CONSPIRATION DE LYON
en 1817.
Extrait du Compte rendu de M. Saim€if\Ue*
J 1 fut rm temps où quiconque se serait permis dé révoqtier en doute la conspiration de Lyon , eût couru le risque d*ètre déclaré l'un des conspirateurs. II fallait ajouter foi au ttl«n« songe pour ne pas être accusé dé craindre la vérité* Il fal* lait applaudir aux bourreaux, pour ne pas être placé parnâ les victimes. Ce temps n'est plus ; les ouvrages du colonel Fabvîer et de M. SainnevlUe ont répandu la lumière fsdt ces événemens déplorables. Mais comme les factions étant toujours les mêmes , leuw manœuvres peuvent se renouveler sans cesse , il est bon d'en garder le souvenir , et db perpétuer, dans les temps qui suivront, l'horreur qu'elles insypirent.
Cependant l'écrivain qui entreprend ce travail nécessaire, est arrêté dans son zèle par une diiïîculté que rétat actuel de notre législation sur la presse rend presque insurmontable.
M. de Chabrol et M. le général Canuel d'une part, dans des degrés ditrérens, mais dans le mémo sens, et M. Sainneville de rautre , exposent, sur la conspiration de Lyon , d'une manière également alUrmativc , des l'aiîs directement opposés. Ces faits ne sont pas du genre de ceux sur lesquels l'une des parties^ peut se tromper , et sur lesf- • quels , par conséquent , Ton peut adopter ta version do l'autre partie^ sans inculper la véracité > les intentions, 1^
moralité de celle à qui Ton accorderait moins de con« fiance. Acteurs ou témoins dans ces événemens mémo* râbles 9 les trois' écrivains ci-dessus nommés ( nous laissons de côté M. de Fargues, parce qu'il estmort) n'ont pu tomber dans aucune erreur involontaire sur des faits positifs, arrivés sous leurs yeux , et dont ils ont recueilli , constaté , analysé toutes les circonstances. Si Ton en croit M. Sainneville^ les moyens de police employés pendant son absence par diverses autorités, et nommément par l'autorité militaire, ont transformé en conspiration coupable, en révolte ouverte, des mé- Gontentemens partiels , isolés , qui , sans Tintervention de cette police occulte , se seraient évaporés d'ime manière , sinon innocente , au moins inolTensive. L'on a excité des malheuiB&ux pour les dénoncer ; l'on a compris dans ces dénonciations des citoyens irréprochables. Des lois sévères ont été appliquées avec une rigueur sans mesure et sans justice à des infortunés moins coupables que ceux qui leur avaient tendu ces détestables embûches. Si l'on en croit M. le lieutenant-général Canuel , un vaste complot menaçait de bouleverser la monarchie. Des épiciers, descabaretiers, un tambour-major, un prêtre marié , des blanchisseurs, des tisserands, des tailleurs d'habits, des maçons, et pour commander l'expédition, quelques officiers en retraite, avaient projeté de conquérir la France au proHt d'une dynastie illégitime. Leurs moyens étaient prêts , leur succès possible. Ceux qu'on .ilétrit du nom de provocateurs et de délateurs ont sauvé l'Etat, en tmgageant les traîtres à se démasquer. Tous les jugemens ont Cté justes; et l'excès , s'il a eu lieu , a été du côté de l'indulgence et non de la sévérité.
Les contradictions ne sont pas moins étonnantes, et pour nous, comme on le verra tout-à-l'heurr , elles ne sont pas moins inquiétantes, quand il s'agit des faits particuliers. Messieurs les commandans de la force armée déclarent , par écrir , qu'ils n'ont eu aucun agent ou employé de police. M. le lieutenant-général Canuel affirme deux fois, 'lans son niémoiie, que ces agens appartenaient tous au lieutenant de police civil; et M. Sainneville cite les noms et rapporte en entier les interrogatoires d'agens dirigés exclusivement et à son insu , par messieurs les généraux, et il produit une quittance signée par M. Canuel, pour frais de haute polKce.
