‹ Collection Archeologique du Prince Pierre SoltykoffChapitre 7 sur 59 · TRAVAUX DES HORLOGERS AO XVI' SIÈCLE · texte numérisé non relu

TRAVAUX DES HORLOGERS AO XVI' SIÈCLE

Le moyen âge n’est plus. L’architecture gothique a vécu à peine deux siècles; mais les monuments qu’elle a créés sont debout dans toute l’Europe, et ils y resteront encore longtemps pour sa gloire.

La Renaissance italienne et française ouvrent une ère nouvelle et plus complète à l’archéologie. Jules II , Léon X et les Médicis, Louis XII et Georges d'Amboise, François 1" et ses tils, amateurs éclairés des beaux arts, magnifiques protecteurs des grands artistes, voient fleurir autour d’eux, Pérugin, Raphaël, Léonard de Vinci, Michel-Ange, Jules Romain, Ralthazar Peruzzi, Corregio, le Primatice, Benvenuto Cellini, les trois Clouet, Pierre Lescot, Jean Bullanl, Jean Goujon, Germain Pilon, Philibert de Lorme, Jean Cousin, Bernard Palissi, Léonard Limosin, Raimond, les Pénicaud, etc., lesquels vont illustrer l’Italie et la France en les couvrant de leurs chefsd'œuvre.

La Renaissance! c’était une époque privilégiée, l'art débordait partout; les ouvriers étaient tous des artistes, ou, plutôt cette distinction entre les travailleurs de divers rangs n'existait pas alors, on ne connaissait que des ouvriers ou besngneur s. On lit dans des mémoires du temps, dans des inventaires, des comptes royaux, et d'autres documents historiques, que le peintre François Clouet, par exemple, l'orfévre Benvenuto Cellini, le tailleur d'images Jean Goujon, etc., ont reçu telle somme plus ou moins forte pour leurs travaux et besognes. Donc les grands artistes des XV et xvi* siècles étaient des besogneurs.

COLLECTION A RC H ÈOLOfi IQUE

Je ne dois pas m’arrêter trop longtemps sur un sujet très-connu et dont divers historiens distingués ont parlé beaucoup mieux que je ne le pourrais faire : je me borne à dire que pendant le cours du xvi* siècle, l'horlogerie suivit le progrès des autres arts, et que plusieurs horlogers, dont je ferai connaître les noms plus tard, étaient dignes, par leur talent, de marcher côte-àcôteavec les ouvriers orfèvres, imagiers, sculpteurs, ciseleurs, bijoutiers, etc., les plus renommés de l’époque. La plupart de ces horlogers ne se bornaient pas à faire les mouvements d'horlogerie des montres et des horloges portatives; ils faisaient tout aussi bien les boites et ils les décoraient avec un grand art sans avoir besoin d'être aidés par le graveur, le ciseleur, l'émailleur, le bijoutier ou le joaillier. Les rouages ne se faisaient pas alors, comme on les fait aujourd'hui, avec des découpoirs, des scies mécaniques, des laminoirs et autres machines très-commodes. On ne trouvait pas non plus, comme à présent, des calibres ou plans de montres et d’horloges tout préparés, des échappements prêts à mettre en action. Chaque ouvrier suivait sa propre inspiration; il traçait son plan sans s'occuper de celui des autres, souvent même sans vouloir se souvenir de ceux qu’il avait faits précédemment, car il aurait été honteux de se copier servilement, et à plus forte raison de copier les œuvres de ses émules ou de ses confrères. L’horloger traçaildonc un plan de montre ou d'horloge, puis il forgeait ou faisait forger par ses apprentis les platines de cuivre ou d'acier et les autres pièces accessoires; il leur donnait avec le tour ou la lime la forme voulue, creusait le barillet ou tambour propre à loger le ressort-moteur, taillait les pas de la fusée pour recevoir la corde de boyau ; fendait les dents des roues et des pignons, etc. L’échappement, qui est l’organe le plus délicat et le plus important de la machine, demandait des soins tout particuliers, car de sa bonne ou mauvaise construction dépend la régularité de la marche du rouage, et finalement de l’aiguille indicative des heures. Après ce travail venait celui de la partie décorative du mouvement, qui comprenait la gravure et la ciselure du coq, des piliers, de la potence, de la contre-potence, du porte ijuidc-ehaîne, lequel s’appelait alors rarrftoir de la corde de boyau, du cliquet; puis, enfin la dorure des pièces de cuivre et le polissage des objets d’neier. Les organes du réveille-matin, de la sonnerie, se faisaient de la même manière, toujours à la main, et motivaient une augmentation de gravures, de ciselures, etc. Les boites de diverses formes étaient, comme je l'ai dit, ouvrées avec le goût le plus exquis. Ainsi il est donc bien vrai que pour être horloger au xvi> siècle, il fallait avoir des connaissances supérieures et une

DD P B INCE SOLTYKOFF.

habileté de main dont peuvent se passer, aujourd'hui, les ouvriers routiniers qui presque tous, notamment à Paris, sont des raccommodeurs dont toute la science consiste à savoir vendre au public des pièces d’horlogerie fabriquées soit à Genève, soit dans divers autres cantons de la Suisse, soit enfin dans l'indnstrieuse ville de Besançon ; mais toujours est-il que Paris, dont les montres furent recherchées jadis sur tous les marchés du monde, Paris n’est plus fabricant; le marteau de ses artistes ne retentit plus dans ses ateliers déserts : l'art en France a vécu trois siècles; sa décadence a commencé le jour même où l'on supprima les jurandes et les maîtrises !

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