‹ Collection complète des ouvrages publiés sur le gouvernement représentatifChapitre 9 sur 44 · Tome III , 5'. Partie · texte numérisé non relu

Tome III , 5'. Partie

semblant beaucoup de détails épars , comme écliappà aux rédacteurs de ces étranges procès-verbaux. Mais il y avait des individus qn'oo avait dit avoir escaladé la cour d'Euouh le jour du meurtre (i), et qui ne i-endaient de leur cooduiie et de leur alibi durant cette journée , qu'uD compte bien plus vagne que celui de Regnault (a). Ou savait qu'ils s'étaient absemés de très-bonne heure le lendemain, qu'à leur retour ils' avaient couché le surleademaio à Ëlbeuf au lieu de rentrer chez eui ; et ou les avait soupçonnés d'avoir lavé des habits comme pour faire disparaître la trace d'uD crime. Ajoutez que précisément parmi ces indi- >idii5 se trouvent deuxauteursd'une déposition contre lu servante de Re^naulti tendant à llnculper de complicilé, etqui.a été démontrée fausse, de sorte que caris le hasard qui a permis à cette Itlle lapreuve complcie de son alibi , c^ deux dépositions la faisaient périr (5).

Je De dis ntdlemeDt qu'ils fussent fondés , Ies.soupçons dont je parle. Mais comment se fait-il que pas une question n'ait éi^ adressée à un seul autre témoin relativement à des apparences aussi graves ? Ne semble* t-il pai qu'on voulait tout diriger sur Regoank?

J^e premier térnoin de ce second jour , en tout Id onziéiue des témoins, déclare que la nièce de RegnauU « dit qu'elle avait entendu dire que son oncle Wilfrid Avaii ct^Ie samedi, jour du meurtre, chezIesieurEnouItf pour chercher de l'argent : on a vu que Regnault de-

(i) Extrait des minutes du tribnual de première iustaoce k Evreox, pag. 137.

(;:} Vojrex sur toutes ces circonstances et sur les snivautes , les questions adressées par le juge d'instmctioD it Jean-Pierre Le< moine , et ses réponses extraites des minutes de la Cour d'assises, png. i5>. Je les rapporte en entier dans la suite de cette lettre.

(3) Extrait des luïoutes de la Cour d'assiaes, pag. 194 et nn' vante*. ( Je reviendrai là dessus plus lud. j

DiailizodbvGoOgle

•Vait Ml rêcéToit d'Ëbonlt le dirtiaoctie. Quatre tértiôlns som esarninés sur un ouï-dire : et enfin la nièce âé Begnalik, eoraot de treiee ans, dépose qn'elfe a eri-* lendodirftà une de ses cousiiies, queWilfri(ÎRegnauU tktait aller chercher de Targeflt chez le sieur Enoiilt^ sans dësignation déibilr; que ki elle a dît le samedi.^ o'est par inadvertance j et cette cousine atteste en efTet qu'elle n'a rien dit de pareil (t); et floiefc ici nu'ott verra plus tard que daos le système de l'aeouiiallon « Regoault airaîl dû prendre les plus grandes pj-pcàutioils pour constater , dès le samedi matin, en se monlràiit k toute heure h dinerses personnes, qu'il n'avait pas pU aller chez EdodU, et que l'idée qu'il aurait ànuoucâ qu'il devait y iUer, ou raconté qu'il y aurait éié , est inconciliable avéd ce système. Mais EnoUlt avait , coniRie on l'a vu j promis à Begnauh ses i i 60 francia pODrIes mars. Ileiaittout simple qu'il en eût pnrté^ et pour des enfam que la chose n^intéressai't pôiht , Itt jour était bien îndî^rént.

On demande au seizième t^mciiti , qtil dépose avoïr fo Wiift^d AegnauTt che;: lui à midi et un quart, s'il ne l'a point vu se dirigeant du cdié de la màisoii -d'EtionlL, et si Regnsult n'a pas paru emhiirrassé et préoccupé? Le léoioin répond /ion à la première queâ-> tion, et dit, quanta la seconde, qiiil n'a reitoarqira. aucun changement dans sa fîgnre (a).

Le 34V (Aie 35*. témoins, des charpentiers travail-' Jam chtit Regnanli pour leur compte, attestent sn. pr^ence jusqu'à phis d'une heure, et l'entrée d'un iffdtvidti chez lui, une heure après environ, et décrivent ses véiémens , tott diffërens de ceux que 1163?- ^era bientôt le témoin à charge (Z),

(i)Extriiit Jesininiiles, été,, pg. 54-61. , (î) Extrait de* miniHcï , elc , j'S;;. 6a-î3. (3) Extrait des minutes , etc. , - jiag. 74-^^,

D,a,l,;t!dbïG00glc .

Le 36*. témoin dépose de nouveau qn*il n'a aucuDO coDoaissance , et n'exprime aucun soupçon sur les auieursdu crvoie (1).

Le fj*. recounati avoir éié chez Re^nault ainsi que les cbarpenliers Favaieut déclaré, et on ne Pinierpelle point cette fois sur l'heure de sa visite (s).

Le a8*., le sieur Enoult, dont nous avons rapporté ci-dessus la première déposition , cerii&e avoir fait part à Regnatdt de ses soupçons contre Dupais j et l'avoir invité, à s'informer des démarches de ce dernier le jour du meurtre (3). Dans l'acte d'accusation, M. le prooureur-sénéral a fait un crime à Regnault de s'être chargé de cette commission ^ et insinue qu'il l'avait sollicitée (4). Ou représente à Enoult une clé saisie chez Regnauh, et après vérification faite sur la serrure , Enoult déclare que cette clé n'est nullement celle du cellier où sa servame a été assassinée. Et M. le procureur-général nous dira dans l'acte d'accusation , qu'on a trouvé chez RegnauU un clé suspecte, dont l'usage eût dû être mieux approfondi , indépendamment de la réponse insuj^êante du sieur EnoulL

Telles sont les dépositions des 4 et ^ mars. On voit qne malgré l'arrestation de RegnauU, la voix publique persiste à ne pas le charger. De s8 témoins ^ un seul dit que ses soupçons planent sur lui. Pauraî lieu d'observer un peu plus loin , sans, en tirer pourtant d'inférences positives, que ce témoin- est étroitement Ué avec les individus contre lesquels diverses présomptions dont j'ai parlé s'étaient élevées. Il me suffit ici de rappeler que ce témoin ne cite, k l'appui

it) Esirait de» minutes , etc. , pag. 78.

s) Êtlraildes minutes, etc., pag. do^i.

(3) Extrait de5 minutes , etc. , pag. 81-83.

(4) ^"f ">" premiÈre leUre.

D,a,i,;t!dbïGoogIe

. - '»7 .de ses' sonpçoos^ aucun liidïce ni aucune Tràîsemblance. Mais en arrêtant le procès-verbal, le substitut du procureur du Roi observe , comme par réminiscence, que lors delà perquisition par lai JàitSf /e 5 , ou domicile de ff^ilfrid Regnaiilt , il apris la mesure des soutiers de ce dernier j et gué cette mesure' s'est trouvée conforme à' l'empreinte des souliers d'homme 'remarquée devant une croisée d'Enoult ( i ^ indiquée du procès-vérbal de M. le juge-de-paix. Pourquoi cette cbhfroB laiton nVl-e!le pas été mentionnée au procès-vérbal oc la perquisition même 7 Podrqnoi n avail-ellé pas été faite en prcsence de Wilfnd Regnault ? ' ,

lies 'informations réCoraiheiicèrenl le lo mars. Le preaiiér témoin', lemên^eque le 17*. du 5 mars précédent , interpellé de nouveau , déclara avoir é(e chez Regoault' le jour dii éiime, âf trois heures et demie ,, et'tiep^iqt se souvenir dé ses véiemens. Le second, témoin ,'leSiCiir Eiio'tilt, réitéra ses déclitraùons précédentes. «Vous m'avez, obsyvé, lui dit le juge d'ins- » troction , que d'après une conversation avec Wiifiî^. » R'egnàult , il avait été arrêté que , lui RegnauJt , irai» ' » à î^urviRe , et prendrait des renseignemens refàtifa » au n'oramé Dupuis. Est-ce vous Ou te nommé Re- » ^altJt^ qui le premier a fait la proposition ?Jîepons*, » C'est; mpi.qui ai .fait la proposition. » (3)

La femme Coqucrel , troisième témoin , iiitenogéç sur les liaisons et les querellés euire Regnault et Dupuis , dit avqir enieudu dire k une autre femme qu'ils avaient eu des contestations eusemble (5). Le qtiatrième, un notaire, dit n'avoir remarqué dans R.e7

(i) Extrait des minutei , pag. 04-

(a) Extrait des minutes , pag, 106. Combinoos c«lte insislinc» du juge d'instruction , avec les eObrtii des accusateurs de Rcgoatik pour représenter son voyage k Tourrille comma spoutaoé.

(3) Extrait dej uinuiss , pag. iio.

[î,a,i,;t!dbïGoogIe

f;nault, le matio du samedi-, ni agiiatioAm tcouljlor JDans l'opinion publique ^ dçrnaDdl^ Ifl iuge 4'*P*" Iruction , savez'Vnus sur quelle p^i^aor^ne totfibf le soupçon de l'assassinat de laveuve Jouyin? I/o-, pinion puUique , répond le ténaoig . dit que J^egftofdt pourrait pji être coupable, -r-. Quelle est yotre opinion sur cela? • — Je n'ai aucune opiniç/i. (i). Reni,iirq^ex qua ces demandes et oçs réponses ^yaien:, liiiu le lo inars , sept joui* après l'arresialioti écl^laDte daRe-, ijhautt; cuiaad cette arreiifation mêq:i^.av3it.f^iél*aLKat^on sur lut ; quand ceux nui élai^pt iQdiBfieus.à (içItÇ affaire, deyaîetu, siiivaql l'usagçdfls lipm/iiÇ9, con' dure de run-eitlaùon k la possililtiié du cncD,e} et,qu^u4 ceux cj^iù (îiaient .coupables , s'i.U çiaieip,t daOfv '« viU^g®» (ïevaieut aoerédUer 1^ soupcpos COPtre IlegQ^ult p(^> leur propre sûrele, . ,

"Le cinquiètiie téraoînj le qorainé Dupuu , qp ins^^, t^nt soupçonné lui nicme, dépose pi;yrcipa]et|içnt fiw, son propre alibi. Fous êtes sqiipçprfn.4 , lin dk M. lajiige d'instrHO,liG.n , par le nemin^^Jf^ilJîiid^efinaif.Ui, tL'avoir él4 l'auteur de l'assassinait , et ce^ (i^i'aid^ d'un onupcret d usage de votre état. Cçrles , rîea jTotaït plus propre que celle asscrijon , que ^e, iippuis guère. concilier avec ce qu'avait Tstpporlé RfH^^pU ^tt taVenr de Diipuis, en revenaût de TQaml,lei|, «pn j (lis-je , n*éiaii plus propre que cette assert^9f) n ^jciVer. Diipuis à. repousser lesounooqisnrReglïiiuU lui-rnéme. Dupuis se boruë ncanmoirts , ep réiler^nl, %f& pfcuves d'alibi ji à d.i'6 1"^ Re^nauU a ljji-tn|m^ d« Roules hacheitefi semblables (a). Le si'&if qie témoin , 1^ rpf ma,

qui , njjrèsl'ïttTeslat'ion de ï^giiitnll., aytU.ld^claréqu'i). îs soupçonnait, r^péi'e oeiie itsseri'ion sans^J'a^fujar de preuves plqs que la première jbis,

'frlEiMldesniiniifi!S,pa:<. uS., ■ .,■■

' Le buitiènie léinoîa, une femme , «IcpoM gu'aîlnht chercher de l'eau dans la cour d' EnûUlt , le jour lia meurtre (i) , à -deux A^urex, .c'est-^-dire, it t'instant -falai, elle aentendule6ruit d'une parle qu'on ouvrait, et gîte ce Bruit lui a para venir du celli'er. On en a conciu avec assez de vraiiiemblance , que les assassins élaient alors dans Je eeUier; que , voulant sortir , ils avâimt aperçu le lémotn , et qu'ils avaient re(etraé 4a- ports. Cetie circonstanoe sera inipoi-tante , quand il a'agira de Finnoceoce de Regnauli.

J'OmeiB les dépositions qui ne font que reproduire ce qmavaît d^ éiè déclaré, et dont plusieurs portent de nouveau sur ee pro])os d'un; enfant de treize àns^ fondé sur un oui-dire , cité paf un autre enfaol dû même Age, d tendant à (aire croire que Regnault avait été criiez Enoult le i". mars. Mais je snis forcé dem'arrétffl'sur inie dépositron tpii, bien qu'étrangère àR^oank, a pOûrlaM. son importance.

. Le dïx-buhièiue témoin, înierrogé lé sg mars , est nu voisin d'Eaoull; leurs masures ne sont scpHrées que par une ruelle et un fnur assez bas , pour qu'on puisse voir dans la cour d'Eaoull. C'est à ce témoin que le juge d'instruction adresse les questions siû" VauTcs : — a Lorsque voos étiez dans voire masure , j> n'avez-vous ' pa& entendu du bruit dans celte du » sieur EnOuh? — K. Je n'ai enteudu que le chien, » aboyer sur Je midi. — Savîez-vous ^u'Enouh dîil » aller à Ëlbeuf le samedi premier mars?— ^e savais » qu'il jfallaitor'dijiairement.'^^Saviez-vous qu'il yéiaît » ce jour-là? — Non, monsieur. — Lorsque le cliietl » aboyait, l'idée nevous est jias venue de regalder » datis la cour ? •— Non , monsieur. — Quiind avez-

{i} Extrait des miautes , paf;. i35.