Si les événemens de Lyon étaient déjà du domaine de l'histoire, ou si nous en étions au moins séparés par plasieiu's années, nous pourrions examiner, sans concevoir d'alarm s, le* documens qui nous sont présentés. Nous pèserions l'an-
4orîté des affirmations, celle des démentis 9 la vraisemblaneo des explications ; et , nous le crAyons , il serait facile de dé<* mêler le faut du vrai , le raisonnable et le possible , de l'exagéré et de Fabsurde. Il y a six mois que nous aurions suivi cette marche franchement et sans crainte. Mais aujourd'hui plusieurs jurisprudences se sont introduites y que nous ne blâmons pas, mais qui nous jettent dans des embarras inextricables. Messieurs les chefs militaires ont été nommés par le Roi : copier ce que M. Sainneville rapporte sur eux, c^est, nous apprend-on , affaiblir indirectement le respect dû à la niajesté royale. Les juges des cours prévôtales doivent leur institution au pouvoir suprême , de qui émane toute magistrature; extraire ce que M. Sainneville dit de l'excessive sévérité de leur jugement , c'est , d'après la doctrine nouvelle ^ porter à l'autorité du monarque une atteinte indirecte ; et 9 en effet , un écrivain vient d'être condamné à des peines rigoureuses; et l'un des motifs de sa condamnation est qu'il s'est permis nominativement contre M. le général Ganuel et les cours prévôtales un peu moins que ce qu'affirme M. Sainneville. D'un autre côté, ce dernier est aussi investi d'an* nomination auguste : nier ses assertions, serait évidemment ^ suivant le nouveau système, manquer de respect à la source sacrée de laquelle il tient ses pouvoirs. Si nous disons que ce que M. Ganuel a dit est vrai, nous inculpons M. Sainneville 9 et le ministère public a été invité à commencer d'office des procédures contre toute inculpation de ce genre. Si nous ajoutons foi aux pièces produites par M. Sainneville , noui sommes exposés aux mêmes dangers de la part du même mi* nîstère , nous poursuivant d'office dans l'intérêt de M. Ganuel. Si nous disons oui , il y a poiu-suite ; et il y a poursuite^ si nous disons non.
Ge n'est pas tout : parler des malheurs de Lyon sans faire allusion, de manière ou d'autre , à ceux que M. Ganuel appelle des citoyens honnêtes, et i\L Sainneville d'infâmes déla teurti, n'est pas praticable. Or, si nous faisons allusion à la part qu'ils ont prise à ces événemens pour les blâmer , ces agens, qui sont domiciliés dans diverses parties du royaume, peuvent nous attaquer au lieu de leur domicile. Si, à l'exemple du général Ganuel , nous louons leur zèle infatigable , y a . parmi ceux qu'ils avaient dénoncés, des hommes dont l'innocence a été reconnue, et qui pourront, à le|ur tour, nous faire traîner à deux cents lieues de Paris , pour avoir appuya de notre suffrage les impostures de leurs calomniateurs.
Remarquez qu'il n'est pas question de ces interprétationii
dont ton» les ëcrivaîn» peuvent s'înquic'ter. Nous sommet pour le moment rassuras sur ce point. M. Maichangy a fait giiGcéder à son plaidoyer contre M.jFiévée, plaidoyer ft^cond en interprétations subtiles et ingénieuses , un plaidoyer contre im autre ouvrage; et il a déclaré, cette fois, cjuïl n'interpréterait point 5 parce que tout ce qui avait besoin d'interprétation n'était pas dangereux (i); déclaration dont nous lais- >;ons à M. Fiévée à se ])ré valoir. Mais il est question de faits /positifs 9 simples, clairs^ dégagés de tout raisonnement , de faits matériels qu'il faut nier ou admettre. Or, que nous admettions ces faits, que nous les niions^ la nouvelle doctrine nous punit aussi sévèrement dans un cas tpic dans l'autre. Kcrire pour, écrire contre, écrire sur, est également dangereux. Tel est Tétat où la presse est tombée ; et , si l'on croyait nous réfuter en nous objectant ce qu'on publie ou ce que nous publions nous-mêmes , nous répondrions que le rat ne prouve nullenxent la garantie , qu*on passe au bas d'un glacier pendant que Tavalanche se dét«iclie ,. 'et que, si l'on échappe de quelques secondes, il ne s^ensuit pas que la route soit sÂrc : il peut y avoir tolérance , indifférence , ménagement ou dédain ; mais il y a hasard (a) , il n'y a pas liberté. Que ne gardez-vous le silence? nous dira-t-on. Mais est-il croyable que telle soit l'intention du gouvernement ? Des écrits contradictoires sont publiés, lis intéressent la vie , l'honneur, la tranquilliti, la loyauté des babitans d'un des premiers départemens de la France. Ils sont signés respectivement par des fonctionnaires élevés en dignités , et qui conservent des fonctions éminentes. Ils circulent de l'aveu et sous les regards de l'autorité. L'on n'a poursuivi aucun de leurs auteurs. L'on nous a permis de k's acheter et de les lire. Ces écrits répandent dans l'opinion publique l'agitation qui résulte toujours d'allégués diamétralement destruc-
f i) Moniteur du 14 inai.
