Tome JIl. 6« Partie
DÎstie que Ton préparait (i). L'on ne prenait en considération^ nous disent Burnel et Hume, ni les crimes des accusés ni leur fortune. L'on ne demandait aih eune preuVe; l'on ne faisait aucune recherche ; Ton n'écoutait aucune réclamation; les dénonciateurs se présentaient devant une commission secrète , et cette commission fixait les amendes pour chacun des dénoncés. Le parlement, par un nouvel acte, par uo acte inoui dans les fastes de la vengeance, déclara criminel quiconque solliciterait le roi de rendre aux enfans des condamnés leur rang ou leur patrimoine (2). Il n'attacha à ce crime aucune peine, parce que c'était une maxime reçue parmi les jurisconsultes» qu'attacher une peine à un délit» était limiter la puissance rojale ; au lieu qu'interdire une action , sans annexer à la transgression de cette loi une peine légale» était donner au roi» sur le criminel , une puissance discrétionnaire (3). Le parlement ressuscita les statuts les plus tyranniques d'une jurisprudence oubliée. Le génie de la servitude se défiant de lui-même» et comme importuné des lumières qui l'entouraient, évoqua les siècles de la barbarie la plus épaisse» pour leur demander des lois, des supplices et des fers (4). Nous avons vu lord Lorn » cod-
(i) Burnet , I j — Hume , XI , 1 1 5.
(a) Burnet , I , :i 1 5 ; — Hume , XI , 1 1 5.
(5) The court la\yy€rs had estahlished it as a majcim that ihti assi^ftiNf; a pumisiment vi>as a litnitation qf thc cfown' \\'hereas alav^ ^forH^ding an y thitfg , fh(uig/i ^vii/tout a pcrialtiy, made the olJcndiw criniinaL /ind in fluit vnse tho dctermined that thejnuuslinic.nt'was arbittary^ Hume ïl, ii5 ^ voyez uussi But net , i , 21 5.
(4) Il faut des l'ers, des supplices , des bourreaux a«l-on dit à la tribune eu 1 8 1 5.
damné à morl pour BYoir semé la discorde entre le roi et ses sujets. Cette loi fut confirmée (i). Une autre le fut de même, qui mettait hors la loi ceux qui donnaient un asile aux hors la lot (2) ou même qui ne les saisissaient pas, lorsqu'ils en avaient le pouvoir (3). Une troisième fut renouvelée^ autorisant le roi à s'emparer de toute maison qu'il jugerait coa- Tcnable^ pour y placer des soldats (4). Une quatrième qui n'avait jamais été en usage qu'entre les particuliers 9 permettait à tout homme qui se croyait en danger de la part d'un autre , de lui deuiander uoe caution de sa conduite envers lui (5). Le parlement mêlant^ comme dit Hume, la chicaneà la tyrannie (6)» prétendit que cette loi devait s'appliquer au peuple entier, et que le roi pouvait exiger de la nation une caution de sa soumission future. Enfin, ce parlement d'Ecosse voulant fournir à Charles les moyens .de subjuguer aussi l'Angleterre^ vota qu'une armée de vingt mille hommes d'infanterie
(1) Tout accès au trône fut interdit par la loi ridicule appelée leasing-makfng , une loi inventée par les anciens nobles , pour s'assurer l'impunité dans tous leurs actes d'oppression / d'injustice et de tyrannie. Hume , XI , 378.
(3) La misé hors la loi n'est pas en Angleterre ce qu'elle a été parmi nous depuis la révolution. C'est une espèce d'interdictioq civile, qui met un individu hors de la protection des. lois , de manière qu'il est incapable d'intenter aucune action , et privé de tous recours pardevant les tribunaux. Tous les magistrats sont de plus invités à l'arrêter, et ses biens sont confisqués aii profit du roi. Voy. Blackstone's commentàries on th'e taws of England , vol. 1, 143 ; III, 28'^ j — IV , 019
(3) Burnel,ll, i55 ; — Hume, XI, 387.