* TOUS appris l'assassinat comniîs chez Eobult? — te » dimanche au soir, Aaot à Elbeul .revenant de » Rouen. — PourquQi éies-vous paiii le dimanche .» matm de bonne heure pour Rouen ? — Pour parler B au sieurBoquet , lanneurà Pont-au-de-Mer. — Quel . .» jour êies-vons revenu de Rouen? — Je suis rcTeau .» coucher à Elbeuf Je dimanche ^ ei je ne suis rentré » chez mm que le lundi. — Etaient-ce des affiiire»

» indispensables qui vous appelaient à Rouen?

» J'aurais pu les différer- — Quel était donc le moiif » de votre départ dimanche? — C'était pour voir » M. Boqiiet et le nommé Gibert , pour dm sacs » qu'il avait à me rendre. — A votre retour le lundi, » n'aviez vous pas Tait laver de» habits? — Non; ■» monsieur. — Aviez-vous donné rendez-vous à Bo-

» quel, pour voosIrouveràRouenaveclui? Non,

» mais je savais qu'il devait y être pour payer un billet » de 4006 fr. , suivant ce qu'il m'avait dit, — Avant » votre départ pour Rouen , aviez-vous vu Enonlt ? » — ÎSoUj monsieur, je ne I-aî vu ni le samedi, ni » (e (^manche j et si j'avais appris la, disparition d^ » sa servante, je n'y serais pas allé. — Pourquoi y> celu ? — Parce qu'il me semble, suivant moi, que> » je n'aurais pas dû y aller, mon voyage pouvant se » diOërer. — ....N'avez-vous pas quelquefois regardé

» pai'-dei.sus le mur d'EnouIl? — Oui , monsieur.

» N'y av ez-VQiis pas regardéle premier mars? —7 Non, B monsieur. — Y avait-il Jo'ig-iemps que vous n'aviez » regardé par dessus lé niùrd'Enouît, avant le premier » mars ? — 11 y avait quinze jours au premier mars , » que je n'y avais pas regardé. — ... Connaissez-vous le ^ nombre 'd'instrumens u-anchans qu'avait Wiiliid » Regnaull?^Non, monsieur. » (1) • . J'ajouterai -à.ces demandes et à ces réponses que ce

(1) Eitriit des mioutes de la Cour d'assises , pag. iSs-iS j.

même i^môïA, ainsi quesiiondë, a déclaré, té se))t novembre, dans le procès en faux témoignage , qu'tt était faux qu'il se jiît servi d'âne échelle pour esca- , lader le mur (fEnoult {i) , et que dans le même procès sa fille, le la novembre-, déclare ^u'e/M n'a point vu son père escalader ce mur.

A Keu ne plaise que je lire ici aucune ioFérence coDtre un individu que je oe connais point, ailquel H est loin de ma peusée de vouloîi' nuire ! Je n'ai ni le dix)it ni le désir de supposer le crime ; cl comme roui bomme qui n'est pas convaincn'est innocent à mes jeox , je déclare solennellement ma persuasion de son innocence. Mais il était voisin d'Ënonk ; il était , comme on lévïrraquand je traiieraî de l'impossibilité que Regnault !soit coupable , bien mieux placé que lai pour saisir le moment favorable k l'exécution. Il en avait çlé soupçonné (2}. Les questions du substitut do procureur du roi , sur son absence le lendemain de ce meurtre, sortes motels d'un départ subît qu'il aurait pndifférer, sur sa rentrée tardive au village , sur son' tnanque de curiosité , quand il avoit d« eniendre du bruit dans la cour d^Enoult , tandis qu'il y regardait autrefois sans cesse; sur ses liabits qii'il avait été soupçodné d'avoir fait lavsr; le besoin qu'il a eu, ainsi que sa (lUe, de répondre à l'inculpation d'avoir es6aladé un mur avec une échelle : car on ne nie un fait que quand, d'une manière ou d'une autre , il a été rais à noire charge ; toutes ces choses piônvent que des circonstances suspectes avaient été yéniarquées. D'où vient que tout-à-coop , depuis le a mars à dix heures,, époque à laquelle le crime fn^ connu , jusqn'au 3 , à quau-e heures et demie , to'ûi

(i) Exirail des ininules du tribunal de première instance, p. i3^, fa) rojc: les objenations du procureur du Roi , de Louviei» , et mapremiËrelMlre.

ces soDpçoQft s'éuieni dissipés T ÎToU vient que durant toute rinstructioa l'oit a toujours questionaé iss témoins uniquement sur tiegniuli , que rien D'iqci^N paît? P'oti vient que, tandis qu'on lui reproche (,\ souTUtt sqn. voyage à TourviUe ,. quand it est constaté qu'£noult l'en avait chargé , on ne reproche point au témoin ficm voyage à Rouen , que lui-même avoue D'avoir pas éié ïnoispeQsable ? Certes^ Je ne vois rieç de suspçct dans ce voyage; mais je ne vois aussi rien de suspect dans celui oe Kegnault. D'où vient enfin que Aegn^ult seul ;i, été arrêté, et qu'aussitôt après son prresiaiiou l'on ne s'est appliqué, qu'à recueillir et à diriger contre lut les. leraotguages ?

J'aime à eroire. que Jes présomptiojaa qui cbai^ geaient le voisin, (VEnQult ont paru trop légères ; j'aime à penser que les magistrats n'ont pas votiln porter atteinte , sans de graves rooUfs, à la ilberié d'up citoyen ; je les en approuve , je les eu félicite ; caaif quand QU verra comment ces méines raagistritts -ont tout accueilli , tout iuierprété contra Regnauh» l'on gémira de ce qu'ils n^oai pae éprouva vis-à-via de lui les mêmes, scrupules, .

Je p«ïse sons silence les recherches faites au fond d'une mare qui ^s tirouve dans la cqur d'Ënonll. Ces recherches. aboutirenL , après trois jours de travail , ii trouvei-, prxffondéoïcni enfoncée daos 1» vase, une pierre eayelpi.j)ép de vieqi hnges, sur lesquels M. to marquis de BIoss,e»ilio , qui présida seul les deux der* niera jours à l'opéraûon , dit avoir remarqué des taches de saug, taches asse» difli(;ile% à reconnaiire »Dr des l.irjgei cquvetU de boue j et. qui y avaient sc-r journé depuis plus, d'un mois (^i)

Les inrormaûons furent reprises le 5 avril. L? même espi'il y règue : « II. est rapporté, dit le juge d'ins-

{■ j Eitriit 4g9 rainntM d* U Cenrd'BKiïM , y»^ It4el<)&t

DianizodbïGoOglc

ia5 ». imt^fiQ h uq t^qioip ,' que tous avee enien^u dire , ■ ». élsi^f. àxa^ I» ^ocii^lé 4ç W^Ifrid RegaKuli et dt; soa ». Srère l^pi} > actviûllçnient àétié^, qiie l'uxi d'eux, » en parlant de vois , d'assaasîn?^^ et de crime», itq-, S)- rail dît *^ il y a d«^ çriraineHs de csuq espèce dont les » criop^ anraiçni été déçonverts par c^ux-méipes- » qu'il ijroyaît biep, avoir tués>-; — ^Je ne me rappelle. n. iws m'^t^e (,rouv.é avec WiUiid Regnault ei in)o V îirère, ai avoir tenu pai«i% conversation, le nia » i;^pe(le;fl&WPpios, il ja Ipflig -,tenips , avpir s. eoL«nidu, pacW 4^ moyens propre à cacher aux » poursuites del^ ittstioa ^ crji^inejl, -^ N'^H'^ce toa, » à VVi.irri^ {l^^9Jt,qi]qyOM6 avez epiendu parlerv-idc; ces aniiyeo:^ prqprea à cacbor l'auiçur d'uu », ç^n;^? -7^ iiVQq ,j&Oinki,çur , ou a pial, (;onçu cç que » j'aurais pu dire à cet égard ; quand je me «UM v^)a-ou,y4 ayeç VVWi-i4 BegnanU^ oqos. |i'a,vp'u od^- », q^eaqLeI^t, parlç. que de sqii. çomnperc^ de Itois. » Ëd dan^ l'acte. d'^^cçiuatioi) et dans les ob&ervatipns par-, liculiçreS) cp propos, doqienù es( :j'apporti^ coipinft iVie {Mcobabilile à la cbaeoe de Regnagli, î Le même, létqqip esf. ^nierpçllé 4^ dire quelle impression avait. faîie sur les personnes qui se trouvaier|t ch^ $4ionk ,. J'uriiyëç de.WiJffi^ R^qj^lt?-^ a J'^i, remarq)»^, ». répondd , qjtie,ioutls.n^ç>(ide jpt^les yeiix, si^r lui B. et, pa''»'.'^. siurpris , paxce que W. p^opa^d l'iuterro- » geait çi Igi demai/P^it, 4 ^ ^QM>' Ku^^ qç devait., ï* pas l(ii e^compiec dfis biUeis, )» C'éiwt <^ope à .çaupa. dfs la q{ie»i;ton dii ji]gfl-de;pai]i, qii^ ,tou,t le mop^e jet?, Itfs, ycTi^ sftr. Rcgi^aull et parut siM'pris ; o'esi au - juge-de-paix c» ijoa À r*rri?«)fi.deifte§qa«|t qy'il faut a>.Liibpei; la ^uifiiise. ,

, Je flfi m'arrête pas. à L'i.meprjiîgatotf e <!« ' piàre «it dv h mèïe dp Wiinid RegpauU , i^niiqqqls.le \v^«. d'ius*. Kuclion demande pourquoi leur fils ,rLui avait le int- Uu utic rcdinijni« dcchjrcej avait mis.un habit po^i'

DiailizodbvGoOgle

ailer chwnn notaire à quatre heures, ei si l'oo alTiabîtride, pour aller chez le notaire, de Taire ioîIette'(i}; et j'arrive au lo avril ^ époque à laquelle le seul témoin à charge va enfin paraître.

Jusqu'ici , j'en appelle à tous mes lecteurs , y a-l-il mie seule circonstance , une seule déposition qui charge Regnault ? I) est arrêté depuis quarante jours. On est invité à déposer contre lui. Toutes les questions sont de nàtUre à le rendis exclusivement l'objet des réponses. Y a-t-il néanmoins un seul fait allégué ? Non. Une seule conjecture jetée en avant comme son soupçon personnel, sans preuves et sans, probabilités aucunes, par tin seul individu qui'Ja motive sur une réponse de RegoauU à Enoùlt', telle qne Regnault avait dû la faire, telle que tout autre l'aurait faite à sa place.

'Aussi, monsieur le procureur-général, qu'on dirait soulagé , enfin , par l'appaiition d'un- témoin à' charge, célèbre-t-il , dans l'aciô d'accusation, cette i^'parilion tardive comme un trait de lumière qui exptir[ne tout d'nne manière évidente et précise. On ▼à voir ce que M. le procureur-général appelle évidence et précision. ' ' ' Jean-F^erre Ménii , surnomofé Bêta ^ cequi v^Ot dire imbécîlle, batteur en grange à Arafrevilld, dépose donc le lo avril , en ces termes : ce Lé samedi » premier mars, entrer deux heures , deux heures et - » demie, au plus tard, passant dans la ruelle dite »' l'Escalier , pour aller chez le père Président pour rf'àdieiér une vergée de terre , j'ai vu le nommé Will^-frid Kegtiauh, qui sortait de dedans la masure oc-: » cupée par le sieur Ënoult, par le petit potuis qut'- * est près delà cave. Lorsqu'il m'a vu , il m'a abordé, » en me disant : Ne dis pas que tu m'as vu , car il t'ea

((} Extrait des nbutcs , etc. , pag. i6;-i;3.

