CONSTITUTIONNELLE
DES ÉLECTIONS
de 1817.
I. Dbavcovp de brochures et d'articles de journaux paraisseot aujourd'hui sur les élections. C'est un heureux symptôme. Il annonce ta reoaissance de Pespiit public. De quelque manière que les citoyens s'occupent de leurs îptérêts , la chose imporlaute , c'est qu'ils s'en occupent. L'on doit convenir qu'ils n'ont jumnis eu plus de motifs d'y penser. Jamais élections ne furent plus décisives , ei les devoirs de nos députés seront divers et difficiles à remplir.
Je ne parlerai pas de ce qu'ils auront à faire pour appuyer le gouvernement dans ses néi;ociaiions avec l'Jiranger.-Lesengagemens sont sacrés, mais il est ua terme aux demandes. Elles ne sauraient ségrossir chat|ue jour de prétentions individuelles , qui deviendraient enfin non moins impossibles à évaluer qu'à satisfaire. Les gouveroemens de la France ont toujours eu, aui yeux de l'Europe , une force immense , quand elle a yu qu'ils étaient d'accord avec la iiaiton. La sà-
gesse de nos représentans , lear conrage ; qui sera aussi une sagesse, leurs vœux nnaniines,' hâteront peut-être l'épo(|ue de la libération de la France, et alors aHraochie de toute influence et de toute iotervention non nationale, elle prcovera au monde que sa raison lui suffit pour maintenir son repos chez elle et respecter le repos de ses voisins. ( C'est ici le seul point sur lequel nos errances aient été réalisées. Il est heureux , mais il est bizarre que les étrangers aient renda plus de justice à la nation française que ses propres ministres. Les premiers ont senti que sa sagesse méritait leur conûance. Les seconds n'ont pas Cru encore pouvoir lui donner la jouissance constitutionnelle de ses droits. Au moment où j'écris , rien de raisonnable n'a été fait sur la presse , sur le jury , sur lerégimemunicipal.Onnenoustrouve pas dignes d'être afiranchis de la loi du g novembre ; cependant on annonce que les nouveaux ministres nous jugent moins défavorablement. Nous verrons bien. 2 féviier 1819.) Les garanties que la charte nous a assurées , les droits qu'elle nons a reconnus , attendent ime existence réelle : car des lois d'exception pèsent encore sur nous. Nos ^ représeutans examineront si ces lois d'exception peuvent et doivent être prolongées. La liberté de conscience , la plus sacrée de nos propriétés intellectuelles et morales , a été formellement proclamée. Il faut que rien ne jette du doute sur ces proclamations solennelles. La liberté de la presse est incertaine et pre'caire. On n'en jouit qu'avec inquiétude, et par conséquent sans calme fet sans modération : car la modération et le calme n'existent point sans sécurité. Nos députes iaaveront la liberté de la presse des lois temporaires
qoî Utnçpt. Us corngeront les Iqîf. p^rn^atsAHe; en vertu deaquelles tous ,les écrivons sQtit. cqndainDés. Ils rechercheront s'il ue faut pas délivrer le miiiisièra de cslte SDrvàIJance des jouniaux , <]u'}I s'est imposée et qui le condamne à des soins si puériles et à une responsabilité si minutieuse. La charte consacre et la nation récfame hi liberlf individuelle ; mais des lois de détail , émaqées. de tous les régimes t et que leur date seule flétrit , semblent destinées à faciliter sa violation. Il faut que notre lé^slaûon , à cet égard > cesse d*être confuse et captieuse , et que les ageos qui mécoonaitraîent nosdroits n'aient plusde prétextes oïl plus d'excusea. Notre Code pénal est un monument de rigueur despotique, et il est doux pour les amis da gouveroement de pouvoir l'attribuer à une autorité antérieure. Mais il est indispensable de revoir ce Code, dans lequel les peines sont sans proportion avec les déliu , qui prodigue là mort et prolonge les détentions avec une légèreté barbare , et qui a fait revivre ces supplices absurdes dont l'effet est de forcer les condamnés flétris à jamais , à persévérer dans le crime , lôrs même qu'ils l'dnt expié par le châtiment. L'institution du jury , subordonnée au choix des préfets , perdrait son efficacité si on n'assurait mieux son indépendance. Les- cours prévotales ont heureusement besoin d'ime sanction nouvelle. La responsabilité des ministres n'existe qu'en principe. La loi qui en réglera les formes ne saurait être trop modérée , si l'on veut qu'elle soit exécutable ; mais elle fera cesser enfin cette confusion entre (e pouvoir ministén^ et le pouvoir royal, confusion qui met en danger la monarchie et la liberté. H n'y a, dans un Etat, de vie pohùque^
que lorsque les droits des fractions sont respectés. Du ne sauraient Vêlre qnand ils ne sont pas défendus par les fractions elles- ruâmes. Le sJ'Stème municipal, qui beul peut faire jotnr les habiians des monarclùes modernes, des avantages du fédéralisme, en le combinant avec l'aclion nécessaire du pouvoir ceairalj doit être organisé sans retard.
Pour remplir des fonctions si importantes et si variées j quels hommes faudra-l-il nommer?
II. Choisissonif , nous dit-on , de bons citoyens ^ des liooimes modérés , ^nemis des deux ezirêmes. '
Mais tout le monde se pretend bon citoyen. Tout le monde se croit modéré , et chacun l'est, quand on le compare k d'autres. Personne ne convient qu'il veiiille un des deux extrêmes.
On nous recommande les grands propriétaires , oii les capitalistes , ou les commerçans , ou les bommes de lettres , et chacun se décide plus particulièrement , suivant son inclination , en faveur de l'une ou de l'autre de ces classes.
Mais la force des choses fera pencher la balance d'après les circonstances locales , et non d'après une doctrine exclusive : et aucune de ces classes ne manquera de représeotans.