(2) Cela est si vrai , auc le ministère piil>lic Ini-mcme nous parle d'écrivains qui se croient courageux , parce qu'ils sont épargnes. ( ^'^J'^i" ^^ aisconrs de M. Marcliangy dans Irj cause du Père Michel. ) Mais , s'ils sont épargnés , ils sont donc conpal)les : car on n'a jamais dit des innocens qu'on les épargnait. Le ministère pu-
Toutes les subtilités du monde n^crapêcheront yns ce système dVire, de tous les systèmes, le plus contraire à ia liberté.
tifs les uns des autres, agitation que la découvert'î et la démonstration de la vérité peuvent seules apaiser : et Tautorité voudrait que l'opinion restât dans cette agitation , dans celte inquiétude, conséquence iné\dtabie d'un doute prolongé sur des objets qui ont rapport h la sûreté des citoyens et à la stabilité du gouvernement ? Non , certes , l'autorité est trop éclairée pour ne pas sentir que la question de la conspiration vraie ou prétendue qui a éclaté à Lyon en 1817, doit être éclairciedans rinlérél même de l'autorité. Car enfin, il ne s'agit de rien moins que ds savoir si une province de la France est pleine d'hommes désaffection nés , malveillans, désirant le renversement de ce qui existe , ou si , dans celle province, des agens subalternes, ou même des délateurs et des provocateurs volonlaîres , qui s'arrogeaient une mission pour l'obtenir ensuite , se sont disséminés, à i'insu du pouvoir suprême , et au mépris de la hiérarchie de tous les pouvoirs, pour inventer et exploiter des conspirations à leur profil: N 'est-il pas évident que si la France reste dans le doute» ce doute aura des conséquences au moins pénibles ^ peut-être funestes? D'une part, si, ce que nous sômmfîsloin de croire, mais ce que certaines gens semblent se complaire à-insinuer, il existe dans le royaume des mécontens épars, sans chefs > sans point de /réunion, et par là même sans moyens réels , n'est-il pas dangereux de leur laisser présumer qu'une vaste province aussi est mécontente ; que les mécontens y sont en grand nombre ; que leurs trames à peine brisées peuvent se i*enouer, et que de la sorte une entreprise criminelle trouverait sur ce point du royaume de l'assentiment et de la s^inpathie ? D*unc autre pai-t, l'opinion, que deç^provocateurs soudoyés tendent des pièges à la classe pauvre et malheureuse pour l'entraîner à des attentats et la livrer à des geôliers cl à des bourreaux , cette opinion qui doit aliéner 9 révolter, démoraliser le peuple, en lui peignant ses administrateurs comme des ennemis perfides, ii'est-elle ))as bonne à détruire, si en effet elle peut être détruite? Un n'éclaircissunt rien, on laisse ces deux hypothèses désaslicusesùla merci de qui veut é'en emparer. L'on réunit tous les inconvénicns, l'on combine deux élémens de mécontentement et de désordre. Ce n'est pas là ce que peut vouloir une autorité juste et pradente.
Prouver à la France que ses babitans ne sont point disposés à conspirer, et que leur attachement aux loi^ ei>t tel 9 qu'on ne peut les en faire dévier q^u'en les Iroaipaat , c'està-dire, démontrer que Timmcuse majorité des Français veut
le bon ordre et thërît la Charte, c'est, nous le sentons, rendre service au gouvernement. Eh bien ! nous essaierons de contribuer à répandre cette conviction salutaire. Mai» nons ne nous déguisons point que c'est à nos risques et périls. Par une étrange complication de circonstances, de passions, d'intérêts mal entendus, on dirait que, pour plaire à certaines i)ortions de Fantorité , il faut leur dire que Tautorité en général a nombre d'ennemis , et qu'un moyen de la flatter , c'est de se montrer persuadé qu'elle est odieuse.