DiailizodbvGoOgle

s tonviendrair. H était vêtu d*une veste ou habit j> court, couleur jaune ou blanchâtre, sur laquelle B i^ai remarqué des taches de sang , ainsi que sur sa j> culotte et sur ses maius. Il tenait dans l'une de sçs > mains une espèce de lame eo forme de sabre « de la » longueur d^un pied et demi , qu'il cachait sous son jt bras. Le voyant ainsi, je lui dis , te voilà beau s garçon ! sur quoi il me répondit : J'ai fait une opé- A ration , je viens de tuer un dinde. Après avoir eu 1> cette conversation avec lui j il m'a quitté et a diiîgé » ses pas du côté des Forrières, tournai*t sar la droite. B Le même jour , je l'avais vu , à dix heures du ma- )) lin , sur ta porte de son père. Il causait alors avec y> le sieur Nicolas Lemaire , le boiteux. Le lenderaaÎA » dimanche , s mars , à dix heuESs du matin , je suis ' » allé avec Wilfrid Regnault , son frère François , et » le nommé Lepage , surle chemiadeTourville. J'al- » lais au moulin neuf. Je les ai quittés^ près de ce » moulin : ils ont continué le chemin vers Tour:ri]Ie; » pendant que nous cheminions ensemble , et parlaqt » de l'assassinat qui avait été commis la veille > je dis : » C'est;bien malheureux pour cette fille I Wilfnd Re- 7) gnault repiit en riant : Ali! bah ! une de tuée, j> deux de retrouvées I Lepage se mit k rire sur la ré- B flexion de Wilfrid Renault; je n'ai pas eu d'autre » conversation pendant ma route. Le nommé Dabiel, B boulanger à Amfreville , était de notre compagnie. » -!— Pouve£-vous vous rappeler comment était chaussé j> Wilfrid Regnault le premier mars , lorsque vous B l'avez vu sortir par le potuis , donnant sûr la ruelle B dite l'Esoalier ? — Il avait des souliers avec des pe- » tites guêtres à demi-jambe , bleues , .de petite toile, B à ce que je crois. — Quels bas et quelle culotte » avait-il ? — Il avait des bas de coton blanchets , et B une culotte blanchâtre en laine. ^ Si l'on vous re- » présentait l'individu que vous avea vu le premier

D,a,l,;t!dbïG00glc

» vous bifco? -- Oui, je lé tétorinâttraiS -biéH. — i* » Pouraiidi atea-Vott^ t-esié si ttmg-téttipd akhi Révéler » à la ]U9ticé ià eotitlaissanels que tobi &-i\ét àe h, » renûdbtre qoft VOUS aiTét feiife dPrifl indrvîdù eïl- 9 sah^afft^, sbrtafif dy la àira^f-rf dit iiêtir EtioiiU? jt — Xa cralme tjub j'àVai» àè pctdi-6 là tie, d'abrés ■ » là menace deftègnâilll ,^ul ill'atdil Ait aat fe na'«^

■ 90U*îetidfals « je pariais , est lé Sëal nibuf qni m'ait » relénli. 'i- Le diirtatithé^ Ibrtfme tous éXièi dîatis » la coui' d'EtiOult, iVéC )è$ baMtanï de la cédi^

* mute , n'aiYÉfrvôiis pas- été tcmie da dït-é â M. le » jugé-de'-paix Ce qde V6ii!i ifvîeî! Vitîa v«iD« ?-^'Ouî , » Monsieur, plnS dé dixfars ; tolaîS J'ai toajdûri' été » teienii pat la CfJiiale cp^'rlmVfivât Art ttlaf. -*"

* N'éliez-vOtis pas dlïé -dans là ruelFe de FEscaîier, \e » toàtift , pfdmiei'mtlrt?— Non ^ Mouleur; hS ùV àî » pas été dana 1».' maiioée. *— Le riJêrtrt jour , dvartl

* detrxheaié'td'àprès-rfridi, n'avez- vtfùSptrsvtiWiïfi'M a» RegoafuU rôder atïtOtir de I» maSuW du rfétir Enoiitf? » Non, Sftmsrear. — - La «lère Regûaulf ne vàtti » a-t-e}(e pas fail deniàtuïer ctVcE efïe pour lui parrei"? » --.KttD, Mohsteur. '-Ji Y a'-t-il ïortg'-teHïpS qiïe

■ vous n'êtes *ertu à Loavîorif ? — Je n'y sois pitsi

* venu depuis le jodr On Wiîrtiti Renault aéiécon^ » duit d'ans la itiaisoo d'ari'ét : je Pal Viï amçer. -^ a Ce itiêrtie jour, lorstlne' vous éttS rétotirùé Ché, <i voOS, BtVeZVOtis renconWé quchrtî'iïir ? J*aî rert- - cotïti'é Eiienne Loftiel, aotién ttiiAre de Crôtoi , et

* son fils, et un nromtdé Guinaume tevieux, soïi » {-endre. — Avra-vous fait rûufe avec eux ? -— Ouï , •M Monsieur.— De quoi voos êies-v'Otis efiiretenus? m — Je leur ai fdit jiart rfe ce qne j'avais tu le satoecïi »■ premier mars. Ils ont dii que c'^iah bien mallieu- « reui , et util SJOiné : à votre place , noiis ne gardé- ■» rions pas le sileaeej s'il venait àBortij:, U jiourrai»

D,a,l,zt!dbvG00glc

"7 • ; » ' vous loer. — N*avez-Vous pas rencontrd égalemCRt « Lobin Sauva;^, et soa fils, de Cretot? ^~ Oui, » Monsieur ; plus , uo charretier. — A quel endroit' n les avez-vous rei>coDtré9 ? -^ A moitié de ta côte, » en sortant de Louvieraj'pour retourner à Cretol. j» — Avca-Vou» fait route long-temps ensemble? — ■ » près d'une demi-Uene. •^ De quoi avez-vous parU ? M — Je disais qne e'ét£^t trètt-maOïeureQz pour là: « serratiie d'Ëootih, ayant vu là manière dout elle ' ëtfiît assaa«née, ei je disais que je Savais vue » la corde an ool. — N'aret-vous nta dit autre a chose? — J'ai diï que l'on sdiipconnaii WilfriJ X Regnsfilt , et que cela ne tae paraissait pa^ cton- ■»■ nani , parce qne de n'était pas de Loaoe chair.'Je. » leur ai dit akii's que je l'avai» vu sortir de la itia- » sert) d'Ënouljt , le premier TtmTs; ils m'ont conseillé » de dire au jogfrde-pail et à M. dd B!<j5Sc*ille, mEtite, ■ ce que je savais. -* Avez-voii* sitivi l'avis que voua » donoaif Lubiu SanTP^^e i* — .Fat «Wïeré /tisqii'ù hier » soir à dire ce que je savais. — - Pourquoi avez-voui » été ai long-iertrps à parte- de ce qne voms savie* » à M. Brouard? — Parce que j'avais pénr de perdre » la vie. J'obs*rve que le lundi gras tiiîmier , ta veuve » Jouvin m'a dit qne Wilfrii] Refïnanli l'avait menacëef I* de ta faire périr, et de lui faiie perdre le t^oiU diï » pain. Lorsqu'elle me parlait ainsi , elle plenuiii ,' et

• paraissait très-atïligée de Sa posiiion , et désirait

• sortir de chez Ënoutt.Ëlle m'a tenu ce même iàn-

• gage plusienTS fois, — Avcï-vous en connaissance y que vous deviez ëlce appelé conioie témoin ? — ^ 3o » ne l'ai appris que hier (i). »

J'ai transcrit toute la déjiosition de Mfénil , à l'éx-cepitQQ du dernier paragraplie , qui , se rapportant OUI endroits où il avait travaillé jusqu'au lO aviilj

<i) &uraitdesnui»UeE,cIc., pag. ijS-tS^..

DiailizodbvGoOgle

jour oà il comparaît pour la première fois comme témoin, est eniièrement étranger à Regnault. Avant d'examiner les faits qui résultent de cette déposition , j'analyserai celle de deux des individus auxquelsMénîl dit avoir parlé.

Lubin Sauvage , fils, de la commune de Cretot , dépose : « Allant au Tbuit-Signol , avec mon père j j> uous avons fait rencontre du nommé Ménit, batj> leur en grange, auquel je demandai s'ii me recon- » naissait, parce que je l'avais tu revenir de Lou- » viers , le lundi lo mars, lorsqu'il passait sur tes » sept heures du soir, dans la masure d'£uenne Loi-^ y> sel; il m'a répondu que oui , qu'il me connaissait s bien . Je lui demandai ce qu'il avait été lîiire i) Lou-, » viers ? Il me dit qu'il n'avait pas été y faire grand D chose. Si vous étiez deux , je ne vous le dirais pas.. 3) Alors il me dit qu'il avait vu sortir celui qui était B pris. 11 était plein de sang. Une demi- heure aupa-i. 9 ravant, je l'avais vu tourner autour de la cour, s Mon père nous ayant joints alors ^ la conversation » changea. Ménil demanda si, quand on l'interroge- 9 rait de nouveau , il ne disait pas la même chose , on 1) ne le mettrait pas en prisou ? Je lui. répondis 7) qu'on le mettrait en prison s'il ne disait pas lamême » chose. — Ne vous rappelez- vous pas si Méoil ne. » vous a pas dit dans quelle rue il avait va rôdec » autour de la masure le nommé Regnault? — Il nO; T> m'a point dit dans quelle rue il l'avait vu rôder. »

Lubin Sauvage, père, conBrm* la déposition de ftOB fils, eo ceci , que bien qu'il n'eCu pas entendu sa conversation avec Ménil, (C son 61s lui. a raconté ce. st que Méoil lui avait dit , qu'il avait vu le nommé » Regnault j détenu, rôder autour de la masure du 3» sieur Enoult , et qu'il l'avait vu une. demi-beuie » après , couvert de sang, sortir de ladite masure. » (i)

(i) Extrait des mimilis, etc. ipag. tS8-tg^.

D,a,l,;t!dbïG00glc

Ï99 Msîn^xibi, réuliis^n», les f^ls ^m h dépositioo de Méoil reDferme.

I*. C'est liDti^ deux hAurês et d«ux Iieuires et deinie' au plus Jartl ^ que Méail dit ayoir reacoplré Wilfrid Renault. 1

. fl**. 11 fnasHiit (lar la rii«lle àb l'E^scalier, pour al|er qbez w .cumv^neur comme Mpfitier , et ^umpDimé daa$ le village le père PrQsidej^t > acheter une «eigée de lerrp. . , . .

5°. Il a vu Regnault sortir d^ ^ cour d'ËnouIt ^ et RegnîmJt r* abordé m ces IÇrfnes : Ne di« pas que tu m'as vu , car il t'c^.souviepdt^il.

• 4*. Régaault éi^it vêtu d'u.n balùt court , jaune ou blaocljâtv^, taché. de &aDg, wai que sa culotte et ses mains.

Il avait des bas b\^cs , de^ calottes blaocfaes j des sooliefii , et dcstgitflires bleues. .

Il poi-t^it uD,e JaQie ^o formé de sabre d'un pied et dMoi.dç long.

Ménîl l'avait vu auparavant, à dix heures du ma- ÙUy sùrlaporiede.soDpèré j Csusaiu «vec up nommé

Lemaire. . . ,

. 6". Méoil alla le lendemain a«r h ghemio da Touv- \ille., avec Wilfrid ftegnault , François R^o»ult , son fcw© , BO nommé Lepags ^ et je buulanger .Pabiel. .. R«g9 auît du * ? l'occa^ofl du fljeijEire de I» veuve Jouviu : une de tuée, deux de retrouvées. :

3ivc cette rft0exion d? R^panU , Lepage sp mit k we. ■.■■.■'.' < ■

L.6^-Mé■)il;s'sSlt lu y .âfiî-9vé J>ac l|?s CQoaaces de Regaoalt-

, 7^. M^Qtl n'%^»i. pas aperçu RegnawJt »vani deui hfiWSf apçèSTiBidi près de la (oa^urp d gpguJtt,

8". Ménîi est aUé à Louviers le jour où Regnault j est arrivé , pour être renfermé dans la mabon d'arrél . ' 9*>. En revenant U a reùconiré Loli^ père, ex- Tome IIÏ, 5*. Partie. 9

DiailizodbvGoOgle

j5tf iiiaîro de Creiot , son £ls , ei Guillaume Levîtiui soa gendre.

Il leur a dit ce qu^l avait vu , c'est-à-dire , la fenconire qu'il avait faite , de Regnatilt arme d'ua sabre et couvert de sang , le i^ de mars.

Ils lui ont conseillé de faire sa déposition en justice.

lO**. Il a également leucoDlrë deui cultivateurs, Iitibin Sauvage et son fils. Il leur a dit qu'il avait vu Wilfrid Re^nault sortir de la cour d'Enoult. Us lui ontéonseîllé de révéler ce fait. ,

1 1**. La veuve Jouvin lui avait dit , le lundi gras y (jue Reguault l'avait menacée de la tuer.

Tels sont les faits contenus dans la déposition de Méiiï! , et je vais prouver que de ces faits , les unsi sont faux , les autres impossibles.

Commençons par les faits faux.

1°. Ménil prétend avoir passé par la ruelle de l'Es^ calier pour aller cbez nn cultivateur nommé Monlier, et surnommé dans le vîltage le père Président , acheter ooe veinée de terre.

La ruelle de l'EscaKer n'est point le chemin qui conduit de la maison de Méuil a celle de MoDtier.r Elle est h. ganclie dans une direction tout opposée fi)« Ménil n'a pas été chez Montier ^ ce Montier n'avait pas de terre à lui vendre. Il n'a été question d'aucun^ vente entre eux. Voici la déposition d« Montier » cet égard î • : .

« A Fépoquedu i*' mars dernier, avies-TOUs ïn- » tention de vendre une vergée de terre? — Je n'avai» » pas à cette époque , non plus qu'à prés«!it , de

» jnèces de terres à vendre Je ne possèdli au'

» cimes terres labouraWes. — Jean Pierre Ménil est-il » venu cliez vous le i^'biars 1817) él à quelle beurtf

(1) ^ofce sur le plan figuré , la position respcctÏTc da la (DBÙott i^ yiiuil, de ccltij de Montier, et ae la «belle des Escàlici^.

