Collection Auguste Dutuit
La collection, que la présente notice est destinée à faire connaître d'une manière approfondie, a été tout spécialement en possession du privilège d'attirer l’attention des visiteurs du Palais du Trocadéro, où elle est exposée. Savants, amateurs et artistes se sont arrêtés avec complaisance devant les vitrines qui la renferment, et y ont trouvé bien des sujets d’étude ou bien des modèles.
Ce n'est cependant pas le nombre des pièces dont elle se compose qui lui donne un intérêt exceptionnel. Elle est encore d’une étendue fort restreinte, puisqu’elle ne compte en tout que cent cinquante-neuf numéros. Mais rien, pour ainsi dire, n'y est secondaire ; le choix de toutes les pièces y a été fait avec une intelligence et une sûreté de goût des plus rares. 11 a fallu, pour arriver à une réunion si remarquable et si bien triée, le sentiment d'un artiste pratique s'unissant au flair qui fait le collectionneur lorsque la fortune lui permet de payer les belles choses ce qu’elles valent. Grâce au concours trop rare de ces circonstances, la collection d'antiques de M. Auguste Dutuit, surtout dans les deux séries des bronzes et des vases peints, offre, malgré le petit nombre de ses pièces, une réunion singulièrement remarquable de morceaux sortant de l’ordinaire. Elle renferme même un certain nombre de ces monuments de premier ordre qui pourraient prendre place dans les galeries particulières les plus célèbres et dans les Musées des plus grands États.
Cette collection d'antiques n’est, du reste, qu'une faible partie des trésors d’art rassemblés par son éminent possesseur, de ceux qu'il a si généreusement prêtés à l’Exposition universelle de 1878 pour être placés sous les yeux du grand public et servir à l’instruction de tous. Générosité digne de tous les éloges, et dont on ne saurait trop féliciter les amateurs qui en ont donné l’exemple, car elle est un véritable acte de patriotisme, en
contribuant à l’éclat de cette grande exhibition nationale, dont l’honneur rejaillit si brillamment sur notre pays. D’autres notices conserveront le souvenir de la collection de médailles antiques et du xve siècle, ainsi que des belles vitrines d’objets du Moyen Age et de la Renaissance, émaux, faïences, pièces d’orfèvrerie et bijoux, qui ont été également exposés au Trocadéro par M. Auguste Dutuit. En effet, dans ces catégories de trésors d’art, comme dans celle des antiquités, sa collection forme un digne pendant à celle des estampes et des livres, si intelligemment colligés par son frère. Et les deux noms de MM. Dutuit demeureront fraternellement côte à côte à l’un des premiers rangs dans l’histoire des amateurs français de notre époque.
En publiant une notice de sa collection d’antiquités à l’occasion de l’Exposition universelle, M. Auguste Dutuit a voulu qu’elle pût rester comme un monument durable, et qui fût utile à la science et aux artistes. C’est pour cela qu’il l’a fait enrichir de nombreuses planches représentant les morceaux capitaux qui font l’orgueil de son cabinet. C’est pour cela aussi qu’elle ne se compose pas seulement d’une sèche énumération, d’un simple catalogue des objets. L’auteur de la notice s’est conformé aux désirs du propriétaire de la collection en entrant dans quelques développements de - commentaire archéologique, à propos de tous les monuments qui lui paraissaient en appeler naturellement. On y rencontrera donc, non pas des dissertations en règle, mais un certain nombre d’observations qui feront mieux ressortir l'intérêt et l’importance des monuments. 11 en est, dans le nombre, qui peuvent offrir un certain caractère de nouveauté, et fauteur serait heureux de leur voir obtenir l’approbation des savants compétents.