* Ajffirmer que rien ne menace le repos public, appuyé, comme il doit l'être, sur la justice et la liberté publique, est une assertion qui passe pour téméraire et demande du com'age.
' Ce préambule était nécessaire pour que nos lecteurs nous excusent , si dans le compte que nous allons rendre de l'ou- Ti'age de M. Sainneville , nous nous interdisons toute réflexion^ . et si nous nous bornons à l'extraire et à le citer textuellement, lia connaissance personnelle qu'a du caractère de ce fonctionnaire public l'un des auteurs de ia Minerve en parti* culier, nous pénètre pour lui de beaucoup d'estime, et ses assertions sont pour nous, comme individus, d'un très-grand poids ; mais , dans notre fonction de critiques , nous rappelons tous les faits sous sa garantie , et c'est pour cela que nous ne changerons aucune de ses paroles. Il n'y aura de difT'érence entre son mémoire et notre analyse , que la brièveté , et par là même quelques transpositions indispensables pour que nos abréviations ne nuisent pas à la clarté , première qualité requise dans un exposé de faits.
« Depuis deux ans on ne cessait de présenter le départe- » ment du Rhône comme un foyer de conspiration... (pag. i.) » Le 8 juin 1817, une horrible catastrophe parut destinée à
» justifier ces bruits si long-temps propagés Le sang ré-
9 pandu en divers lieux par la hache fatale , et le régime de » terreur par tout adopté , semblaient attester la gravité du
* crime et le nombre des coupables. Cependant , au milieu » de ces scènes d'horreur, des rapports contradictoires font » naître des doutes graves sur l'existence de la prétendue » conspiration , sur la justice des rigueurs dont tant de ci- » toyens sont frappés : et bientôt on se demande avec effroi
* si c'est parmi les accusateurs ou parmi les victimes qu'il » faut chercher les véritables criminels ( p. i et 2 ). « C'est cette question que M. Sainneville se propose de résoudre. « La solution serait difficile, observe*- t-il , si avant d'exa^ » miner les événemens en eux-mêmes , on n^ se repré-^
» sentait pas les circonstances politiqnes dont ili^ ont vlé •» préc^édés, et au milieii desquels ils ont pris naissancof B (p. 5). » Il commence donc par rappeler l'état de la France et de Lyon avant Tinsurrection du 8 juin. « Tous les bras s<j » seraient levés (au 20 mars), dit-il , s'il n'avait été question ù que de prendre la défense du monarque. Mais de certains 'A hommes n'avaient vu, dans le nouvel ordre de elioses, )i que le triomphe (l'un parti. Ils avaient eu Timprudencc » d'exciter des alarmes sur dé grands intérêts. Quand on se > vit placé entre ces alarmes et un danger bien plus terrible , » plusieurs furent assez aveuglés pour ne pas voir que c'était » ce danger qu'il fallait d'abord conjurer (p. 7). »
A Lyon, « les machinations de l'île d'Elbe n'avaient point » eu de complices.... La soumission de cette ville doit être » attribuée aux événemens qui vinrent la surprendre... et D sur-<-tout à l'exemple et aux ordres de M. de Fargucs , alors » maire de Lyon. Ce magistrat ne crut pas devoir s'éloigner » ni se démettre de sa place, et la résignation d'un royaliste » aussi prononcé fit cesser toutes les irrésolutions (p. 9)* * Nous ajouterons, comme fait que nous avons sous les yeux, la proclamation de M. de Fargues lors du retour de Napoléon. Ëlleest telle, qu'aucim de ses adhérensles plus enthousiastes n'aurait vefusé de la signer. Elle est datée du 10 mars 181 5, antérieure par conséquent de treize jours au départ du roi. Sans doute cette proclamation même n'était , dans M. de Fargucs, qu'un acte de dévouement de plus à la cause royale. L'accueil que son auteur a rencontré après le 8 juillet, et les fonctions qu'il a remplies constamment depuis cette époque, en sonttine freuve assez évidente. Mais cette proclamation , mal jugée par des hommes qui étaient placés trop loin des affaires pour en apercevoir les ressorts secrets , a pu les tromper, de même que les places acceptées après le 20 mars par des fonctionnaires éminens, qui restaient à côté de l'usvirpatfeur pour servir le roi, ont pu être d'un exempîe dangereux, malgré la pureté des motifs qui animaient ter. acceptans.