DiailizodbvGoOglf

j,=,i,z<,d.vGoogIf

Ht

$ y est-il Tenu ? — ^ Je me wppelle très-bien fe jour; i> (]ui était un sameiU. Méuil o'est pptnt vequ cliez .:» moi ce jour,4à. Il en est conveau.avée moi depuis » devant plusieurs pcrsiiniies; -— S'il q'est pas veou » clie? ^Ous le 1*' mars i du inoinS dé devait-il pas y » venir ? ^~- fïon , il ne devait pas y venir. » (i;

3°. Ménil déclara du'aYaut à'iiioiv reneotilré.Re-r éaault dans 1^ ruelle de rEscaliec j il Tavait vu ù dût heures , siïr la p6rie de sdo père ^ causant avec ua tiommé Lémaiié;

, .Or, dans son i^tetrogatoire du i8no'vembre 1817» Méail répond à l'inierpellation: ^sMivaDte : j/vez-votté iiu ce jour-là ( le 1*'' mars.), MsgnauU à di^. heures . Ûu matin } étatisant tUr Ût porh àe son père ? — ' Nprif design autre jo^r' qiffi <je iie paiâ fi^«r..J4 répète que je ne sais sorti d,É chez moi.qu'à, deux heures. Ménjl se réFuiè dop.Û.liii-iïtêmc. Et qu'«iji ne croye pas que je relève des cirpoiastances iuàgni> Ëi[Qtes,,orl vêrr^ plus loia rioi^rliuibe de cette contradiction de Ménil:

;, 5?. MéhilidépOMtàvtnE'étë.Ie Icndemàiti siîr lechetoin de Dourrillfe ; avec WilTrid Regnault , Françin»' son frèrfe , un iioïnmé Lepa.ge, et Je boulanger Da4 bielt C'est alors que &égDàii|t a léaii un propos atroce j k Toccasiou du raeurue de la veuve Jouvin j et qut» tepr<^M]is a fait. rire nni des'aseistans , te BomoiQ Lèpage;^. ^ ■^ '^ ■ .

: ; Voici maintenant bc dépoùtiaù dés deux individus cités par* Méûil :

Lèpagededaren'tîtrèpaâ'AlléàToarvîUelé s'mars.âur rinterpeltaiion du pige d'inatructioto : « VoùS voutf * rappelez bien n'avoir pas été £e four-là 5t Tourville y }) et n'afoir p^ reacootré le nommé MémJ ? IL ré-

(0 Extrait âtaliiiàûies duUibua'al de ^teiDiireûutMnee'.p. 17S.'

D,a,i,;t!dbï"GoogIe

a poad : Je ma rappelé par&itement bîçn D^tvoir » pas été à Tourvifle le 2- mars derqîer , ei q'aToir > point pailé ce |oui''là' à Jèiiti-Fierrç Ménil. » Sur «ne troibiéme interpellation du juge d'instruciioD , auquel 'on ne reprochera pas d'avoir manqué d^nsis^ tance t ■ iyéies-vou:s' pas allé à celte époque avec Wil- » fridei Francois^ ftegnault i Tourville? » il répond eneore rtoH. Et Mr.ùne quatiième question , qui la»-: tait la FCsso^roe- de graine qall avait pu ne pas oon* naître Ménil , il déclare le connaîtiC' bien (1).

La dédat-aiion du boulanger 'Dàbiel n'est pas plus éqmvéqne : «Le'attiai's, je suU parti vers sept heures » ( dn œtatin ') pour £lbëuf et non' pour TourviHe,

jr~J*ai Voyagé seul r le n'hi lelt rencontre sur ie

k ohemiii'iil deMénilnideRc^^tiBâlt'. ComiBe j'iguo- M rais l'astassinat de la 'vedve Jonvin , qne je n'ai ap> » 'pris qti'à 'ËtbeuF, k dix heures du matin , je n'ai j> pa parler è qui qtHf oe ' soit de «et aisa^sinai , dcint jt je Hè' mt »ols fatit^ eiitretenu avec Willrid fte*- » gnault ni avec Ménil » (2).

Ce n'est fias loai ibènrsealansent Ménil. ooliùn* de» iadividnâ qw ri'éjuickit m avec Regnaslt ni asec hâ ce ^ui4à';i Mmis il i^qee.ceux:^ui en «Qet ont ac* compagne Attgoault , ei qui it^ntea^m encore MéoU d'un«jQiiue imanièra. '

Jeen'fiàp^iBteMoiilieridéolare.élr««Hdà ToiorT^le^ le a mars , avec Wiifrid et François Regnault : « Ne * vous -èiefrivôus .paB>eai*aienus de JTaasassinatide la

■ veuve Jouvin, demande le jui^e d^mstruciion : -r-r

■ ^Oui, MoàsfeBMT, aiouB avons dit' que c'était aSrdus. « — SurvotcexontB^ a'avez-v^QspasTenoQniiwJeaiiT ft Pieriw Hénil? •<"<- Non, Monneur, jeseFai pas va » du tout. T^ Connaisse- vous bâen ^n-ENerre Uér

<j) Eïtrajji des mi.Biitf» de 1» Çifiir d'a^Wg, n^^g,

(s} Extrait des miaules du inbuDal de premièn lostance, p, iS.

i55 » ùl ?'Oiù'> Monù«ur, je le coofiaifr bien , et il n'a. » pototpqt-lé DÏ àmoî^ ni «ut Renault avec lesquels » l'étaU. T— I^oreque vous pavliet àe Tassadsinat de la j( fille Jouvin, n'avéï-vous pas entendu wait ce pro-^ » pos àWilfrid Reeuautt :fiab, uoé de tuée, deux dei ■ retrouvées? — Non, Monsieur, je n'ai -point du. » tout etiteadii c% propost » (l)

Ceci est sérieux , ce me semble , et dent nous préparer à quelque défiance. SKiiil dit bien pmitivemeot nvoir enteadu le propos de.R^iiaub. il le connaît bien , ce RegnauU , ^*il accompagne amioslement te 9, après l'avoir rencontra le i", couvert de sang. Il n©

rut paa s'être trompé stir ce qu'il dit avoir entendu, entre dans tous les détails ; il décrit l'impresàoa produite sur d'autres par Ce propos ; ei voib que ton» ces détails sout des impostures ! voilà que les auditenrs qu'il cite n'y étaient pas^ et que celui qui y était et qu'il ne cite pas certifie leooDlraire 1 Quel est dons le but de Uénil P Peut-être éclairoiroas^nous pins tard cette question.

4*. Ménil avait déclaré n'avoirnas aperçu Régnanlt avant sa sortie de la cour d'Enoufi; mais Lubin Sali' Tage, tédnoiu postérieur, dùnt j'ai extrait'la déposition: sur laquÈlte je fevieudrai, parce qu'elle contient on aveu de Méoil très -important; Lubin Sauva^. l'un des premiers auprès desquels Ménil avait Oonfîdentiellemenl inculpé Regnault après son arrestation i dépose que Méoil lui a dit avoir vn Regnault rôdant âmourde la masure d'Enoult , et qu'il l'avait aperçu ^ tine demi-'beure après , Couvert de sang et sortant de cette masure. Ou la déclaration de Ménil an juge d'instrucùon , ou sa confidence à Sauvage est Fausse. Dans le dernier cas, pourquoi avait-il inventé celle cir-

(i) Extrait des minutes delà Cour d'assisBi, pag. 3aI^|£3,

|5i poastance ? Dsds le preniier , pourquoi Pa-t-il sDp^ primée devant la justice ? Ce n'«st pas qa'il craîgqtf décharger Renault. Serait - ce parce qu'il a craint pour lui- même d*avouer qu'il était depuis long-temps dan) cette ruelle, d'où l'assassin a pu péi)éirer dans la copr d'Enoult ? ' '

5'. Ménil dépose qu'en revenant de Lonviers , otf il avait vu Regnault entrer en pnsoo , il a rencontré Loisel père, ex-maire de Cretoi , Charles Lbisel son fils t et Joseph Levieus , son gendre ; qu'il lenr a Fait part de sa rencontre avec le pnsooqier» le if^ mars , et qu'ils l'ont eihoné h tout révéler. Les individus , comme on \pit,Kool dairemeol désignés par leorsnoms, leurs qualités, lenrs fonctions anciennes et leurs relations entre eux. Yoicî mainteiuiii leurs déclarations :

ifoisel père, sur l'ioterpellation suivante : « N'avez-; 9 vous jamais entendu parler (^de l'asaavsinat de. la » veuve Jouvin) par un nominé Ménil . hatieur en « grange ? répond , Non , Monsieur ; je n'ai même pas > vu Ménil depuis qu'il a battn du blé diez moi dan^ ifle commencement d'octobre. r-rN'avei-vqns pas fait » route avec ledit Ménil , de Lf>uviers à Cretot , le 5 ou >« le 6 mars dernier? — Npn , Monsieur, je ne l'ai pa^

■ vu ilepuis qu'il a baiiu le blé de mon fils. — ?i'a%ez- » vous pas voyagé de Louviers à Cretot avec voire fîl^ 9 et vptre ge»drg , à l'époqne qu$ je viens d$ voii^ ■» dire? — - Non, Monsieur, fi) ■

. Loisel fils^ sur l'interpellatiou du jiigç dSnstruçlIon*.

■ JCaveï-youç p^s voyagé de Lpo^cs à Çrçtot avec î le nommé Mépil, batteur ep grange j à l'époque » des 5, 6qu7niarsdfrnier?répon3 :]Npn^ Monsieur, » je n'aj pas vu Ménil depïlis qu'il a battu du blé chef. » mpi. —r ÏN'avez-vqps pas ep çoiqnaissappe par lut de

,1» l'assassinat commis à AmPreville , ou ne vousenéies-

(i) Extiait des minutes, etc., r«g. toi-soa,

DiailizodbvGoOgle

i55 « vous pas entrcteno avec lui ? — Noo , Monsiear, » puisque je ne l'aî pas vu .je n'ai pas pu Itû en parler. ■ -^ N'avez-vous pas rencoiilré Ménil daos la côte » de Louviers? — Non , Monsieur, (i) •

Enfin, Levieui, sur la quesiion à lui adressé*: KLe5,le6oaIe7> n'avez-vous pas fait le voyags H de Louviers à Creiot avec votre Deaa>pére et votre )• beau -frère? répond : Non, Monsieur. — ^'nvez- » vous pas rencoatré en voyageant le nommé Ménil, » etya-t-illong- temps que vous ne l'avez vu? — Non, » je ne l'ai pas rencontré , et je ne l'ai pas vu ni rie lui » ai parlé depuis la semaison des blés. —~ Mc-nif ne » vous a-t-il jamais parlé de l'assassiaat commis & * Amfreville?— Non , Monsieur j il ne m'enaJEimais > parlé, et je n'ai appris cet assassinat que par la voix » publique. ■ (s)

6**. Mcnîl dépose que la veuve Jonvin lui a dit qu« Regnault l'avait menacée de la faire périr. Ici , sans doute , comme cette conversation doit avoir en lieu entre Ménil qui affirme, et la veuve Jouviu qui n'est plus, je ne puis cïier aucun tiers qui détruise le fait affirmé. Heureusement, Ménil lui-même vient à mon secours. Qu'on remarque bien ce qu'il a dît : c'est d« la veuve Jouvîn qu'il tient ces particularités; c'est ea l'absence de Kegnault qu'elle les lui a eoufiées. I] répète les mêmes détails dans son inierrogatoire du 1 8 novembre. « N'avez- vous pas vu la veuve Jouvin » quelques jours avant le premier mars dernier , lui » demnade-t-on? — >- Je l'ai vue, répondit-il, chex » Jean Ënoult, le lundi gras, en venant emprunler 1» » selle du cheval d'Enoult ^ et ensuite en rapportant » celte selle. — Que vous a dit la veuve Jouvin ? — » Celle veuve m'a dit qu'elle demeurait chez un bon

(i) EKtrait desminirtes.etc. ,pag. loi-soî.

DiailizodbvGoOgle

ï56 , jt Iiommè, mais qu'allé ne se pltûsùt pas dans sa maison, .» parce que Wilfrid Regnault était veau IV meoacer n de lui faire perdre le goût du pain. » Ainsi l'occasioD qui avait conduit Menil chez Ënôult est bien îo^ 'diquée , c'est la restiiution d'une seKe. L'époque de sa conversation avec la veuve Jouvin est préciisée par \k même. C'est un rëoït qu'elle fait, fiëgnauh n'était pas préseni. -Or voici ce qu'Ënoult dépose que Ménil lui a rapporté : & Mënîl m'a dit depms l'ascansinat , (ce dont V la veuve Jouvin ne m'avait pas parié) fjoelore^n'il % avait rapporté ma selle , U avait vu à la maison ftej> gnault , qui avait cherché querelle à cette veuve , et » avait Oui par lui dire : Tu passeras par me» mains'i » je le Ferai |»sser le goût du pain. »()) Yoici dbac encore une circonstance où. Ménil, eii chargeant Regnault et en rapportant ce qui doit lui nuire, le ra|>porie de dèds manières inconciliables l'une avccl'autre, «t qui démontrent qu'il y a mensonge dans l'une, ^ f>ar conséquence, qu'il ny a crédibilité dans autinne des deui.

Mais quel intérêt Me'nil pouvait -il avoir à accoser iin innocent et à raetMiier tant de circonstances dont il se disait témoin oculaire? La réponse àcetieqnestion n'est point indispensable à ta cause de Regnault.' H . £u(Et qu'un témoin se coupe , se contredise, soit convaincu de mensonges , pour que ce témoin cesse d'être croyable , lors même que ses motifs secrets seraient inconnus. Cependant je vais offrir quelques conjectufes. Je commence par déclarer que je n'insinue, en aucune manière , que Ménil soit coupable de l'assassinat attribué à-Regnault. Je n'écris dans l'intention d'accuser personne. J'aurais besoin de preuves plus claires que le jour , pour soupçonner qui que ce soit d'un meurtre j et quand j'aurais des sonpç.ous, je ne

{t) Extrait dai miaules do tribunal d» première instance, p. ii3.

