II" LETTRE
A M. GDILLON-BARROT,
Sur le Procès de WihVMD RnaNjâVir.
ONSIEURt
Ma première lettre ne traiiarit qne des formes mW vies dans le procès àfi Wilfrid Regoâult , f ai pu indi^» quer les signes manifestes de la prévention qui a dirigé la partie publique. J'ai pu relever IHnexaGiitude dea renseignèmens fournis par des hommes en place : j'ai pu affirmer que les jurés s'étaient laissé doitoiner par des préjugés résultant de ces renseignèmens si déplorableraent értonés. J*ai pu tout Cela, Monsieur, pour justifier Kegnaùlt , etjl sans diriger sur d'autres aucune inculpation.
Forcé d'examiner maintenant le Ibnd de cette horrible affaire , je voudrais m'imposer la méqae réserve. La lâche est difficile. J'aurais votilu qu'elle ne fôt pas indispensable, et malgré des ensagemens pris avec une sorte de solennité , qu'on pardonnera sans doute ,
Euisqu'il s'agit de la vie d'un homme , j'aurais été eureux d'y renoncer. Gcir , si je ne puis démontrer 3ue Regnault n'est pas coupable , sans renouveler es soupçons dont il m'est douloureux d'être l'organe, mon mouvemeÉt n'est plus avisai comfdet, ma sali»; faction u'est plus aussi pure* D est bien diffirent dé défendre ou d^ccus^en
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Je le sais : l'on m'a donné l'exemple de flélrîr le» hommes sur des bruils vagues y et ceux - là se sont trouvés faux. L'on a travesti contre Regnault, en assertions positives , des rumeurs mensongères. Mais je n'imiterai pas cet exemple. Je voudrais arracher un innocent à l'échafaud vers lequel on le traîne , et non point inculper des inconnus. Je traçais avec joie diaqoe Ugne de ma lettre précédente. Je remplissais une mission de salut. A présent tous les mots qui se
S lacent sous ma plume me frappent de scrupule et Inquiétude. • ^
Cependant Regnault est dans un cachot , seul , chargé de fers , sous un arrêt de mort. D'impitoyables £>rmes trompent les regrets des juges suprêmes. Le -nialbeurenx sér^t sans appui ^ si quelque^ défenseurs ^i ne l'pni jamais vu l'abandonnaient. Ses vieux parens octogénaires, sa mère/ qui ne l'a pas quitté un instant durant les irois quarts-d'heure pendant lesquels s'est commis le crime dont il est innocent, sont minés , flétris au bord de leur tombe. Il ne faut donc ptts déserter sa cause.
J'ai commencé, Monsieur, par ce$ observations^ parée que , depuis la publication de ma première lettre, une objection m'a été faite, que. je conviens n'avoir pas prévue ^ et même à présent ne pas conce* voir. Si Regnault n'est pas coupable , m'a-t^on dit ^ qui donc est l'auteur du crime ? Comme si Regdauk ou ses défenseurs pouvaient le savoir l Co^me si ,
Kécisément parce qu'ils n'étaient pas sur le lieu de ttentat, ils.ne devaient pas être dans l'ignorance du criminel qui l'a commis I Comme si , en supposant que nous eussions des soupçons , que nous pussions former des conjectures , ce n'était pas un mérite à Doos , tant qu'il reste un doute, de nous abstenir de les produire !
le ne répondrai donc à cette question qu'en obser»
4ant que Fignorance où l'on esi des vrais conpaMcs , n'implique rien contre Regnault , s'il ne s'élève pas d'ailleurs conire lui des preuves : cpie la justice n'est point tenue à trouver nëcessaireraent l'auteur d'un crime, mais qu'elle doit juger si tel individu en particulier a pu en être l'auteur : que notre législation ' ne veut pas , pour que chaque crime soit puni , qu'au défaut d'un coupable on ])renne un innocent ; et qpç tel serait néanmoins le système qui résulterait de i é^ trange objection que l'on m'a faite.
Je montrerai toui-à-riieure que de tous ceux sur iqui le soupçon pouvait planer^ Regnnult était celui qu'il devait le moins atteindre ; mais il faut auparavant raconter tous les faits. Je n'ai voulu ici que réfuter une prétention , qui tend à exiger que Regnauh sache ce qu'il ne peut savoir , sous peine de le regarder comme convaincu d'avoir fait ce qu'il n'a pu faire. * Le sieur Jean Enoult , marchand de bois , habitait /^ une maison , ou, pour employer l'expression du pays, une mâsurç , dans le village d'Amfreville. Il tenait cette maison à bail de Wilfrid Regnault : il lui avait fait , soit pour le montant du loyer , soit en partie pour d'autres objets , des billets non encore échus. Il avait pour servante une femme, la veuve Jouvin.
Regnault ayant conçu un projet de voyage ou d'établissement lointain , sollicita Enoult de lui escompter ses billets, Enoult y consentit et lui promit d'aller chercher des fonds à Elbœuf. Il partit en effet , le premier mars, pour cette ville, à dix heures et demie dh matin. Pendant son absence, et à une heure qu'on peut conjecturer avoir été d'une heure et demie à deux,parçc que le travail fait par la veuve Joùvin prouve qu'elle vivait encore peu avant deux heures , et que les préparatifs de son dîner trouvés sur sa table , annoncent ■ qu'elle n'avait pas pris ce repas avant sa mort , cette "femme fut assassinée. Le secrétaire d'Enoult fut forcé ,
îf^
nne sfyfnme de deii% cent cinquante à denx cent luxante francs qui y était renfermée, fut enlevée» Cher- «tuée iu-niilefnent par son maître revenu h six heni'es^ jjpjsqn'ati milieu de la nuit ,: celle servante fut, à la suite de perquisitions )uridiques faites par le j-nge d» pni»de 't'ourvilfe^ Eustaelie Brouard , trouvée morte «ib«^ un cellier séparé de la maison de tûv^e la lar- ^etir de la cour, le lendemain, à six heures du matm.. îies^ bfessures de cette (enidfie furent examinées par le sieur Diard y chirurgien ^ q;ui déclara qu^'elles avaient été faites parle moyen d'un tranchant , tel qu'une serpe tm\ une hachette. U découvrit de plus que les assassine favaîent achevée en Tétranglant.