Après les cent jours, « un système de réaction fut bientôt » établi (p. 8 ). » L'ordonnance du 5 septembre mît un terme à cette réaction ; mais t à entendre le parti des réactetns , » cette ordonnance venait de rouvrir tous les cratères de la » révolution. Elle immolait les véritables serviteurs du roi à » leurs ennemis communs. ElleattcstaitainsiqueS.M. n'élaiï » entourée que de traîtres (un seul ministre excepté) (p. iT))... » Pour€8sayer de convaincre le rti (de la vérité de ces a^î^er-
» lions), que fallait-il ? lai montrer un peuple inquiet et se- 1 ditieux, mourant de faim au milieu de ses convulsions y » attestant, par ses désordres, Timpuissance et les dangers n du système adopté , et menaçant sans cesse le trône d'une
> sanglante catastrophe. Ce plan a-t^il en effet été conçu? 9 L'exécution en a-t-elle été tentée et suivie? La France en- D tière se lèvera pour répondre affirmativement , pai^ que » la France entière a été témoin et victinie (p. i5 et 16). »
M. Sainneville passe ensuite à ce qui regarde Lyon en particulier. « De secrets émissaires répandaient sans cesse de » faux bruits , des nouvelles alarmantes. Les bruits grossis-
> saient, ise dénaturaient de bouche en bouche , et dan» leurs » rapides progrès étaient à peine reconnaissables le sehr aux » yeux de ceux qui les avaient semés le matin. ... (p. 16. ) Ces )» manœuvres prirent plus d'intensité au moment des élec-
> tiens.... (p. 18). Les généraux affectaient de vives inquié-
1» tudes Ils présentèrent un rapport dans une conférence
» (chez M. de Chabrol).... (p. ig ). L'invraisemblance des » faits supposés était si grande, le silence absolu de tous mes » agens , continue M. Sainneville, sur des choses aussi diffi- » ciles à cacher, si extraordinaire, que je dus ajouter peu de » confiance à ce récit (p. ai ). Mais il était de mon de-
> voir de vérifier ces faits avant d'arrêter mon opinion. Pour » diriger plus sûrement mes recherches , je priai les deux r^ généraux de me mettre en rapport avec les auteurs de ces » étonnantes révélations. Ils s*y refusèrent , attestant qu'ils B n'avaient ni agens, ni employés.... Le résultat de mes per- » quisitions fut la preuve que tous les faits consignés au rap- » port de MM. les généraux étaient aussi complètement 9 faux qu'ils m'avaient paru absurdes ( p aa ). »
Nous supprimons ce qui regarde d'autres révélations d'une fille que M. Sainneville voulut entendre, et qu'il ne put parvenir à voir, et les renseignemens fournis par trois témoins , dont deux se présentaient comme agens secrets des généraux qui avaient déclaré auparavant n'avoir point d'ageus de celle espèce ( p. aS et 35 ). «Je fus convaincu , dît M. Sqin- » neville , que tout se réduisait à des opinions et à des espé- » rances coupables, expnmées par des individus s^ns moyens
» et saus ressources M. le comte de Chabrol en eut la
» même opinion , et s'en exprîma avec une égale franchise
9) dans une lettre qu'il: écrivit au minisire de la police Il
i> y disait que , si l'on pouvait faire honneur à un esprit de » zèle des premières informations , il n'en était pas moins » avéré qu'une tactique coupable s'en était emparée pour
• produire une agitation factice Il parlait du sous-officier
» Gauthié ( Tun des révélateurs ) 9 comme d*un homme qui , » au lieu de se borner à rendre compte, avait pris Tinitiative,
• et proposé lui-même des enrôlemens, en se disant Tagent
» d'un parti puissant (p. 33). Cependant les tribunaux
I» furent investis de l'affaire Deux des individus soup-
» çonnés furent rendus à la liberté sans avoir été mis en Ju- » gement De sept autres prévenus^ qui n'avaient pu être » traduite que devant le tribunal de police correctionnelle , p trois furent acquittés , et les quatre autres condamnés à » quelque temps de prison. Encore cette condamnation fut- 9 elle prononcée 9 ainsi que M. de Chabrol le mandait à Son
9 Excellence le ministre de la police , moins parjusHcô
» quù far égard pour e&iix fui avaiciU invûiUé ia cons-
• piraii'an (p. 35) » Ce qui doit frapper le lecteur , c'est
que tous ces révélateurs s'adressaient do préférence à l'autorité militaire (p. 36)9 déclarant qu'une p£U*tie de leurs iB%tructioni était de ne rien communiq^er au lieutenant de poliœ, et qu'un deg généraux , interrogé à cet égard par M. SainneviUe lui-même 9 fut conduit enfin à lui répondre conûdentlçllemeat que M. le lieutenant-général Canuel lui avait expressément recommandé 1^ plus grand secret aveo lui(p. 3o).