Le commerce et l'industrie sont aujourd'hui les régulateurs des états et les arbitres des gouvèrnémens. J'ai prouvé ailleurs que ces deux puissances avaient changé la face du monde. Tandis que les peuples anciens étaieixt presque uniquement guerriers, les peuples modernes sont essentiellement commerçans. Toutes nos institutions doivent subir les changemens que cette différence rend nécessaires j et ces change-
• ■ . DiailizodbvGoOgle
mens sont uu bien réel , un pas injme'agc dans le sens de la lîbené et des lumières. Gar le commerce ne vit que par la liberté. Ili'introduit parlout, sans convulsions et sans violences. Il la fonds- sur des bases solides. Il limite la poissànce. des gouvernemeos sans les aiiar quer. U donne à la propriété une qualité nouvelle , la circulation,; par-là même , non-seulement il affrauT chit les ifidividus ,' mais en créant Ile crédit il rend Pautorîtë dépendante. Quand le crédit n'existail pasy les gouvernemens étaient plus forts que Us partici^iers. Mais par le crédit , les parliculiers sont plus forts que les gouvernemens de nos jours. La richesse est de toutes les puissances la plus disponible dans tous les instans , la plus applicable à tous les intérêts , et paï conséquent la plus réelle et la raieui obéie. La philo^ sopbie a pu déclarer les piincipes de la liberté: le' courage héroïque a pu la. défendre j mais c'est au commerce et à l'industrie ^ à ces deux forces, d'autant plus indépendantes qu'elles ne demandent à l'autorité que de ne pas se mêler d'elles; c'est au commerce , dis-je, et à l'industrie, à fonder ta hberté, par lear «ction lente, graduelle, que rien ne peut empêcher.
Il résulte de là que, chez toute nation, libre à la manière des peuples modenies ( Car je ne parle pas de la liberté , pour ainsi dire , antique , de quelques démocraûes reléguées dans des montagnes) , le commerce doit avoir une influence très-éieridue , et cette influence se fera naturellement sentir dims les élections de toutes les grandes villes de France.
Dansles parues de es royaume, moinsrichesetmoin» avancées , où la propriété foncière domine , les grands propriétaires seront élus s'ils le .veulent. Les patrons^
D,a,l,;t!dbïG00glc
qm ont de notnbreux cliens , sont toujoars portes pir leur cUentelle. £n6n , ceux qui ont i-épandu le plu» de tuniicres, apparentes, ou réelles, sur les discus- MODS politiques, auxquelles Tesprit public mettant d'intéi'èt^ ont aussi des chances.
Ce n'est pas là qu'est la question. Je vais essayer de la poser.
IH. Si tout le monde s'entendait tûen, tout le monde seiaîi d'accord sur la liberté ; car tout le monde I3 ^ent ait Tond. 11. n'y a personne qui ne veuille le repos, la sécurité, la jouissance de ses biens, la sût eie de sa vie , enfin tons les avantages que la liberté doitne. Mais bien des gens veulent la conséquence sao» songer au principe, et prétendent cueillir les fruits sans prendre soin de l'arbre.
11 y à donc parmi les propriétaires, les capiialislet, les cômmt'i çans et les écrivains, des nuances d'opinions diETérentes.
On pent réduire ces nuances à trois principales.
Je place dans la première les partisans de l'anoîen régime j dans la seconde , ceUx qui croient qu'en respectant le nouveau, il faut l'appuyer da secours momentané de^ lois d'eiceptîon ; dans la troisième , ceux qui voudraient esisayer de faire marcher la monarchie fïonslituiionnelte sans autre assistance que la liberLc constitutioDcelle.
Je suppose ces trois nuances d'opinion ou ces trois partis également amis de la charte.
Le premier veut seulement la concilier avec ses souvenirs, et la rapprocher, sans U détruire, de& anciennes institutions qu'il regrette.
C'est par amour pour la charte que le sec6nd
* D,a,l,zt!db,.G00glc
crainl de l'exposer trop vîte sn grand air ; ei s'il en ■a^ sobrement , c'est afm delà laisser se fortifier dans l'ombre.
Le troisième parti , enGo , aime la cbarte pour ea jouir. La révolution , dît-il , a été faite pour ta liberté. La charte i consacré ce que la révolution avoït coo-quis de bon , en écartant ce qu'elle avoit en de déplorable. Afièrmissons la charte , terminoas la révolution, en donnant à la nation ce qu'elle a voulu, et faisons-loi chérir sa coasûtution , en lui en accordant les avantages.
Comme on le voit, jen'açcnse personne; je n'inculque la défiance contre personne ; je ne suppose point un .quatrième parti , méditant le renversement de nos institutions actuelles. Si je supposais qu'un, tel paru existât ,- je ne le ferais encore entrer pour rien dans mes calculs. Il n'aura jamais de Force , si le gouvernement ne lui en prête. Le gouvernement ne pourrait lui en prêter, qu'en méconnaissant soi) propre intérêt; et alors, comme tous les maux seraient déchaînés , toutes les spéculations seraient inutiles.
Voilà donc la Véritable question. -A quelle nuance d'opinion nos députés doivent-îls appartenir?
IV. Je dirai peu de mots sur les hommes connus par leur attachement à l'ancien régime, et je placerai d'a^ , bord ce parti dans l'hypothèse la plus favorable j en prévenant même le lecteur que je ne me sers du mot de parti que pour désigner l'identité d'opinion , et nnllementdansiyieacceptionricfaeuse ou malveillante.
Ce parti donc , éclairé par l'expérience , a renoncé, je veux le croire , à remonter le fleuve dont le cours uniforme et irréâstible nous eairaine depuis irento
ans. H a vu qu'on ne pouvait rétablir le ré^me déiruii, daosl'état.dansjequel la révolution l'avait trouvé. Mais considérant cette révolution comme une grande erreur ou coinmb un' grand crime , il voudrait , en »e résignant à ce qui est irréparable , effacer les ves* tiges d'un bouleversement qui lui semble coupable et funeste. Il travaille à rapprocher la charte des ancienne? formes j à y faire pénétrer l'esprit qui animait auirefois la monarcbîe. Il tend sur-toul à n'en confier la garde et l'exécution qu'aux. hommes anciens. La réinr- Iroduction dans le langage légal d'une dénominalioa abôliâ f Itn paraît une conquête , et il voit un sujet d'espoir et de triomphe dans toute portion du pouvoir remise au nom de la charte à i^n ennemi de la révolution. On ne trouvera , je l'espère, cette définition ni sévère, ni injuste. Maintenant, examinons ce système.
J'ai reconnu moi-même souvent qu'il fallait apporr 1er la plus grande prudence dans les chàngemens politiques qu'on voulait opérer ; qu'd était bon , .quand la chose était possible , de rattacher les' améliorations aux institutions déjà établies, et que réparer valait mieux qu'abattre pour reconstruire.
Maisquandtouta été abattu, quand une révolution a eu heu , quand on ne peut pas faire qu« cette révolution n'ait pas eu lieu , quand toute la gcncraiion jeune , forte , active , est née ou du moins a reçu ses premières impresûons pendant ou depuis les bouleversemens que cette ré\o]ulioD a causés , quand l'un des effets de cette révolution a été de persuader à toute cette généraiiôn nouvelle que des droits précieux ont été reconutis , des abus intolérables détruits , il est
D,a,l,;t!dbïG00glc
dangereux de raltacher ce ijui eiUte, et ce qui doit êlie coDservé , à ce qui existait.