Ptodant ees perquisitions et ces diverses formalités lieauGOiip d'halntans du . village se rendirent sur les Kegx» Regnauk y vint comme les autres. Le- juge de pairs l^intei*pella pour savoir si Enouh ne lui devaif po» àe Pargent. L'on aurait conçu que si Regjfiault eût éiéle débiteur. d^Enouk j €>n lui eut fait une interpellation ifcndant à découvrir s'il n'avak pas eu intérêt k se* débarrasser par un meurtre d'un créancier imporimni* Mais e^étaii le contraire ; et certes, voler sondébi*^ «eur d'une somme de 260 francs an plus, quand on doit recevoir delui onze cents fradcs leleademain, forcer son s«erétaire, assassiner sa servante^ dans un moment «Mi te départ même du makrepour aller chercher dea Cjadft.^ semblait indiquer qu^ nen laissait que trés<f^jt chez lui f est déjà une grande invraisemblance. ^ Ré^auk eut été le débkeur d'£no«ilt , it eût pu vouloir éteindre sa dette par tin assassinat. Si, pour éptaiser toutes les suppositions ^ le vol eût été commis exprès le retour d'IBnouIt, quand cdui- ci; était censé avoir en sa possession les 1100 francs qu'il devait lîemettre à Regnault le lendemain , on eût pu croire «tpme Regnault avait voulu s'emparer de cette somme ^ eft>seUbttant de n^étce pas découvcit ^ et rester ci*éj^^-
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cîw detreliiî qu^il «uraîl volé. MaÎ5 $np|)05er cp^ « chom un moment où il n'y av»it dans la maibOii qiic rieii ou peu de chose , n*ëtaii'-ce }ias une^écr^ugecoii^ec^ tare ? eHe parut telle à tous les assistans. L'iuierpdlaiiott du juge de{)aiY'le5 ëtonnatous, ce qui prouve à lir fois combien Cette interpellation leur semblait bîearf>e^ et Coipbien peu aussi les soupçons se diitgeaieai sur Regiiault. (i) Qui le croirait pourtant? dans Tacie d'accusation ^ dans les informations paràculières ^ on a tourné conue Regnault cette preuve delà convtcûott\ que le public enii*etenait de son innocence. Deux iti;igistrats ont affirmé que Tétonaenient de ra5semblëe avait eu pour cause, non les questions adrest»ée«Ji Regnault 9 mats sa présence. Vraiment on est pnei :à maudire Tinvention du langage^ quand on voiKjueltes conséquences un léger changement de mot^ peut entraîner. Regnault répondit, sans entrer dans die ^i*ands détails sur ses lelations d'iniérêl avec Enoult^ et il c assez simple, quand toute l'attention était occupée d'iMi meurtre, qu^l n\itt pas songé à tendre uo oompte exact dé ce qn'EnouIt lui devait , chose complètement étrangère ii rév<6nement qui avait eu lieu.
Un instrtiment à l'usage d'un couvi*eur mit chaume ayant été trouvé sur d^bouriées, donna lieu àperuier que le crime pouvait être l'ouvrage d'un nommé Bwpuis, couvieur, qui fravaiilail à Tourville, village à quelque^ distance d'Amfreville ; Enoult pria Regna^Ut de sloforrher-sice Dupuis ne s'était pas al»seuté dai lieu oji il travaillait. Rogciaull se mit ea route.
On lui a fait un crime de ce voyage, et mafgi^ la déclaration réitérée d'EnouIt qui a toujours recoantiJa hn avoir demandé (i)^ Pon a prétendu qu'il avait s»Hi* cité cette eomnission pour diriger jes sou{>çon6 contre
Dnpiiis.
(f) Extrait des i\UDUtes de la Cour d'«tô!â^s, |tag. t$s*i<6^ {2)f^o/'ex plus iqiia la déposîiiVn d'£noaLt«
IIO
Le juge #^e-paix demanda aux assîstans^ s^ih 7}\waient point connaissance des auteurs du forfait, ou s'ils ne pouvaient pas lui fournir des renseignem^ns qui pussent le mettre sur la voie de les décou-^ vrir. Leur réponse fut purement négative : et le juge «le paix^ considérant que Ini-méme et le sieur Enoult n'avaient non plus aucune donnée à cet égard , termina les» opérations de celte journée, 2 mars (1). *
Il est donc certain que» du moins jusques alors , aucun soupçon. ne se dirigeait coutre Kegnauh. Dupuis était l'unique objet des conjectures. Le sieur Diard le déclara encore le lendemain 3 mars : on a vu dans ma première lettre qiie très-complaisamment il avait signé un procès-verbal qui favorisait celte hypothèse. Mais Regnault lui-même^ vC^venu deTourville , disculpa Dupuis de la manière la plus positive.
Le 3, le substitut du procureur du Roi se rendit sur les lieux. Il entendit d'abord le sieur Diard ,t|ui , après avoir renouvelé Pexaraen du cadavre, fit uu rapport pareil à son rapport de la veille y et ensuite ^ interrogé comme témoin, déclara que la voix pj^bliquo soupçonnait Dupuis (a). .^; *.
Le sieur Enoult , parlant après le sieur Diard , ré* pondit qu'il n'avait aucun soupçon relativement aux auteurs du crime. Neuf témoins furent entendus successivement (5). Le neuvième de ces témoins, en attestant l'innocence de Dupuis avec lequel il avait travaillé, certiGa de nouveau que la voix publique l'avoit accusé (4). De ces neuf témoins, aucun ne prononça le nom de Regnault^ si ce n'est le propriétaire chez lequel il avait été la veille prendre des renseigne-
(i) Extrait des minutes déposées au grefTede la Cour d'assises à Evreux . pag;'. 23.
(2) Extrait des minutes de la Cour d^assises d'Evreux , pag. 3i.
(3) ETJrRÎt des minutes, depuis la p»g. 23 jusfju'à la pag. 5o. (4; Ibid. , pag. 48-49.
mens sur Dupais , a la sollicîtalion dTnôult , et qui racputa sa visite.
