HUYGHENS
Christian Huyghens naquit à La Haye, le 14 avril 1629. Le père de cet homme célèbre était secrétaire et conseiller des princes d’Orange.
Le jeune Huyghens puisa de bonne heure , dans la maison paternelle, l'amour de la gloire et l'enthousiasme pour les grands hommes. Envoyé à Leydc, en 1644, pour étudier en droit, il voulut coouattre la géométrie de Descartes. Schooten fut son guide : bientôt le jeune géomètre enrichit de remarques nouvelles et ingénieuses le commentaire que son maître a donné sur la géométrie de Descartes; et dès 1631 il fut, dit Condorcet, en état de relever des erreurs dans le grand ouvrage de Grégoire de Saint- Vincent, que les jésuites et les envieux de Descartes voulaient placer à côté de celui de ce grand philosophe.
Nous ne prétendons pas mentionner ici toutes les découvertes que fil Huyghens dans la géométrie et dans l’astronomie; elles sont nombreuses et importantes, mais elles s'écartent de notre sujet. Nous nous bornerons à dire que ce savaut astronome est de tous les savants, comme de tous les horlogers de l’Europe, celui qui a rendu les plus éminents services à l’horlogerie. Ou peut dire qu’il a créé de nouveau cet art en adaptant le pendule aux horloges et le ressort spiral au balancier des montres. Que l’on se figure en effet ce que c'était qu’une horloge sans pendule (à foliot) et une montre à balancier sans ressort spiral ! Quelle régularité pouvait-on attendre de ces instruments? Aucune. C’est donc avec raison que nous disons que [Kir ses admirables découvertes Huyghens a créé de nouveau l'art chronométrique, qui plus tard devint l’auxiliaire obligé de la science astronomique et de presque toutes les autres sciences positives.
Huyghens fut souvent mêlé aux grands personnages de son époque. En
I6i9, il accompagna en Danemarck le comte Henri de Nassau. Descaries était alors eu Suède; Huyghens désirait passionnément de le voir, et il était digne de converser avec lui ; mais le comte de Nassau retourna trop tôt en Hollande, Huyghens fut privé du bonheur de voir ce grand homme, près d'être enlevé à un monde qui n’en avait pas senti le prix, et Descaries n’eut pas le plaisir de prévoir tout ce que la philosophie devait espérer de Huyghens.
Depuis l’année 1605, jusqu’en 1063, il fit plusieurs voyages en France et eu Angleterre. Dans son premier séjour en France, il fut reçu docteur eu droit de l’Université d’Angers, où les protestants étaient alors admis.
Appelé par Colbert, en 1060, il vint à Paris jouir des encouragements que Louis XIV donnait aux sciences, et il fut, jusqu’en 1681, un des plus illustres membres de l’ancienne Académie.
Les édits contre les protestants l’obligèrent à quitter la France. On essaya en vain de le retenir : il dédaigna une protection particulière qui n’aurait pas été celle des lois, et retourna dans sou pays et dans sa famille chercher la liberté cl la paix. La fin de sa vie y fut troublée par des chagrins domestiques : peut être sa famille eut-elle de la peine à lui pardonner d’avoir renoncé à tous les avantages qui auraient rejailli sur elle, et de n’avoir été qu’un grand homme.
Il avait connu Leibnitz pendant son séjour à Paris, cl c’était en partie dans la société do Huyghens que Leibnitz avait senti se développer son génie pour les mathématiques.
On voit dans la correspondance littéraire de Leibnitz et de Ueruouilli, où ces deux illustres amis se confient leurs plus secrets sentiments, quelle profonde estime ils avaient pour Huyghens, combien ils étaient avides de ses manuscrits et jaloux d’y trouver leurs opinions, et avec quel triomphe ils opposaient le seul jugement d’Uuyghens à la foule des adversaires qu'avait attirés aux calculs de l’infini le double tort d'être nouveaux et sublimes. Si quelque chose à droit de flatter l’amour-propre , ce sont de tels éloges donnés par de grands hommes dans le secret de leur correspondance intime, et auxquels la malignité ne peut soupçonner aucun motif qui en diminue le prix.
Huyghens mourut le o juin IG9o. On attribue sa mort à un excès de travail ; du moins la perte totale de scs facultés précéda sa mort de quelques mois.
Il avait éprouvé un pareil accident dans le temps de son séjour à Paris ;
alors un voyage dans son pays l’avait rétabli et son génie avait pu reprendre ses forces, et, ce qui est plus singulier encore, retrouver les connaissances qu’il avait oubliées. Mais après celte dernière rechute il n’eut que quelques instants lucides, et ce furent les derniers de sa vie. Il en profita heureusement pour s’occuper de scs manuscrits, et il laissa à deux de ses disciples, Valterct Fullen, le soin de les mettre en ordre.
On dit que Huyghcus, étant à Paris, avait connu la célèbre Ninon de l'Enclos et fait pour elle d’assez mauvais vers. Sa conduite avec Uartsoecker, dont Kontenelle a parlé dans l’éloge de ce dernier, prouve qu'il avait une âme franche et élevée. Il eut quelques disputes littéraires, qui ont été oubliées avec le nom de ses adversaires. Le sien vivra tant que les mathématiques, l’horlogerie et les arts seront cultivés ; et s’il n'a |>as laissé une réputation aussi brillante que celle de Newton, c’est qu'avec un génie peut-être égal il n'a fait que préparer la révolution que Newton a eu la gloire de faire dans le calcul et dans la philosophie (Voyez Condorcet, Bailly, Histoire de l'Astronomie moderne).