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cet élan de sensibililé , dans les plus dédaignéearda classes sociales, tut une sentencelerribie, qui cooTie à jamais d'infamie les tjrans qui les ég'araient. Yoos pérîtes alors, Essex, Sidnej^Russel, noms dignesdela vénération de tous les siècles, dernières espérances de ]a liberté d'Angleterre : les historiens les plus serviln n'ont pu vous refuser leurs hommages ; et votre mort flétrit y dans leurs écrits même » le règne dont ils oot Tonlu pallier les horreurs. Aux excès de i'injusticese joignirent les ralfinemens de la cruauté- Des hommes furent écartelés (i), d'autres , portés mouraos sur les échafauds» et exécutés à l'agonie (2} ; et le président de ces tribunaux de sang^ JefFeries, que le sort rése^ Tait 9 sous Jacques II , à de nouveaux crimes , fat ré* compensé par l'intimité de Charles^ par des préseos et par des honneurs (3).
, Ce règne de Jacques II , je ne le décrirai poiol: les écrivains les plus dévoués n'ont pas teoté deTexcuscr. Après l'insurrection de Monmouth» deux monstres, JefFeries et Kirk, parcoururent l'Angleterre : ivres toujours et furieux (4), ils unirent partout les supplices à la dérision (5). C'était au son de la mu-
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(i) Burnet , II, 4i8.
(2) Burnet , II , 42<).
(3) Burnet , II , 4'2o.
(4) Buriiet,III, 44.
(5) Le colonel Kirk , comme pour se jouer de la mort, fit exécuter un certain nombre de prisonniers , pendant qu'il buvait à la sanlé du roi, de la reine, ou du grand-juge Jeilerits. Observant que ces malheureux , en expirant , s'agitaient dans les convulsions de l'afjfonie , il s'écria qu'une pareille danse devait être accompagnée de mu?ique, et il ordonna aux tambours de battre, et aux trompettes de sonner. Il fit peadre un homme trois lois , en arrêtant chaque fois son supplice, de manière à
i47 sique qu'ils faisaient périr à la Fois plusieurs centaines de condamnés (i). Innocens ou coupables furent livrésaux soldats (a). Le pays entier fut couvert de lêles etdemembres déchirés -(5). Ghaquerillage contempla les cadavres de quelques-uns de ses habilans (4.). Une femme , connue par sa bienfaisance, avait donné asile à un fugitif; le malheureux la dénonça; il eut sa grâce; elle fut brûlée vive (6). Une autre de soixante-dix ans, dont le fils servait dans l'armée du roi , fut accusée du même crime. Trois fois les jurés la trouvèrent innocente; Jefferies la renvoya trois fois avec ordre de la déclarer coupable ; et ces instrumens ^ à jamais infâmes , cédèrent à la terreur (6). Jacques II , pour s'excuser de n'avoir pas fait grâce à cette infortunée, dit qu'il avait prorais à Jefferies de. ne soustraire à la mort aucun de ceux qu'il condamnerait (7). C'est ainsi que nous avons vu le tribunal révolutionnaire , s'irriter de ce que les déccm* virs avaient retardé le supplice de quelques victimes, et demander^ pour récompense de ses homicides services^ l'exécution immédiate de ses sentences^ et la réciprocité des forfaits.
lui conserver la vie, pour prolonger ses tourmens. Il exigea d'une jeune fiHe le sacrifice de son honneur , ea lui promettant la grâce de son frère , et lui fit voir de sa fenêtre , le lendemain, le cadavre de ce frère, exécuté pendant qu'elle était entre le* bras de ce monstre. Hume , XII, 90-91 ; — » Buraet, III, 4^,j
(i) Hume, XII ,92.
{1) Hume , XII , 92.
(3) Hume , Xïl , 9*2. S
(4) Hume , XII , 92,
(5) Hume, XII, 93 ; — Burnet , III , 4^-
(6) Hume , Xll/94 ; — Burnet, III , 48.
(7) liume , XII, 94>
' Telles furent les suites de la contre révolotion d'Angleterre. Spoliation des acqoérènrs de biens na* tionaii^ en Irlande^ dévastations militaires en Ecosse, assassinats juridiques en Angleterre ^ cette époque réunit tous les fléaux , que la tjrandie des goovernemens peut verser sur l'espèce humaine.
Prévenir la contre révolution , est donc l'intérêt commun de tontes les classes des Français. Doà vient néanmoins cette indiflerenCe universelle, ce sommeil profond, dans lequel le peuple paraît plongé au milieu des dangers qui l'environnent ?