Tel était donc l'état des choses. Aucun soupçon D^atteignait Regoault. Le seul juge de paix , le sieur Brouard , l'avaitinterpellé d'une manière étrange , qui avait surpris tout le monde; mais cela même n^avait pas fixé l'attention sur lui.
Ici la scène change. Je supplie le lecteur de me pardonner des développemens, des détails, des répétitions. Tout est important, chacun des mots, chacun de$ actes, la date non-seulement de chaque jour, œaif de chaque 'heure, de chaque minute.
Je recommence donc : Iieuf témoins avaient déposé, depuis dix heures du matin, le 5 de mars. Dans aucune de leurs dépositions , Regnault n'était inculpé. Aucun ne Pavait nommé comme ayant la moindre relation avec le crime. Tout- à-coup , k 4 heures et demie , le même 3 mars , M. Lemercier , substitut du procureur du Roi, M. le marquis de Blosseviye , maire de la commune, M. le juge de paix Ëustache Brouard, un gendarme et deux gardes champêtres se transportent che£ Regnault : et , pu les pièces relatives d t assassinat et attendu les soupçons qui s^élèvent contre lui , on fait une perquisition chez Fui et il est arrêté (1).
attendu les soupçons et vu les pièces! Mais aucun soiipçon ne s'était élevé! Mais les pièces ne contiennent pas une fois le nom de Regnault comme suspect! Mais son nom n'avait été prononcé par aucun des neuf témoins qui jusqu'alors avaient déposé!
Remarquez bien l'heure. C'est à quatre heures et demie , comme on voit , que la perquisition contre
(i) Extrait des minutes , etc: , pag. 85. Il est assez remarquable
Sue ce procès-verbal , d'une opératioa faite le 3 mars , soit placé , ans les minutes^ à la suite des procès-yerbaux de toutes les opéra* tious du 4.
EegnauU a 'lîfSQ. Le subsûtut du procureur du Roi, 2»on commis^ et le jnge de paix Brouard, y a|s)»isieQl , car ils en ^igoeut le procès-verbal au domicile de Regoaph niénie ; et cep^udauiyPauire procès-Terbal, celui de l'siuduion des tém'oips, rédigé par Iqs inémea jjersooni^» n^ paraît ni interrompu, ni clos. LVudicioà continue: un dixième ténioio (Bst^enteodu ; c'est après ces mesures prises avec éplat conire Regnault que co témoin déppsiQ, car immédiatement aprèi sa dé|v>sition le procès verbal est clos , attendu quHlest hait heures du soir : et ce lo^ témoin , sur rioterpeljation usitée , s^il a comud^sance des auteurs du crime , répond : J'ai entendu désigner le nommé Dupuis par la poix publique. Quant à moi t, mon soupçon plane sur le nomnié tf^ilfrid RegrumU{\ ).
. Je n'examine point comment Ù se fait que le subs^ tiint du procureur du Roi et le juge de |>aix aient verbalisé à-la;fois en deux endroits : comment , étant occupés , ainsi que l'un des procès- verbaux le constate , depuis dix heures du maun jusqu'à huit heures du soir, à recueillir au domicile d'Ënoult les dépositions des témoins , ils ont été a quatre heures et demie , ainsi que l'autre procès-verbal le constate aussi , faire une perquisition dans le domicile de Regoault , sans que le premier procès- verbal fasse mention , suivant l'ti*!sage, d'une suspension ou iûterruption quelconque, et comment ils ont toujours régulièrement signé les deux procès-verbaux rédigés par eux simultanément en deux endroits diflerens. Je me borne au fait , et je dis: Aquati*eheuiesdu soir, je 3 mars, aucun soupçon ne s'élevait contre Regnaujt , et le substitut du procureur du Roi, et le juge de paix, assistés de M. le marquis de Blosseville, ont fait une pen{uîsition cbes lui , et il a été arrêté , et les magistrats ont allégué y
(i) Extrait des luioutes , pag. Sx.
IID
• pour motiver leurs actes contre lui , un fait qui n'était lias. Car ils ont dit qu'Us agissaient, attendu les soupçons qui s* élevaient ^ et vu les pièces ; et à quatre teures du soir aucun soupçou ne s'était élevé , et à quatre heures du soir le nom de Regnault^ comme soupçonné , ne se trouvait dans aucune pièce. Je tirerai
dixième témoin , comme je l'ai dit , déclare que son soupçon plane sur Regnault ,cV après son air y sa contenance et ses réponses au sieur Enoult. El quelles étaient ses réponses si propres à faire naître les soupçons ? Le sieur Enoult lui ayant demandé s^il n^a^ ifait pas connaissance que lorsqu^il vint chercher des chaumiers près de son four ^ il y eut laissé ou vu un outil d^ ouvrier » il répondit que non , qu^U n^a-^ vait pas conutaissance de cela. Et aussitôt après celte réponse , vu qu'il était huit heures du soir , et comme si le but de cette journée eût été atteint, le procèsverbal est clos ; et considérant que les causes de la mort de la veuve Jouvin sont suffisamment constaiéesj déclarons qu^il n^y a aucun inconvénient à procéder à l'inhumation de son cadavre dans les formes et délais prescrits par la loi.
Le lendemain , Taudilion des témoins continue;' mais fa procédure pi^nd une autre direction^ Toutes les questions sont ae nature à faire accuser Regnault , et je dois remarquer ici qu'il y avait pourtant des circonstances qui devaient suggérer d'autres soupçons (i). On ne les démêle que bien difficilement, et en ras-.
(x) M. le procureur du Roi à Louviers le dit formellement. On a abandonné Ica soupçons qu'on avait eus contre le nommé Jean-Vierre Lemoine, Résumé clés iiiformations et observations
Sartîculièr^s de M. Delafoy, dans les pièces imprimées à Tappui u procès de Regnault f pag. i3.