Ces manœuvres continuèrent. « Un gendarme fut ar^
rété pour s'être mis en rapport avec des pei*sonnesqu«'on
lui avait désignées comme professant des opinions dou* tenscs 9 s'être présenté à elles comme un officier de l'ancienne année, décoré et privé de solde et de retraite , et leur avoir adressé des juropositions coupables..... il déclara qu« ses démarches avaient pour objet de découvrir des bona-
partif tes afin de les liwer ensuite à l'autorité (p. 36 ).
Va nommé Brunet travaillait avec< non inoins d'ardeur à fiadre des dupes. A peine arrêté, M. delà Colombe^ adjudant de place , vint en personne le réclamer. J'exigeai , dit M^ Saîaaeville^ une demande par écrit: elle me fut adressée, et Bffiinet fut misses liberté. M. de la Colombe me promit alons denepkisemplo^run instrument aussi dangereux... (p. 43 )• Un autre , dénonciateur de trois des principaux iabricans de Lyon , reconnut n'avoir joué que le rôle d'un affet^ provocaUur ( p* 44)* Uo quatrième, avait engagé des gens du peuple à se procurer des armes.... et cela jHmr,ie^ compromettre ^ pour ûs perdre, afin dôUê 9 mitttrc detUuts , etdeie$ convaincre qu'ils machinaient 9 { p. 5a ). » Ici se reproduit une observation déjà &iie. Le
dernier de ced agêns déclara qu'un des généraux lui ayait reproché d'avoir ser\'i la police civile de préférence à la police militaire ( p. 55 )•
M. SaiuneviUe termine cette partie de son mémoire en rapprochant un passage de la réponse du général Canuel à M. Fabvieri d'une quittance signée par le.générai lui-même. Dans le premier , le général a/firnie qu^aucun agent n'ap^ pavteiiatt à ia police miiitairc; dans la seconde , il reconnaît avoir reçu de M. Sainneville douze cents francs en rem* éaursenient de pareiUe somme déboursée pour frais de iuiute police ( p. 56 ).
• Nous arrivons au 8 juin , reprend M. Sainneville dans » son troisième chapitre; au 8 juin 5 jour de deuil et de » laimes pour le département du Rhône , jour de scandale a» .et de douleur pour la France entiëi-e ( p. 57 ). « M. Sainneville était absent. Il était parti , laissant le département dans le calme le plus profond. Tous les bruits de conspiration avaient cessé ( p. 58 ). Le 9 juin , le gouvernement fut instruit de l'explosion subite, par une dépêche télégraphique, •tM. Sainneville se trouva de retour à Lyon le i5( p. 63 ). « Ce qui me frappa, dit-il, c'est que plusieurs jours avant » cette explosion , les apprêts en avaient été annoncés , non T> pur des bruits vagues , non par des on dit y mais par des )» déclarations positives , par des avis officiels, d'où je con- » cluais qu'il eût été facile de prévenir toute espèce de mouw vement ( p. 64 j • » M. Sainneville détourna ses regards de 4h:8sus les hommes « dont la joie, au milieu de la douleur » générale , semblait annoncer le triomphe et les excès d'un » paiti, bien plus que le triomphe et les rigueurs de la jus- » tice... et se livra sans relâche.... à la recherche des causes » d'un événement qu'il avait peine à comprendre (p. 63^. » Je ne tardai point, dit -il, à concevoir les doutes les » plus graves sur la réalité de la prétendue conspiration. • Mais ces doutes , l'instruction seule pouvait les éclaircir et » les changer en conviction, en fournissant des preuves posi-
» tives Je m'empressai de proposer aux diverses auto-
» rites de faire cette instruction en commun; mais cette » communauté de travail et d'impartialité ne fut point
» agréée J'essayai d'obtenir quelques lumières en inter-
V rogeant, après M. le maire de Lyon , quelques-uns des » prisonniers Mais on finit par me refuser toute commuai nication avec les personnes arrêtées (^ p. 65 ) M. le
» préfet , qui pendan t long-temps avait j ugé les choses commt » moi-même , paraissait avoir subitement changé d'opinion. . .