(4) Burnet, II, i56^ — Hume , XI, 379.
et de deux mille chevaux, serait prèle a marcher au premier ordre, partout où le roi le désireraîl^ pour s'opposer aux invasions, étouffer les insurrections, ou pour toute autre cause qui pourrait intéresser Tautorité, la puissance et la grandeur de sa majesté (i).
Ce fut avec toutes ces lois que passa l'acte d'am- DÎslie; et tant de précautions pour la reodre illusoire, ne la préservèrent pas d*être violée textuellement. Les persécutions se prolongèrent durant tout le règne de Charles II et de Jacques IL Vingt ans après que l'amnistie avait été décrétée, une proclamation du conseil d'état Créa des tribunaux ambulans. Ces tribunaux étaient chargés de parcourir, pendant trois années, les différentes contrées de l'Ecosse, de rechercher ceux qui avaient donné asile^ on conversé (c'était le mot) avec les rebelles, lors même que ceux-ci n'auraient pas été connus comme tels, et de condamner comme traîtres, ceux qui seraient trouvés coupables d'une pareille conversation (2).
Hume nous rapporte le raisonnement du conseil d'élat. Personne, disait-il, ne pouvait avoir été ua rebelle, sans avoir été soupçonné par ses voisins. Le devoir de tout sujet fidèle était de communiquer ses soupçons au gouvernement. Manquer à ce devoir, était participer à la trahison. Avoir conversé avec uo rebelle, était être soi-même un rebelle (5).
Nous n'avons pas encore traité la partie la plus importante du règne de Charles IL La révolution
de 1648 avait eu pour cause la religion. C'était donc
(i) Burnet, 1 , 3oo.
(2) Biirnel, 11, 345.
(3; Hume, Xil , (>.
la religion que la contre révolution devait proscrire; aussi ies vexations religieuses furent-elles mille fois plus atroces que les vexations civiles.
Gardons-nous par une partialité injuste et peu généreuse, de refuser notre intérêt à des hommes persécutés, parce qu'ils le furent pour des erreurs^ Ces hommes aussi défendaient leurs droits. Erreur ou vérité^ la pensée de Thomme est sa propriété la plus sacrée. Erreur ou vérité, 1^ tyrans sont également coupables, lorqu'ils l'attaquent. Celui qui proscrit, au nom de la philosophie, la superstition in«nocente, et celui qui proscrit, au nom de Dieu, la philosophie, méritent également lexécraLion de» hommes de bien (i).
Charles et ses ministres avaient conservé contre les presbytériens tant de l'Ecosse que de l'Angleterre, les ressentiraens les plus amers. « Les presbytériens , ce disaient-ils^ ont les premiers allumé la guerre ; Les «« premiers , ils ont excité le peupl<* à l'insurrection. te Leur zèle , leur influence , leurs richesse*,, leurs luc< miëres, ils ont consacré tout à la cause populaire. « Si^ dans la suite , ils ont protesté, d'une voix dé- <c créditée , contre les derniers excès dont le roi fut «c victime^ cette opposition tardive et vaine ne fourbe nil qu'une excuse insuffisante à ces auteurs véri- «t tables de tous les malheurs de la patrie , de toutes « les humiliations de la royauté Ils ont contribué,
(i) J'ai laissé ici ces deux phrases, quoiqu'elles se trouvent aussi ailleurs dans cette collection, parce que j'ai é^é appelé malheureu* sèment pendant nos troubles aies répéter souvent. Mais j'aims à penser que je les imprimais , lorsque le directoire qu'on m'a reproché d'avoir défendu, faisait arrêter etdépoi ter les prétre§«
« sans doute y à la restauration , mais nullement par a des motifs d'afieclion sincère pour la cause royale; « ils n'ont été dirigés, que par l'indignation de leur et ambition trompée , par la crainte des persécutioDS, « que les républicains leur avaient dût éprouver; et « tellement incorrigibles sont ces partisans effrénés ce d'une liberté chimérique , que déjà leurs discours ce annoncent le renouvellement d'une résistance crice minelle et de séditieuses réclamations (i) ».