Tomt III , 5*. Partie. «
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semblam beaucoup de détails épars ^ comme échappcsi aux rédacteurs de ces étranges procès-verbaux. Mais il y avait des individus qu'on avait dit avoir escaladé la cour d'Enoult le jour du meurtre (i), et qui ne rendaient de leur conduite et de leur alibi durant cette journée , qu'un compte bien plus vague que celui de Regnauh (s). On savait qu'ils s'étaient absentés de très- bonne heure le lendemain ^ ou'à leur retour ils avaient couché le surlendemain à Elbeuf au lieu de rentrer chez eux ; et on les avait soupçonnés d'avoir lavé des habits comme pour faire disparaître la trace d'im crime. Ajoutez que précisément parmi ces individus se trouvent deux auteurs d'une déposition contre la servante de Re^nault, tendant à Tinculper de complicué, et qui. a été démontrée fausse, de sorte que «ans le hasard qui a permis à cette llUe la preuve complète de sôo alibi ^ ces deux dépositions la faisaient périr (5).
Je ne dis nullement qu'ils fussent fondés , les. soupçons dont je parle. M^is comment se &it-ii que pas une question n'ait élé adressée à un seul autre témoin relauvenienta des apparences aussi graves ? Ne semblet-il pas qu'on voulait tout diriger sur Reguault?
LiG premier témoin de ce second jour, en tout le onziêtue des témoins, déclare que la nièce de Re^nault e dit qu'elle avait entendu dire que son oncle Wilfrid avait ctélesamedi,jourdu meurtre, chez lesieurËnoulty pour chercher de l'argent : on a vu que Regnault de-
■ 1 I—— i^— — — —^««li— 11^^— ^^^— li^— — ^— — — I r
(i) Extrait des minutes du tribunal de première instance k Evreux. pag. 137.
(-i) Voyez sur toutes ces circonstances et sur les suivantes , les questions adressées par le juge d'instruction à Jean-Pierre Le« moine , cl ses réponses extraîles des minutes de la Cour d^assises, png. i52. Je les rapporte en entier dans la, suite de celle lettre.
(3) Extrait des minutes de la Cour d^assiseS| pag. 194 et ^' vantes. (Je reviendrai là dessus plus tard.}
lio
tait en recevoir d'Ènonlt le dîmatiehe* Ouatrè t(3rtîd!riâ sont examinés sur un ouï-diré : et enfin )a nièce ictâ Begnault» enfant de treize ans, dépose qu'elle a eri"* tenda dire à une de ses cousines , que Wilftid Regnaull devait aller chercher de l'argent chez le sieur Enoiilt^ sans dtésignation dé jour; que si elle a dit le samedi^ c'est par inadvertance ^ et celte cousine atteste en effet qu'elle n'a rien dit de pareil (r); et noieifc ici qu'on verra plus tard que dans le système de l'accuj^alioh ^ B.egnaull iivait dû prendre lés plus grandes précautions pour constater , dès le samedi matin , en se montrant k toute heure à diverses personnes « qu'il n'avait pas pu aller chez Ënoult , et que l'idée qu'il aurait annoncé qu'il devait y àUer, ou raconté qu'il y aurait été^ €fs( inconciliable aved ce système. Mais Enonlt âvàh^ comme on l'a vu -, promis à Regnault ses i i 66 ftmès pour le 2 mars. Il était tout simple qu'il en eût parfô^ et pour des enfans que la chose n'intéressait point, RéI jour était bien indiftërént.
On demande au seizième témoin ^ qtd dépose avôïi" vu Wilffid Regnault chei lui à midi et un quart, s'il ne l'a point vu se dirigeant du côté de là mâïs^ d'EuouU , et si Regnault n'a pas paru emb^urassé éc préoccupé? Le témoin répond non à la première qu^ tion, et dit, quant k la seconde, qnil n'a reibarqiià aucun changement dans sa figure (âi)<
Le a4*. cftle sS*. témoins, des charpentiers travail-' tant ch^t Regnault pour leur compte , attestent set. présence jusqu'à plus d'une heure ^ et l'entrée d'un individu chez lui, une heure après environ, et dë^ crivent ses vétemens , tout differens de ceux que dési^ ^era bientôt le témoin à charge (3)«
! * ■ ' ' ' ' I ■ I « I II - ■ ■ I r . T i, ,tm m
(i) Extrait (les minutes, ele. , pagj 54-6x. ,
i2) Extrait des minutes , etc. , pa^;. 62-€3. 3) Extrait des minutes , etc. , pa^. 74-7 J,
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Le 26*. tëmoio dépose de nouveau qu'il n'a aucune connaissance , et n'exprime aucun soupçon sur 1^ auteurs du crime (i).
Le t^^ reconnaît avoir été chez Regnault ainsi que les charpentiers l'avaieot déclaré, et on ne l'interpelle point cette fois sur l'heure de sa visite (a).
Le aS^., le sieur Enoult, dont nous avons rapporté ci-dessus la première déposition , certifie apoir fait part à Regnault de ses soupçons contre Dupuis .y et V avoir invité, à s^informer des démarches de ce dernier le jour du meurtre (3), Dans l'acte d'accusation , M. le procureur-général a fait un crime à Kegnault de s'être chargé de cette commission , et insinue qu'il l'avait sollicitée (4). On représente à Enouit une clé saisie chez Regnault, et après véri-* iication faite sur ta serrure, Enouit déclare que cette clé n'est nullement celle du cellier où sa servante a été assassinée. Et M. le procureur-général nous dira dans l'acte d'accusation , qu'on a trouvé chez Renault un clé suspecte y dout l'usage eût dû être mieux approfondi , indépendamment de la réponse insuffi- $ante à\x sieur Euoult.
Telles sont les dépositions des 4 ^^ ^ mars. On voit que malgré l'arrestation de Regnault, la voix publique persiste à ne pas le charger. De a8 témoins ^ un seul dit que ses soupçons planent sur lui. Paurai lieu d'observer un peu plus loin , sans en tirer pourtant d'inférences positives , que ce témoin est étroitement lié avec les individus contre lesquels diverses présomptions dont j'ai parlé s'étaient élevées. Il me suffit ici de rappeler que ce témoin ne cite, à l'appui
(i) Extrait des minutes , etc. , pag. 78.
(2) Extrait des minutes , etc. , pag. 8o*8x.
(3) Extrait des minutes , etc. , pag. 8i-83.