Nos guerriers soutiennent une lutte inégale; des hordes farouches s'avancent vers ce territoire sacré, dont la pensée même de nos ennemis aurait nagoère frémi d'approcher : et cette nation viclorieasejlya peu de mois ^ sur le Rhin , sur leTibre, sur le Danube, cette nation qu'implorait de toutes parts Tuniversioa* misy voit y sans douleur^ tomber l'élite de ses héros, et s'évanouir cette renommée , garant de sa puissance , et gage assuré de la paix !
Une telle dégradation de l'esprit public tient à des causes qu'il est important de dévoiler. II n'est pas na* turel aux hommes de se désintéresser de leiar propre sort^ de se montrer indifférens à ce qui décide de leur repos, de leur fortune, de leur vie, de celle de leurs femmes et de leurs enfans. Le manque d'esprit public, dans les gouvernés^ est une preuve infaillible, ou d'ineptie dans les gouvernaos, ou d'imperfection dans les institutions mêmes.
Mais les institutions sont imparfaites, toutes les fois queTineptie de quelques hommes peut entraioer l'état au bord d'un abîme.
Nos maux viennent sans doute de la dictature accordée au directoire. Ce n'est pas que je croie à ce» conspirations, découvertes tardives des partis vainqueurs contre les vaincus , fables absurdes auxquelles on rapporte les faits les pluséloi^^nés , et dont on pense avoir besoin , pour expliquer les effets naturels de l'amour du pouvoir, la passion la plus inhérente au caractère de rhomme.Cionjwell, en opprimant TAngleterre , n'était d'accord ni avec laFrance ni avec l'Espagne; mais il voulait dominer sur les Anglais. César , en usurpant la dictature, n'était complice ni des Gaulois, ni des Partbes : Il voulait être maître des Romains.
Je ne crois donc point , je le répète, à cfes conspirations prétendues, à la faveur desquelles la haine prépare des persécutions nouvelles, au moment même de la chute des anciens persécuteurs. Je crois à l'ignorance obstinée , à la sécurité aveugle , au mépris des lumières, à l'aversion pour le' talent, signes distinclifs etinséparablesd'un pouvoir sans bornes(i).
Mais , de cela seul que nos intitutions actuelles ont permis ou nécessité Texistenee d'un pareil pouvoir , je conclus qu'elles ne sont pas complètes, qu'elles ne renferment pas toutes les garanties que demandent le salut de la république et la déiense de la liberté.
Les dépositaires des autorités que la constitution a créées son t rédui ts sans cesse à la froisser, à l'éluder, à la violer même ouvertemenldans leurs actes, en affichant pour elle, dans leurs discours, une profonde vénéra-^ ■ ■ ' ■ I ■■ . ■■ ■ ■ .... I I ■ » >
(i) Qu'on juge à présont, entre moi et les écrivains qui impriment que j'étais le flatteur du Directoire.
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tion: cette espèce d'hypocrisie, quelquelouablescp'eii soient les motifs^ ces contradiclions entre le langage et les actions y entre les considérant el les lois, tendent à fausser les idées du peuple : c'est une sorte de persiflage, qui l'humilie à ses propres yeux. L'incertitude s'introduit ainsi dans les principes desgOQvernés, l'arbitraire dans la conduite des gouvernans.
Ces derniers s'arrogent cet arbitraire, d'abord avec des intentions pures ^ mais leurs iolentionsse dénaturent bientôt. Ils cherchent à consolider et à étendre pour eux-mêmes, la puissance dont ils s'étaient emparés pour le bien public; et le gouvernement, que Ton nomme encore constitutionnel^ devient une suite d'usurpations , une dictature que s'arrachent les partis divers, mais qui n'en est pas moins toujours également oppressive pour le corps de la nation.
De là résulte le manque d'esprit public, dont nous nous plaignons aujourd'hui. »
Ce manque d'esprit public est la suite d'une conviction générale el profonde, que rien encore n'est stable parmi nous, parce que les pouvoirs n'ont aucune garantie , l'un contre l'autre, et que les citoyens n'oût aucune garantie contre les pouvoirs.
Ce que le peuple désire aujourd'hui , c'est le repos; ce qu'il veut, c'est .que la liberté remplace enfin la révolution ; ce qui est populaire , c'est ce qui est juste et moral. Ce qui regagnera pour l'autorité le cœur de tous les Français, c'est la certitude que des institutions perfectionnées les préserveront pour jamais des ressources trompeuses de la violence , et que leur gouvernement n'aura plus besoin , dans sa
marche paisible ^ du mouvement désordonné des factions.