1» te qu'il avait considéré comme des chimères avait prit à » ses yeux le caractère de la réalité ( p. 66 ). > Des obstacles presque insurmontables s'opposaient à ce qu'aucune lumière ne fût répandue sur ces événemens si désastreusement bizarres. Ces obstacles étaient « l'éclat qu'avait déjà jeté la » prétendue conspiration, la terreur qu'avaient répandue et » qu'augmentaient chaque jour les mesures des autorités i> militaires et civiles, et les actes de l'autorité judiciaire. }> Gomment parvenir à faire démentir des mouvemens dont
> la nature et la gravité avaient été officiellement et soleu- » nellement proclamées (p. 66}? • Ces difficultés ne purent être vaincues que « lorsque le gouvernement envoya dans » le département du Rhône un lieutenant du roi, avec les
> pouvoii*s qui manifestaient la volonté et fournissaient les
» moyens d'atteindre la vérité Cette vérité alors retrouva
« le courage de se montrer , et les malheureux la force de
» se plaindre ( p. 67 )• »
ML. Sainneville fait connaître ensuite l'ensemble des preuves si lentement et si difficilement acquises. Avant d'entrer nous-mêmes dans cette partie de notre travail , nous réclamons de la justice de nos lecteurs le témoignage que jusqu'ici nous avons apporté dans notre exposé toute la modération et toute la réserve possibles. Nous avons retranché des phrases même de M. de Sainneville tout ce qui tenait à une indignation naturelle , et , en admettant les faits , à une indignation légitime ; et cette réserve , nous ne nous la sommes pas imposée uniquement par prudence, une autre considération nous a dirigés.
Nous pensons, comme nous l'avons dit plus haut , que tous les faits relatifs aux événemens de Lyon doivent être connus. Les ténèbres dont on les environnerait seraient plus fâcheuses que le spectacle que le grand jour pourra nous offrir, quelque affligeant que puisse être ce spectacle : mais si tous les laits doivent être connus, Aous pensons aussi , dans la sincérité de notre âme, que ce doit être bien plutôt pour préserver l'avenir des récidives, que pour revenir sur le passé autrement que par l'opinion , que nul pouvoir n'empêche d'être un juge inévitable ; et voici nos motifs que nous professons avec une franchise complète.
Toutes les fois que, dans un pays où des partis existent, l'autorité croira suivre une route habile et politique, en s'isolanl de tout ce qu'elle appelle des partis , et en les opposant l'un à l'autre, il en résultera que chaque parti , voulant forcer l'autorité à se rapprocher de lui de préférence , se ré-
jouira des fautes que pourra commetire lo parti contraire : mais il ne se bornera pas simplement à s'en réjouir , il passera nécessairement du sentiment que les fautes de ses ennemis lui sont profitables , au désir de leur voir > et bientôt de leur faire commettre dos fautes ; et de ce désir 11 passera encore à celui de voi;r arriver ou d'amener des événemens dont le malbeur ou le crime leur soit attribué. Les partis se tendront ainsi des pièges , et porierout en triomphe à Tautorite toutes les coniecturps, tous les faits 9 toutes les inventions qui, dans un état de chose ordinaire, aflligeraient les meilleurs citoyens; ils se battront, pour ainsi dire, à coups de cosispirations dont ils s'accuseront mutuellement. Cet état sera déplorable , mais le principe en sera au fond dans le système adopté. Quand Tautorité marche nationalemef^t, elle est assez fortiî pour n'avoir besoin de se jeter dans les bras d'aucun parti ; et dès-lors chaque parti sachant qu'elle ne se j^ittcia {)r.s dans ses bras, et qu'il n'y a rien à gagner pour lui aux fautes du parti contraire , ne les provoquera plus.
