‹ Collection Archeologique du Prince Pierre SoltykoffChapitre 48 sur 59 · IG · texte numérisé non relu

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de Reims, mais me contraindre à me reconnaître pour un intrus , jamais ! » (Voy. J. Sabbatier.)

Quelques évêques refusèrent d’embrasser la cause de Gerbert et de désobéir au souverain Pontife. Alors il se passa une chose grave au point de vue de la chrélienté; et Gerbert, six cents ans avant Luther et Calvin, fut sur le point de méconnaître la puissance de Rome et de prêcher ouvertement la révolte contre l’infaillibilité papale. Il écrivit à l’archevêque de Sens des lettres brûlantes d’énergie et dans lesquelles il soutint que les évêques du synode de Saiut-Basle avaient raison contre le Saint-Siège et qu’ils ne devaient pas fléchir devant lui. « Si quelqu’un de vous, dit-il, annonce quelque chose au delà de ce que vous avez retenu, fût-il un ange des deux, qu’il soit anathème! » Il dit encore : « Parce que le pape .Marcelin a brûlé l'encens devant Jupiter, est-ce à dire que tous les évêques doivent brûler l’encens? Je déclare hautement que si, averti plusieurs fois, il n’a pas écoulé l’Eglise... eh bien, l’évêque romain, d’après le précepte de l)ieu, doit être tenu pour un païen et un publicain... Un prêtre, à moins qu’il n’ait avoué ou qu’il n’ait été convaincu, ne saurait être privé de son office. .. Donc ne permettons pas à nos adversaires de soumettre au pouvoir d'un seul le sacerdoce qui partout est un comme l’Église catholique est une , etc. »

Après avoir ému d’une manière fâcheuse le monde chrétien , Gerbert se soumit enfin; il quitta Reims, et vint se réfugier à la cour d’Olhon III, qui , comme Robert I" avait été son élève. Bientôt après, le pape Jean XIV étant mort, Grégoire V, qui lui succéda, donna à Gerbert l’archevêché de Ravenne et lui rendit l’abbaye de Bobbio, dont les vassaux, revenus à de meilleurs sentiments, se soumirent à sa puissance.

Grégoire V ne resta pas longtemps sur le siège de Saint-Pierre, et à sa mort l’hérésie releva la tête , l’Europe fut profondément ébranlée , et il ne fallait rien moins que toute l’énergie de l’empereur Othon pour lutter eflïcacement contre la révolte et l’insubordination qui éclataient à la fois sur tous les points de l’Italie et de l’Allemagne. C’était un moment critique, et plus que jamais Rome avait besoiu d’un pape assez fort pour soutenir dignement la tiare pontificale, et raffermir la couronne chancelante de l’empereur Othon. Celui-ci, s’étant créé de puissants amis parmi les princes de l’Eglise, présenta et soutint la candidature de Gerbert, èt, le 2 avril 999, le berger d’Aurillac parvenait à la papauté devant laquelle au moyen âge les plus grands rois s’inclinaient avec respect et crainte.

Gerbert fut lè premier pape qui prêcha la croisade en faveur et pour la

délivrance du saint Sépulcre. Son appel ne fut pas entendu, mais on voit que dans son esprit ce grand homme embrassait déjà toute la grande œuvre qu'un demi-siècle plus tard un de scs successeurs, Grégoire VII, entreprit de nouveau, et qu’Urbain il acheva au commencement du xm' siècle.

Gerbert mourut le 1 2 mai 1003, dans la cinquième année de son pontifical. Il fut enseveli sous le portique de Saint-Jean-de-Latran. Avant de descendre dans la tombe, le pape Sylvestre II avait pardonné aux ennemis de Gerbert, et môme à Arnould qu'il avait replacé sur le siège de Saint-Remi.

Le pape Serge IV, le troisième de scs successeurs, fit graver l’épitaphe uivante sur la pierre tumulaire qui recouvrait Gerbert :

« Ci-gît Sylvestre. Quand retentira la trompette annonçant le jugemeut de Dieu, cette tombe rendra la dépouille mortelle de celui qui, à l'illustration de la science joignit le titre glorieux de Pontife romain.

« Comme le prince des apôtres auquel il succéda sur le siège sacré , il reçut trois fois la mission de paître les peuples. Quand il eut rempli pendant un lustre ces sublimes fonctions, il se trouva au bout de sa carrière et mourut.