D,a,i,;t!dbïGoogIe

me croirais point te dt'oit , Ct je né nte sentirais fioirit la volonté delesdîre. Mai; Ménil â'a-t-îl pas |mcrainfli-e d'être âfccusé de l'assassinat dfe la servante d'Ënoùlt ? Il l'a pu , parce qu'il ne jùstiBait nullement de 6e qu'il avait fait durant toute la journée du premier murs. Dans sa'première déposition , il avait dit qu'il était sorti de chez liii à dix heures. Il s* rétracte dans là seconde, et dit qu'il n'^t sorli qu'à à&n. Suivant s'a confidence à Sauvage , il avait vu Regnatill rôder autour de la maison d'EtionIt , une demi-heure avadt qu'il ne le rencontrât, comme il en sortait. DanA Sa déposition , il nie qu'il ait vu Regnatilt avant Sa sortie. Ne serait-ce pas un indice qii'il craignait de consUier tin trop long séjour dans les environs de ce lieu suSpeCt ? Il y a plus ; Médîl h été jusqu'à dire qs^ n'était pas, le premier mars, dans la commune oit l'assassinât s'est commis. Ceci est une circon^ance as^ez împoi'tanie pour que je la prouve-; car assurément il est étrange qoe ce Ménil , qui, le lO avril, se déclarait témoin ociilaire, le premier mars, à AmfreTitle,deta sortie de Regnault couvert de sang ^ ait déclaré, le '5 ou 6 mars, qu'il était absent d'AmfrCville ce même premier de mars. Voici donc les preuves.

Jeah- Baptiste Letac , huissier à Louviers , dépose :. « Le jeudi ou le samedi de la semaine où WîtfriK » Hegnault a été condamné à la peine capitale, je fis » rencontre dans la rue du Nenbourg, à Louviers., » du sieur de Laniarre, maire de Cfasville, avec qui M je m'entretins de cette condainnation , en présence » de Germaiti , brigadier forestier. Afrès avoir parlé » de Ménil , comme témoin principal dans le procès, » le sieur de Lamarre nous <lit : J'ai vu ce Ménil danï B la commune de Crasville, peu de jours après l'as- D sassiuat j il était avec l'un de mes amis. Mon ^mi » m'appi'il qu'il cherchait du travail. Après qu'il m'eut J> dit qu'il se nommait Ménil , et toi avoir demandé

DiailizodbvGoOgle

i52 9 son prcDom ,qm, selon lui, est Pierre, jo l'eagagatû V à me donner des renseignemeos sur l'assassinat de la » veuve Joiivin. II me répondît: Qu'il ne pouvait m'en . ï> dopDor , parce qu'il n'était pas daos la communç le ^ jour où ce crime avait été commis, (i) »

Jacques Tberoude, cultivateur à Ciasville, dépose de même ; « L'un des premiers jours de mars dernier, » un bommç que je voyais pour la première fois ,

■ paraissant venir du côté de Louviers , me rejoignit 9 sur le chemin de Monlfort, près denotre commune, » lorsque je dételais mes chevaux de ma charrue pout- » aller dîner. Cet homme, qui avait un fléau sous le » bras, me demanda del'ouyrage, et je lui répondis ' que je n'en avais pas à lui donner. Nous nous trou- - I* vâmes , en ce moment, à la reuconlre du sieur de » Lamarrç, mairedeCrasTille, à quilemémehOmme » apprit qu'il se Dominait Pierre Ménil , batteur en )• grange à Amfreville, Si vous êtes d'Amfreville , lui f dit le sieur de Lamarre, vous pouvez nons donner

* des renseignemens sur l'assassinat et sur ses auteur». r Je ne puis vous en donner, répondit cet homme ,

■ parce que je n'étais pas ce jour-là chez noua. Tout P ce que je puis vous dire , c'est que je viens de Lou- ' viers, oii j'ai vu conduire en prison Regnault, bien 9 habillé, et ayantdes bottes , lequel ne m'a [^s paru

• bien chagrin. > (-i).

Toilà , certes , des contrailictions bizarres. MM. les jng«s d'instruciion , MVI. les procureurs du Roi , ^ difficiles sur i'alibi de Regnault , attesté par plusieurs personnes  trois-quaris d'heure près, n'ont jias cru qu'il valait ]a peine de s'enquérir de celui de Ménil qui n'émit établi que par Irji seul, ou pluiûl que ,]ui-nicme n'établissait pas. Car, comtne.on le voii.

■{i)ETrra!t "lesminiilesdiiInlinnnldefrcmiÈreinstaDce.pBg. 6o. (s)Extrail(le»itiiimtes4uU'Lbuualdepr(mièreiiislauce,png. 9^.

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jçn renclant compte de ses aciioos ce joiir-lii , il \3r\« sans cesse.

Le dirai je enfin? Jelis une sjognlière plirnso cUn» la déposition an témoin Lemoine , du 7 novembre 1817. « Personne , dit ce témqiii , ne m'a dit que Méiiil eût « piarticipë à Fassassinat de la veuve Jonvin , soit » comme auteur, soit comme complice. • Pourquoi fisl-ce préçisém,ent sur Mënil i^u'on fait celte déclaration ï Pourquoi pas Bur Ënoûlt ou surtout puire habitant de la' commune? Ne samble-t-il pas qn'im ^ruit boi? à réfuter, avait circulé? Car une telle déclaration ne se fait que quand elle est nécessaire , )]uand elle répond à une siyiposition contraire.

Qui, certainement Ménil était inquiet , Mcnil était ^gité, il craignait quelque chose, et ce ne pouvait pas être Regnault, car Regnault était arrâlé. Méoil avaîî été à Louvïers le voir entrer en prison. C'est en revenant de cette course, qu'il rencontra deux indir vidns dont je vais encqre transcrire les dépositions , car elles donnent beaucoup de poids aux conjeciîires que je prpppse. Je prie dope le lecteur de les lira atteniivement.

Jean-Pierre Âniour de dessus la Mare , et Thérôse Perrier sa femme, tous deux d'Amfreville, déposent le 8 novembre l!î;7 , que huit ou dix jours après Tassassinat , le soir à huit heures, comme ils renr traient, urfe lanterne à la main , un homme qu'ils fencoDtrèreot dans un chemin du village , leur cria ^oni-à-CQup vous me faites tort, ■ Je le reconnus , if continue Thérèse Perrier, pour être Jean-Pierre j> Ménil, baueup en grange. Il nous répéta, vous U me faites iprt ; votre himière me fait bien tort , car » elle me fait perdre mon chemin; et il ajouta: c*est * bien malheureux pour un homme de roon âge de 4t revenir de Louvïers avec de gros sabots. Puisque % YQUS r^YÇUS^ ^^ l^PM^i^r^ > ici dettiand^ iDoq ipafi ,

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* ^irdTe àonveTIe à Louviers , de l'afiàîre de Regnanlt ? » Mënîl répODclîl : on veut que ye dise , on veut que ft îe dise, et mot je o'ai rien à dire de Regoault. » Mou roari observa à Ménil qu'on ne toormentaU

* pas UD homme pour dire.la vériLé ; et Menil , apès

* BOiTS avoii' souliaité le bon soir, sVcria en éteoaant

* les bras : Mes pauvres enfuns, la fia de tout ceci » ne sera pas belle ! » (i)

Q^e voulait dire Mém\ t par cette exclamation ; ybu» me faites tort 1 Pourquoi cette terreur à la ^Be d'une lumière? poufquoi cette répétition da Feicjamation qui lui était échappée, et a laquelle il doRoe un sen» si Torc^? car , comraenfceue lumière |)OOTai^ellelui faire perdre son chemin, et quel grand icrt lui Taisak-elie ? Je ne dis pas , encore une fois , le moins du monde , qu'il fôt coupable. Je dis qu^ frngnait d'être accusé; et certes, jene lui en fais pas DO reprocha. Il avait près de lui ceux qui ont procédé contre Regnault. Mais je le répète, ce n'éuit pas de Regrïaiitt qu'il avait peur ; de Regnault éloigné de son domicile, de Regnanlt dans les fers. Ménil avait passé loule lu journée du premier mars, invisible à tous le» T^rds. Il avait, di son aveu, été dans la ruelle smficcie. 11 redoutait les soupçons qui pouvaient planer «nr lui. Delà, ses varia tio os perpétuelles. Delà, t« curtiradiciion de sa déposition , où il n'a vu Regnault <{iie sortant de la cour d'Enoult, et de' ses confidences mix Mommés Sauvage , suivant lesquelles it l'aurait vu une demi-tieure avant. De là , sa double assertion qu'il avnRcgnniiIc, le premiern)ars,à.dixhBuresâu malin, EHir la porte de son pèrçj puis, que c'est tin autre jour ipt'il ne peutBier, n'étant sorti de chez lui , ce jour-là, <|H^ deux iteures. De U , son envie d'établir qu'il était absent d'Amfreville. De là , sa frayeur , quand on le

{()Eilraitâesminule5du trîbuHl de première itutuice, p. ^T-SiK

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rmcofftire à runpmTÎâte Ja qiut« dai» p^ chcDÛo. D«

làt »&,u::îsLeâse,.si» exclamations. Tqiit. ^'e^plique^ 4 oa suppose que $^ craintes persoRBeIIe« agiuiiept , bouJv(ersE(ieot cette têie faible d'un vieillai-d, do^le surnom méuie atteste rimb^cUlité. Rien ne s'«x))|ianM^ H l'on CQBàdérB Ménîl comme un ho.miue qui drâ^se ùmplemeut sur ce qu'il a vu. Et cette qu9&iion : Si quatfd on m'interrogera de nouveau , ( remarquons qu'à celteépoqueil n'avait point eaçore-élé interrogé), ]£ ne dis pa6 la même chçse , ne me mettra-t-on nom en prison! (i) Cette questionne trajiit-elie pas I9. peur qu'il avait?' un témoin qui a vu un fait, un témoia qui a dit vrai , n'esta pas sûr de dire toujouts la même «hose ?

Au reste, je ne me lasse pas de le dire, je ne ùrv de tout ceci nulle inféreuce contre Méuîl. Il me sulfit d'avoir pcouvé qu'il a dit sans cesse ce qui n'était la^. je n'ai pas besoin d'expliquer pourquoi. C'est as^q <jue j'aie prouvé qu'ill'a fait, pour que j'aie démonlrè, qu'il n'est pas croyablç.

J'arrive maintenante la p9rifl,e de la dépoûtioa 4e Ménil, q^i charge directepi^nl Regnauli. Ici, s'il, faut en. croire Me'nU.iU ét^nt «.euls; persouoe, ç^. conséquence, ne peut le contredire. Ce sont donc dps témoins d'un autre geare, l'h^ara, I9 distajgce, I9 possibilité phpique et morale,. I^s vêt^me^s de Regoajdt, les blesftjres de la femipe assassinée, qu'U faut cgnsuUfir,

C'est le premier dç mars, à de«x heures ou deux heures et demie au plus tard , que MéruJ a vu sortir iUgowli de la m^ure occypéçi pur Ënouli- Il eu est 80td pi^r le pçtit poluis qui est prè^ de la cgve. fte-. gpauU. était vêtu d'upe ve^te ou bat)il court , «Qulwf jaune ou blanchâtre , sur laquelle il y avait dés taches

(i) F^eMai-iitaeut„gt.MS.

J.,r;i,z<»i:,.,G00gIf

âè sâiôg , àutû qiié sor sa cnloLlé et sur ses rùàidë: il téoaii àa.ni l'naè de ses maios uoë espèce de iàtùé en forme dé sabre , de Itf loagaeilr d'oD pied et deinl.' ]l avait des sonliËri , des gaâres , dés' bas de colotf Ltaocs , èl une culotie bUncbâtré de laîné.

PrenoDt d'abbï^les vêlement, {ârcé que Régnault,- 9'il en a chatige, a di\ employer quelque temps à cetl^ toilette , el que ce lémps nécessaire doit entrer dans' nos ealc'uHf quaâd nous traûëroûs de rbe'irre.

Deuxcfattfpéniiersqnrtravaïllâîèntpàaf leur compte dans &a ct^ui' , dépdseift l'avoir vu Labillé d'une redîngoite ôti d'un'Iiabit brun, d'une culotte blanche, der gros bas de lahiè gris avec des sabots (i).