Tels étaient les reproches qu'adressaient de toutes parts les contre révolutionnaires aux presbytériens. Tels seraient ceux que ^ parmi nous , les contre révolutionnaires triomphans feraient aux constitutioo^ nels de 1 79 1 •
Néanmoins, comme les presbytériens d'Ecosse avaient une très-grande influence > Charles, dans la pre^iiëre année de son règne, avait cru nécessaire de
(i) By the presbyterians , said they ^ tlie <war -wa^ raised , by them ihe populace wasjirstvwited to tumults» By their zealf inlerest et riches, were the armies supported : by theirforce was the king subdued : and if in ihe scquel , they protested against Hiose extrême violences ^ comniitted on his persan , by the mi' lilary leaders , their opposition came too late , tifter haviri^ supplied thèse usurpers with the power and the pretences , by ^K^hich they maintained their san^uinary measures^ T^hey haà indeed concurred v^ith the royalists in recalling the king: but ought they to he esteenied , ou that account , more q/^ectiohate to the royal cause ? Ra^e and animosify , J'rom disappointed ambition^ ^ere plainly their sole motii'es; and if the kingshould now he soimprndent as to distinguish thcni by anj patticidar indulgence , he would socn expérience' from them the samehaired and opposition , K^hich had provtdso fatal to his father.
Si Ton veut comparer à ces raisonnemens des contre révolutionnaires Anglais, une citation qui se trouve dans !ei réactions politiques , on verra que les contre réyolutioanaires Français pensent et argumentent de même.
les rassurer, n avait confirmé, par unelettrepublique', l'église presby lérienoe , y^lle que les lois t'aTaient éta-» hlie (1)9 se réservant par une interpréta lion secrèle » de renverser cette église en faisant rapporter ces lois (2). En effet , quelques mois après cette lettre, qui avait été reçue avec des transports de joie^ le parlement ^ par un acte dont nous avons parlé » ayant rapporté toutes les lois promulguées depuis i633, celles qui consolidaient le culte presbytérien ^ furent comprises dans cette révocation générale ^3).
Le premier acte qui fut proposé dans la seconde session de ce parlement, fut le rétablissement solennel de Fëpiscopat, et une loi provisoire contre toutes les réunions presbytériennes (4)* Plusieurs ministres presbytériens furent sommés de rendre compte de quelques expressions défavorables à la suprématie des évéques(5). Mais ces expressions étant générale^ , et susceptibles de sens difierens , l'on imagina de soumettre les ministres à un serment, que Ton nomma serment de suprématie (6) ; ceux qui refusèrent de prêter ce serment , que Ton avait eu soin de rendre aussi vague que possible^ en interdisant toute explication , furent condamnés à un bannissement perpétuel (7). Il faut observer que les auteurs de ces lois étaient ceux méme^ qui, naguère, s'étaient plaints, avec le plus d'amertume , de l'injustice exercée contre
(1) Buinet, I , i54* (Si) Burnet, I, i55«
(4) Burnet ,1 , 206.
(5) Buriiel, 1, ao8.
(6) Burmît, I, aog.
(7) Burnet^ I, a 10.
eux par les républicains^ en exigeaojt d'eux des sermens (i). Tact les partis opposés se serveal avec empressement des armes dont ils reprochaient Tusageà leurs adversaires , et lant les hommes , qui o'oot pas une moralité fixe et des principes inébranlables» sont enclins à considérer comme légitimes d^ns leur cause, les moyens qu'ils regardaient comn^e épouvaaiables dans la cause de leurs ennemis !
Lorsque des lois injustes sont proclamées , elles nécessitent des moyens atroces. L'on procéda contre les ministres par des exécutions militaires. Des soldats furent envoyés pour les arracher de leurs chaires, et pour les traîner en prison (2). Tous ceux qui n'assis* taient pas au culte ordonné , furent condamnés à des amendes, déterminées arbitraireoieot par le commandant militaire envoyé pour les subjuguer (3). Des soldats furent pla^^és à discrétion chez toos ceux que l'on soupçonnait de malveillance (4). Et que l'on n'accuse pas les inslrumens féroces de cette révoltante oppression d'avoir excédé leurs pouvoirs; car il fut prouvé, par l'examen de leurs instructiops, qu'ils étaient restés encore en-deçà des ordres qu'ils avaient reçus (5),
(i) So soon did menj'orget ail their former complaint s ofthe severity of imposing oaths , and began to set onj'oot the same practises rww^ 'when they had it in their po\ver to do it, Burnet, I , a 10.