« Le monde d’où s’envola la concorde resta stupéfait; l’Eglise vil chanceler la victoire et ne connut plus de repos.

« L’évôque Serge, son successeur, par un tendre sentiment de piété, a orné le cercueil d’un ami.

« Vous qui jetez les yeux sur celte pierre funèbre, qui que vous soyez, répétez : Seigneur tout-puissant ayez pitié de lui. »>

César Raspéoni, chanoine de Latran, qui vivait vers le milieu du xvit* siècle raconte que lorsqu’en 16'»8, on ouvrit le tombeau de Gerbert, il eu était sorti une agréable odeur, et que l’on avait trouvé dans un cercueil de marbre le corps de Gerbert bien conservé, revêtu des habits pontificaux, la mitre en tète et les bras croisés, mais qu’au contact de l’air il était tombé en poussière, et qu’il n’en était resté qu’une croix d’argent et l’anneau épiscopal .

Les habitants du Cantal, ont fait élever un monument à la mémoire de

Gerbert. Ce monument dont l’exécution est due, comme nous l’avons dit plus haut, à M. David (d’Angers), a été érigé sur une des places publiques de la ville d’Aurillac, le 16 septembre 1861.

L’horloge de Dijon qni a aujourd'hui trois figures, Jacquemart, sa femme et uu enfant, n’en avait que deux dans l’origine, car les auteurs qui ont écrit sur cette horloge postérieurement au xvir siècle ne font mention que de deux automates , lesquels ont été renouvelés plusieurs fois comme le prouve une pièce de vers en patois que l’on attribue au fameux vigneron Changenet et qui fut faite vers la fin du xvr siècle. Cette pièce de vers est intitulée : Uariaigr de Jaujuemart.

L’auteur commence par dire que tout le monde accourt vers la poisson' ncrie, c’est-à-dire dans la rue Muselle, pour voir Jacquemart :

Compaire, voci corc cejan Qui voi qu'alnn contre Sain-Jean,

Tiran ai poissonnerieî Ç’a qui von voi le bravcrie De lai venue de Jaiquemar Qui n’a ni sur tar ni sur mar...

Ensuite le poète témoigne sa surprise de voir un nouveau Jacquemart , fort, nerveux comme un hercule, au lieu d’un petit homme laid, mal fait, bossu, ressemblant à un Esope, qui existait auparavant. Il exprime ainsi sa surprise :

I ne sai si j’ai voo trô bue,

Vou si j’aivoo lés ébreluë Quan je le vi l’autre de jor:

Ma je ne peu tomber d’accor Qui (à Jaiquemer en personne.

Po Jaiquemar, c’étoo ein homme De cote taille, aissé mau fai.

Qui resonne cés Isopai Qui s’an-von sarrau lés épaule

llu

Qu’ai saune ni voi de faut épaule ; Ma cctu qui, tôt et rebor,

A lai corne ein homme hé for.

Corne ein Itolan, ein Herculiesse, Cran et pussan cime Laiguessc Lai ninlgne d'un honuue fichai, Saune qu’ai seule tô frachai...

I. 'auteur, passant à la femme de Jacquemart, en fait le portrait suivant,

Tôt auprès de lu, éne fanne Belle be grant et an bon pain,

Qui ressanne lai lengne en plain ; Son haibi ai lai parisienne,

Elle cesannc dame lléli*ne Qui demeure au dessu du bor.

Qui fai fêle de tô lé jor,

Lé faillie sont en rêverie Borquoi Juiquemar eu anvie Et le vouloi de s’en alai Si lontani de fai et de lai l’or einenmii eele rnvolùpc,

Qu’ai saichein bc que dans l’Euiôpe Ai n’y an e pas éne tri ;

Elle il faite d’ein lei motei ;

Que j’aimoi elle n’e aifuire De mridccin, d aipotieaire;

Et va lai faune lai pu saige Et lai pu piôpe au uiairiaige Que juimoi lai rarre é potai Elle a si plena de boutai Que si Juiquemar li fai teigne,

Elle c si pô qu’ai ne sn g ceigne, Quelle ne fai que son vouloi...