(4) ^o)'^* *"û première lettre.
fie ses soupçons, aucun indice ni aucune Traisem* blanc€. Mais en arrêtant le procès-verbal y le substitut du procureur du Roi observe , comme par réminiscence, (\uelors de la perquisition par lui faite ^ le ^ au domicile de Tf^ilfrid Regnault , il a pris la mesure des souliers de ce dernier ^ et que cette mesure ê'est trouvée conforme à V empreinte des souliers d^hommè'rèmarquée deuant une croisée d^ÈnoultÇi^ indiquée ùu procès -verbal de M. le juge^de-paix. Pourquoi cette cohfronlalîon n'a-t-elle pas été raentionnëe au procès-verbal de la perquisition même ? Pourquoi n avait-elle pas été faite en présence de Wilfnd Regnault ?
Les informations recomihehcèrent le 10 mars. Lé premier témoin , le même que le 27*. du 5 mars précédent, interpellé de nouveau , déclara avoir été chez Regnault le jour du Crime , à trois heures et demie y et tie point ,se souvenir dé ses vêtemens. Le second témoin , le ^ieur Enoiilt, réitéra ses déclarations prér . cédentes. «Vous m'avez obse^-vé, lui dit le juge d'jns- JO traction , que d'après une conversation avec Wilfrîd. }» Regnault , il avait été arrêté que , lui Regnault , irait y> àTourville, et prendrait des renseî^nemçns relatifii » au nommé Dupuis. Est-ce vous ou le nommé Rcy> gnault^ qui le premier a fait la proposition ?i?e]po/iÀtf. )) C'est* mpi.qui ai fait la proposition. » (2)
La femme Coquerél , troisième témoin , interrogé^ sur les liaisons et les querelles entre Regnault et Du* puis , dit avoir entendu dire k une autre femme qu'ils avaient eu des contestations ensemble (5). Le qiiatrième, un notaire, dit n'avoir remarqué dans Re-;
téHàmmmÊmBÊÊÊm^ÊêmÊÊmÊÊamn^mitttmmmmat^
(i) Extrait des minutes , pag. 84.
(2) Extrait des minutes , pag. 106. Combînous cette insistance du juge dUnstruction , avec les efforts des accusateurs de Regnauk pour représenter son voyage à Tourville comme spontané.
(3) Extrait de^ minutes > pag. iio.
^ vous appris l'assassjoat commis chez Eaoult? — Le
y> dimanche au soir, étant à Elbeut revenant de
7> Rouen. — Pourquoi étes-vous parti le dimanche
y> matin de bonne heure pour Rouen ? — Pour parler
y> au sieurBoquet , tanneurà Pont-au-de-Mer. — Quel
.» jour êtes-vons revenu de Rouen? — Je suis revenu
. y> coucher à Ëlbeuf le dimanche , et je ne suis rentré
» chez moi que lé lundi. — £taient-ce des affaires
3) indispensables qui vous appelaient à Rouen ? —
y> J'aurais pu les différer. — • Quel était donc le motif
y> de votre départ dimanche ? — C'était pour voir
y> M. Boquet et le nommé Gibert , pour de» sacs
» qu'il avait à me rendre. — A votre retour le lundi^
y> n'aviez vous pas fait laver des habits? — Non,
j> monsieur. — Aviez-vous donné rendez-vous a Bo-
4006 tr. ) suivant ce qu votre départ pour Rouen , aviez-vous vu Enoult ? — Non, monsieur, je ne l'ai vu ni le samedi, ni le dimanche ; et si j'avais appris la disparition de sa servante , je n'y serais pas allé, — Pourquoi cela ? — Parce qu'il me semble, suivant moi, que je n'aurais pas dû y aller, mon voyage pouvant se différer. — »... N'avez- vous pas quelquefois regardé par-dessus le mur d'Enoult? — - Oui, monsieur. — }| N'y avez-vons pas regardé le premier mars ? — r Non, » monsieur. — Y avait-il long-temps que vous n'aviez » regardé par dessus le mur d'Enoult, avant le premier y> mars ? — 11 y avait qujinze jours au premier mars , 5) quejen'y avais pas regardé. — ... Connaissez-vous le ^> nombre d'insirumens tranchans qu'avait WiliVid y> Regnault? — Non, monsieur. » (1)
J'ajouterai d ces demandes et à ces réponses que ce
(i) Extrait des minutes de la Cour d'assises , pag. 152-157.
même témoin, ainsi questionne, a déclaré, lè sept novembre, dans le procès en faux témoignage , qu^il était faux qu^il sefât servi d^une échelle pour esca-^ lader le mur d^Enoult (i)^ et que dans le même procès sa fllle, le 12 novembre, déclare ^i^W/<^ n*a point vu son père escalader ce mur.
A Dieu ne plaise que je tire ici aucune inférehce contre un Individu que je ne connais point, ailquel H est loin de ma pensée de vouloir nuire ! Je n'ai ni le droit ni le désir de supposer le crime ; et comme tout homme qui n'est pas convaincui'est innocent à mes yeux , je déclarà solennellement ma persuasion de son innocence. Mais il était voisin d'ËnouIt ; il était 9 comme on lé verra quand je traiterai de Pimpossibitité que Regnàult 'soit coupable , bien mieux placé que lui pour saisir le moment favorable à l'exécution, 11 en avait été soupçonné (2), Les questions du substitut du procureur du roi , sur son absence le lendemain de ce meurtre , sur les motifs d'un départ subit qu'il aurait pudifférer , sur sa rentrée tardive au village , sur son manque de curiosité , quand il avoit dfi entendre du bruit dans la cour d^Ënoult , tandis qù^l y regardait autrefois sans cesse; sur ses habits qu'il avait été soupçoriné d'avoir fait laver; le besoin qil'il a eu , ainsi que sa fitte , de répondre à l'inculpation d'avoir esCaladé un mur avec une échelle : car on né nie un fait que quand, d'une manière ou d'une autre , il a été mis à notre charge; toutes ces choses ptôuvent que des circonstances suspectes avaient été .1^marquées. D'où vient que tout-à-coup , depuis le 2 mars à dix heures,, époque à laquelle le crime fui connu , jusqu'au 3 , à quatre heures et demie ,' tous
(i) Extrait des. minutes du tribunal de première instance» p- iS^,
(a) Voyez les obsenations du procureur du Roi , do Louvier* , «t ma première lettre.
ces soupçons s'étaient dissipes 7 D'où vient que durant toute l'inslruction Ton a toujours questionné Jes témoins uniquement sur HegnauU , que rien u'in.culpait ? D^ou vient que , tandis qu'on lui reproche si soavuit son. voyage à Tourvilie , quand il est constate qu'ËnouIt l'en avait chargé , on ne reproche point au témoin ^op voyage à Rouen , que lui*méme avoue n'avoir pas été indispensable? Certes, je ne vois rien de suspect dans ce voyage ; mais je ne vois aussi rien de suspect d^QS celui de Regnault, D'oii vient enfin que Regnault seul a . été arrêté , et qu'aussitôt après son arresi^lion l'on ujb s'est appliqué qu'à recueillir et à diriger contre lui les. témoignages ?
