‹ Collection complète des ouvrages publiés sur le gouvernement représentatif et la constitutionChapitre 20 sur 58 · Tome m. S''. Partie. i · texte numérisé non relu

Tome m. S''. Partie. i

De celte ënumération des conjurés , M. SaînneTÎlle passe é. Tcxamen détaillé de leurs moyeus.

Il parait que leurs fonds se composaient de 1071 francs ^ dont l'un d'entre eux avait distrait 8a 1 francs pour son usage ( p. 85 ). Cette somme de 1 07 1 francs , comme le marque M. Sainneville , « ne s'élève pas aussi haut que les 1 200 francs . f réclamés par M. le général Canuel pour dépenses de haute » police (p. 86). »

Leurs enrèlemens se bornaient à un seul enrôleur , un cordonnier, et à trois recrues» un infirme, un mendiant, et un troisième qui n'a pas même, à ce que croit M. Sainneville, été mis en jugement (p. 86).

Leiurs fusils n'excédaient pas cinquante, et leurs cartoucheÉ n'auraient pas suffi pour alimenter pendant une heure le feu d'une compagnie de vingt hommes ( p. 87 ).

Avec ces moyens, quel était le plan des conspirateurs ? d'attaquer une ville défendue par elnq mille soldats dé- B voués et SLX mille hommes de gardes nationales... ; d'asit saillir simultanément tous les postes, toutes les casernes et » l'arsenal....; de détruire quinze cents Suisses, en faisant » rouler sur eux par cent hommes non armés, les pierres » d'un fort démoli, où il ne reste plus de pierres, ou en »^ incendiant avec des fagots placés dans des souterrains, des » easernes sous lesquelles il n'y a pas de souterrains ( p. ^8 )» et 89). » Ainsi s'allumaient, suivant M. le préfet, ces deux 9 foyers d'insurrection , t lesquels s'appuyant sur la Saône » d'un côté , sur le Rhône de l'autre , et sur l'entre-deux des » deux routes du Bourbonnais et de la Bourgogne , pouvaien t» » en moins d'une heure, se réunir, laisser Lyon à la tête du » triangle, s'isoler du reste du département, et donner n la facilité d'étendre le mouvement , pour se porter à la fois » par les routes de Moulins, de Màcon, ou de Toulouse, sur » la ville ( p. 83 ). »

Nous chargeons le lecteur de comparer ce vaste projet avec les ressources que nous avons indiquées, et dont les détails plus développés doivent être lus dans l'ouvrage de M. Sainnevitte, et nous arrivons au résultat.

Ce résultat fut , « qu'en un clin d'œîl tout fut dispersé » (c'est i\l. de Chabrol lui-môme qui l'atteste); dans muiûs » de vingt-quatre heures tout était rentré dans l'ordre , sans » que la force armée eût été obligée de' tirer un seul coup » de fusil (p. 85). »

Ainsi l'insurrection était apaisée, la sûreté publique à l'abri de tout danger. •

« Alors on proclama que la France venait d*étre sauvée » d'un abîme épouvantable ; que le gouvernement légitime » avait été sur le point d*être renversé ; les nobles, les prêtres B et tous les vrais royalistes près d'être égorgés; que les I» moyens , le plan et le nombre des conspirateurs étaient

o inunenses On assurait que les mouvemens exécutés à

» Lyon se liaient avec des manœuvres pratiquées dans Iqs w départemens deTAin , de llsère , de la Drôme , de la Loire, » du Puy-de-Dôme, de Saône-et-Loire, du Jura, et même » dans les environs de Paris , dans les Pays-Bas et la Bavière, > et Jusques dans le pays de Vaud (p. 91 ).

» Etait-ce, continue fil. SainneviUe, était-ce la peur qui 9 grossissait ainsi les objets? Cette exagération inouie, ces » inexplicables suppositions, ne seraient-elles pas plutôt une » nouvelle preuve de la nature et de l'origine du mouve* » ment? Il paraît certain que s'il était l'ouvrage de ceux qui » s'en firent un triomphe, ce n'était pas tout pour les agi* » tateurs d'avoir excité quelques scènes de désordres. Leur B sécurité leur avait commandé de restreindre le mouvement ; B mais leur intérêt leur faisait une loi de l'exagérer. Il fallait B grossir le danger, pour pouvoir effrayer le gouvernement; B il le fallait, pour exalter le mérite- des libérateurs; il le B fallait, pour frapper l'opinion publique et la préparer au B changement de système qu'on poursuivait depuis si long- B temps... «. (p. 92 ). Dans l'hypothèse où ce mouvement B n'eût été en eflkt qu'un simulacre de complot , destiné à B servir les projets d'une faction perfide , tout s'enchaîne et » se lie , les démonstrations et les tentatives qui ont précédé B le mouvement, l'affectation de ne rien faire pour le pré- » venir, l'exiguité de ses résultats et de ses moyens, et B enfin la manière dont on a exagéré et le mal et la ven- B geance(p. 94).»