Passons h Fbeure. Ménil a rencontré Reguault,' après le uiTme, à deul heures et un quart , au plus' tard à (Iciik lieuTCar et demie. Les iSeai charpeoliers' Kcfnt VII ù.niîdi ou midi et demi , quand ils s6 sont mis' 3t dîner. It a cansé avec eux dunÂit totit le' temps de ce dicicr ,- qitî a dure à-^o-près' riilq quàVis-d'Ireure. It tes u quilles pour entrer dans là cuisitie de son' pèi-e,n pouvait éire alors, diseAi-ils, mie heure et demie (3). Voe dtmî-lieure après est arriva ch.cz Regnauli uti ihitré habitant de' ta commune. Cet individu, que les' charpentiers bill vu entrer chez Regiiault une demi-'

- heure' âpfèi leur dioer , c'est-à-iKfe peu après deur Heures, dit n'é^tre survenu qu'à trois heures et uiï qnacl. R a, dans les débats, ad'mré la pùssibilîté' qu'if fûtarrîvé plutôt j mais j'accorde le fait : c'est une règle'- (^e jenle surs rropo»ée, el qu'on me verra suivre sur beaucoup d'autres points, parce mléjè puis tout ac-

.cbrder Sain âuire à ma cause. Cet habitant dé' la' commune a donc trouvé à trois heures et on qltari , Regnauh avec sa mère , et un peth n'évcu malade qu'il-

(1) Extrait des minutes de la Cour d'as ( j) Extrait dei minutes de la Cour d'au

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(éiiaitsarsedgâtibôi; ioais il ne s'en àuit p{ls^uëii(fdf devions admeitre que le crime ii pn être commis entrel nae heure et demie et trois heures et un quart. Lat déposition de Ménil tfst claire. C'est à deux heures ec en quart , au ptua taM à deux heures et demie , qu'if -' a vu RegBadlt tout couvert de sang: c'est donc enirtf Qoe heure et demie ou deut heurds et demie au plus,' qoe le crime a dû se'commeitie. C'est après une heure et demie que Regaault a dû changer ses vêtemcns / mettre uo betbil-veste , des bas de coiofi , des soulleis et des guêtres. Kestreigne» le temps de. cette toitetia,qui , soit dit en passant, est Wuarre avant un meurtre, car elle ne servait en rieïi à empêcher Regnanlt d'^tre^ recoonu; restreignez, dia-je, le temps de celte toilette autaut que vous voudrez ; elle a dû pourtant prendre un temps quelcouque ; &«^nault a dû ensuite sortir en! pleiu jour , sou sabre sous le {>ras , et faire le trajet de :ia maison à celle d'CnOult. Ce irafet , par la voie ordi- Hnire, est d'uu grand quart-d'heure: par Une autre route, on a prétendu qu'il pouvait être fait en sept mÏDutes; j'y consens. Ayant quitté les charpentiers «près une heure et demie, ayant fait tln^toileiie complète, et par là même un pen longue, ayant mis sept minutes à parvooir jusqu'à la niRison d'Enduit, Regnauliadû observer les liens avant d'y entrer, car il oe pouT^ sftvoir où ^tait la femme Jouvin. Si elle n'était pas dans le eelher y toute teniaiive d'assassinat était tnuliWII ne pouvait l'attaquer ni dans la maison, si.voi^ae decalledeLemome, que ses cris n'auraient pa manquer d'être entendus, ui dans sa cour ,. eatourée d'un mur asseï bas pour que les voisins pu»seiit yçir par-déssns ce mm- tout ce qui s'y ferait ; circonstance dctaillcé dans leur inierrogumre ( i ). Il fallait ' qu'elle fût dans le cellier ;

(i) Foy. l«ur iatcrTogatoire qu« j'ai cité euentisr, pag. ii^-isi.*

D,a,i,;t!dbïGoogIe

i44 ^ fallMt ainsi que persoone ne se troQTftt «vm elle.' L'abteoce de son miilre a'enpêcfaitit pus que qndqu'autre qe pût ^llar la voir ; et «o eSet , iJ réâuhe de l'ÎDSLructioti f^i)'à onze heures ei k midi (j ) , à deux Itieures et deisie (a) ei à qu^u-e heures (5) , od est entré dans \a cour d'Eijoiut, et que la ^Ue Jouvîn a voulu faii« visue à sa loère. U &ut doue de loulA fiécesûlé accorder quelques niînuies k Renault pour m'û épie le mom^ut favorable : et reKiarquea quo Ménil i'aTait senti. Dans sa preoûèr-e coinodeoee à liubin Sauvage, il lui 3\ail dit avoir, vu Regoault tourner autour de U maison d'Ënoult une demi-heure avant le crime. Et vraiment un homme n'entre, pa» tout droit dans un lieu où il veut cooimettre un meurtre, en plein jour, sans s'aasnrer que la personne qu'il veut frapper n*est pas à même d'être secourae. M^nil avait donc {ait très-sagement , dans son systèfne, de rapporter cette circonstaoce. Mais tors de ce récit arrangé delà sorte, qq n'avait pas encore la déposition des charpentiers. Maintenant que ceux-ci ont établi jusqu'à l'évidence, qu'ils avaient vu ftegnauh dans la cuisine de son père , après nue beuie et demie^ il a'est plus possible que le méine Regaault fût, A la même heure, près de la maison d'Enouk, après avoir làil sa toilette, et franchi l'espace qui sépare les deux maisons. La déposition de&chsrpeotiera est dn 3g Hiarsf et Mépil, qui avait fait le 1 3 sa conâdaaceàSfuvage,la corrige te i o avril ; et dans se déposition du i S novembre , pour tout concilier , il affirme avoir seulemeat

(i) Fb/es la dépositioii<leCyrilleLecomte, entré pôui; emprunter iitia broueUe , et revenu pour U rendre. Esirail dés minuies , ï»ag..66. ;

{!i)Fofea\aàip9siliq^dtlti fille Ftnwjntl . pnlr^ ^-jv pumde \'etu;ilid. ^tg. i34.

(3) f^e* )■) déposition de Rom JoutId , «ntrée pour voir la tiùrm.JJiid.,pi

D,a,l,zt!dbvG00glc 1

i45 dh à Santage , qu'on faisaii courir te bn^it que plusieurs personnes avaient aiost vu Regnault. Coniinuuns. Kegn:)iiit, ji uue heure et demie passée, change duno tous ses véiemeus . fait un trajet que ses accusateur^ réduisenl à un ilemî-rjuait de liene, en habit-vesie et UQ sabre sous son bi as , arrive , s'assure qu'il ne rencontrera pas d'obstacle à l'exécution de son projet ^ traverse la cour d'Enoull, et entre dans le cellier. Cènes, il devait bien, à cette époque, être un peu plus de deux heures. S'il ne trouve pas la vcuvs Jouvin jusienienl dans le cellier, s'il faut qu'il s'y cache, et qu'il l'y attende, il va perdre encore du temps; car il ne peut espérer de l'y attirer. Il l'a menacée de la t'aiie périr i elle ne s'enfermera pas librement dans une cave avec l'auteur de celte menace , armé de sou b:i1kre. Il ne pe.it l'y entraîner de force; il l'iiudiaii traverser toute la cour, dominée par les voisins, que ae.s cris frapperaient, el qui regarderaient pai-de>sus le iniu-. Mais j'ai dit que j'accordais tout. KegMHult a saisi le moment précis, le mdjneiit unique uù la >euve Jouvin était dansie cellier, mouitiul assezcourt , carellen'vétait que pour remplir ' un petit vase du cidre qu elle buvaii àilîner. Il l'y trouve dune. A l'aspect du celui qui l'a déjà fait trembler, elle n'essaye pas de s'échapper, ou il l'en empêche, soit. 11 s'enferme avec elle , et ta tentative du meurtre commence. On nepiëiendtaiiasqne laveuveJouvinsesuic laissé égorger san^ se déteudie. Le» blessures trouvées luielle pvouveul assez qu'elle s'est défendue Je n'esa-. miua point encore te genre de ses blessures. J en parlerai plus lâi'd , et demanderai comment il ariive que le sabre de Regnault fasse des blessures en forme d'e'ipierre , et que l'assassin lui fasse ^ept blessures qui ne la tuent pas« au lieu de lui enfoncer son sabr« dans le cnrps, ce qui aurait 6ni la lutle.

Mais allons par ordre. C'est après deux heures que Tome ///, 5'. Partie. lO

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celle latte a Ait commencer. Pour faire fept blessnres àane personne qui i-ësisfe,ilfautbieDencorequelquH minutes. Mai» ces blestures n'ont pas causé la mûrtdtf la veuve Jouvin; après l'avoir terrassée, îl a fallu que l'assassin l'étranglât , qu'il lui passât donc une cord<ï ^ autour da cou , qu'il serrât cette corde avec un bâton , qu'il Riât ce bâloo sur son ëpanle gauche, pour que la corde n« se détordit pas> Toutes ces opérations en-> levaient encore do temps. Il ne nous en reste pins ÎKanCoup pour ce que Regoault a dû faire ensuite. La viciime est morte. I] faut que l'assassin s'introduise dans Itiabitation, qu'il en ferme soigneusement toutes les issues qui ont été trouvées fermées , qu'il force un secrétaire , qu'il détache à moitié deus serrures , qu'il fouille dans deux tiroirs, qu'il vide des sacs, qu^l mette dans les poche» de son babit-vesie 2eo francs en pièces de 5 francs ^ 60 francs environ en pièces de

I et 3 fr. ^ et la à i5 francs en gros sous; qu'ainsi chargé, il sorte par une fenâtre et qu'il la referme^ qu'il essuie son arme avec des linges , qu'il cherche voc grosse pierre, car il n'en avait probablement pa» apporté une dans son babit-veste, <p]'tt attache deslinges autour de cette pierre, qu'il jeiie Cette pierl-A dans une mare, qu'il retourne dans lecctfier, puisqu'il çsl sorti par la pOrte 00 le poluis qui est tout h côté, et parce qtie, comme le dit M. le procureur-général dans l'acte d'accusation , il a dû s'assurer que la vîdlirae n'était pas parvenue à se débarrasser dn bâloQ c[\i^l avait Bsésous son bras, ei qu'elle était bien morte; car il jvait, continue M. lé procureor-général , pris trop de précautions préparatoires éld*exéciltioo ,pbuf n'avoir pas pris celle de la consommation du Crime.

II B dû ensuite fîermer le cellitr à clef, et pour cela ■e motitrer couvert de sang et son sabre sous le btas , dans ta cour oîi tous^Ies voisins pouvaient le voir, ^|i«, d'où une fille qui y paisaitde l'eau feaatt dft sortir; et ; -

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(fest alors qu'il a paru aux y6ux Ad MénU i qui était U ^ parce qu'il allait voir xua oulùvataur dont la ojatag* est dans une direction tout opposée , pour acbeier d4 lui une pièce de terre qu'il n'avait pas à vendre ; c'ert alors, dis-je , que Regnault a paru aux yeqx de f^énil» à deux heures et uo quart^ ou tout au yias deux faeui^v et demie.

Je le demande , s'il y a une possibilité raatliéma'ùque d'accumuler tant d'opérations, qui toutes onC TCDContré de la résistance, les unes de U part de la victime, les autres . parce qu'un secrélHire et deun serrures ne se fi>rcent pas sans <}uelq«ie retard ((); y a-t-il une possibiliié morale d'imagiuer que tomes c«3 circonstances se soient réunies, quand on n'a, pour te «roire, qu'un seul témoin, qui se coupe, qui se contredit, qui se réiracie , qui se dément, et que démentent aussi tous ceux qu'il appelle en preuve? Je ferai ressortir dans un instant celle absurdité avec bien d'autres; mais i'm encore quelques mots à dire sur les Uessur^a trouvées sur le corps de la lèmme assas^née.

J'ai cité dans ma première lettre le rapport du ctiirurgieu Uiard; les plaies de la veuve Jouvin étaieat . en forme d'un T , d'un pouce ,xl'un pouce et demi , de deux et de trois pouces de longueur. Elles avaient dû être faites , d'après la déclaration de ce ebirurgiea , par le moyen d'une serpe ou d'une hachette. L'on a "VU qu'il a rétracté ce premier rapport qu'il avait affirmé ÂDcère et véritable ; ïl a déclaré l'avoir signé contre sa eooviotioD , parce que des soupçons planaient sur Dnpuis , et que vraisemblabletoent le neur Diard, quand il y a un accusé , se croit obligé de signer tout ce qui charge cet accufié. Soit ; je suis de bonne com-

■^Ci) li est mime «onstarà dam le procfts-vec^al qu''oB avait «M^é d'eafbncer uoe serrarc ipu avfit r^islé. Extrait d*t rai-

D,a,i,;t!dbïGoogIe

EosïtîoD. Padmeu la seeoade verdoo du sieur Dîard, les blessures ont été faites avec ud instrument plus léger qa'une serpe ou qu'une hschetie. Elles ont éié faites , si l'on veut , avec uo sabre. Méuil dit en avoir TU un dans les mains de Regnault , j'accorde tout. Mais quand un homme armé d'uo sabre veut en tuer un autre, lui fait- il sur la tête sept blessures en forme de T ? Ne lui plonge-t'il pas son sabre dans' le corps , pour lui donner plus facilement une morlplus prompte* La veuve Jouvic se défendait, dira-t-on , Regnault l'a fiappëe comme il a pu. A la bonne heure; mais après l'avoir terrassée, comment ne s'est-il pas servi de son f^bre pour l'achever? Craignait-il que lès traces du sang ne le décelassent ? il en était déjà couvert. Comment donc, quand le temps le pressait > quand on pouvait à chaque iusiaoi venir dansia maison, quand Ënoult lui-même pouvait ariîver d'Elbeuf, d'oùilestarrivéeo effet peu de temps après, comment Regnault a-t-il préféré passer une corde autour du cou de cette femme , la serrer avec un bâton, et attacher ce bàtoo sur son épaule ou sous son bras ? Tout cela s'explique , si l'assassin n'était armé que d'une serpe ou d'une hacfaetie, in^-trument peu propre à donner la mort. Cela s'explique, sur-tout, s'il y avait ' plus d'un assassin , si après quelques blessures légères ils ont terrassé celte malheureuse femme , et que l'un d'eux la tenant à terre , les autres aient pu l'éliaugler à loisir. Mais tout cela est ))hysiqiiement inexplicable quand on l'applique à Regnault armé d'uo sabre , à Renault seul, Imtant avec une femme qui a dû se défendre en désespérée.