Aussi long-leoyis que des inslitulions incomplètes nécessileront l'arbitraire, l'espril public, s'épuisant de temps à autre en convulsions inutiles, retombera toujours dans une mortelle apathie; nous en avons la preuve aujourd'hui. La oation, qui gémissait dans la servitude, ne croit point à sa délivrance. Elle refuse de lever la lêie, bien que son joug soil brisé , et reste triste et courbée , prête à recevoir un joug nouveau.
Cependant , des fragmens de factions ressuscilées remplissent les airs de dénonciations confuses. La calomnie, qui ^ depuis dix ans, parcourt en tout sens ce vaste empire , pour y moissonner les lumières, les talens^ le dernier espoir d'une génération décimée, exerce sans interruption sa destructive influence.
Une oppression commune aurait dû réconcilier tous les opprimés : un péril universel nous fait une loi de nous réunir, et déjà nous tournons contre nous-mêmes nos mains à peine libres encore. Jouets d'un petit nombre de dénonciateurs infatigables y mille voix , désastreusement dociles , portent partout les soupçons, les haines^ les défiances ; la calomnie ne respecte ^ ni les exploits de nos généraux, ni leurs eflforts , ni leur mort glorieuse. J'ouvre ces innombrables libelles , qui semblent conspirer de nouveau contre la liberté de la presse; j'y vois inscrits au nombre des traîtres , les noms des héros , qui ont ramené vers nos frontières des armées que l'ignorance avait dispersées; les noms des législa-
leurs qui^ Tainqueurs de la tjraoniè» pensent qoe la nation doit être de quelque chose dans, leort discours, et dans leurs lois ; les noms des écrivains qui osent réclamer les principes dont l'oubli y durant dix-huit mois, a causé tous nos malheurs*
Que prétendez-vous donc , délateurs perpétuels? n'avez -vous pas précipité dans la tombe asseï d'hommes illustres , assez de citoyens vertueux ? "Vous éles en bien petit nombre , je le sais : mail vos voix retentissent au milieu du silence national» les échos les multiplient , et le peuple , étourdi de ce bruit inattendu » croit qu'il existe un autre peuple invisible , qui lui dicte des lois ^ et lui prépare dei fers.
Vous nous parlez d'esprit public ; mais si l'esprit public est mort » c'est vous seuls qui l'avez tué. Yaoi avez Froissé dans les âmes les derniers germes de l'estime , de ce sentiment consolateur , que Thomme a besoin d'éprouver pour ses semblables , s'il veot pouvoir le conserver pour lui-même. Vous avez brise les plus douces , les pins nobles affections de la nature , l'amilié, la confiance y l'enthousiasme, vous nous avez tout ravi. Chacun craint de s'attachera quiconque peut tomber votre victime. On s'éloigoe du talent , parce que l'on sait qu'il vous fait envie*, on s'éloigne de la vertu , parce que vous menacez de la déchirer ; on s'éloigne du courage , parce que seulil vous alTronle, et que Ton ci'aint d'êlreentraîué danssa perte. Chacun se tait , chacun s'isole ^ celui que tous attaquez baisse la télé, dans l'espoir insensé de voos désarmer par son silence. Celui que vous n'attaquez pas encore, vous ouvre un libre passage^ se fiai-
tant .d'étre ménagé par vous. Faiblesse infruc-tueuse j inutile lâcheté !
Pour relever Tesprit public > il faut imposer' silence à la calomnie , non par des lois prohibitives i qu'elle saura toujours éluder , mais par des institutions répressives de larbitraire que la calomnie arme contre l'innocence , par une alliance de moralité entre tous les citoyens , qui 9 créant un tribunal d'opinion , dispense l'homme indignement attaqué» de chercher dans des formes lentes et trompeuses , un insuffisant recours. Il faut que la calomnie s'épuise et se rebute en efforts infructueux , que l'indignation ressuscilée la repousse , que la nation qu'elle avilit se réveille > et d'une voix forte et unanime , couvre ses honteuses clameurs-
C'est alors que nous formerons véritablement un peuple. Car un peuple sans opinion , n'est qu'un rassemblement confus d'étrangers défians, ou d'ennemis acharnés ; sans la puissance de l'opinion , il n'exista jamais de puissance nationale. L'opinion seule est le lien des hommes ^ la b(ise de la morale , la récompense des vertus. C'est là ce que vous avez détruit , tourbe de délateurs /et ce qu'il faut relever. Il faut rétablir entre tous les citoyens irréprochables une solidarité de réputation. Vous paraîtrez alors dans votre petit nombre > et les étrangers qui nous observent , reconnaîtront la nation française ;
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quand elle sera séparée de ▼bas ; iTs apprendront à respecter la France , lorsque vous D*en lierez plus partie , el nous jugeront dignes dV lime , lorsqu'ils nous verront vous accabler de mépris.