LES HORLOGES DE LOUIS XVI
On sait que le roi Louis XVI avait un goût très-prononcé pour la mécanique en général, et pour l'horlogerie en particulier.
Du vivaul de sou aïeul Louis XV, il possédait plusieurs petites horloges qu’il ne se lassait pas de regarder. Il en étudiait attentivement les effets, suivait la marche des rouages, et s’extasiait sur la parfaite harmonie qu’il voyait régner dans l'ensemble de l’œuvre.
Lorsqu’une sonnerie venait à se déranger, il savait fort bien la remettre d’accord avec les heures. Il réussissait aussi très-souvent à trouver la cause d'un arrêt périodique ou accidentel dans les organes d’une horloge ou d’une pendule, et c'était une grande joie pour lui lorsque, preuaut par le bras son précepteur, M. de La Yauguyon, il l’entraînait dans son cabinet, où il lui prouvait mathématiquement que l'horloge ne fonctionnait plus parée que tel engrenage était trop faible ou trop fort, ou parce que tel levier de l’échappement était trop court ou trop long.
M. de La Vauguyon n’avait garde de coulredire son royal élève, qui devait un jour monter sur le trône et dispenser les faveurs souveraines; il le complimentait sur ses progrès scientifiques et sur sa merveilleuse perspicacité : « Je vois bieii maintenant comme vous, lui disait-il, pourquoi cette horloge s’arrête. » La vérité est que le bon précepteur ne voyait absolument rien. Cependant le dauphin triomphait; on se le disait parmi les courtisans. Mesdames de France eu étaient informées. On appelait alors l'horloger ordinaire qui, examinant à son tour l’horloge, prouvait quelquefois à Monseigneur qu'il s'élail parfaitement trompé; mais comme cet horloger, à l’époque dont il s’agit, u’élait rien moins que le jeune Caron, qui plus tard se nomma de Beaumarchais, celui-ci savait fort bien adoucir, par ses
paroles et par d’adroits compliments, ce que sa dénégation formelle avait par elle-même de désobligeant.
« Monseigneur, lui disait-il, vos connaissances supérieures dans les sciences exactes vous mettent bien au-dessus de nous tous, pauvres horlogers de Paris; mais si vous possédez au suprême degré la théorie proprement dite, vous ne connaissez pas encore, permettez-moi de vous le dire, toutes les difficultés de la pratique; vous les connaîtrez quand vous le voudrez, car rien ne vous est impossible : jusque-là, en ce qui concerne les choses du métier, peut-être aurons- nous quelque légère supériorité sur vous. » Le jeune prince, un peu confus, sentait bien que l’artiste avait dit vrai; mais comme il était doué d’un excellent caractère et d’une raison audessus de son Age , il reprenait bientôt sa sérénité habituelle , et profitant de la présence du praticien, il se faisait donner une leçon d’horlogerie dont il savait très-bien profiter.
« M. Caron, lui disait-il, vous ôtes un homme fort habile, car c’est vous qui avez fait, pour ma bonne amie, M”’ de Pompadour, cette jolie bague dans laquelle est euchAssé un mouvement de montre. Mon Dieu, quelle patience il vous a fallu pour confectionner tous ces petits rouages qui fonctionnent avec tant de régularité dans leur enveloppe d’or parsemée de diamants! On dit qu'il y a dans ce mécanisme deux nouveaux organes de votre invention. Ce sont, je crois, un échappement fort ingénieux, et une roue supplémentaire avec laquelle on remonte la montre sans avoir besoin de se servir d’une clé. M“ ,r de Pompadour est fière de ce bijou, et à sa place j’en serais fier comme elle. Mais, dites donc, mou cher maître, est-ce que vous ne pourriez pas me faire une pareille montre? Je vous la paierais bien, car je ne suis pas dépensier et je fais des économies. Voyons, le voulez-vous? Nous n’en dirons rien à personne, et on sera bien étonné quand on me la verra : je la montrerai à ma tante , la princesse Victoire , pour laquelle vous avez fait une petite pendule charmante.
« Je sais, M. Caron, que cette bonne princesse vous estime fort, car elle a souvent dit en ma présence que vous étiez uu grand artiste et un homme de beaucoup d’esprit. » Caron n’avait garde de se rendre aux désirs du jeune prince : le futur auteur du Barbier de Séville et du Mariage de Figaro songeait alors à abandonner l’horlogerie pour se livrer exclusivement à la littérature dramatique, pour laquelle il se sentait une vocation irrésistible.
Dès l’âge de quinze ans, le dauphin s’était fait monter dans ses appartements, à Versailles, un charmant atelier dans lequel il travaillait alterna-
tivemeol à la serrurerie et à l’horlogerie. Plusieurs de ces historiens disent qu'il savait fort bien raccommoder des serrures et démonter et remonter des pendules et des horloges passablement compliquées. Ces récréations manuelles n’avaieut rien que de respectable, même dans un futur roi de France, et surtout pendant le règne de Louis XV où les mœurs étaient corrompues, où la licence coulait à pleins bords, et où il eût été si facile au jeune Louis de France, se laissant aller aux funestes exemples qu’il avait sous les yeux, de se livrer aux joies mondaines et surtout aux sirènes impures, mais souverainement belles, qui chaque jour le provoquaient. Mais non; le petit-fils de Louis XV, qui peut-être déjà pressentait l’orage dont le ciel de l'avenir était chargé, priait, étudiait et travaillait.