A^ir ainsi , quand il est question d'amëliorations imialbles , qu'on peut graduer ^ sa fantaisie ^ c'est appuyer ie présent de toute i'autoriic du passé. Mai» après une chose faite , qui a frappé le passé d'une défaveur , juste ou injuste, n'iinporie, ce serait reporter ia' déTavflur du passé sur le présent.
Ofj une grande partie de notregéncration est convaincue que Tancien régime était très-vexnloire. £![« à été élevée dans cette idée. Ce qu'on lui a dit sur ce régime, ce qu'elle en a lu dans des ouvrages écrits pendant qu'il existait , a fait sur elle une forte impression. Il est oiseux de rechercher jusqu'à quel degré cette impression est fondée, et si les philosophes qui l'ont produite , ont ou n'ont pas été coupables d'exagérations. L'effet est là. Ce n'est pas la peine , pour ëclaircir une question historique , d'exciter des alarmes et de prolonger des inquiétudes. Ce qu'on a raconté a cette génération des excès révolutionnaires ne l'a point réconciliée avec l'aacien r^ime. La loi des suspects ne l'a point conduite à regrcuer les lettres de cachet, ni l'horrible proscription des prêtres en 1793, à trouver justes les dragonades et le supplice des ministres proiestans. En eonséquence , tout ce qui lui semble avoir pour but de ramener l'un ou l'autre système, lui est égaleméut odieux. Ce qui lui rappelle 1793 l'effraie: mais elle est très-décidée à ne pas remomerà 1787.
En vain tîrerait-on de quelques apparences contraires des CODclusioDsqui seraient fausses. On a cherché à parer la haiae de la révolution d'un vcrois d'éle-
D,a,i,;t!dbïGoogIe
i4 gance et de mode , et quelques jeun« gêna s'y étaient laissé prendre , charmés , comme on Va dit, t de se meure du'côlé des ruines, pour se donner Pair d'avoiréié renversés avec ce qu'il y avait de plusilluf i re. Mais toutes les fois qu'on en est venu aux choses positives j le seniiment rëel , le seniiment né de la révolution , celui de l'égalité des droits et de la révolte contre les privilèges, s'est manifesté. Je prendrai poui* exemple ce qui s'est passé récemment. L'on a voulu profiter d'un léger ridicule , pour réintroduire dans l'opî-' iiion ce grand axiome du despotisme, que nul ne doitsortir de la coodiiion où le hasard l'a placé. Tant qu'on a déguisé cette maxime sOus des plaisanteries plus ou moins gaies, l'opinion a pris le change et s'est amusée. Mais aussiiûtquelësuccès, ayantdonnéplus ' de hardiesse aux développemens et d'impertinence aux railleries , a laissé percer une intention que , malgré la défaveur de ce mot , j'appellerdi aristocratique , l'opinion est revenue sur ses pas. £lle a reconnu la nécessité de proclamer de nouveau que toutes les professions utiles étaient honorables, que la prélen- ' tion même puérile de ressembler aux défenseurs de la France avait pcAir base un sentiment digne de respect, et elle a désavoué formellement les mesures rigoureuses , les jeux de mots déplacés^ et les insolentes épigrammes. C'est dpnc rendre un mauvais service k la charte que de l'associer aux souvenirs de l'ancien régime. Cet amalgame, qui satisfait quelques honime^ méthodiques , inquiète et désoriente la masse.
IVJa conviciiqn , à cet égard, est tellement profonde , que bien difierent de ceux qui, lorsque leur raison , pins puissante que leur esprit de^parti, les contraint à
D,a,l,;t!dbïG00g'lc
recoDoaHre qnelqne chose de bon dans ce que la ré' voluUoD a éiabli, cherchent à ea retraocher l'air d« „ nouveauté , et à en reperler la date irenie années pUis haut , je voudrais , si je ne croyais la vérité aurdeasus de toute choses, que tout ce qu'il peut y avoir eu de boD dans l'ancien réunie , se pût attribuer à la charto seule, pour qu'elle en recueillît tout le méiite, et n'eût rien à craindre d'une alliance plus ou moins suspecte. La charte doit paraître un ouvrage neuf ^ également éloigné de la tyrannie révoluùoanaire et du despotisme de Louis XIV. On en saur^ plus de gré à son auguste auteur j on s'appuiera sur elle avec - |dus de conliance.
Voilà pour le principe en lui-même. Tout parti qui TQudra faire disparaître l'intervalle qui sépare et qui doit séparer la charte et Taocien régime , nuira à Tune sans servir l'autre.
Quant aux hommes qui peuvent ou qiû ont pu se laisser séduire parce principe, je suis loin de penser qu'il n'y ait point parmi eux d'amîs sincères de la li> berté. Je crois à la raison de plusieurs, à la loyatiié d'un plus grand nombre; mais je demande quelque temps encore pour me livrer, sans hésitation, à ces présomptions faviorabtes , et ponr confier le maintien ' des docttines constitutionnelles à ceux qui , durant ' trente ans , ont tout essayé pour que ce^ doctrines n« triomphassent pas.
Chaque jour, sans-doute, ajoute à leurs lumières. Ils ont profité des leçons de Teipérience. Mais sont-ils déjà bien sûrs , eux-mêmes, de ce qu'ils seraient , s'ils se retrouvaient en majorité 7 Je crains pour eux l'atpiosphèred'uue atsembloe, reatraiaemepi des paroles ^
î,=,i,z<,d.vGoogk'
l'ardeur qu'on pms«dans l'asseutimeat des auxiliaires , l'irriiatioD qu'excite la résistance des opposans. Je crains les succès de l'éloquence, l'envîede passer d'un triomphe à l'autre , les engagemens contractés par les assertions animées, par les métaphores liardïes, dont les plus violens s'emparent comme d'uu symbole politique qu'ensuite on n'ose plan rétracter. Je crains la responsabilité des partis et la solidarité des alliances. Si, par impossible, les élections' donnaient la maiorîlé à cette nuance d'opinion, je tremblerais devoir l'assemblée rentrer dans la rouie interrompue. Un nouveau 5 septembre ne peut être le but des opérations qui vont avoir lieu.