Retraçons mainieuant ces diverses circonstances. Regnault était à une heure et demie chez lui en présence des charpentiers, vêtu comme ces charpentiers l'ont décrit. Jl n'a pas dû, pour aller commettre i^n meurtre, faire une toilette qui ne lui servait à rieaj

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i49 car «ncore une fois elle ce le rendail pas niccoDnsîs'' sable. Si Méuîl eût déposé l'avoir reDcointré déguisé ^ enveloppé d'uD maaieau^la figure cachée ou Couverte, cela se concevrait. Mais changer une rediogotte brune contre un habit -veste , des bas de laine contre des bas de coton , des guêtres et des souliers ,. où é|ait ie but ,

Suelle était l'ulilit^? Si les charpentiers avaient vu .egnaiilt en habit- veste , et que Méuil l'eût aperçu avec une longue redingotte, on pourrait dire qu'il avait revêtu ceite redingoite pour cacher son sabre ; maisaucontraireil aurait, suivant Ménil, choisi le vêtement le plus propre à l'empêchçr de cacher celte arme, et c'est avec ce vêtement court , que tenant sous son bras un sabre d'un pied et demi , il a traversé en plein jour tout le village.

Regnault armé d'un sabre n'a pu faire à la veuve Jouvin sept blessures, en forme de T. Le (complaisant sieur Diard a beau se rétracter sur l'instrument qui a fait ces blessures; il n'a pu changer n) leur nombre, ni leur forme .ni leurs dimensions. L'on ne fait pasayee un sabre de telles blessures.

Rpgnauh armé d'un sabre ne se serait pas arrêté i faire ces bless\ires inutiles. Il aurait enfoncé son sabre dans le corps de sa victime.

En admettant qu'il ne l'eût pas pu d'abord, il l'aurait pu , et il l'aurait fait plus tard , au lieu de l'étrangler, au lieu de s'exposer par la lenteur de cette opération , à être surpris par des voisins ou par Ënoutt luimême.

Regnault , qui était dans son domicile à un bout du village k une heure et demie , n'a pas pu être tu par Ménil à deux heures et un quart , au plus tard à deux heures et demie, à l'autre exliémiié du village^ après le crime; c'est-à dire , après le changement complet de tous ses véteSaens , après sa marche , après ton examen du lieu où était la veuve Jouvin, après tOft

i5o entres dani le oellier , après sa lotie avec cette femme, «près sept blessures faites dans cette lutte, après la mort causée par un nouveau moyen plus long, après êa sorlie de ta cave, après son ^raClion d'un secrëtnire st de deui lerrores, après son i-elour dans le cellier pour constater que la veuve Jouvin était morie , Après le temps nécessaiie pour essuyer avec des linges son arme sanglante, pour aitactier ces linges aatour d'une pierre , enfin après un séjour prolonge dans ce cellier , car une fille entrée dans la cour à deux henres ei demie, dépose qu'elle emendit ouvrir on fermer la porte du celher, par conséquent Reguaull y était encore et n'en est sorti qn 'après que cette fille se fut retirée.

J'ai parlé des impossibilités matérielles. Je vais ■parler d'une impossibilité- morale qui s'applique »pé- ^alement, uniquement à Régoauh.

Deux suppositions sont admissibles pour expliquer l'assassinai dont il est quesiion. Des étrangers, des nrendians , des vagabonds , ont pu facilement pénétrer, conduits par le hasard , dans nue maison dont la conr «trois issues qui ne sont jamais fermées, maison dis- '^ante d'un quart de lieue de celle de RegoauU , y trouver une femme seule , concevoir en cet initani la pos* <ibilite delà tuer, pour s'emparer de ce que cette maison renfermait, accompagner ou attirer cette femme dans le cdiier , sous quelques prétextes , et là commettre le crime.

D'une autre part , mais je suis bien loin dlnsister ÈOT cette hypothèse , et mëni^ je la rejette , les vtnsios de la maison d'Ënoult auraient pu épier le moment oîi .la veuve JoQvin était descendue dans le cellier , s'y glisser après elle , s'y renfermer , et après l'avoir blessée, Pachever en l'étranglant avec une corde. Je dis qu'ils l'auraient pu : je ne dis point qu'ils l'aient fait, parce qu'en tait de crime, je ne crois que ce dont j'ai la preuve évidente.

Mais ^aai tous les cas , il est manifeste que les assas- , «MIS s'étaieiit glissés daD$ la maison , d'Ëaoutt loDgtemps av^nt l'heure oii Regaauh aurait pu s'y reDcii-â> Tous le^ téiooins déposeat que les aboiameos exiraor- (Uaairea du chien enchaîné dans la cour, ont comtnencé à onze heures et demie oa à midi- Le jtige d'instruction el le juge-de-paix ont rapporté cette circonstance plusieurs fois dans leurs pf océs-vei-baux i

, parce qu'elle leura été sans cesse cerlifîëe (i^, N'est-il

.pàsélraDge qu^ils ne Vaîent jamais . t-approchée de U certitude qui devait leur être égaLenjent acqoise, quo Biegnault n'aurait pa arnvcr dans Ce îiflu qiie plus de

.deux heur«s après? Ont-ils crn que le chiea avait

.aboyé par pressen liment ?

\l est probable quç les assassins éuient &u tDoins deux. Car on ne saurait guère croire qu'un homme seul, avec une arme qui ne pouvait pas doaoer 1& mort , ait pu attaquer , renverser , étranger un^ rerane

.quia défendu sa vie jusqu'à la dernière extrémité , et

.qui A reçu sept l^l^sures en la défeadant. Mais ce qui est iuconteslable, c'est nue les assassins, quel qu'ait été leur nombre , ont été tavonsés par mi hasard qu'ils

..^'avaient pu calculer d'avance, qu'ils ont profité de ce hasard à fiusiant même où il s'est utTart à eux , qu'ils eu ont profilé parce qu^ls étaient d^à sur les lieux.

Regaaiilt , au coiïtraire , était éloigné , il était chez luiiramédiatementavaQt la meurtre. Comment auraitil pn savoir s'il trouverait la femme Jouyin seule? Conunent aurait-il pu âirc s^r que, dqrant l'absence de 40n mattre, entra nneheure^t demip et deux heures

(i) Vof^j l> déposîtioD du vobÎB d'Enoult, qaa fit cit^e tout ■a long , et une Mconde dëposiUoa du raim* , A*at les minutes du tribunal de première iastsDCe , pae. 33. Etant cltau ma rtiatur» ( voisine de celle d'Enouh J , veri Its oH^t kturet et damie du mti^ .tin,j'»i^»tendu^»oftrJ«rUm*ntltpUemàe';hainmd^SmuU^

D,a,l,;t!dbïG00glc

et un. quart , par conséquent en plein jonr; aneim habîtani ue le rencontrerait chez elle 7 Qnelle cenilode avait-il qu'elle serait dans le cellier, où elle no devait rester qu'un instani ? S'il mani|n»ii ret instant uniqiie, tout lui <le\enail im|iossible, et il cmii In avec son sabre, devant une femme <{n*i1 avait menacée, qni eût appelé à son aide et qni eni été secourue. J'ai déjà dit qu'il (le primait l'eniruîner def<nce, à tfavei*» une conr spacieiise, onveiie de tous côtés, et dans laquelle les voisins avaient l'haliilnde de regardera chaque instant , par-dpssns lemnr. Pour supposer que Begnauh soil paru de cliez lui dans rinieniimi de ce Crime , puisqu il portail sous son bras , dit on , l'instrument desliné à le coœn>eitri- . iju'il soit arrivé juste au seul luotiieni où l'esëciilion eu fût possible, qu'il ail de la sorte deviné l'ne réunion de circcnt^ances

' fortuites, toutes oécessaties pour que cHie | o^S1bilité eûst»t, et dont cependant il ne pouvait arranger ni maîtriser aucune, je ne vois qu'un tuoven , c'est d'admettre que la veuve Jouvin lui avait donné reude2vous pour se laisser assassiner. ■ '''

Combien d'autres impossibilités se présentent , que

' je devrais détailler peut-être, et que je détaillerais en effet , si je nô croyais être parvenu r l'évidenre !

Celte toilette de Regnauli , où l'a-t il fîiiHe? Il habitait un appartement sépaié de celui de sou ppie par ta cour même daurtlaquelle tes charpentiers travuitJaifnt, C'est dans la cuisine de son pèie qu'ils l'ont vu entier. Pour se revêiir des babils queMéuil prétend avoir vus, il aurait dû lepasser pnr celle cour. Les cliarpeuiiers l'auraient aptrcu deux fois de plus , et la seconde friis dans ses véiemeus nouveaux.-lts auraient conlîrméJa dé|)Osilion de.Ménil, au lieu de la détruire. S'esi-il habillé'cheïl son père? Avnit-il déposé ces vétemens chez II] i y pour tionijier tons les repcdsV Mais alors ton père et «L luère éiaieni dans Ta conûdeiice. Ils

DiailizodbvGoOgle

' j'ont vu panir en habit court, et tedant en main I«

'Sabre fatal ; ils sont ses complices.

Qiiatud il esi reveiiii à travers le village, «n plein jour , couve:-! de sang . ijuelqu'uD l'a-t-il vu? Personoe. Muib au moins, lorsqu'il est rentré , son père et sa mt-re oitl dû le voir loui efisanglaiilë : quelle a dû être leur surprise, leur alarme ! £t à trois heures , en adoptant la version la plus défavorable , un témoin les a

' trouvés paisiblement assis au coin de leur i^eu , Kegnault tenant un enfant sur ses geooux , et qes vieillards octo-. géuaiies, que dans le village tout le monde respecte,

■ que personne n'accuse , ont dtné et causé tranquillement devant lui. Enfin , ces vêtËmens tachés de sang, où Hegnault les a-t il cachés ? Chez son frère , insinue M. lei'rQOureur du Roi de Louviers. Mais son frère, alors, pourrait avoir été son complice. L'on n'a fait chez lui aucune perquisition. Ne dirait-on paç qu'on

. ne voulait qu'un coupable, un seul^ mais qu'on voulait : que ce coupable fiu Wilfrid Regnault , et qu'on a évité -de mettre d'ailleurs qui que ce soit en cause, de peur

de compliquer, on plutôt d*éclaircir l'aHaire 7

Cependant je dois tout dire. L'on a trouvé dans le

domicile de Regnault uu habit brun, dont il s'éiaît ■■ servi quelquefois pour aller à la chasse , et dans les

poches duquel M. le juge-de -paix dit avoir remarqué

des tac4ies de sang. Mais cet habit, on l'a montré à - Ménit : il^ déclaré que ce u'étail pas celui de R^uanlt : lors de leur rencontre. On hji a montré e:ifsuiie ^ime

■ veaie d'iuilienne à fleurs rouges et vertes : il a à peu . près déclaré la recoonaJtre. Qu'où devine ce qui est '. ariivé ? L'on a pris noie dans le procès-verbal de la

reconnaissance de l'\iQ d^s. habits , et des taches d« sang qui se trouvaieiitd^U^ 'es poclies de l'autre !

Lai^isonsces détails. J'ai mille c!ioses à dire encore î et le temps me presse. Je ne' comparerai donc plus cet .diverses dépositions de Ménil ; ) écrirais des volumes.

i54 Oo le verrait dans celle du 1 8 novembre coniger ceDe, du jo avril, ex|)liqiier son silence de quarante jours

' CD prélant à Regnatilt de» propos mieux arrangés pour motiver ce long silence; enfin, perfectionner son récit, piillier ses invraisemblances, d'après l'étode qqe Ici eu que d'antres avaient faite des objeciioBs qui le déin:i9q)3aient. Vous avez une grande- part à ces cor- Teciions, Monsieur : elles ont été suggérées par vos excellais mémoires, et par le plaidoyer doquentetconragens dn premier défenseur d« Wiifrid Renault (i) , de ce défenseur auquel l'infortuné, si^cOHime j'ose respérer. son ionocenoe est reconnue, devra tant de

' tecohnaïssance, pnisqu'en défendant son honneur -

'' quand sa vie éiail condamnée, et en le protégeant au pied de l'échafaud contre une ciilomnie donblsment ai>oce, il aura âié sur lui Panention publique, et d^ terminé en sa faveur ta justice du Roi.

' Je n'insisterai pas noo plus sur le caractère momt de Ménil. Qu'importe quHl ait caché nnp chaudière

■ -^our la voter , on que , suivant la version de ses pané-? {^yrisies, on l'ait seulement soupçonné d'avoir voulu h voler, parce qu^l l'avait cachée? Qulmporte qu'on Taii accusé de trois antres vok? Je ne oiêflide point s.'il a quelque Inen ou s^ mendie ; ou si , «e qui pourrait tout concilier , i) a quelque bien , et pourtam il mendie, comme le cerlîfient des témoins qui lui ont fait l'aumôn^. N« suRît'-il pas qu'il ait déposé des faiu d^ montrés fiiux , des faits qni se réfutent l'un l'autre ? J« suis las de me traîner à travers tant de Tëvollaalea absurdités. Une seule me resie encore , que je ne pin» omettre , parce qu'elle est dHinè haute importance, qu'elle aurait pucoâter la vie â un innocent de plus ;

^ qu'eHe est, enfin , pour employer les paroles de M. le jiroisureiiT-génénil fouquet^ tin trait de lumière, et

(i) M. GsirUrdla Feirière.

D,a,l,zt!dbvG00gIè

îii5

que je veux opposer ce irait de lumière à celui qui a paru si éclalaDt à M. le procureni'-général.

Je Vais, dans ce but, reprendre de nouveau la suite des déposiiioos.

