‹ Collection Archeologique du Prince Pierre SoltykoffChapitre 6 sur 59 · L'HORLOGE AMOUREUSE · texte numérisé non relu

L'HORLOGE AMOUREUSE

L'Orloge est , au vray considérer,

Un instrument très bel et très notable,

Et s'est aus&y plaisant et pourlituble ,

Car nuict et iour les heures nous aprent Par la soubtilité qu'elle coniprent En l'absence mcisme don soleil :

Dont on doit mieuls prisier son appareil,

Ce que les autre instruments ne font pas,

Tant soient fails par art et |iar compas :

Dont celi liens pour vaillant et pour sage ,

Qui en trouva primièreinent l’usage.

Quant par son sens il commença et Ht Chose si noble et de si grant proutit

Or, vieil parler de l’estai de l’Orloge :

La premeraine me (roue) qui y loge,

Celle est la inere et li commcncemens Qui faict mouvoir les aultres mouvemens Dont l’Orlogc a ordeuance et maniéré :

Pour ce poel (peut) bien ccste roe première

Signifier très convignablement

Le vray Désir qui le coer d’omme esprent

Le plomk {le poids) trop bien à la Deauté s’accorde. Plaisance s’est montrée par la corde Si proprement, qu’on ne poroit mieulz dire ;

Car tout ensi que le contrepois lire La corde à lui , et la corde tirée,

Quant la corde est bien à droit alirée,

Retire à luy et le fait esmouvoir,

Qui aultrement ne se poroit mouvoir :

Ensi Deauté tire à soy et csveille La Plaisance dou coer

Après , afllert à parler dou dyal (mourmimt diurne ,

El ce dyal est la roc iournal

Qui, en ung iour naturel seulement,

Se moet {se meut) et fait un tour précisément :

Ensi quo le soleil fait un seul tour Entour la terre en un naturel jour.

En ce dyal , dont grans est li mérites ,

Sont les heures »nu descriles :

DU PRINCE SOLTYKOFK.

Pour ce porte-t-il xxim brochettes (les chevilles de la roue qui lèvent la détente du marteau des heures )

Qui font sonner les petites clochettes,

Car elles font la destente destendre.

Qui la roc chantore fait estendre Et li mouvoir très ordonnéemunt ,

Pour les heures monstrer plus elerement.

Après, aftiert dire quel chose il loge En la tierce partie de i’Orlogc :

C’est le derrain (dernier) mouvement qui ordonne La sonnerie, ainsi qu’elle sonne.

Or, fault savoir comment elle se fait.

Par deux roes teste oeuvre se parfaict : é

Si porte o li (avec elle), eeste première roe,

En contrcpois par quoy elle se roe ( elle se meut)

Et qui le fait mouvoir, selonc incidente ,

Lorsque levée est à point la destente.

Et la seconde est la roe chantore (roue de la sonnerie).

Ceste a une ordenance très nature ( notable )

Que d'alouchier les clochettes petites ,

Dont nuict et iour les heures dessusdites Sont sonnées , soit estés soit y vers,

Ensi qu'il apertient, par chants divers

Et pour ce que li Orloge ne poct Aller de soy, ne noient ne se moet,

Se il n'a qui le garde et qui en songne { qui en prend soin),

Pour ce il fault à sa propre bcsongne,

Ung orlogier avoir, qui lart et tempre (à propos)

Diligemment l’administre et altcmprc.

Les pions (les poids) relieve et met h leur debvoir.

Et si les fait rieulcment ( par ordre ) mouvoir

Encore poet moult, selonc m’entente,

Li orlogiers, quant il en a loisir.

Toutes les fois qu'il li vient à plaisir,

Faire sonner les clochettes petites

Sans derieuler (dérégler) les heures des susdites

(Voy. le Journal des Savants, ann. 1783, in-A“.)

M. Alexandre de Laborde, dans sa savante notice des émaux du Louvre, cite plusieurs horloges des xiv* et xv* siècles que nous reproduisons par ordre de date.

1 36,”.. — Philippe, Sirasse, Buchier, pour avoir fait de bois d1slando un étui pour hebergicr l’orloge de M. le Dauphin, qui sonne les heures au Louvre. (Comptes des batiments royaux.)