D'autres appréhensions me tourmentent encore. Les hommes dont }e purle ont vaillamment combattu , l'année dernière , pour nos libertés les plus précieuses. Tous ont montré du zèle, piusi«urs du talent, quelques-uns de l'adresse. L'évidence, la justice étaient de leur côté. Ils ont cependant toujours été entourés de certains soupçons , qui affaiblissaient leurs argumens et qui décréditaieni leur logique. Au lieu de traiter avec eux les questions de droit, on rappelait des faits personnels. An lieu de discuter leur opinion , on leur objectait des discours, hélas! trop récens dans uo sens contraire : mauvaise dialectique , mais d'un effet infaillible dans une assemblée , et grâce à laquelle la peine de t'eireur retombe sur la vérité. Ainsi, redoutables ennemis , ils ont été , malheureusement, des défenseurs assez iauiïles. Le» lois sévères de i8i5 àvoieni été volées parce qu'ils les voulaient ; les. lois sévères de i8i6et de 1817 oniéié votées parce qu'ils b6 les voulaient pas, L'opinion que j'espiime jue
D,a,l,;t!dbïG00glc
»7 Vtaratt être l'opialon nationale. La nation n'a pas de l-anôune, mais elle a de la mémoire.
La lutte sera donc, je le pense, entre la seconde liuance d'opinion que j'alindiquée et la li'Oi>iême,c*està-dire, entre ceux qui préiendeniqne , pour afTerinir une constitution , le meilleur moyen est de la suspendre , et ceux qui pensent que, lorsqu'on a une •onstitution , l'on ne saurait en joiiir trop complèie- ' bien).
V. II y a , en faveur de la suspension des constitutions, en faveur des lois d'excepiion ei de circonstance, . en favËur des mesures extraordinaires , de très-belles choses à dire. Si je voulais les repioduire ayec toute la potnpÊ de l'éloquenc*j , avec toute la cbaleur de la Conviction ^ Couvrirais te Moniteur au hasard , pour le copier depuis 179'2- Je ne sais trop quaud je te ferme- 'rals. Mais cette collection volumineuse me fournirait des raisoUnemens à choix. J'y trouverais « que les pre- * miers momens d'une constitution ne sont' point pro* » près à laisser aux citoyens les garanties de cette cons- » tilution ; que les constitutions sont des citadelles » assiégées , et que la garnison doit en sortir pour dis- » perser les assiégeans ; que ceux qui plaident pour n les constitutions , les embrassent pour leit étoufa fer. » J'y trouverais b que la nécessité des lois de » circonstances éclate d'autant mieux , qu'elles ren- ' » contrent plus d'opposition : qu'au premier aspect M de ceux qui les combattent on démêle que leur » répugnance vient de la crainte d'en être frappés; » qu'une telle crainte , à la proposition seule , annonce * combien la l(v sera salulûre. » J'y Trouverais « que Tom^ TU, 5'. Partie. a
w ce n'est point pour les exécuter qu'on demanrie de a pareilles lois , que leur existence rend leur exécum tion inutile ; qu'armée de plus de force, l'autorité » sera moins souvent dans le cas d'y recourir, et » qu'on a toujours vu que les gouveruemens sont » d'autant plus doux , qu'ib ont plus de moyens d'être » arbitraires. »
Voulons-nous entendre pour la centième fois toutes ces belles choses ? Choisissons les hommes qui nous les ont dites sans înierruplion depuis vingt-cinq ans. Notre espérance ne sera pas trompée. ISous pouvons être sûrs qu'ils nous les rediront.
Avant néanmoins de nous décider, voyons où ces choses npus ont conduits toutes les fois qu'oD nous les a dites.
SI, depuis la révolution , la France a dû être sauvée par des lois d'exception et de circonstance , certes jamais pays ne fut sauvé plus souvent. Toutes les loi» de ce genre, qu'on a demandées à ceux qui nous représentaient , ont éic votées. Il n'y a pas d'exemple qu'une assemblée se soit refusée aux raisonnemeos , et sur-tout aux métaphoies que j'ai rapportées. Une seule a résisté (i). Toutes les autres ont livréau gouvernement, quel qu'il fût, la constitution pour la garantir du danger d'être observée.
Q^Ile qu'on a nommée de l'an 5 a été secourue, incme avant sa naissance , par la toi du 3 brumaire , qui suspendait plusieurs de ses articles , et vers sa , chule par la loi des otages qui l'anéantissiiit. Celle qu'on a nommée de l'an 8, a eu pour appuis tes mises hors
(i)Laclianibre des représenuns de i8i3.
DiailizodbvGoOgle
de la constitulion t les tribanaux spéoiaus , les s^naluscùnsultes organiques. Les lois de circonstance n'ont donc manqué ni h la constitulion de l'an 5, ni à la consiituiion de l'an 8-
Si Pergama Sextra Defendi passent , eliam hac defensa fuitttnt.
Elles ont disparu toutes les deux.'
Je suis loin de penser que le même përil nous menace. Notre charte ett meilleure que nos constitutions précédentes : et je ne compare point nos ministres aux gouvernansine\]iérimenics, ombrageux, maladroits, divisés, que nous avons eus si long- temps.
Cependant, quand une chose essayée par beaucoup d'hommes réussit toujours mal , il devient probable (jue In faute en est moins à la malhabileté des hommes qu^à la nature de la chose même.
Reproduire des idées générales sur les lois de circonstance , serait répéter ce que tout le monde sait parcœur. Depuis qu'où eu souffje , on a eu tout le temps de compléter ses méditations et de varier ses plaintes. Je ne pourrais trouver, à ce sujet, une phrase que je n'aie écrite vingt fois sous tous les régimes. Paîme mieux passer tout de suite aux applications particulières, et laissant de côté tout le passé jusqu'à ce jour, examiner quel eOel aurait à l'aveuir la prolongation des lois de cette espèce , si les dépulés que nous allons nommer donnaient aux partisans de ces lois une majorité contre laquelle se briseraient les raisonnemens et les expériences.
les jouioaux , la loi sur la pre&se , él h création dei Cours prévotales). Car je place paiini tes lois d'exception la loi sur la presse , biea qu'elle ait élé présentés tiomine permanente, parce qu'il est clair, d'après ce qui s'est passé récemment , et aussi d'après les espll-
- cations insérées presque officiellenaeot dans le Moni~ teur, que cette loi a manqué son but, et qu'elle doit £tre entièrement refondue. Je place aussi dans cetts catégorie l'élablissemeni des Cours prévotales , bien que permis par la Charte , parce que ces Cours sont des tribunaux extraordinaires, et reposent sur le priadpe des lois d'exception. i
J'ai déjà dit que je laissais de côté le passé , et en effet je ne prétends nullement examiner si le ministère a fait ou non, de ses pouvoirs extraordinaires, un. usage modéré.
