‹ Collection complète des ouvrages publiés sur le gouvernement représentatif et la constitutionChapitre 39 sur 58 · Tome III.Ç^' Partie · texte numérisé non relu

Tome III.Ç^' Partie

principes intermédiaires ^ doivent en produire» dans leurs relations civiles.

Le principe moral, par exemple , que dire la vérité est un devoir, s'il était pris d'une manière absotué et isolée , rendrait toute société iibpossible. N'odséû avons la preuve dans les conséquences très^cTiréét'es qu'a tirées de ce premier principe un pbiiosophe allemand , qui va jusqu'à prétendre qu'envers des assassins qui vous demanderaient si votre ami dq'ik poursuivent n'est pas réfugié dans v6tre maison, le mensonge serait un crime.

Ce n'est que par des principes interniédiaires qdc ce principe premier a pu être reçu sans iDCoavénient.

Mais y medira-t'On , comment découvrir les prio* ^cipes intermédiaires qui manquent ? Gomment parvenir même à soupçonner qu'ils existent ?^ Queb signes y a-t-il de l'existence de l'inconnu ?

Toutes les fois qu'un principe démontré Vrai , parait inapplicable , c^est que nous ignorons le principe intermédiaire qui contient le moyen d'apîplication.

Pour découvrir ce dernier principe , il faut définir le premier. En le définissant , en l'envisageant sons tous ses rapports, en parcourant toute sa circonfépenoe, nous trouverons le lien qui l'unit à un autre principe. Dans ce lien est, d'ordinaire, le moyea d'application. S'il n'y est pas, il faut définir le nouveau principe auquel nous aurons été conduits. Il nousmenera vers un troisième principe , et il est hors de doute que nous arriverons au moyen d'application en suivant la chaîne.

Je prends poqr exemple le principe moral qnejd viens de eiler, que dire la vérité est un devoir.

Ce principe isolé est inapplicable. Il détruirait la société. Mais si vous le rejetez , la société n'en sera pas tnoim détruite^ car toutes ks bases de la morate seront renversées.

Il faut donc chercher le moyen d'appNcation , et pour cet effet, il faut, comme nous venons de le dire, définir le principe.

Dire M vérité est un devoir. Qu'est-ce qu'uiiv devoir ? L'idée de devoir est insé[)arable de celle df droits : un devoir est ce qui, dans un être, corres* pond aux droits d'un autre. Là où il n'y a pas de droits, il n'y a pas de devoirs.

Dire la vérilé n'est donc un devoir qu'envers ceux qui ont droit à la vérité. Or , nul homme n'a droit à la vérité qui nuit à autrui.

Voilà, ce me semble, le principe devenu applicable. En le définissant, nous avons découvert le lien qui l'unissait à un autre principe , et la réunion de ces deux principes nous a fourni la solution delà difficulté qui nous arrêtait.

Observez quelle différence il y a entre celle manière de procéder, et celle de rejeter le principe^ Dans l'exemple que nous avons choisi , l'homme qui^ frappé des inconvéniens dû principe qui porte que dire la vérité est un devoir , au lieu de le définir , et de chercher son moyen d'application , se serait contenté de déclamer contre les abstractions , dédire qu'elles n'étaient pas faites pour le monde réel , au« rait tout jeté dans l'arbitraire. Il aurait donné au ^ystèn^e eol^ier de la morale «a ébranlement dont

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ce syslème se serait ressenli dans toutes ses branchts. Au contraire en définissant le principe^ en découvrant son rapport avec un antre , et dans ce rapport le mpjen d'application , nous avons trouvé la modification précise du principe de la vérité , qui exclut tout arbitraire et toute incertitude.

C'est une idée peut-élre neuve, mais qui me paraît infiniment importante y que tout principe ttvt* ferme, soit en lui-même, soit dans son rapport aVec cm autre principe , son moyen d'application.

Un principe, reconnu vrai» ne doit donc jamais être abandonné, quels que soient ses dangers apparens. Il doit être décrit, défini , combiné avec tous les principes circonvoisins, jusqu'à ce qu'on ait trouvé le moyen de remédier à ses incoovéniens y et de l'appliquer comme il doit l'être,

La doctrine opposée est absurde dans son essence , tt désastreuse dans ses effets.

Elle est absurde, parce qu'elle prouve trop, et qu'en prouvant trop , elle se détruit elle-même. Dire que les principes abstraits ne sont que de vaines et inapplicables théories , c'est énoncer soi-même un principe abstrait, contre les principes abstraits, et par cela seul, frapper de nullité son propre principe. C'est tomber dans l'extravagance de ces sophistes de la Grëcequi doutaient de tout, et finissaient par n'oser pas même affirmer leur doute.

Outre cette absurdité , celle doctrine est désastreuse, parce qu'elle précipite inévitablement dans l'arbitraire le plus complet : car, s*il n'j a pas de principes , il n'y a rien de fixe; il ne reste que des circonstances^ et chacun est juge des circonstances

On marcbera de circonslances en circonstances ^ sans que les réclainations puissent trouver uiénieun point d'appui. Là où iout est vacillant , aucun point d'appui u'esl possible. Le juste, rinjuste,.le léjjfitime,rdlpgilirne , n'existeront. plus ; car tputes ces choses ont pour bases les principes, et lonibenl avec eux II restera Jes passion^s .qui pousserout à l'arbitraire, la ^nauvaise foi qui abusera de l'arbitraire» l'esprit de résistance qui cherchera à s'emparer de i'arbitriiire con^icne d'une arme , pour devenir op-* pressei^ir à son tour; en un mot, l'arbitraire, ce tyran aussi redoutable pour ceux qu'il sert que pour ceux qu'il, frappe , l'arbitraire régénéra seul

Exauiinons maintenant de près les conséquences de l'arbitraire , et comme nous avons prouvé que lea principes bien définis, et ^suivis exactement ,. remédiaient par leur mutuel soutien à toutes les dilficultéSt démontrons, s'il est possible, que l'arbitraire > qui ne peut élre ni défini dans sa nature, ni suivi dans ses conséquences, n'écarte jamais dans le Fait aucua des inronveniens qu'il brise en apparence et n'abat une des tètes de Thydre que pour eolaisser repousser plusieurs.

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