1 377. — Charles , duc de Bourgogne. Nous vous mandons que la somme de cent francs d’or vous allouez , h noire amé horlogeier, Pierre de Beate , en rabat et déduction de la somme de deux cens frans d’or qu'il doit avoir de nous pour la façon d’une oreloge que nous lui faisons faire pour notre hostel de Beauté. (Comptes des ducs de Bourgogne.)

1377. — Charles. VI" frans d’or pour paier un orloge portative que nous avons acheté de maistrc Pierre de Saincte Béate, notre orlogeur. Item , lxv d’or pour paier un timbre que nous avons acheté à Jehan Jouvence , pour faire un orloge en notre hostel de Beauté sur Marne. 24 novembre.

1 379. — Le premier jour de janvier fù marchandé à Pierre Daimleville, faiseur d'oreloges , demorant h Lille , pour faire un oreloge , etc. (Voyez tout le marché dans la page suivante.

1390. — Un gèand oréloge de iner de deux grandes fioles pleines de sablon.

A l’oratoire, un oreloge en façon d'un timbre que donna Monseigneur de Berry au Roy.

Un reloge d’argent tout entièrement, sans fer, qui fut du roy Philippe le Bel, avec deux contre-poids d’argent emplis de pion.

Un reloge d’argent blanc, qui se met sur un pilier, qui s'appelle orlogium ntuis , pesant m marcs ni onces v est.

Dépense pour le reloige. Pour appareiller le dit reloige et faire tourner tout par la manière qu'il vouloit. Pour repeindre le dit reloige et reflaire les imaiges des heures, rescrire les noms des mois et reparer l'iinaige des signes et de celluy qui fit premier le dit reloige. (Comptes de l’église de Troys.)

1407. — A Jehan d’Alcmaige, serrurier, pour un mouvement, ou petit orloge, acheté de lui pour mettre en la chambre de Madame. (Inventaire des Durs de Bourgogne.)

1417. — A Hue de Boulongne, paintre et gouverneur de l'orlogc, gayoles, verrières et engins des batements du chastel de Hcsdin , trente livres. ( Dues de Bourgogne. )

1420. — Ung petit reloge carré, doré par dehors et son zodiaque blanc émaillé à un timbre dessus pour sonner heures. ( Dues de Bourgogne .)

Baldclus de Coulomby, borologiator, Parisis commemorans, pro taxatione sibi facta, per dominum regem, pro vadiis suis et custodic et regiminis horologii castri de Lupcra. (Comptes royaux , Dues de Bourgogne.)

142!.— A Colin d’Aubespierre, garde de l’orloge de Monseigneur. {Ducs de Bourgogne.)

1435. — A Pierret Lombard , sur plusieurs orloges, cadrans et autres choses de son mestier et science. ( Ducs de Bourgogne.)

1437. — A Hue de Boulongne, varlet de chambre et paintre, à cause du dit office de paindre et de gouverrner l’orloge du chastel de Hcsdin. (Ducs de Bourgogne. )

1443. — Louis Carel, maistrc faiseur de mouvemens d'orloigcs. (Ducs de Bourgogne.)

1470. — Ung orloigc d’or, garny de plusieurs personnaiges et sur le piet garny de

12 rubis — et dessus Pomme qui montre les heures , — pesant, parmi ung plonc qui est dedans, vtn marcs, prisé a 11 * 1111 " xii livres. (Ducs de Bourgogne.)

DU PRINCE SOLTVKOFF,

15%). — A Jullien Couldroy, orlogeur du dit seigneur, xlix livres, nr sols tournois, pour son payement de deux monstres d’orloges sans contre-pois, livrées au dit seigneur (le Roy). (Comptes royaux.)

1560. — Ung orlogc en pirainide, assis sur ung rocher, garny d’argent doré, émaillé et enrichy de plusieurs pierres , — le dil orlogc à rocher assis sur troys petits monstres , — a.. (Inventaire du chasteau de Fontainebleau.) ,

1 S99. — Une monstre d’or, fort belle , avec une quantité de dinmaus, une perle au bout estant en poire, prisée 700 éens. (Inventaire de Gabriello d'Estrée. )

(Extrait textuellement de la A iolice des Émaux du Louurc, etc., etc., parM. deLabordc, membre de l’Institut.)

Nous ajouterons à cette nomenclature quelques autres pièces des mêmes époques. La quiltauce suivante est extraite des livres ou archives do la ville de Lille; elle porte la date de 11179.