Maria - Madeleine Lenroine , femme d'Atigustin Coquerel , ( remarquez bien que c'est la 611e du voisia d'Ënoult^ et que c'est Honoré-Paui Coquerel qm a le premier déclaré qne ses soupçons planaient sur 'Regnault ) ', Marie - Madeleine Ltemoine dépose , lé 1 1 avril , « qu'elle a vu passer, le premier de mars , » dans la rue de la Haîtréa , qui rejoint la nidle des » Escaliers (i), ( où Mënil dit avoir reûcoiilrë R*- » gnautt), la servante deWiRrid Regnatih. J'ignore^ » coniinae-i-elle, d'où elle venait. Ilélatt alors raaq '» heures ou cinq heures' et un quart. » (3)

Hortense-Eu^énie Lemoine, nièce de la précédente^ dépose que: a Ce premier mars, sur les quatre heures » du soir, étant renirée chez son grand-père, et s'étant » mise à travailler, après avoir fait la collation, elle » a aperçu alors la (ille Naoeite, servante de Wilfrid 9 Regnault,qui sortaitde la rue delaHailrée> et qui » touroaît par la rue des Escaliers , qui borne la ma- )> sure d'Euoult. J'ai fait la remarque, ajonte-t-eile, » qu'elle allait assez vilcetlôrsqu'elle m'eut aperçue, » elle a raleoii sa marche. » (5)

Ces deux dépositions sont bien positives.

Que seraii-il résulté si elles n'avaient pas été contredites? Que cette mallicureilse servante eût été consi- ,dérée et traitée comme complice de son maître. Elle fut arrêtée, en effet , le ]4 avril, et ne fut remise en liberté que quinze jours pins lard. Le crime deKegiiault aurait en même temps acquis plus dé vrai"

(1) fo^et le plan figuré.

(a) Extraîl des minutes delà Cour d^MsiKS , pag. 197.

(3j ^trait des minutes, eto. ,j)a9- 199>

i56 sembbnce. Le meurtre de la veave Jouvîo * difficile à exécuter par un seul homme, serait devenu kïen plu» probable, si Ton eût pu l'attribuer à deux assassins.

Ecoulons, maintenant, les témoins qui suivent : , On demande , le ii avril , à Ma rie- Hyacinthe Salle, femme de Vincent Toussaint, boulangera Saîote- Coloœbe : & Si elle n'est pas allée à Elbeaf le samedi s premier mars? ella déclare y avoir été et y être » restée toute la journée. «"On lui demande: c(Siell« . » a TU la servante de Wilfrid Regnault dans le cou- » rant de cette journée? » Elle répond: « Qu'elle l'a » vne à son étal , prés de sa voiture , qui vendait du

> pain avec Sa maîtresse. » On lui demande : « A B quelle henre cette servante a pu êlre à Amfreville?» £l!e répond : a Sur les huit heures du soir. » (0

On deoiande au Cls de la femme Toussaint : « S'il

> est resté toute la journée à Ëlbeuf ? » 11 i-épond : » qu'il n'en est reparti avec sa mère qu'une heure 9 avant la Un du jour, qu'il a vu en paitant la ser- » vanle de RêgnauU, qu'il a fait route avec elle -a pendant une demi-lieue, et a laissé la voiture de » la femme Regnault derrière lui. »

Lorsqu'on interroge de nouveau, danS' le procès en faux témoignage , la fille et la petite fille de Lemoine, le i5 novembre, voici leurs réponses sur la dénosiiiou évidemment fausse qu'elles avaient faite : « J'ai vu de notre cour,' » dit la première, « dans » la ruelle de la Haîtrée, une fille que j'ai prisé pour » Naneile , servante de Wilfrid Regnault. J'ignore » qiiélle heure I] était. » ( Elle avait dit formellement dans sa'déposition qu'il était alors cinq heures ou cinq heures' et' un qnart. ) « Ce'que je puis dire , c'est que ♦ je" rentrai à l'instant dans notre maison , où je fus

(i) Extrait des ratnutei, etc. ,jiag. io8. ' ^-

D,a,i,;t!dbïGoogIe

i57 » obligée d'allumer ma chandelt* pour travailler. J« » n'ai pas dît que j'avais reconnu parfaitemeot cette » fille pour la fille Naneite. (i) « Je suis certaine, di|: la seconde, d'avoii- vu Naneue, servante de Wilfrid » Regnauh, dans la ruelle des Escaliers, le premier s mars dernier , dans la soirée. J'ignore quelle heure îl , » élaii, » ( Elle avait dit que c'était peu après quatre » beares du soir. ) a Les chandelles étaient allumées » depuis long-temps. Je ne nuis dire s'iléiâit plus ou j) moins de huit heures. Il faisait en ce moment beau D clair de lune, «(a)

Que penser de ces variations sur l'heure , de celte désignation positive de quatre à cinq heures la première fois, puis de ces chandelles allumées la seconde, pour jeter du doute sur l'instant précis, puis de ce clair de lune qui vient à point nommé , afin d'expliquer qu'on a reconnu une servante à une distance assez grande , et que celte servante a pu distinguer dans une cour UQ enfant dont la présence lui a fait ralentir sa marche, circonstance qui n'est' plus mentionnée dans la nouvelle déposiùon ?

Je le répète.' Si le hasard le plus inattendu n'eût prouvé l'alibi de celte malheureuse servante, elle périssait. Toutes les invraisemblances du crime de Remiault étaient dissipées. Ces denx témoins coûtaient la vie à deux innocens. Et après cet exemple, on ajouterait foi aux assertions de Ménil, de Ménil qui »e conlredit d'une manière bien plus manifeste et plus choquante, de Ménil qu'un surnom adopté par tout 1« village qu'il habile désigne comme stupide , et qui, en effet, doit se trouver heureux d'être considéré désormais comme un misérable imbécille !

J'aiouierai que les deux témoins dont je viens de

(i) Eitrnit des minutes du tribunal 3e première (î; Extrait des ininules , etc. , p"g. i33-»34.

DiailizodbvGoOgle

i53 parler n'ont point ité|ioztrsoivi»pour ùan. témoignage ^ et je l'ayoue , cette coosidération m's mis à l'aise. Puisque les magistrats ont jugé qu'il n'y avait pas de. fans lémoignage dans les dépositions qui vouaient à la mort nue fille innocente , je n'inculpe point le témoin Méoîl , en disant que ses dépositions aussi étaient fausses. Je ne l'accuse de rien ; il est innocent comme les autres témoins qui ont dit ce qui n'était pas.

Ah ! que tout le monde soit innocent , pourvu que rinnocenctt de RegnauU soit reconnue l Qu'on jettQ un voile sur tous les détails, sur tous les soupçons^ sur toutes les manœuvres qui ont signalé ce procès horrible. C'est mon désir ùncère , et c'est dans ce but que j'écarte de nouveau d« cette lettre tout ce qti| tient aux motifs de la persécuuon que Regnault a «prouvée.

On doit me rendre justice; je ne fais en tout ceci que l'indispensable.

Dans ma première lettré, je ne m'étais attache qu'aux formes (i). Je n'avais parlé du fond du procè^ que très-incomplètement. Je croyais en avoir dit assez pourfaireprésumerriniiocencedeRegnault; et comme on pouvait espérer un nouveau tribunal , je m'en remettais à l'équité deg juges.

Le pourvoi de Aegnaujt ^aat rejeti , son salut dépendait de l'examen du food de sa cause. J'ai dû entreprendre cet examen , et j'ai da la sorte été forcé à £iire on pas de plus. On m'objectait de toutes parts que les soupçons n'avaient plané que sur lui. J'ai dû

Srouver qu^Is avaient pla^ sur d'autres. Certes , en émontrant l'existenoe de cm soupçons , je n'ai poii^t prétendu qu'ils fussent fcMidés. J'ai pu , à la distance où je suis , acquérir la conviction complète que Ke-

li procédure.

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gnanh ii*ést pas CDu|>abler , et je l'aurai fait paaMr , j* l'espère , cett« cooviotion , dans l'àiD« de mes lecteurs.. Mais je n'ai pu acquérir, et je le déclare , je o'aî acquis aacune donnée sur la ptotubilité du crime de persoone. Cependant, j'aurais mieux aimé q'avoir pas k parler des conjectures que ce crime a fait naUre. L'on m'y a réduit par une objeclion absurde.

Que tnaiotenant oo ne me contraigne pas , par une seconde objection qui serait d'une absurdité égale, à f^ire encore nn pas dans cette carrière obligée de révélations qui me répugnent. Qu'qiÎ ne cherche pas i rendre invraisemblables les injustices , les irrégularîtésj les violation» de forme , qui ont conduit un innocent au pied de l'échafaud, «n niant que cet innocent fût l'objet d'une haine acharnée, et eu demandant d'où cette baine acharnée aurait pu naitre.

Assurément , je n'abandonnerai pas cet homme quo j'ai défendu , lorsque son innocence n'était que vraisemUable , je ne l'abandonnerai pas aujourd'hui que son innocence m'est prouvée. Je répondrai donc ji tout; mais cette nécessité d« répondre à tout , je souhaite qu'on me l'épargne.

Croit-on que la réponse serait difficile, quand j'ai déjà pour point de départ ce procès en calomnie dont toute la France a retenti ? Ceua qui poursuivaient ua raalhet>reux sous la hache des lois j ceux qui répandaient Popprahra sur une tète que le glaive allait atr. teindre; ceux qui flétrissaient sa vie, quand il ne lui restait qu'un dernier recours pour échapper à la mort, pensent-ils qu'il n'eiisie aiU)an vestige de là haine qtû les aveuglait?

N'ai je pas des preuves que cette haine existait auparavant, quand Kegoault rendait hommage à la vérité, en faveur de malheureux paysans qui avaient rempli leurs oblî^tion*, etdt^nt on faisait vendre i«» meubles?

N'ai-je pas (les preuves que cette baine se prolonge encore, puisqu'on a écrit pour étouSer ^a^ilaiiile, quand cette plainte était son seul moyen de salin ? ^ i )

Cette haine , je veui le croire , était l'effei des pré- "veniions antérieures. L'on avait adopté sur Rfgnanlt des bruils mal fondés. On accusait cet ancien Habitant du faubourg Saint-Anloine d'avoir pii.-> pan aux crimes qui ont souillé la révoluliou. Suivant ol>scurément son commerce paisible , il était re>le loujunrs élrnnger à ces crimes. Il n'avait même jamais faii paiiie d'aucune association révolutionnaire. Miis on l'en accusait, et, dans nos temps d'exagérations, (jui ne sait que les esprits prévenus passent rapidement de la haine pour les opinions à la conviction contre les hommes?

Et cependant , je dois le répéter , Regnault ne la méritait en rien cette baiue. Depuis que j'ai eu le bonheur de le défendre, j'ai vu accourir auprès de' moi des citoyens qui l'avaient connu, et qui, après vingt années, conservaient pour lui l'intérêt ei l'amiiié qu'inspire un homme doux, inofieasîf, et irréprocbable.

De ce nombre ( je rapporte ce fait , parce qu^t llionore trop pour que je le taise), de ce nombre est ce sieur Dubosc , du nom duquel on avait abusé à son insu, et qui ensuite avait signé en faveur de Regnault un certificat dont j'ai fait mention ailleurs. Questionna de nouveau par M. le préfet de police , qui sans doute voulait se convaincre de l'erreur de ses agens pour la réparer, il est venu chez moi ; je ne l'avais jamais vu , je n'avais point sollicité sa visite. Bien qu'il fût oer-. tain que toutes ses réponses étaient avantageuses k

(i) Au moment où j'écris , j'apprends qu'on sollicite des déclarations contre Regnault. Od s'est adressé eotr'aitlres à un eufaut deseiu ans, lille d'un charretier de M. de Blotsevillc.

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Wllfiid Regnauh , il scmlail sa conscience scrupuleuse pour savoir s'il en avait dit assez, s'il n'avait n} oublié ni laissé défigurer la moindre circonstance : eillou voyait dans chacune de ses paroles la sollicitude d'un ancien ami et l'inquiétude d'un honnête bumtne. Celui qui laisse de tels souvenirs , o^est pas un assassin , n'est pas un homme odieux.

J'entie dans ces détails ^parce que je suis blessé, je l'avoue , de je ne sais quelle aSeciation d'impartialité qu'çn rencontre souvent et dont l'aiiiour'propre est le principe, et l'injustice la conséquence. Que de fois , en me louant trop d'une action très-simple ,- en reconnaissant l'innocence de Regnault , quant au fait particulier , n'a-t-on pas ajouté que d'aillturs il n'était probablement pas un sujet très-recommandable! Et qu'en savez-vous, vous qui le jugez, et qui, précisément quand il a besoin de l'opinion , prononcez avec négligence des mots qui peuvent la désintéresser, de sa cause? Vous ne vous êles certainement jamai» donne la peine de descendre dans les détails de sa vie humble et Ignorée , mais vous voulez faire acte de discernement, insiuuer que votre pénétration rapide fait la part de la conviction et celle du doute, parce que le doute est une preuve d'esprit ; et pour vous donner ce brevet de.sagacité , vous nuisez autant qu'il est en vous à un homme qui ne vous a jamais fait de mal , à un homme qui n'est pas encore sauvé ! Ah ! si la calomnie vous atteint un jour , vous saurez ce que c'est que cette élégance de' scepticisme. L'on insinuera aussi que tout «n étant victime de l'injustice , vous avez sans doute eu de votre côté quelques torts, et l'on affaiblira de la sorte dans quelques âmes peu affermies le mouveoïent qui les porterait à'vous défendre ou à vous secourir.

Je termine ici cette lettre , Monsieur. Tons savez mieux qu'un autre tout ce que je oe dis pas. Je ne

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