J'aînie à croire, que les présomptions qui chargeaient le voisin d'Enoult ont paru trop légères ; j'aime à penser que les magistrat^ n'ont pas voulu porter a.tieinie ,^n9 de graves motifs, à la liberté d'un citoyen ; je Les en approuve , je les en félicite ; mai^ quand pu verra comment ces mêmes magistrats ont tout accnellh, tout inlerpréié contre Regnault , l'on
S;émira de ce qu ils. n'ont pas éprouvé vis-à-vis de lui es mêmes, scrupulesu
Je pa^tse sous silence les recherches faites au fond d'une mare qui ^j^ trouve dans la cour d'£noult. Ces recherches aboutirent, après trois jours de travail , it trouver, prx:)fondémenl. enfoncée dans la vase^ uno pierre envelpj-,pée de y'iewx linges, sur lesquels M, le mfjirquis de Blosî\evilio ^ qui présida seul les deux derniers jours à rQpéra;ion , dit avoir remarqué des taches de sang, taches assez difficiles à reconnaître sur des linge.s couverts de boue ^ et qui y avaient sé-^ journé depuis plus, d'un moi^ (i)
Les iu formatons furent reprises le 5 avril. L? même esprit y règne : a 11. est rapporté, dit le juge d'ins-
a r' ■ ii^ii li n I I i.i.i II I ■>!■■
(i^ Extrait de3 minutes d« la Cutir d'assisas , pa^. ^4^^ 9^*
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)». truction à UQ l^moip ^ que vous avee entendu dire, y> éU\Q|t dan^ la société de Wilfiid Regoauli et de soa y>, frère Lpui$ , aciuellement dccéd^, que l'un d'eux , » en parlant de vols, d'assas^^fî^U et de crimes, au-* 2) rait dit : il y a des criminels de ceue espèce dont les x> criopçs auraient été découverts par c^ux-mén^es - » qu'il croyait bien avoir tués^T^Je ne me rappelle ^ y> pas m'^tre trouvé avec Wilfrid fiegnauh et ^pn » iT;ère, ni avoir tenu pareiljb conversadon« le ma )>; ijappelle , néanmoins , il y a Ipng - temps , avoir D. ent^ndij, parler de moyens propres a cacher jàa% V poursuites del^ justice le crjwinel. *^ N'e^i^-^ce pa^. y> à Witifrid Regp:a9Xt . qu^ voui» avez entendu pi^rler- ».|de.ces; mjpyen;^ propres à cacher l'auteur d'uu 3D OTim^? 'TT JNqq vpaoïi&iiçur , on a içobI, conçu ce qijip. » j'aurais pu dire a cet égard ; quand je me 8t|i^ ï>..trou.yç avec Wilfiid Kegnaxdt , nous ^'ayons uni-* »^ qvieizient parl^ que despn. commerce de bois. )) £(. d^nsî l'acte d'accusation et dans les observatipns par-, liculièfejs, ce propos domend es( i apporté comm^ ii^e probabilité à la charge de RegnauU ! Lq même, témoin est ^nterpçllé 4^ dire quelle impress^pn avait, faite sur lès personnes qui se liouvaiept che^l^UOuU,^. l'i^riiyéç de.VVilfrid RegiiaiijU ? — r a J'ai; rerpqrqjY^^ )). répond il , que toutle.m^pnde jet^ le$ yepx, si|r lui y> et parut surpris , pajree que M. Pvopajpd l'iuterrpr» » geait et Igi dem(ii;dait si Ifç si^ur Eupuk ne devait. » pas lui c^coniptei^ ^qs biUets, y^ C'était donc ^ çau^a. de la question dii jngcd&p^i:^^ , qii(d .tout le niopdâ jeta, léf$ yeui^ svir R^gnault et p/arut surpris } e*est att juge^.rde-pa.i.x et rjon ^ rarrivéïe; de;JR.egqauU qt^'iï htitf atU'ibper la §upprise,
^ Jpi ne: m'arrête pas k l'inioprpgWQire du père et de^ I9 mère de Wilfrid RegnauU , ^ui^pqU le jwge d'ins* truction demande pourquoi leur fils .qui avait la m^i* Un PPÇ redingote déchirée^ arait ra^.qp ha^bii poiii''
^Her chez nn notaire à quatre heures , et si l'on alTiabîtude, pour aller chez le notaire , de faire toilelte'(i) ; et j'arrive au lo avrils époque à laquelle le seul témoin à charge va enfin paraître.
Jusqu'ici , j'en appelle à tous mes lecteurs , y a-t-il nile seule circonstance , une seule déposition qui charge Regnanlt ? Il est arrêté depuis quarante jours. On est invité à déposer contre lui* Toutes les questions sont de nàlùre à le rendre exclusivement l'objet des réponses. Y a-t-il néanmoins un seul fait allégué f Non. Une seule conjecture jetée en avant comme son soupçon personnel , sans preuves et sans, probabilités àticnnes , par un seul individu qui ta motive smr une réponse de Regnault à Ënoùlt-, tette que Regoault avait dû la faire y telle que tout autre Saurait faite à sa place.
