CHAPITRE VIL Des principes
On a tant et si cruellement abusé du mol principe , que celui qui réclame pour eux respect et obéissance , est traité d'ordinaire de rêveur' abstrait, de raisonneur chioiérique. Toutes les factions ont les principes en haine : les unes les considèrent comme ayant amené les maux passés , les autres comme multipliant les difficultés présentes. Ceux qui ne peuveot reconstruire ce qui n'est plus, s'en prennent aux principes , du renversement : ceux qui ne savent pas faire aller ce qui est , les jiccusent de leur impuissance : et , ta masse même ,qui , en sa qualité d'être composé « n'ayant aucun iulérét aux exceptions individuelles , en a un très-puissant à ceque les principes généraux soient observés, les voyant en butte aux déclamations de tous les partis tour à tour, se prévient et se passionne contre une chose dont ils lui disent tous du mal , tandis que éette chose est la seule qui la garantisse contre eux tous.
La rébabililation des principes :ierait une entreprise à la fois utile et satisfaisanle : oa sortirait > en
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ft'jlirrant, de cette spbère de cIrcoDstance dans laquelle on se trouve perpétuellement froissé de laat de manières. On serait esempt de tout retour personnel vers les individus : au lieu d'avoir à relever des imprudences ou des faiblesses , oo n'aurait à traiter qu'avecla pensée seule. On réunirait , i l'avantage de mieux approfondir les opinions, celui, non moins précieux , d'oublier les hommes.
Mais ce travail exigerait des développemens que ne permettent pas les bornes d'unouvrage^ dont je bâte la publication, par un espoir, peut-être aial fondé , d'ulitité. Dans la suite , si nul écrivain plus babile ne me devance dans cette carrière , j'essaierai peiil-élre d'exposer ce que je regarde comme les principes élémenlaires de la liberté. Aujourd'hui , je ne puis qu'indiquer les idées fondamentales d'un système qui se compose d'une longue chaîne de.raisonnemens, et je suis obligé de m'en remettre au lecteur pour suppléer aux intermédiaires , s'il t'y intéresse assez pour cela.
Un principe est le résultat général d*un certain nombre de faits particuliers. Toutes les foie que l'ensemble de ces laits subit quelques cbangeméns , te principe qui en résultait se modifie : mais alors cette modification elle-même devient principe.
Tout dans l'univt'rs a donc ses principes; c'est -à- ^ire , toutes les combinaisons , soit d'existences , soit d'événemens , mènent à un résultat : et ce résultat est toujours pareil , toutes les fois que les combinaisons sont les mêmes. C'est ce résultat qu'on nomme principe.
Ce résultat n'est générât que par rapport aux
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combinaisons desquelles il résulte. Il o'est dooc général qut d'une manière relative et non d'une manière absolue. Cette distinction est d'une grande iniporlance, el c'est faute de l'avoir faite, que l'on a conçu tant d'idées erronées sur ce qui constituait ua principe.
ïi y 3l des principes uoiversels , parce qu'il; a de» données premières , qui existent également dans toutes les combinaisons. Mais ce n'est pas à dire qu'à ces principes fondamentaux, il ne faille pas ajouter d'autres principes , résultant de chaque combinaison particulière.
I^orsqu'oQ dit que les principes généraux sont inapplicables aux circonstances , l'on dit simplement que l'oQ n'a pas découvert le principe intermédiaire qu'exige la combinaison particulière dont on s'occupe. C'est avoir perdu l'un des anneaux de la cbaloe, mais cela ne fait pas que la chaîne en existe moins. ■ Les principes secoodaires sont tout aussi immua* blés que les principes premiers. Chaque interruption de ta grande chaîne n'a pour la remplir qu'un seul anneau.
Ce qui fait qu'actuellement nous désespérons souvent des principes, c'est que nous ne les connaissons pas tous.
Lorsque Ton dit qu'il y a telle circonstance qui force à dévier des principes, l'on ne s'entend pas. L'essence d'un principe n'est pas tant d'être général , que d'être fixe ; et cette qualité compose si bien son fssence , qiie c'est en elle que réside toute son utilité. Lesprincipes ne sont donc point de vaines théories . uaiquementdestiuéesàêtredébattues dans les réduit»
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ju^és;carce Mroot alors les préjugés qui atiaqneronf. La doctriae des privilèges hérédilaires,par exemple, est UQ préjugé abstrait , tout au.ssi abstrait que peut l'être la doctrine de l'égalité. Mais les prÎTiléges , par cela seul qu'ils exislaieot, tenaient à un encbaînemeot d'iostitutions , d'habitudes . d'iolérêts , qui de5i;:endait jusque dans l'individualité la plus intime de chaque homme. L'égalité , au contraire , par eela seul qu'elle n'était pas recouDue, ne tenait à rien , attaquait tout , et ne pénétrait jusqu'aux individus , que pour bouleverser leur manière d'être. Rieu de plus simple , après l'expérience du bouleversement, que la haiue du principe et l'amour du préjugé.
Mais retournez cet état de choses , imaginez la doctrine de l'égalité , reconnue , organisée , formant le premier anneau de la chaîne sociale, mêlée par conséquent k tous les intérêts , à tous les calculs, à tous les arrangemens de vie privée ou publique (i). Supposez maiotenaot la doctrine des privilèges, jetée isolément , et comme théorie générale , contre ce V système , ce sera alors le préjugé quisera le destructeur ; le préservateur sera le principe.
Qu'on me permette encore un exemple. C'est uq principe universel , également vrai dans tous les temps et dans toutes les circonstances , que nul homme ne peut être lié que par les lois auxquelles il a concouru. Dans une société très-resserrée, ce principe peut être appliqué d'une manière immédiate , et n'a pas besoin , pour devenir usuel , de principe intermédiaire. Mais dans une combinaison différente, dans une société
(i) Ceit ce ^1 «xiite aujourd'jiui eu France.
très-nombreuse , il faut joindre un nouvea.w principêV un principe intermédiaire à celui que nous venons de citer. Ce principe intermédiaire, c'est que les individus peuvent concourir à la formation des lois, soit par eùx-mémes , soit par leurs représentans. Quiconque voudrait appliquer à une société DOmbreuse le premier principe , sans employer l'intermédiaire ^ la bouleverserait infailliblement : mais ce bouleversement, qui attesterait l'ignorance oti l'ineptie du législateur , ne prouverait rien contre le principe. L'état ne serait pas ébranlé, parce qu'on aurait reconna qne chacun de ses membres doit concourir à la formation des lois , mais parce qu'on aurait ignoré que , dans l'excédant d'un nombre donné, il devait , pour y concourir , se faire représenter.
La morale est une science beaucoup plus approfondie que la politique, parce que le besoin delà morale étant plus de tous les jours , l'esprit des hommes a dû s'y consacrer davantage , et que sa direction n'était pas faussée par les intérêts personnels des dépositaires, ou des usurpateurs du pouvoir. Aussi les principes intermédiaires de la morale étant mieux connus , ses principes abstraits ne sont pas décriés : la chabe est mieux établie , et aucun principe premier n'arrive avec l'bostilité et le caractère destructeur que l'isolement donne aux idées comme aux hommes.
Cependant il est hors de doute que les principes abstraits de la morale , s'ils étaient séparés de leurs principes intermédiaires , produiraient autant de désordre dans les relations sociales des hommes, que les principes abslcuils de la politique , séparés de leurs