« L’an mil ui* lxxix, le premier jour de janvier, fut marchandé à Pierre Daimltville, faiseur d’oreloges demeurant à L’ille, pour faire une oreloge pour ma très redoutée dame, madame Ja comtesse do Bar, dame de Cassel, et icelle mectre et asseoir en son chaslel de Nieppe, pesant icelle toute ouvrée in' i livre de fer, lequel fer yl doit lui pour faire l'ouvrage dessus dit; et en cas où il li semblerait que icelluy ouvrage ne serait mie asséz fort et il y meist plus de fer en lui, toutes voies où il aparlendroit avoir plus fort ouvrage, et qu’il fut bien employé, ma dicte dame paira tout le fer qui sera au dit ouvrage au pardessus des tu* 1 de fer, et pour celui ouvrage faire bien loyaulment au dit et regard d’ouvriers et gens connoissans et experts en tel ouvrage, le dit Pierre yra et emportera la somme de xt francs d’or ou moien à levalue; c’est assavoir xxxvtu gros de Flandres pour le franc, tant pour l’ouvrage du dit oreloge, comme pour les lit 0 1 , niadicte darne ly fera rendre et payer le sourplus du pois, comme dil est. Item mcctera et assera le dit Pierre icelle oreloge ou clochier où l’autre oreloge est à présent, et tout comme il mectera de temps à l’asseoir, il aura scs dépens à l'ossel niadicte dame sans autres gages. — Item se aucun défaut avoir audit oreloge, et qu’il ne fust mie soit eu la fourme et manière qu’il appartient, il serait tenu de y amender à ses propres coûts, frais et dépends, au dit de bons ouvriers expers et congnaissans un tel ouvrage. — Item il doit être baillé et délivré par Cassard Molinet, pour et au nom de madicte dame, toute manières de bois carpenté et ouvré, et icellui asseoir et mectre où il ordonnera être mis pour asseoir et mectre le dit oreloge. — Item, doit avoir et aura ledit Pierre pour gouverner cescun au ledit oreloge, une cote des draps des officiers,

Il COLLECTION ARCHÉOLOGIQUE

toutefois que madame, fera sa livrée et sera aux despens de madicte dame toutes les fois qu’il venra visiter ledit oreloge et qu'il y faudra aucune chose, et y doit venir toutefois que on le mandera ; lequel ouvrage ledit Pierre doit rendre tout fait et assis audit clochier dedans le jour de Pacqucs prochain venant, toutes lesquelles choses ont été faites et ordonnées par Colard Le* vesque et Jehan de Chaslillon, clercs et secrétaireset madicte dame.

lin peu plus tard, en 1427, le duc de Bourgogne paye 1,000 livres à Henry Zwalis, docteur en médecine pour recompensatinn d'un orloige qu'il a fait pour le duc, contenant le mouvement des plancttcs, des signes et des étoiles. » (Ces deux pièces sont extraites des Hnjislrcs de la ville de Dijon par M. le comle Alex, de Laborde.)

L’Europe seule n’eut pas le monopole de la fabrication des horloges pendant les siècles qui précédèrent la Renaissance. Les peuples de l’Orient, à ces mêmes époques, étaient aussi très-habiles dans l’art de construire des instruments propres à mesurer le temps.

M. l’abbé Barges, professeur d’hébreu il la Sorbonne, savant orientaliste, vient de publier une curieuse histoire des souverains de Tlemcen (in-12), dans laquelle il donne une description pleine d'intérêt d’une horloge arabe du quatrième siècle (1358).

Aprèsavoir parlé de la magnificence du palais d'Abou-llammou, sultan de Tlemcen, M. l’abbé Bargès ajoute ceci :

« .... Ce qui excitait surtout l’admiration des spectateurs, c’était la merveilleuse horloge qui décorait le palais du roi. Celte pièce de mécanique était ornée de plusieurs figures d’argent d’un travail très-ingénieux et d'une structure solide.