Après sou mariage, le dauphin, qui habitait le château de Trianon, continua d’occuper ses loisirs à des travaux ayant rapport à la mécanique horlogère, et il ne les quitta tout à fait que quand il fut roi de France; mais alors il encouragea les artistes, et il ne laissa jamais échapper l’occasion d'acheter les instruments horaires ou chronométriques d'une distinction incontestable, et il eut bientôt à Trianon une collection des plus belles pièces d'horlogerie de Ferdinand Bcrthoud, de d'Authiau, de Le Faute, de Robin, dé Lepiue et de Janvier.
C’était dans celle résidence, entouré d’horloges de toute espèce, et de livres scientifiques, que Louis XVI passait les plus heureux instants de sa vie.
Ou était alors en 89; la fermentation était grande dans les esprits; le sermeut du Jeu de Paume avait eu lieu, et la royauté elle-même était gravement compromise. Le roi, dont la conscience était pure et les intentions excellentes, voyait avec chagrin, mais non sans fermeté, les événements qui se préparaient, et il espérait bien que son trône, sur lequel planait encore la grande ombre de Louis XIV, resterait à l’abri des outrages. Il se trompait.
Eu 91, Janvier acheva une horloge dite géographique, d'une construction originale : elle ne portail aucune aiguille et, représentant une carte de Frauce d'une projection particulière, sur laquelle l'échelle des longitudes était divisée en minutes de temps, elle présentait successivement toutes ses subdivisions aux méridiens qu’elle rencontrait, et par cette disposition on voyait à la fois l'heure qu'il était dans tous les départements. Louis XVI ne tarda pas à faire l'acquisition de cette curieuse machine, et il en parla à la reine, qui, ayant manifesté le désir de la voir, fut couduite par M. de
I»U PRINCE SOLTÏKOFF.
Brézé près de l’artiste; celui-ci s'empressa de lui expliquer son ouvrage. La princesse écouta avec attention . puis demanda comment on voyait l’heure.
Janvier lui fit d’abord remarquer la place qu’occupait la ville de Paris sur la carte, et observer ensuite que le méridien qui- la traversait descendait sur l’échelle des longitudes mobiles à la minute actuelle. « Supposons, maintenant, dit-il, madame, que vous voulez connaître l'heure qu'il est dans une autre ville, à .Metz, par exemple... » A ce mot, la reine, qui était baissée pour voir de plus près le cadran géographique, se relève vivement, fait un pas en arrière en lançant un regard foudroyant sur l’artiste, et se retire suivie de M. le marquis de Brézé. Janvier reste interdit, mais au même moment il se rappelle le voyage de Metz, où le roi devait se retirer en fuyant de Versailles, voyage dont le projet n’avait pu être mis à exécution, et il ne douta pas que la reine u’eùl pris l'indication faite au hasard de la ville de .Metz pour une allusion blessante.
Louis XVI, informé de ce qui venait de se passer, conçut les mêmes soupçons que la reine, cl ne voulut plus revoir le savant artiste. Cependant, il l’avait admis fréquemment dans sou intimité, et il avait passé plus d’une fois avec lui une partie des nuits à observer les satellites de Jupiter, à l’aide d'une forte lunellc astronomique placée au palais des Tuileries, dans un petit observatoire que le roi avait fait construire et disposer pour cet objet.
Plusieurs des pendules qui ont appartenu à Louis XVI se voient encore aujourd'hui dans les appartements de Trianon et dans ceux du palais de Versailles : la plus compliquée de ces pendules est la sphère mouvante de Passameut, exécutée avec beaucoup de talent par l’horloger d’Aulhiau. Cette pendule astronomique fut admirée avec raison à l’époque où elle fut faite; mais, depuis lors, plusieurs autres sphères mouvantes ont été construites, notamment par Janvier, daus des conditions d’exactitude et de régularité beaucoup meilleures.
BIBLIOGRAPHIE
LISTE DES PRINCIPAUX OUVRAGES QUI TRAITENT DE L’ART DE MESURER LE TEMPS
Cette bibliographie est la plus complète qui existe. Je l’ai divisée eu trois parties. La première contient les uoms des savauts qui ont écrit sur les horloges solaires, la seconde ceux qui ont traité des clepsydres et des sabliers, la troisième mentionne les auteurs qui ont fait des ouvrages sur l'horlogerie proprement dite. Tous ces ouvrages peuvent être consultés soit dans les bibliothèques publiques de Paris, soil dans celles de l’étranger.
HOKI.OGKS SOLAIRES
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viler exposita, atque in très digcsta libres, ubi concinnè præcedmtt Isagogiea nonniilla Malhomatiiin ex Gcomeiricis , Trigouoractncis, Geodelicis, Cosroographicis, e( Astrouomicis selecla salis ampla , qnibus tandem, occasioue nacla, triplex accessit appeudix, de Nuuliea screnlia, de Militari Architectura, ac de Tciuporuin Janua. Panormi, 1728, in-folio.
Traité général dos horloges par Dont Jacques Allexaudre. Paris, 1 7.14. Cet auteur traite des horloges soluires dans le premier chapitre de son livre.