A la suite de ces vers, vient un tableau peu gracieux des femmes qui font enrager leurs maris : la matière est ample. Puis, l'auteur déplore le sort de Jacquemart, qui ne peut contenter tout le monde; il sonne trop tôt les heures pour les joueurs, pour les amoureux qui ont des rendez-vous; trop lard pour les paresseux, les saouls-d'ouvrer, etc., etc.; malgré cela, dit-il :

Jacquemart de rnn ne s'étonne ; Le froid de l'hiver, de l’autonne,

[>l> PRINCE SÔLTYKOFK.

ni

Le chaud de Pétai, du prinlam,

Ne l'on au randre maueoutan Qu'ai pleuve, qu'ai noge, qu’ai grolc,

Kl lé sai tête dans sai cande.

Kl lé deu prié dans sé soûlai,

Ai ne veu pas sôti de lai.

Pour les personnes qui ne connaissent pas le patois bourguignon , nous donnerons, toujours d'après M. Peiguot, la traduction de ces vers :

Compère, oii courent ces gens Que je vois aller conlre Saint-Jean,

Tirant à la poissomierieî

C'est qu'il vont voir les belles choses

De la venue de Jacquetnar,

Qui n'est ni sur terre, ni sur mer-

Je ne sais si j'avais trop bu,

Ou si j'avais la berlue,

Quand je le vis l'autre jour;

Mais je ne puis tomber d’accord Que c’est Jacquemart, en personne. Pour Jacquemart, c’était un homme De courte taille, assez mal fait,

Qui ressemble à ces Ksopcs Qui s’en tout serrant Ira épaules, Qu’il semble voir de pauvres diables; Mais celui-ci, tout au rebours,

Kst là comme un homme bien Tort, Comme un Roland, un Hercule, Grand et puissant comme Lagnesse; La mine d’un homme fâché il semble qu’il veuille tout briser...

Tout auprès de lui, une femme Relie et bien grande et en embonpoint,

Qui ressemble la lime en plein ;

Son babil à la parisienne :

Elle ressemble dame Hélène,

Qui demeure au-dessus du bourg.

Qui fait fêle de tous les jours (elle était cabaretière). Les femmes sont à chercher

Pourquoi Jaquemart eut l'envie Et le vouloir de s’en aller Si longtemps de cà de là.

Pour amener cette enveloppe (femme de moyenne vertu). Qu’elles sachent bien que dans l’Europe Il n’y en a pas une telle.

Elle est faite d’un tel mortier.

Que jamais elle n’a affaire De médecin, d’apothicaire;

De barbier clic s’en soucie moins Qu’on ne le fait d'un sale essuie-main;

Et c’est la femme la plus sage,

Et la plus propre au mariage Que jamais la terre ait portée,

Elle est si pleine de bonté.

Que si Jaquemart lui cherche querelle,

Elle a si peur qu’il ne soit triste Qu’elle ne fait que sa volonté...

Jaquemart de rien ne s’étonne;

Le froid de l’hiver, de l’automne,

Le chaud de l’été, du printemps N’ont pu le rendre mécontent.

Qu’il pleuve, qu’il neige, qu'il grêle,

Il a sa tête dans son bonnet,

Et ses deux pieds dans ses souliers;

Il ne veux pas sortir de là.

Il nous reste encore à constaler ce fait, que l’enfant qui sonne aujourd'hui les quarts à l'horloge de Dijon a été ajouté à cette horloge par un serrurier ou un horloger nommé Saunois, qui vivait au commencement du xvitt" siècle. Aimé Piron, grand-père de l’auteur de la Métromanie , nous fait connaître cette particularité dans une pièce de vers imprimée en 1714, par laquelle il invite les échevins de la ville de confier audit serrurier l'exécution d’un enfant chargé de sonner les dindclles (les pelites cloches qui sonnent les quarts) :

Sûiini ce moltre éirei si daigne Ç'àt ein chêdruvre qu’il è fai.

Por ansin, messie», s’ai vo glai,

J'esperon dan lai ccncluance

BD PIUNCE SOLTYKOFF. 173

De vote aidmirable prudance,

Qui n’é pa de paisois.se ai lei.

Qu’on noise bo ce sarrurci,

Sarrurci qu'à tô pré de faire, l’o randre eomplaitle l'aifaire,

Po chèque raipcâ ein hairai.

Saunois ce maître ouvrier si digne.

C’est un chef-d'œuvre qu’il a fait Ainsi, messieurs, s’il vous plaît.

Nous espérons, dans la conclusion De votre admirable prudence Qui n’a pas sa pareille,

Qu’on paiera bien ce serrurier,

Serrurier qui est tout prêt à faire.

Pour compléter cette affaire.

Pour chaque rappel un enfant.

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