« Au-dessus de la caisse s’élevait un buisson, et sur ce buisson était perché un oiseau qui couvrait ses deux petits de ses ailes. Un serpent qui sortait de son repaire, situé au pied même de l’arbuste, grimpait doucement vers les deux petits, qu’il voulait surprendre et dévorer. Sur la partie antérieure de l’horloge étaient dix portes, autant que l’on compte d’heures dans la nuit, et à chaque heure une de ces portes tremblait en frémissant ; deux portes plus hantes et plus larges que les autres occupaient les extrémités latérales de la pièce. Au-dessus de toutes ces portes et près de la corniche, l’on voyait le globe de la lune qui tournait dans le sens de la ligne équatoriale, et représentait exactement la marche que cet astre suivait alors dans la sphère céleste. Au commencement de chaque heure, au moment où la porte qui la marquait faisait entendre son frémissement, deux aigles sortaient

DD PRINCE SOLTYKOFF. ïS

tout à coup du fond des deux grandes portes, et venaient s’abattre sur un bassin de cuivre, dans lequel ils laissaient tomber un poids également de cuivre, qu’ils tenaient dans leur bouche. Ce poids, entrant dans une cavité qui était pratiquée dans le milieu du bassin, roulait daus l'intérieur de l'horloge. Alors le serpent, qui était parvenu au haut du buisson, poussait un sifflement aigu et mordait l’un des petits oiseaux, malgré les cris redoublés du père, qui cherchait à les défendre. Dans ce moment, la porte qui marquait l’heure présente, s’ouvrant toute seule, il paraissait une jeune esclave, douée d’une beauté sans pareille, portant une ceinture en soie rayée. Daus sa main droite, elle présentait un cahier ouvert où le nom de l’heure se lisait dans une petite pièce écrite en vers ; elle tenait la main gauche appliquée sur sa bouche, comme quand on salue un khalife. »

L’horloge s'appelait eu arabe la Menganak. Elle parut pour la première fois à la fête du Maulcd, l’an 760 de l'hégyre, qui correspond à l'année 1358-9 de notre ère.

Cette machine merveilleuse avait pour auteur un fameux alfakih de Tlemceu, nommé Abou'I-llassan Ali ben Ahmed.

On sait que ce fut vers la fin du xtv* siècle que l’on commença à orner les horloges d’automates de fer qui par un moyen mécanique frappaient les heures sur la cloche des horloges monumentales. Ces automates prirent d’abord daus les Flandres le nom de Jacquemart, lequel fut donné par la suite à tous les automates sonnant les heures. Ceux qui ont été dès l’origine adaptés à l’horloge de Dijon ont fourni l’occasion à divers historiens de disserter sur la formation et signification de ce mot Jacquemart. Ménage croit qu'il vient du mot latin Jaccomarchiadus (Jacque de maille, habillement de guerre}. Ou sait qu’au moyen-âge on avait l'habitude de placer, au sommet des tours ou des clochers, des hommes chargés de veiller au repos public; pour avertir de l’approche de l’ennemi, des incendies, des vols, des meurtres, etc. Plus tard une meilleure organisation de la police permit de supprimer ces sentinelles nocturnes ; peut-être a-t-on voulu en conserver le souvenir eu fabricant des hommes en fer qui sonnaient les heures. D’autres écrivains cherchent à prouver que le mot Jacquemart, vient du nom de Jacques Marck, qui vivait au xtv* siècle, et qui serait, suivant eux, l’inventeur de ces sortes d’horloges.

Le savant Gabriel Peignot, auteur d’une dissertation sur le Jacquemart de Dijon, est d’un avis contraire. 11 établit qu’en 1422, un nommé Jacque-

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mari, horlogeur et serrurier demeurant dans la ville de I.ille, travaillait pour le duc de Bourgogne, et qu'il reçut 22 livres pour les besognes qu’il avait faites à l'horloge de Dijon. De ce document authentique, M. Peignot lire l'induction suivante : « Ce Jacquemart de Lille ne serail-il pas le fils ou le petit-fds de celui qui aurait fait l'horloge de Courtrai, transportée à Dijon en 1380? Le peu de distance de I.ille à Courtrai le donnerait à penser. Alors il sérail présumable que le nom de notre Jacquemart proviendrait de celui de son fabricateur, le vieux Jacquemart de Lille. » (voy. note 2.)

Toutes ces inductions sont plus ou moins concluantes ; mais ce ne sont au total que des inductions, et aucune d'elles ne prouve d'une manière précise l’origine du mot Jacquemart. Quant à moi je me garderai bien de prendre parti dans ce grave différend ; je dirai seulement qu'à la fin du xtv siècle et au commencent du XV, plusieurs églises, en Allemagne, en Flandre, en Italie, en Angleterre, eu France et ailleurs, avaient déjà des Jacquemarts.