Mon désir n'est point d'attaquer des hommes, et j'aime toujours à rûsonoer d'après la supposition la plus fifvorable. Mais je demanderai , et j'en appellerai au ministère , si tontes les fois qu'il s'est prévalu d« la prérogative inquiétante que lui conférait la suspension delà liberté individuelle, il n'a pas démêlé, dans l'opinion , un sentiment de peins et d'alarme , s'il n'a pas aperçu que ce sentiment ne s'apaisait point, même quand l'objet d'une sévérité non motivée était rendu à la liberté. Ce sentiment n'aurait pas existé , si la marche lëgale eût été suivie.
Quand on s'en tient aux lois ordinaires, un détenu
' peut être absous , et le ministère est toujours censi avoir rempli sod devoir. L'ah-eslation n'est qu'un accident inséparable de la condition sociale. Pourvuqu'une autre coodiûoa sociale soit remplie, celle àm
DiailizodbvGoOgle
laisser vérifier les faits par les- tribunaux , rautortti ne peut être blâmëe d'avoir voulu que les (a.ns fussent vërifîés. Mais les détentions arbitraires ont cetiuconvéoiènt pour l'autorité, que leur réparation même ressemble à un tort, parce que le public conclut de , leur cessation à leur inutilité.
Pourquoi donc blesser Topimon par des mesures incoDStitutioanelles quand tes lois suffisent ? Bien que la suspension delà liberté individuelle confère aux ministres le droit d'arrestation satfs causes coannes y elfe ne leur donne pas celui d'arrestation sans Causes réelles. Or , ces causes réelles doivent être des commencemeps de preuves. Pourquoi ne pas soumettre aux tribunaux ces commencemeus de preuves ?^ Est^c pour ne pas avenir les complices? Mais ils sont avertis par l'arreittation , sans motifs exprimés , comme ils le seraient par l'arrestation motivée. Est-ce pour ne pas laisseraux suspects le moyen d'achever le crime? Mais l'autorité qui les surveille peut les saisir, avant qu'ils n'aient fait uu pas pour l'exécution. Est-ce pour se dispenser de la surv^llance? Sans doute , on n'a plus besoin d'îibserver ceux qu'on enferme. Mais ÏF est beau dans les ministres de sacrifier leur repos au notre. et sûrement ils ne voudraient pas nous enlever notre Kberté pour se re^cher de leur vigilance.
N'eat'^e pas de plus donner anx gouvernes tme dangereuse idée de la faH)lesse d'un gonvernement , que de le leur peindre comme en péril par la liberté" précaire d'un individu déîà suspect, suivi dans ses démarches, entouré de témoins invisibles, et contre lequel toute la force sociale est en armes ? 0:oit-oa
que cet aveu de faiblesse encourage la fidélilé ? Il tnviie au contraire « il sollicite la défection.
« Jene connais pasIesPailsparticuliers,» dira-t-on, «c je ne puis juger du mal que cette loi d'exception a j) empêché. C'est précisément son existence qui a pa j> en rendre l'application modérée. » Où nous conduit ce raisonnement ? à consacrer les lois d'exception dans toutes les circonstances : dans les temps calmes, parce que la crainte de ce pouvoir prévient le désordre; dans les temps orageux , parce que l'exercice de ce luémfe pouvoir rétablit le calme. Autant vaut dire que nous ne sortirons jamais de ces lois , invoquées tourà-tour comme précaution et comme remède.
Il n'est guère» besoin de parler de la loi sur la presse. Encore ime fois, le passé m'est étranger, et bien que je pusse argumenter de ce que les jugemens prononcés ne sont pas déûnilifs, je ne veux tiaiter en rien In chose jugée. Mais si la chambre prochaine n'apportait à la loi existante les chan^emeos dé-' montrés indispensables par la nature même des explications données dans les journaux , si elle n'introduisait le jury dans tout jugement sur les écrits et les écrivains, c'en serait fait' de toute possibilité d'imprimer. Vainement ferait-on valoir que les principes favorablesà laliberté de la presse sont universellement reconnus, comme je ne sais quel personnage de comédie disait à ses créanciers, qu'il aimerait mieux 36 les payer de sa vie que de nier sa dette un seul jour. Vainement nos magistrats chercheraient, par quelques paroles adoucies , à faire illusion sur les conséquences des maximes qu'ils auraient posées. Ces
D,a,l,;t!dbïG00glc
paroles sans eSet contrasteraient bizarrement avec chacun de leurs actes: ils auraient beau reconnaître avec une candeur méritoire leur inexpérience dans les matières que le gouvernenient les a chargés de traiter, ils seraient bientôt ramenés, malgré eus, dans la route qu'ils auraient tracée, et paraîtraient seulement avoir remplacé la menace par le persiflage, n'avoir rendu hommage à la vérité que pour la mieus méconnaitre , et s'être repenti de leur repentir.
An moment oh fut adoptée la loi destructive de toute liberté des journaux, j'avais prévu qu'on abu- . serait plus souvent de cette loi que de celle qui suspendait la liberté individuelle, et que les vesations étant plus obscures et paraissant moins importantes , seraient plus nombreuses. Les chambres auront à redhercher si le gouvernement y a gagné , si sa dignité s'est accrue par celte censuré , dont les censeurs euxmêmes gémissent tellement , qu'on n« peut leur-refuser sa pitié, quand on les voit, attrisiésde leurs fonctions, en rejeter l'odieux sur ceux qui les emploient, et se consoler d'être les agens de l'arbitraire , en se disant meilleurs que- l'autorité (l). '
Je ne m'éieudrai point sur l'inévitable puérilité de chaque mesure de ces autorités subalternes. Je n'en-
(i) Ce qne je dis sur les inconvëniens de la cansare des journaux me parait être d'autant plus foDiJé , que je me crois , de tous Us éerivaiDs qui ont pnblié des articles de jouruauT dans ces derniers temps , celui que cette censure a traité avec le moins de sévériW. Aussi , Cn m' élevant contre les fonctions , je suis loin de vouloir rien insinuer contre les personnes , parmi lesquellet je connaïf plusieurs littérateurs dûtingués. Mais j'ai fait l'eipériensb des bornes nécessaires de leur libéralité d'opinion. Le désir de connaître par moi-même, celle partie curieuse de notre adminisUa-
trerai poîal dans le dûlailde ces ordres donnés pour qu'on ne parle pas de ce dont tout le monde s'entretient ; puis de ces ordres intimés ensuite pour que les premiers ne soient pas connus ,■ puisde cesordres supplémentaires défendant de publier la dcfense faite de parler delà défense reçue. Je tairai ces eflbns infruciueux [wur travestir en actes volonlaires la soumission qu'on commande, cette proscriplion du moindre signe des suppressions qu'on exige , cette terreur des points , ce dénombrement
lioa littéraire a été mon unique motif, quand je nie cuis associé à la rédaction Ou Mercure. Mainteuant l'expérience «st faite , et }e déclare que tout ce que les défenseurs de la liberté des journaux avaient prédit , dans la sesuon dernière , s'est vérifié soua tous les rapports.