Passant aux événemens du 8 juin 1817, dont Une nous a fait connaître jusqu'ici que les antécédens, M. Sainneville aborde une première question, celle de savoirs! t'es projets des factieux étaient prévus par les autorités, avant d'avoir éclaté (p. 68). Or, oie général Canuel convientquele 7 juin au soîril » fut prévenu que la conspiration devait s'exécuter le lende- » main.... Due déclaration écrite de Ai. de la Colombe , adju- » dantde place, prouve que legénéral en était instruit plusieurs j» jours auparavant, puisque l'un des agen s reconnus de l'auto- B rite militaire se trouvait au milieu des agitateurs. M. le maire » assure avoir saisi tous les fils de la conspiration , plusieurs » jours avant son explosion. M. le préfet publie des lettres » qu'il avait reçues bien avant le d juin , des avis sur 'e j> danger que courait la tranquillité publique ; et en effet , dans » les premiers jours de juin , le maire de Saînt-Gçnis- Laval » ( de cette commune devenue ensuite si déplorablement » célèbre) avait écrit deux fois à M. le préfet que sa conii> mune était agitée , et demandait formellement que le ca- » pitaîne Oudin en fût éloigné (p. 69 ).
» Quel usage fit-on de ces renseignemens si positifs et si V piuitîpliés? On n'accorda aux maires aucun des moyens » nécetisaires pour prévenir le complot annoncé.... Oudiii » se présenta, le 5 ou le 6 juin, chez le général Canuel : il 9 ne fut polut arrêté.... ; et le 8, il but et inaQgea dans sa
« commune avec un sous-officîer de gendarmek'ie , qui pa- » raissait ne se douter de rien.... ( p. 70 ). La force arméb D ne fut point envoyée dans les communes menacées, dont
• les maires avaient formellement annoncé les désordres.... » Les gendarmes résidant à Saint-Genîs , 011 était Oudîn ,
> et dont le maire avait manifesté tant d'alarmes.... , se p trouvèrent absens toute la journée, pout leurs affaires ou » pour leurs plaisirs ; le brigadier seul était resté à sou
> poste 9 et , après avoir passé au cabaret une partie du 1 jour avec Oudin , il s^éloigna de Saint-Genis au moment
p où le mouvement allait commencer (p. 71. ) Je n*ai
» point à rechercher, continue M. Sainneville , quelle a été
' » rintention des uns ou des autres en agissant ainsi ; mais 9 se seraient-ils conduits autrement, s^il était possible qu'ils » eussent été dans la confidence du mouvement projeté, et » qu*ils eussent jugé nécessaire de le laisser éclater , sauf à
' » prendre ded mesures pour en arrêter les suites ? (p* 73. ) »
A Lyon , aucune agitation ne se manifesta ; mais là non plus « aucune mesure n'avait été prise d'avance pour prén venir une explosion si elle eût été à craindre. Les com-«
» missaires de police n'avaient reçu aucune instruction
» (a garde nationale aucun ordre.... ; les troupes elles-mêmes
• n'avaient pas fait la plus légère démonstration , le 8 juin , 9 avant trois heures de l'après-midî, et cepençLant, dès six
• heures du matin, suivant M. de Farguet^ à dix heures , » d'après M. le prévôt de Lyon , le signal de l'insurrection » avait été donné (p. 74)* »
Voyons maintenant en quoi consistèrent les démonstra-« . lions criminelles des canâpagnes.
Le département du Rhône se compose de 261 communes. • Dans ce nombre , onze seulement prirent au mouvement une part quelconque... (p. 77). Les communes les plus peu^ plées ne fournirent pas un seul insurgé (p. 78 )..*.; dans la totalité des communes agitées , et dont la population s'élèvo au moins à dix mille âmes y deux cent cinquante hommes au plus parurent participera lUnsurrection. . . ; mais, parmi ces deux cent cinquante hommes , t combien peut-on compter
• de véritables conspirateurs ? Combien se sont mis )en mou-^ » vement sans savoir ce qu'ils faisaient, sans but coupable,. » entraînés par lebruit, l'exemple et la curiosité ?. . . . Le tocsin m ayant été sonné la nuit.... , plusieurs.... se trouvèrent au ji milieu du mouvement, y étant accourus avec des seaux, » croyant être appelés au secours d'une 0i«uison incendiée. »