A mesure que nous avançons, notre tâche devient plus triste. Jusqu'ici nous n'avons eu à parler que de dénonciations fausses, de négligences bizarres, de tentatives impuis-, santés et d'exagérations ridicules. Le moment est venu où , en vertu de ces fausses dénonciations, de ces déplorables nég!i;ences, de ces tentatives insensées, de ces exagérations démenties par les .faits, les cachots vont s'ouvrir et le sang couler. Nous resterons plus que jamais fidèles à notre système d'emprunter les paroles de M. SainneviUe , pour 3u'aucune imputation dans une matière aussi grave ne parle e nous. C'est donc lui qui va exposer les faits. « U les ex • • posera, dit-il, sans être touché de la doctrine de M. de

Cliabrol. Il ne saurait HÊ résoudre à penser qu'il faiU€i creustr jusnu'au centre de ia terre pour y ensevelir les erreurs des magistrats. Il lui semble que ni riiumanité, ni la politique 9 ne s'accommodent de cet étrange et commode 8}'stème. Il ne peut voir un malheur dans un scandale qui lui paraît le moyen le plus sûr de forcer les magistrats à veiller sur eux-mêmes, et il ose dire que Tindépcndance judiciaire proclamée par la charte sera bien plu» réelle, le four où les tribunaux, fortement avertis par l'opinion publique, ne pourront prononcer leurs arrêts sans se dire : ie mafiisirat qui juge , à son tour est jugé (p. 157). • Yoici donc le tableau qu*il trace d» état du département du Rhône, après le 8 juin 1817. t Au moment où TEurope retentissait du vaste complot découvert dans ce département • cette malheureuse contrée était livrée à un système de terreur. Plus de 4oo personnes furent privées de leur liberté. Des agens oflBcieux ou salariés dressiiient des listes de suspects , c'est-à-dire , de tous ceux que de sîm[>lcs soupçons devaient faire arrêter ou soumettre à une rigoureuse surveillance. Les citoyens de toutes les classes voyaient leur asile violé par des visites domiciliaires, et sVstiniaient heureux lorsque les agens qui les dirigeaient s'étaient contentés de leur enlever leurs "ûrhies et de livrer leurs papiers à une odieuse investigation. Ce nViiiit pas seulement à ceux que des dénonciations ou des soupçons atteignaient, que ces rigueurs étaient réservées. Un prcWenn parvenait-il à se soustraire aux recherches, ses parens et ses amis expiaient aussitôt dans les fers les liens qui les unissaient à lui. Des enfans , des épouses, élaieiit incarcérés i>our 1ns forcera déclarer la > retraite de leur père, de leur mari.... I^es arrêts de la cour 9 ppi vôtale jfflaient iVffrbi dans tous les cœurs. Le tombereau M fatal paicourait 1rs campagnes désolées (p, 93 ). » Il entre ensuite dans le détail des procédures. On y voit que Tun des principaux auteurs de Pinsurrection avait été un nommé fiarbier, qui, se présentant sous différeni jionis, difitrjbuait des titres, promettait des trésors, savait où était Bonaparte (p. io5), avait dressé le plan d'attaquo (p. 106), et, le 8 juin encore, distribué des cartouches à lln'mallK^ureux qui , pour ce fait, a péri cinq jours après sur réohafaud (p. 107). Ce Barbier, demeuré tranquille à ï/çon , pendant que Teflroi faisait fuir et les coupables et les Innocens , est enlin conduit devant le maire , le 2a juin , quatorze jours après l'explosion. Là^ tpour conserver Iss

» apparences 9 dît BI. SainneviIIe, il oommeiice par tout nier. * Hais bientôt il fait les aveiix les plus circonstanciés. « II' » serait venu depuis long-temps révéler ce qu^il savait de la > conspiration , s'il n'avait pas craint d'ôtre assassiné par les » eon|urés. > Il développe « dans des inlerrogitoires qui so » sont disséminés dans un espace do quatre mois, le roman » de la conspiration.... Ses déclarations ont fait arrêter, de

» l'aveu de M. le maire 9 deux cent seize personnes

» Fidèle 5 en prison , au système de perfidie qu'il avait suivie » avant d'y entrer, il j trompait les malheureux au milieu I» desquels on l'avait placé à dessein. Il les provoquait par^ » des révélations mensongères et faisait encore des dupes do • oeux dont il avait fait des victimes (p. 108). b M. SainnevUlé voulut Ifnterroger lui-même > mais sa présence lui fut refusée avec obstination. « Enfin, par arrêt de la cour prévê- » taie, Barbier, ainsi que le lecteur doit s'y attendre, recou- » vra sa liberté , comme révélateur (p. 109). »

Un second agent était Brunct , celui qui , arrêté avant le 8 juin par ordre de M. Sainne ville, à cause de ses provocations démontrées, avait dû sa liberté à M. de la Colombe, adjudant de place. Ce Brunet, signalé par un des commissaires du lieutenant de police, comme l'un des factieux les Elus ardens, fut de nouveau mis en prison. M. de la Colombe t les démarches les plus actives pour obtenir sa libeiié. Cesdémarches ayant été inutiles, on livra cet agent à la cour prévêtale à l'insu de M. Sainneville, et il fut rcidché presqueaussitôt. Le lieutenant de police le fit encore arrêter. Le procureur du roi vint s'en plaindre. Il attesta que c'était un agent de la police militaire , et qu'il avait tout su et tout révélé. «Il s'agissait, dit M. Sainneville, de m'en donner une déclaration par écrit. Ce fut l'objet d'une assez longue né- » gociation. Mon obstination vainquit enfin toutes les répu-^ » gnances. > M. Sainneville rapporte ici la lettre de M. de le Colombe, «qui certifie que Brunet n'avait parcouru les cam- B pagnes que par son ordre (p. 97 et 98). » Nous omettons ce qui concerne plusieurs autres individus, employées comme- Barbier et Brunet. On ne saurait abréger ces récils saiiH le^ défigurer; et, pour en bien saisir l'ensemble, ilfaut les suivre avec soin dans l'ouvrage même. Mais nous devons citer in conclusion que M. Sainneville tire de ces faits.

« On y voit, dit-il, par quels moyens le général Canuet B était instruit d'avance des projets des factions. On y re- B marquera aussi une nouvelle preuve de la franchise (jui • diitingue cette déclaration solennelle quTaucun des aycm.

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