‹ Collection complète des ouvrages publiés sur le gouvernement représentatif et la constitutionChapitre 9 sur 58 · Tome III ^ 5*. Partie · texte numérisé non relu

Tome III ^ 5*. Partie

ipour le satisfaire y s'était rendu dans la ville voîsintf pour en rassembler ; qu'il aurait ainsi commis un meurtre pour enlever dans ce domicile une somme qu'il devait supposer ne pas s'y trouver, et une somme quatre fois moins forte que celle qu'il devait recevoir le lendemain : si l'on réfléchit encore que son alibi est prouvé par de nombreux témoins qui i^e l'ont perdu de vue qu'environ trois quarts -d'heure, parce qu'il est rentré chez lui devant eux; qu'ils ne sont contredits que par un seul y qui est démenti lui-même par tous ceux qu'il cite; que les deux -procureurs du Kôi reconnaissent qu'il se trompe, c'est-à-dire qu'il varie sur les pet ^ sonnes j les temps et les lieux , et que, d'après sa déposition, il eût fallu que Wilfrid Regnault , en moins de trois quarts-d'heure , se rendit au lieu de l'assassinat, trouvât précisément dans le cellier la femme qu'il vou-* lait assassiner; luttât contré cette femm^e qui a dû se défendre ; achevât le meurtre par une opération ass;0z lente, celle de la strangulation; enfonçât dans une mare les linges avec lesquels il avait essuyé son sabre; parcourût la maison , forçât les secrétaires , changeât quatre fois de vétemcns , cachât ses habits , enterrât ses armes, revint couvert de sang, et se retrouvât, au plus trois quarts* d^ieure après , jouant dans sa maison avec l'enfant de son frère , et tout cela pour enlever, le i^'^.^mars, le quart de ce qu'on devait lui payer le a; l'absurdité de celte hypothèse, ou plutôt de celte accumulation d'impossibilités matérielles, révolte l'esprit et confond l'intelligence.

Les preuves de la prévention des magistrats sont irrécusables. Celle prévention les a égarés [dans tout le procès. Elle a précipité Regnault dans les fers ; elle l'a poursuivi (Rans son cachot; elle l'a suivi devant les juré$. Toutes les accusations calomnieuses ont été répétées, eqvoyées^à domicile, jetées jusque sur les bancs

du tribnual. Un juré récusé s'est écrié que Regnault s'entendait en récusation, mais qu^il n échapperait pas , parce qu'il était un septembriseur. Aujbi , les impuaiions raêine qu^avait réfutées \t miDisire doot les erreurs avaient été si funestes^ sa sont réveillées à Tinstant ratai. Elles ont été aggravées^ amplifiées. Regnault a été pjsint comme un satellite de Fouquier-Tainville, comme un agent du maximum , comme un spoliateur (i). Celte prévention implacable et acharnée n'a pas été désarmée par Parrêt de mort. Elle a foule aux pieds le malheureux qu'elle avait poussé jusqu'à l'échafaud. Toute la France connaît ce procès en ca* ' Ipmuie... Je m'impose de n'en pas parler. On a dit que la cause de Wilfrid Regnaiilt était une question de parti. Ce n'en est point une; je ne croirai jamais qu'upe classe ait voi\lu perdre cet î^ifortuné. Nulle classe n'est intéressée à la violation de toutes les lois de l'humanité et de la justice. Non , il n'jr a point en France deux classes ennemies, toujours prêtes à se déchirer. Non^ la justice rendue à Regnault ne sera pas le triomphe d'un parti. Ce sera le tiiomphe d'un homme innocent , c'est-à-dire , de tout ce qu'il y a de saint et de respec* table sur la terre. Loin d'être un signal de discorde , celte époque deviendra plutôt celle d'une réunion durable, parce qu'elle sera sincère. Le ministère public se dira qu'il ne doit pas se livrer contre un prévenu à des fureurs qui conviennent à des ennemis , non à des magistrats. Il se dira que s'il y a du courage à tonner contre les perturbateurs de l'ordre public , lorsqu'ils sont redoutables, if y a le contraire du courage à insuher

(i) Voyez l'article du Journal des Débals , du 7 sopterabre , qui n^était que la copie de^ libelles maxuiscriu distribués lors du jug €•*> ment.

lOO

wi accusé sans défense, et aae^ pour rappeler une comparaison dont j'ai entendu plus d'une lois ëtran- ^ment abuser , si nous admirons Cicéron foudroyant CattUna dans le sénat de Rome 9 c'est que Catilina était en armes au milieu de ses complices , el qu'un prisonnier, conduit par des gendarmes , du seuil de son ca« chot jusqu'au tribunal, n'est point Catilina , mais un être Qu'il faut ménager parce qu'il peut être innocent ^ et plaindre parce qtril est faible.

Les ministres sauront que, par un mot , sans le vouloir , ils disposent de la vie des hommes. Ceux d'entre 6IUL sur -.tout à qui l'on accorde le grave privilège de pénétrer dans les actions privées, sentiront que si, dans les cii*constances ordinaires, ils s'imposent le secret sur ce qu'ils découvrent, quand ce secret divulgué n'aurait , pour celui qu'il regarde , qu'un léger inconvénient, ce n'est pas le moment de le révéler, quand^ un rapport inexact, une information fausse, peuvent faire tomber la tête d'un citoyen.

H aura payé cher ces leçons données à la puissance . l'innocent quij depuis onze mois, gémit dans les fers ; mais il trouvera peut-être qu^elque consolation à penser qu'il a rencontré parmi de&,inconnus , de la pitié pour sa souffrance et du zèle pour le servir.

Je n'ajoute qu'un mot.

«-.. Forcé d'examiner en peu de temp, avec une attention scrupuleuse, un nombre infini de mémoires, de rapports, d'instructions, d'informations, d'interrogatoires, de pièces de tout genre, et de rédiger à la bâte le résultat de cet examen , je suis bien sûr de n'avoir pas affirmé le moindre fait qui ne soit prouvé. Je le suis moins d^avoir mis dans toutes mes paroles ceue mesure que ]e voudrais toujours observer. Ce n'est pas pour moi que ce doute m'inquiète; maïs je voudrais que d'autres ne s'en ressentissent pas. Per-

Mnne ne m'a solUciié d'embrasser la défense de Re* gnaalti Je ne le connais ni lui ni sa famille. C'est k •on insu que j'ai rassemblé toutes les pièces: c'est k son insu que j'écris. Tout ce que j'ai dit , j'en suis seul responsable : et l'inconvénient y s'il en existait » ne doit peser que sur moi seul.

J'ai l'honneur d'être y etc.

Benxahin Cosistant.

Page 1