcs ; son cadran horizontal universel, propre à tracer des méridiennes au moyen de son axe, percé de plusieurs trous, et d’échelles des hauteurs correspondantes gravées sur son plan, etc. On peut, sur ces articles, consulter ses Mémoires, à la suite de la Règle artificielle tlu temps.
Ces nombreuses découvertes lui méritèrent la haute réputation dont il a joui, son logement aux galeries du Louvre, son brevet d'horloger du roi; mais elles firent aussi la première réputation de l'horlogerie française.
Si le rare génie de Julien le Roy a donné une aussi forte, aussi durable impulsion à son art, ses procédés généreux envers ceux qui le cultivaient n’ont pas moins contribué 5 le perfectionner. Loin d’èlre de ces hommes mercenaires dont le but unique est de s'approprier le fruit des talents et des travaux des autres, cet artiste célèbre était le premier à augmenter le prix de leurs ouvrages lorsqu’ils avaient réussi ; et très-souvent il portait ce prix fort au delà de leur attente.
Plus tard Ferdiuand Rcrlhoud acquit une grande célébrité ; il la dut en partie aux beaux livres qu’il écrivit sur l’horlogerie. D’ailleurs, Berthoud fut aussi un habile praticien, et il attacha son nom à plusieurs belles inventions. Toutefois Pierre le Roy, le fils de Julien, pouvait lui disputer le premier raug, car il rendit de signalés services à l’horlogerie par les découvertes dont il l’enrichit. Mais Pierre le Roy ne recherchait par la popularité, il fuyait les sociétés bruyantes et se renfermait dans sou cabinet d’où sortirent les premières moutres marines françaises, l'échappement à détente, à ressort, etc., etc.
Après ces deux grands promoteurs, il est juste de citer Lebon, Enderlin, Dauthiau, Gaudron, Régnaud, Lepautc, Dutertre, Rivas et Caron le fils, qui, après avoir inventé un de nos meilleurs échappements, celui à double virgule, s’illustra dans la littérature dramatique sous le nom de Rraumarcltais. Personne ne regrette assurément que cet homme, un des plus beaux esprits du XVIII* siècle, ait quitté sa boutique de la rue Saint-Denis, pour écrire le liarbier de Séville et le Mariage de Figaro (voy. note 5) .