J'ajouterai cependant par esprit de justice , que le ministère actuel n'a presque jamais fait de son empire sur les journaux qu'un usnge négatif. Il a prescrit à ses écrivains de ne pas attaquer ceux auxquels il Était interdit de se défendre ; et quand il a ci'u nécessaire de commander un écrit, il a enjoint la mesure et hième la politesse l') ; c'est ce qui est arrivé à mou égard , dans les articles ' publiés contre mes questions sur la lëgislation de la presse , et j'ai été d'autant plus sensible à ce procédé , que j'avais vu la prohibii tion écrite de ne rien insérer sur cet ouvrage dans les feuilles quotidiennes. Mais il ^ a pourtant quelque chose d'éti'ange dans une argumenlalion dirigée contre un écrivain qui ne peut pas répliquer un mot. Je me souviens que dans un autre temps un homme qui aimait fort à parler seul en public , commençait naïvement par direàceuxqu'il voulait accabter de son éloquence , ne me réponde* pa3. Puis venait le monologue le plus animé , dans lequel , pour compléter Iq bizarrerie , la forme favorite était l'interri^atiou. Il filllaitètre un courtisan bien discipliné pour ne pas sourire.
' Ajoutons que les. ménagemens que l'on observe aujourd'hui , lepaut sux hommes , et pouvant éwe abjurés par 4'antres hommes, a est bon de considérer que , lorsque les journaux sont ainsi soumi*
DiailizodbvGoOgle
des mots, cf lie crainte d'avouer ce qu'on fait , de laisser des traces de ce qu'on veut j singulier spectacle d'une autorité qui , par de bons motifs sans douls , mais entraînée par ces motifs même dans une route où elle ne saurait que s'égarer , se condamne à combattra corps à corps quelques journalistes enchaînés, est prise au dépoui-vu par les plus adroits d'entre eux , ne peut réparer ses inadvertances que par des vexations , ne sait à quelles représentations entendre , quelles directions donner , et rappelle par celte lutte étrange les tâtonnemens du géant aveugle auxquels ses
k l'aulorité , ils peuvent devenir un iastrument terrible contre les individus , et accréditer les faits les plus faux et les calomnies les plus absurdes. Nous avoiu vu ftoui d'autres régimes des femmes ài^ tinguées , en b)itia à des atseitions qu'elles ne trouTsient aucun moyen dç faire démentir. Nous avous tu un litléralew célèbre, M. de Laharpe , représenté en public comme' en démence, sans qu'il pût insérer dans un jouinal une ligne en rërulation de ceUn imposture. La diflamalion peut ainsi aller de front avec rarrestalion ou l'eijl. Je me rappelle que lorsque ^'essayai dans lo tribunftt de corabaltie le système qui a perdu la France , on voulut ôter ■ ï mes raisolinemens le poids que la vérité pouvait letu- douuer, en faisant imprimer dans Iss journaux que j'étais étranger , et que je n'avais point de propi'iété en France. J'étais Frauçais , et fils d'un père Français coinme religionuaire. J'avais déjà pr^ de Paris , et k Paris , des propriétés. Tous les hsbitaas de mon département m'avaient vu babiter ces propriétés , et exercer depuis jilusieurs années des fonctions qui constataient mes droits. Mais l'assertion des journaux ne pouvant être contredite , diminuait le poids quelconque qu'auraient eu des paroles raisonnables , et l'intention était remplie^ Ce qui s'est fhit contre des individus réduits au silenco pourrait se faire aujourd'hui , si le ministère le voulait ; cl comme le ministère est une chose amovible, ceux mêmes qui comptent les hommes pour tout , et les friacipes ponrrien , doiveat çraindr» Wl pareil dai^er.
a6 captifs échappaient ! Si ces meiiures se perpétueDt , qix^en r&uftera-l-il ? le mépris de ce que lesiourpaux disent, le doute sur les faits, la défavetii- pour les raisonnemens, l'odieux dans les attaques, le ridicule dans les éloges. Le public lepoussera ce que lui présenteront ces journaux esclaves, pour arriver j s'il le peut , à ce qu'on voudra lui dérober. Son étude sera de découvrir dans chaque phrase ce qui aura éludé la sarveillance.
On médira peut-être, comme à l'occasion de la Kberté individuelle , que je ne sais pas à quels excès la loi d'exception sur les journaux met obstacle, et l'on se croira fort, en combattant les faits par des hypothèses. J'admets l'assertion , parce qu'il ne m'est pas donné de la véiifier. Maïs je pense encore que le Inen qu'on a cru atteindre est trop chèrement acheié. Avant l'organisation régulière des répressions légales que nous demandons tous , quelques individus auraient souffert de la licence des jo^pC^ux. J'aurais été probablement de ce nombre^ et si par hasard quelque homme puissant jette les yeux sur ces pages, il m'accusera d'ingratitude pour un bienfait que je n*ai pas demandé. Mais il vaut mieux subirces ÏDCon- Téniens, que nuire au peuple et au gouvernement , en restreignant la liberté de l'un et en rabaissant la dignité de l'autre.
Je m'abstiendrai de toute remarque sur les jugemens des Cours prévotales- Les' faits particuliers me sont inconnus. Je ne parle d'ailleurs quepour l'avenir. ' Des jurés n'ont-ils pas un intérêt pressant à la punition des attentats qui menacent les propriétés et le
D,a,l,;t!dbïG00glc
gOQVernemeot qui les garantit? Les formes militaices dirigées contre des coupables dispersa , sans moyens, sans réunion, sans chefs , sans appui, ne sont-elles pas UD luxe de sévérité? La conscience publique ne sera-t-elle pas pi us satisfaite , quand elle verra les formes conservées avec tînmes leurs lenteurs protectrices? N'est-eile pas toujours froissée, quand 'elle aperçoit parmi les juges des hommes dont le vêlement seul annonce qu'ils sont voués à l'obéissance? Est-il bon, est-il équitable de soumettre les délits politiques à des guerriers nourris sous la tente et ignorans de la vie civile ? Enfin j si les tribunaux ordinaires apportent dails leurs sentences un peu moins de rigueur, y aura -t 'il un grand mal à ce qu'ils ne conclamneni les enfans de seize ans et demi qu'à la détention perpétuelle (i)?