'Aussi, monsieur le procureur -général , qu'on dirait soulagé j enfin ^ par l'apparition d'un^ témoin à charge, célèbre-t-il , dans l'acte d'accusation, cette afpparition tardive comme un trait de lumière qui explique tout d'une manière évidente et précise. On va voir ce que M. le procureui-général appelle évidence et précision. ^
Jean-Pierre Ménil , surnommé Bêta j cequi vé ut dire imbécille , batteur en grange à AmfreviUe , dépose donc le 1 o avril , en ces termes : ce Lé samedi y> premier mars, entre deux heures , deux heures et i> demie, au plus tard, passant dans la ruelle dite » l'Escalier , pour aller chez le père Président pour »• acheter une vergée de terre , j'ai vu le nommé Wil- D frid Reguauh^ qui sortait de dedans la masure oc- » cupée par le sieur Ënoult , par le petit potuis qui' * est près delà cave. Lorsqu'il m'a vu , il m'a abordé, » en me disant : Ne dis pas que tu m'as vu , car il t'en
(i) Extrait des miaules , etc. , pag. 167-173,
B souviendrait. Il était vêtu d'une veste ou habit 9 court , couleur jaune ou blanchâtre , sur laquelle D j^ai remarqué des taches de sang , ainsi que sur sa D culotte et sur ses mains. Il tenait dans l'une de ses » mains une espèce de lame en forme de sabre , de la y> longueur d^un pied et demi , qu'il caehait sous son 31 bras. Le voyant ainsi ^ je lui dis ^ te voilà beau y^ garçon ! sur quoi il me répondit : .T'ai fait une ope- ^ ration , je viens de tuer un dinde. Après avoir eu 7> cette conversation avec lui ^. il m'a quitté et a diiîgé s> ses pas du côté des Forrières, tournait sur la droiie. D Le même jour , je l'avais vu^ à dix heures du max> tin , sur la porte de son père. Il causait alors avec » le sieur Nicolas Lemaire , le boiteux. Le lendemain y> dimanche , a mars , à dix heures du matin , je sub ' » allé avec Wilfrid Regnault , son frère François , et y> le nommé Lepage , sur le chemin deTourvilie. J'aly> lais au moulin neuf. Je les ai quittés^ près de ce y> moulin : ils ont continué le chemin vers Tour.vilIe ; » pendant que nous cheminions ensemble , et parlant 1^ de l'assassinat qui avait été commis la veille , je dis : » C'est.bien malheureux pour celte fille! Wilfnd Rej) gnault reprit en riant : Ah! bah ! une de tuée, » deux de retrouvées 1 Lepage se mit à rire sur la ré- D flexion de Wilfrid Regnault y je n'ai pas eu d'autre y> conversation pendant ma route. Le nommé Dabiel, » boulanger à Amfreville , était de notre compagnie. » -!•— Pouvez-vous vous rappeler comment était chaussé )> Wilfrid Regnault le premier mars , lorsque vous ]» l'avez vu soriir par le potuis , donnant sur la ruelle y^ dite l'Escalier?—- Il avait des souliers avec des pe* n tites guêtres h demi-jambe y bleues y de petite toile, » à ce que je crois. — Quels bas et quelle culotte » avait-il ? — Il avait des bas de coton blanchets , et ï> une culotte blanchâtre en lain^e. — - Si l'on vous re- % présentait l'individu que vous avez vu le premier
n mart^ ittrfîf" Aii poiûis d'Enduit, lé recônnaftrîéi- « \0M bifeii? — Oui» je lé tédorinatlraîà bien. — ^ » Pourquoi avess-VoùS testé si long-tétiip^ sàiii révéler » à la ]U9tioè là eotitiaissfineë que toiis àifiet de la * renéobtre qtic HOM atrèk fdhè d'tiû individu eri- 9 san^afité, sortant dii Isl titàÈtLté dii ^ieiir Ëtiotilt? -*— Lri crâioié cjué j'aiVais dé perdre là tîé ^ d'après la «neDdCé deftégnàtlh y qui ili'atsiit dit qtrè fe na'én souTÎebdrstis si je pariais , est lé ûëdl motif qui m'ait % retéJQU. *i- Le dii*fanché> lôrsfqtie rotis étièi dans n la cûut d'EoOult , atréô lès faamtan^ de la côdmtldc , rt'avéi^vôiîs fJaà été t'ente dé Aité â M; te
j* N'étiéîK-voris pas allé <îar« là niellé d^ FEscaKef , te
» màtiii , prénftiermUr**?— Ndn ^ Hfobtiéur- jjè û^y ai
» pas été dans la! matinée. -^ L^ ibéfoé jour ; àvaht
^ deai heures d'âprès-imdi , n*avcz- vOhto pais vu Wîlfi M
^ Reguaull rôder aUtOtif de 1» masure dit ûéùt Enoulf ?
9 Non^ Motisieor. — * La flière Regùault oé vôifs
V a-t-elte pas fait demander efeez elfe pour lui pârlei*?
» — Non , Moùsieur. *-^ Y a:-t=-il ïortg^temjiS' qiïe
» VOUS n'êteà vertu à Louvterff 7 — Je n*y ^uîs pà^s»
i^ venu depuis le jour ôir Wiîftîd Regrtault aéié cori-^
» duît dians la maisoù d'arrêt : je Pai vu' arriver. — ^
n Ce même jouf^ lorsque' vous éléis réibnrùé chéi
>t voui, avesi vous rencomi*é queteu'uu^? J'ai ren-
>• contré Eiienncf Loîsel, ancien ttihive de Crétot , èi
''^ son fils, et un ùomnié Guillaume Levieux, soti
» {ijendre. -»— Avez- vous fait roule avec eux ? -^ Obi ,
* Monsieur. — Dte quoi vous étés-vous cffiiretenus ?