Nous n'avons pas fini le catalogue des horloges qui furent érigées en Europe dans le cours des deux siècles qui précédèrent la Renaissance. Celle du Palais de Justice de Paris est une des plus intéressantes.

Charles V, qui mérita le nom de Sage, ne négligeait rien pour être utile aux habitants de sa bonne ville de Paris, el il eut la pensée de foire construire une horloge qui, placée dans la tour de son palais de la cité, ferait connaître à ses sujets, les heures du jour et de la nuit. Cette pensée reçut bientôt son exécution ; mais Paris ne renfermant alors aucun ouvrier capable d’entreprendre un tel travail, le roi le confia à un horloger vurlembergeois nommé Henry De Vie, qui s'en acquitta à la satisfaction générale.

L’artiste allemand, disent les mémoires du temps, eut son logement daus la tour même où il devait asseoir l’horloge, el le roi lui ayant accordé six sous parisis par jour pour ses honoraires, il les toucha pendant huit ans consécutifs, temps qu'il lui fallut pour exécuter sou ouvrage.

Jean Jouvancc fut chargé de couler la cloche sur laquelle le marteau de l’horloge devait souuer les heures ; ce fut cette cloche qui, deux siècles plus tard devait donner le signal de la Saint-Barthélemy, elle fut assise avec beaucoup de succès, dans la partie supérieure de la tour du palais.

Nous ne dirous que peu de mots sur les restaurations successives qui fureut faites au cadran de l’horloge de Henri de Vie. Les plus importantes eurent lieu sous Charles IX et Henri III. Charles IX fil entourer ce cadran de peintures à fresques, et d’une ornementation du meilleur goût. Germain

DU PRINCE SOLTVKOKF.

Pilon exécuta deux figures en terre cuite, dont l’une la Force, s'appuyant sur un faisceau, et de l’autre tenant les tables de la loi, fut placée au côté gauche du cadran ; et l’autre, la Justice, tenant dans la main gauche la balance, et dans la roaiu droite un glaive, prit place sur le côté opposé de ce même cadran.

npnri III augmenta encore ces riches décorations ; et Germain Pilon, qui en dirigeait les travaux, acheva le monument en l’anné 1585. Voici la description qu’en donne l’historien Rabel (folio 118).

« L’an 1585, sur la fin du mois de novembre, fut achevé l’ouvrage du quadran du palais, lequel, avec sa décoration est estimé le plus haut de toute la France. Le conducteur d'icette ouvrage fut Germain Pilon, maître statuaire, et l’un des premiers en son art, lequel a rendu des ouvrages si parfaicts en notre ville de Paris et autres lieux de France, que la mémoire en sera perpétuelle.

« Du haut d’y celuy quadran y a premièrement le pourtraict d’une colombe signifiant le Saint-Esprit, sous laquelle est une couronne de laurier qui est dessus, et deux autres couronnes qui sont sur les écus de France et de Pologne; le tout enclos d’un collier dé Tordre du Saint-Esprit, créé et institué par le roi Henri, à présent régnant, et dessus est écrit :

Qui dédit ante duas triplicem dabit ille coronam.

« En l'un des côtés du quadran est représenté Piété, tenant un livre ouvert auquel est écrit :

Sacra Dei celebrare pius repaie lime jus.

« Et de l'autre côté, Justice, tenant une balance. (Corrozet appelle ces deux figures Force et Justice.) Au bas du dit quadran est écrit :

Machina quæ bis sex tain juste dividit Horus,

Justifiant servais; monet legesque tueri.

« Ces inscriptions sont de Jean Passerai professeur en éloquence. »

Cette description n’est pas tout à fait complète. Rabel ne dit pas, par exemple, que le fond du tableau représentait le manteau royal parsemé de fleurs do lys d’or.

Cent ans plus tard, Louis XIV fit de nouveau restaurer le cadran de celle horloge; mais ni ce prince, ni ses prédécesseurs ue pensèrent à rappeler

par un mot, par une initiale ou par une inscription, ce qui eut été plus convenable, que Charles V avait été le fondateur, et Henri de Vie le constructeur de celte machine monumentale. Cependant si l’on doit des hommages aux souverains qui font restaurer des monuments anciens digues d’être conservés, on en doit encore bien plus à ceux qui en ont été les auteurs. On sait que dans ces derniers temps l’horloge du Palais a été restaurée avec beaucoup de talent par les soins et sous la direction de MM. Duc et Doininey, architectes de la ville de Paris.