Que le ministère ait ou n'ait pas abusé des lois d'exception , me semble importer peu , et je reconnaîtrai , ù on l'exige, que je ne sais point s'il en a abusé. Ce qui m'importe ^ c'est qu'on reconnaisse désormais qu'il vaut mieux, pour la France et pour le gouver-
(t) Je ne prétends poÏDt par ces paroles juger un jugement dont je ne cannais point lesmotiâ, niinculperua tribunal dont j'ignore les procédures ; c'est contre la rigueur de la loi et la nxture des formes que je m'élèYt. Si , comme je dois le supposer , les juges n'ont fait que suivre k la lettre une loi rigoureuse et rapide , il est clair qu'il faut la changer. A aucune époque , chez aucun peuple , un enfant de seize ans el demi n'a mérilé la mort , sur-tout qu*nd il s'agit d'opinions politiques ou d'actes séditieux qui lieaneat à ces opinions. Un enfant de seize ans et demi n'a point d'opinions , il n'en comprend aucune , il ne professe que celles qu'on lui dit de répéter ; il ne commet d'actions que celles qu'on lui fait commettre. Ce qu'il faut alors pour empêcher le mal qu'il peut bire , c'est le renfermer et Piostniire , mais ce n'est pas le tuer.
D,a,l,;t!dbïG00glc
Bernent , que les lois d'excepiion D^eiisteot pas. fj'of»nion sera plus unanime. De fâcheuses impressions n* - IroubleroQt pas les espiits, H n'y aura pas une son» a'îrapaiience contre ces lois perpéuiellement demaiïuées, au nom du salut public, depuis vingt-huit ans. La malveillance ne trouvera point, dans leur prolongation, des occasions trop faciles de rapprocheaieni défavorables. Car, enfin , que rcpondi e à celle malveillance, quand elle compare nos lois d'excepiibn à des lois qui exisiaient à d'autres êpoqms? Sous plus. d'un gonvernemcDt, maintenant renversé, l'on pouS: voit euchainer la presse ^ supprimer tes journaux i arrêter les citoyens sans les faire jogei- * ou tes traduirepour les faire juger devant des tribunaux extraordi- Daire.s.jNe sera-ce pas un heureux moment pour te ministère que celui où il abdiquei'a ces prérogatîve& de irisle mémoire? /
Touiesnos autorités précédentes se sont mat trouvées de ces voies extra-constitutionoeOes j «t an facmmo' d'uni l'opinion sur la légitimité n'est pas suspecte, M. de Villèle , a dit à la tribune que la légitimité sur le trône ne pouvait donner seule à nos institutions la force de résister à des causes destructives de tous les gouvernemena. Or , k? lois d'exception sont des causes destructives de tous les gouveruemens. Elles les x>ntiou5 perdus jusqu'à ce jour.Ilne faut pas les choisir pour mainieriir le nôtre. La force d'une coostitulios est dans l'attachement do peuple. Un peuple ne s'ailacbe à une coostitutioD que par la jouissance. Il ne croit point à une constitution dont il ne jouit pas.
TU. En préseaiant , aor lea lois d'exeeption, les.
D,a,l,zt!dbvG00glc
«ODsidéf allons que l'on vient de lire, je n'ai eu [lour butd'ioculper personne. Mats recherchant dans quelle nuance d'opinion les électeurs qui vont s'assembler doivent choisir nos représentans , j'ai dû prouver que les lois d'exception étaient un mauvais système, pour arriver à la conséquence qu'il faut nommer , députés deshommes oppostSs à ce système. Si nous choisissons ses partisans , nous ne sortirons pas de la route oii ils ■ont accoutumés à marcher. Ils arriveront avec leurs locutions consacrées , louant les principes, écartant leurs conséquences, admirant la règle, appuyant sa violation, érudits dans l'apologie de l'arbitraire, apâtres doucereux de la rigueur, et légitimes héritiers de nos législatures successives, d^ps ce qu'un noble Pair appelait, avett une vérité piquante, l'oraison funèbre delà liberté. lisseront dirigés, je veux le croire, par les neilletu^s intentious du monde. Ce n'est point leur moralité, ce sont leurs lumières dpai je doute. Ils son( convaincus qu'un état ne saurait supporter la liberté ; et quand l'état s'écroule au milieu de toutes leurs mesures vesatoires, c'est eocore le trop de liberté qu'ils «u accusent (i).
(i) Uuraut notre longue et trisie révolulion , beaucoup d'hommes t^olulinaiGnt Ji Toir les causes des êvëuemens du )our dsns les ac[«9 de la veille. Lorsque la violence , après avoir produit une stupeitr momentanée, ëuit suivie d'une réaction qui en détruisait l'effet, ils attiibiutient cette réaclion & la suppression des mesures violentes, au rel&chemeut de l'aatorité (*) ; mais il est dans U nature ,
~(*) Les Butenn d«5 drigonades faiiaient le mJme Taisonocrnent tout l.«uil XIV. Lors de rinsurreelion dei cauiiiardi , dit Ithulièrs) {Eclair^ cisstment sur l'Eàit de Nantes , 1 1 , i;8 ) , le parti qui avait soUicii* la pcTiêcotion in i«lifiounairal , prétendait que la rérall* du cainï-
La question se réduit donc h ces termes : Yeut-on que les lois d'excepiioD soient maintenues, que la liberté de chacun soit un bienfait des ministres, que lii liberté de la presse aboutisse à la suppression des livres et à ta prison des écrivains? Veut-on que les ionrnaus ne rapportent que ce qne l'autorité désire qu'on croie? Veut-on la prolongation des tribunaux extraordinaires ? qu'on choisisse des hommes de la seconde nuance. Ce qu'ils ont fait, ils le feront toujours j ils sont en permanence contre les principes.
