‹ Collection Archeologique du Prince Pierre SoltykoffChapitre 53 sur 59 · DI! PRINCE SOI.TYKOFF · texte numérisé non relu

DI! PRINCE SOI.TYKOFF

années qui précédèrent sa mort , n’apprendront pas sans étonnement , ou plutôt sans douleur, que cet homme, le plus savant de tous les horlogers qui se sont succédé en France, et probablement en Europe, depuis deux cents ans, est mort dans la misère, dans le plus complet dénftmenl. Il était obligé pour vivre, pourquoi ne le dirions-nous pas? de demander en quelque sorte l'aumône à ses amis, à scs confrères. Nous savons bien que Janvier avait des défauts essentiels; il était sans ordre, il ne connaissait pas le prix de l'argent, il le dépensait follement, sans se préoccuper de l'avenir, etc. ; mais ces défauts ne nuisaient qu'à lui-mème et ne lui ôtaient pas une parcelle de son immense talent, et ce talent, qui était universellement reconnu, n’aurait-il pas dû, parexemplc, lui ouvrir les portes de l’Académie des sciences, qui se sont ouvertes si souvent pour des hommes qui ne possédaient aucune science positive t

Un fauteuil académique, et il l'avait si bien mérité! lui aurait du moins assuré du pain pour ses vieux jours, et nous ne serions pas obligé de dire aujourd'hui que, dans un pays comme le nôtre, en plein xix' siècle, Antide Janvier, l’ami, l’égal de Lalande, le rival de Ferdinand Berthotid , l'homme enfin qui fut, sinon plus habile, du moins plus savant que Breguel , fut obligé de tendre la main. ...après avoir travaillé pendant soixante ans pour la gloire et la prospérité de l’horlogerie nationale.

Hélas ! il est bien vrai que pour devenir membre d’une des classes de l’Institut, il ne suffit pas d'ètre doué d’un talent supérieur; il faut avant tout avoir une position dans le monde, quelque chose comme une maison à la campagne, un beau salon à la ville, et surtout une grande salle à manger.

Antide Janvier mourut le 23 septembre 1833, vers sept heures du matin; il avait conservé scs facultés intellectuelles jusqu’à son dernier moment , et il envisagea ce moment suprême avec le calme, avec la fermeté d’un homme digne de la haute intelligence qui l’avait rendu supérieur à la plupart des autres hommes de son temps.

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