Charles V ne se borna pas à faire exécuter l’horloge du palais, il eu lit construire une seconde, non moins belle, pour son château de Montargis. Jean Jouvance fut l’auteur de celle-ci. On lisait autour de son timbre : Chartes le Quint , roi de France, me fit par Jean Jouvance l'an mil trois cent cinquante et trente (1380).

Onze ans plus tard la cathédrale de Metz s’enrichit d'une horloge remarquable. Ou ne sait pas quelle place elle occupait primitivement dans l’église, ce ne fut qu’en 1510, qu’on la transporta dans la tourelle orieutale de l’édifice, où ou la voit encore aujourd'hui. Sans doute qu’avant de la fixer dans cette tourelle, la ville y aura fait faire les réparatious nécessitées par un service de cent vingt ans.

L’horloge Messiue souuait autrefois comme aujourd’hui, les heures, et les quarts; elle marquait aussi le cours du soleil et les phases de la lune.

D’après les recherches faites par M. Bégiu (voy. sa Description de la Cathédrale de Metz, 2 vol. iu-8, 1843), en 1547, Marit (Joseph), horloger, maître du gros orloge, remit cette machine eu bon état pour la somme de 6 livres 10 sous payée par la ville.

Eu 10Ü0, le 18 novembre, Gabriel Stiches, horloger, reçut 31 livres 10 sous messius pour avoir fait diverses pièces à l’horloge. Le mémoire de maître Stiches se termine de la manière suivante :

« Messieurs considéreront, s’il leur plait, que le dit maître horlogier a employé ciuq journées et demye et la plus grande partie des nuicts pour rendre le dit horloge en bon estât, où l’industrie estait grandement requise avec un grand travail, parrny ce temps d’hiver, tellement qu’il a si bien réussy que vous et le public en auez une grande satisfaction et contentement. » (Manuscrit autographe.)

G. Stiches eut pour successeur Claude Dubois, lequel fut remplacé par Harnox, qui occupa une maison attenant à la tour de l’horloge. La corde de

DU PRINCE SOLTYKOFE. *9

la cloche des heures, tombait dans son appartement, afin qu’il pût sonner le guet sans être obligé de sortir de chez lui.

On connaît plusieurs autres horloges remarquables exécutées pendant le cours des xiv* et xv* siècles ; ce sont celles de Sens et Auxerre, et surtout celle de Lund, en Suède. Cette dernière d'après la description qu’en donne le docteur Hélein était des plus curieuses : lorsqu’elle sonnait les heures, deux cavaliers se rencontraient et se donnaient autant de coups qu’il y avait d’heures à sonner; alors une porte s’ouvrait et l’on voyait la Vierge Marie, assise sur un trône, l’enfant Jésus entre ses bras, recevant la visite des rois Mages, suivis de leur cortège ; les rois se prosternaient et offraient leurs présents; deux trompettes sonnaient pendant la cérémonie ; puis tout disparaissait pour reparaître à l’heure suivante. L’horloge d'Auxerre, un peu moins ancienne que celle de Sens, existe encore aujourd'hui; mais elle a subi bien des réparations qui l’ont dénaturée. Elle est placée sous une arcade qui présente à la vue deux cadrans opposés l’uu à l’autre sous cette arcade. Ces cadrans sont divisés en deux fois 1 2 heures ; les deux aiguilles des minutes sont terminées par un petit globe de cuivre composé de deux cercles concentriques, mobiles, dont l’un rentre dans l’autre pour représenter par leurs différentes couleurs, les phases de la lune.

Ajoutons encore ceci sur les horloges qui furent faites avant la Renaissance : .

En 1401, la cathédrale Séville s'enrichit d’une magnifique horloge à sonnerie. En 1404, Lazare, Scrvien d’origine, en construisit une pareille pour Moscou. Celle de la ville de Lubeck fut faite en 1405; elle était décorée de la figure des douze apôtres. Nous citerons encore la célèbre horloge que J. Galéas Visconti fit construire pour la ville de Pavie, et surtout celle de Saint-Marc de Venise, exécutée en 1495 par Gian Rinaldi. (Voy. la gravure de cette horloge dans mon histoire de l’horlogerie et dans le Moyen Age et la Renaissance.)

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