Voulons-nous, au contraire, que les citoyens soient entourés de garanties protectrices, que la presse soit libre, et les écrivains légalement responsables, que les journaux racontent les faits tels qu'ils sont, et que la France ne devienne pas une île oix l'on ignore ce qui
des décrets iniques de tomber en désuétude ; il est dans la nature de l'autorité de s'adoucir même à son insu, lies pvécuutions , deTe- , nues otiieuses , se négligent ; l'opinion pèse malgré son silence j la puissance llécliit ; mais comme elle Qéchit de TaililEsse, elle ne se concilie pas les cœurs. Les haines se développent ; les innocens , frappés par l'arbitraire , reparaissent plus forts j les coupables , condamnés sans avoir eu le bénélîce des formes , semblent innocens; et le mal qi)'on a retardé de quelques heures revient plus terrible , aggravé du mal qu'on a fait.
article retranché par la censure dans le Mercure du i6 aolll dernier. Ce qu'il y a de bizarre , c'est que cet artîple Était tiré mot pour mot d'un ouvrage que )'ai publié en mars 1814 , qui a en quatre éditions successives , et dans lequel personne n'avait trouvé\ d'opinions répréhensibles. Comment ce qui était innocent alors serait-il devenu coupable aujourd'hui ?
zardi n'avait pour caase qui lerelàchemrntdes metarfsde rlguonr. Si l'oppressioD avait cootiaiiê, Hisaîent-ils, il n'v aurait poial en dc,soulê' vement j <i l'oppresiioa u'avaÎL point connivence , ^i^!'!''' ceux qui a'éiaienl opposés à ces tiolences , il n'j aurait point eu de mccantCDi.
Si
9e passe en Europe, et Paris une antre lie où Toa ignore ce qui a lieu dans les provinces? Voulonsnous que les formes protectrices de la justice ordinaire reprennent' leur cours? cherchons, pour exprimer ce désir, de fidèles interprètes j nommons des hommes indépendans.
VIII. C'est donc vers le troisième parti, si Toa peut appeler parti l'immense majorité des Français, et la totalité des Français raisonnables , c'est vers le troisième parti qu'il faut tourner nos regards. C'est là qu'il faut chercher les organes de nos voeux , les appuis de nos droits.
Mais où soni-ils , me dira-t-on , ces hommes auxquels i'altribue l'honneur exclusif de l'indépendance? La désignation que j'emploie est-elte moins vague que celles que j'ai i-ejetées en commençant cet écrit? A '- quelles marques certaines, à quels signes infaillibles reconnailra-t-ODcesindépendans que je recommande?
Une pareille question donne toujours un avantage apparent à qui -la propose, parce que la réponse exige des détails qui ressemblent trop à des indications personnelles, et qu'alors, au lieu d'établir une règle, oit ' est accusé de faire une liste.
Four éviter ce piège, je dirai qu'on sait très-bien au fond quels hommes sont désignés sous la déaoraination d'indépendans. L'instinct des électeurs né s'y trompera point, s'ils sont une fois décidés sur la nuance d'opiiiion qui doit fixer leur choix : et, fca suis convaincu , à la seule lecture de cette phrase, le nom des capitalistes, des propriétaires, des commerçans, des écrivains, dés citoveiis, en un fndt, qui j
D,a,l,zt!dbvG00glc
8s (listingaés par lenr conduite , ou mililaire ou civile « mériiem d'être considérés comme iodéijeudans, s'eât déjà présenté à la pensée de ceox qui me Usent.
Si l'on veut , cependant , une définition plus précise, elle n'est pas difficile à donner. Les indépendans sont ceux qui , depuis trente ans , ont voulu les mêmes choses; ceux qui ont repété à tous les gouvernemens les mêmes vérités , opposé à toutes les vexations, même quand elles portaient sur autrui , tes mêmes résistances ; qui n'ont adopté aucun symbole , pour oBVir les principes en holocauste à ce symbole ; qui , lorsqu'on proclamait la souveraineté du peuple , disaient au peuple que sa souveraineté «tait limitée par la justice i qui y lorsqu'on passait de la tyrannie orageuse de cette sonveraineté au despotisme symétrique d'un individu , disaient à cet individu qu'il n'existait que par les lois'j que les lois qu'il prenait pour des obstacles étaient ses sauve-gardes , qu'en les renversant il sappait son trône. Les indépendans sont ceux qui j sous la république » ne s'éeriaient pas : nous aimons mieux la république que la liberté ; et qui » sous la royauté , ne prétendent point qu'il faut l'asseoir sur les débris de tous les droits et le mépris de toutes les garanties. Les indépendans sont ceux qui aiment la m'onarcbie constitutionnelle , parce qu'elle est constitutionnelle, et qui respectent la transmission de Vhérëdité au trône , parce que cetto transmission met le repos des peuples à l'abri de la lutte .des factions, mais qui pensent que c'est pour le peuple que le trône existe, et qu'on nuit également aux rois en foulant aux pieds les droits des citoyens , et aux citoyens en essayant de renverser la puissance légale
Doiiz.dbvGoogk"'
d«s rois. Les indé|ientlans , enfin , sont pelle geoératioa innombrable, élevée an milieu de n05 troubles, et qui, froissée dès sa jeunesse dans ses iuléiêia et dans ses affections les plus chères par l'arbilrairede tous les régimes , (léteMe l'arbiiraire sous toutes les dénominations, et démêle la fausseté de tous les prétestes. Les indépendans sont tous ceux qui , n'a}';fDt ni U préiention d'arrêter , de dépouiller , de bannir illégalement personne, ni celle d'éire payés par ceui qui arrêtent, qui dé[ioiiillent, qui bannissent, ne veulent aucune loi qui les expose à être arrêtés, dépouillés » bannis illégalement.
C'est parmi ces hommes qu'il faut choisir ceux a qui nous confierons nos destinées. Nous ayons essayé assez long temps d'écarter ; de fausser , d'ajourner les principes. A l'époque 'de l'établissement de cliaque constitution-, je l'ai déjà dit, nous avon» été salués des mêmes phrases.' Les dangei^ de l'état, l'ui^ence des circonstances, ont toujours glacé de terreur no» législatures siiccessives. Les constitutions suspendues ont été brisées et leurs éclats ont frappé nos têtes. Essayons ime fois d'hommes moins timides, d'hommes qui croient que ta liberté et que la justice ont aussi quelque forre, et qui osent penser qu'on peut gouverner un peuple sans le priver de ses droits, at exécuter une constitution sans la suspendre. Certes, le résultat, quel qu'il soit, ne sera pas plus fâcheui que l'expérience contraire. Si la tentative nous réussit 'mal , ellene nous réujisirs pas plus mal que les autres, et à une élection prochaine desabusés des hommes de principe», nous reviendrons aux hommes de