m — Je leur ai fait î)ari de ce qné j'avais vu le samedi
» premier mars. Ils ont dit qné c^élah bien raallieu-
X reux , et ooft ajouté ; à votre place, nous ne garde-'
*n rions pas le silence j s'il venait à sortir, il pourraii
» vous loer. — N*ave2-vous pas rencontra également n Lubin Sauvage, et son fils, de Cretol? -^ Ouï , » Monsieur ; plus ^ un charretier. — » A quel endroit' n les avez-vou^ rencontrés?-^ A moitié de ta côte, » en sortant de Louviers , xpour retourner à Crétot. » — Avez-vousr fait route long-temps ensemble ? — » près d^une demi-Iiene. — ^ Dé quoi avez-Vouis parlé ? « p— Je disais que c'était trèf^malheureax pour là 9 serrante d'Eooult , ayant Vu la manière dont elle j» était assassinée, et je disais que je Pavais vue » la corde au ooL — N^avez-vous rien dit autre » chose? — J'ai dît ciue ToD sdupçonoaii WilfriJ j* Regnault , et que cela ne me paraissait pnrs cton-* w nant , parce que de n'était pas oe bonne chair/ Je » leur ai dit alors que je l'avais vu sortir de la ma* » sure d'Ênoult , te premier mars; ils m'om conseillé » de dire au jogedepaix et à M- de Blosîîe*ilIe> maire, >» ce que je savais. -^ Avez-^ousf sitivi l'avis que vous » donnait Lubiu San va^çe ? — J'ai différé jusqu'à hier » soir à dire ce que je savais. — Pourquoi avez-voui » été si long'tem^ps à parler de ce que vans savieiT •► àM.Brouard? —* Parce que j'avais pénr de perdre î» la vie. J'observe qtie le lundi gras dernier , la veuve 3* Jouvin m'a dit qiye Wilfrid Re^cjanlil^avair menacée
* de la faire périr^ et de lui faire perdre le goût diï »^ pain. Lorsqu'elle me parlait ainsi , elle plenraii ,' et ^ paraissait très*ailligée de sa posîûon , et désirait »' sortir de chez Ënoult. Elle m'a tenu ce même lan*
* gage plusieurs fois. — * Avcz-vous eu connaissance Tt que vous deviez être appelé conime témoin ? — Je ji ne Pai appris que hier ( i ). *
J'ai transcrit toute la dé|)Osiiion de Ménil , à l'exception du demiei' paragraphe , qui , se rapportant aux endroits OÙ il avait travaiité jusqu'au lo avril,
(i) Exuraît des minutes ; etc. , pag. 176-185,
jour oà il comparaît pour la première fois comme lémoin , est entièrement étranger k Regnault. Ayant d'examiner les faits qui résultent de cette déposition , j'analyserai celle de deux des individus auxquels Ménil dit avoir parlé.
Lubin Sauvage t fils « de la commune de Cretot , dépose : « Allant au Thuit-Signol , avec mon père ^ j> nous avons fait rencontre du nommé Ménil, bat- ]> leur en grange, auquel je demandai s'il me recon- » naissait , parce que je l'avais vu revenir de Lqu- » viers, le lundi lomars, lorsqu'il passait sur les y> sept heures du soir, dans la masure d'Etienne Loi-^ » sel ; il m'a répondu que oui , qu'il me connaissait ^ bien. Je lui demandai ce qu'il avait été faire. à Lou-. JE) viers ? Il me dit qu'il n'avait pas été y faire grand » chose. Si vous étiez deux , je ne vous le dirais pas.. y> Alors il me dit qu'il avait vu sortir celui qui était » pris. Il était plein de sang. Une demi- heure aupay> ravant , je l'avais vu tourner autour de la cour. y^ Mon père nous ayant joints alors , la conversation y> changea. Ménil demanda si y quand on l'interroge- 1^ rait de nouveau , il ne disait pas la même chose , on » ne le mettrait pas en prison? Je lui réjpondis » qu'on le mettrait en prison s'il ne disait pas la même » chose.— Ne vous rappelez -vous pas si Ménil ne » vous a pas dit dans quelle rue il avait vu rôder J) autour de la masure le nommé Regnault? — Il ne. y> m'a point dit dans quelle rue il l'avait vu rôder. »
Lubin Sauvage t père, confirme la déposition de son fils , en ceci , que bien qu'il n'eût pas entendu sa conversation avec Ménil , K son fils lui a raconté ce )> que Ménil lui avait dit , qu'il avait vu le nommé y> Regnault^ détenu, rôder autour de la masure du » sieur Ënoult , et qu'il l'avait vu une demi-heure » après , couvert de sang, sortir de ladite masure, » (i )
(i) Extrait des minutes , etc. , pag. 188-194.
M^iintenant , réviti}sfi.Onft les faits (]ue la déposition de Ménil renferme.
1?. C'est entre deux h,eurès ei deux heures et deipie au phi9 tard , ç^ixe Méoil dit avoir reacopiré Wiifrid Regnault.
ià^. U ptas^ît par la ruelle db l'Escalier y pour aller qhes nxk cul^v^tear oomoié Montier, et s.urnpmmé dans le village le père Pn^side^t^ acheter une vergée de terre^ ...
5°. II a vu Regnault sortir ^e la cour d'Ënouh^ et {legn^ult r$ a^prdé eo ces ternies : Ne dis pas que tu m'as vu , car il t'eja souviendcîiit.
* 4^. Regnault ivMt vêtu d'un habit court , jaune ou blanchâtre,, taché dç saog^ ainsi que sa culotte et ses mains.
Il avait des bas blancs , de^ culoues blaDches , des soulier , et des gii^êtres bleues,
11 portait uïxfi laine en formé de sabre d'uu pied et détoi.d^ long.
Ménil lavait vu auparavant , à dix heures du ma-* lia > sûr la porte de son père j causant avec im nommé liminaire* . .
. 5^. jMénil alla le lepdecQ^in sur h phn^min de Tour- \ille., avec Wiifrid Hegnault , FrançoisRegnault , soa frère , un aomrué Lepagj? j^ et le boulanger Pabiel.
R^gpault dit , à l'oQcajsioo du n^eurlre de la veuve Jouvin : une de tuée, deux de retrouvées, .
$iu^ cette r^âi^e^ion de {Regnault, Lepage sp mit à we. ^. -.M. , .
«.-iE>**- Ménil. s'fjSit tu , effrajjé par tes n>eiiac$s de Re-
goaaU- \ rj9, Ménil n'a^v^it, pas apçr4fu Regnaialt avant deux
l»9»ii9P apçç^Tfwidii près de la rnaçurjs d |)|aQujlt,
8*^, Ménil est allé à Louviers le jour oii Regnault
y e^t arrivé j pour être renfermé dans la maison d'arrêt.
' 9^. En revenant il a rencontré Loiiel père, ex-