(2) Burnet , ï , ^23-
(3) Burnet, I, 5og.
(4) Burnet , 1 , 3og.
(5) Je ne puis m'empêclier de rapporter ici un exemple remarquable (le la douceur naturelle au peuple , lorsqu'il est abandonné à lui-même , au milieu de ses agitations les plus tu-
i57 Eofia , ces petsécutioos ayant irrité ce peuple infortuné , quelques réunions se formèrent ^ pour demander , avec les protestations les plus soumises d'obéissance à sa majesté, le rétablissement de la rer ligign presbytérienne et de ses anciens ministres (i). La cour nomma pour dissiper ces réunions » un offit cier qui avait servi long-temps en Russie (2). Les malheureux 9 qu'on appelait des rébelles » lurent en^ tourés par les troupes royales. Ils les attendirent ea chantant des psaumes. Quarante furent tués; cent trente furent pris. Dix furent pendus à Edimbourg^ trente-cinq à la porte de leurs chaumières, aux yeux de leurs femmes et de leurs enFans (3). L'un d'eux fut mis à la torture ^ en présence du conseil d'état et des ministres épiscopaux. L'armée viclorieule se livra ensuite à tous les excès ; leur commandant tuait froidement des paysans sans défense. Il fit pendre un fils^ pour avoir refusé de lui révéler où était soa
père (4).
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multueuses. Ceux qu'on appelait les reballes en Ecosse , c'està-dire, ceux qui refusaient de renoncer à leurs opinions et dé mentir à leur conscience, se saisirent de la personne du chevalier Turner , qui commandait les troupes destinées à les asservir* Cet officier s'était porté contr'eux aux excès les plus arbitraires , et leur premier mouvement fut de l'en punir. Mais ayant examiné ses papiers , ils trouvèrent qu'ils contenaient des ordres plus violens encore , et qu'il en avait adouci l'exécution. La reconnaissance remplaça dans leur âme le ressentiment ; et , bien que réduits au désespoir, et menacés de supplices affreux qu'ils ne tardèrent pas à subir , ils rendirent à leur prisonnier la vie et la liberté. Burnet , I , Soq ; — Hume , XI , 120.
(2) Burnet , 1 , 349 î ^"^ Hume , XI, 1 19.
(•2) Burnet, I, 545-349; — Hume, XI, m.
(3) Burnet, I, 348 j — Hume, XI, 122.
(4) Burnet, I, 349.
(5) Hume, XI, 2773 —Burnet, I, 4^5.
Lés lois contre les réunions religieuses étant néanmoins désobéies , comme le seront toujours les lois iliégilimes, elles nécessiièrenl, comme le feront toujours les lois de ce genre , un redoublement de sé?érité. Toutes les réunions dans les campagnes furent proclamées punissables par la mort et la confiscatioD des biens (i), des récompenses pécuniaires furent promises à quiconque arrêterait les coupables; et tout meurtre y commis dans cette iotention , fut déclaré pardonné d'avance (2). Comme il était difficile de trouver des témoins contre ces réunions. Ton ajouta par une autre loi , que le refus de les dénoncer devant le conseil y serait puni par une amende arbitraire, par l'emprisonnement , et par la déportation (3). ^ C'est ainsi, dit Hume, que toute persécution con- « duit naturellement , ou plutôt nécessairement, aux « injustices aussi bien qu'aux cruautés de l'inqaisi- « lion, » Lorsque les châtimens que la raison résem aux grands crimes^ sont appliqués à des actions qu'une partie de la société considère comme un devoir, et que les plus honnêtes du parti contraire regardenlcommeindifférenlesou comme excusables, le législateur e&t obligé , pour soutenir cette pre mière iniquité, de multipliera l'infini les iniquités secondaires, et pour faire exécuter une seule loity- 1 rannique, de compiler un code entier de proscriptions et de sang.
L'on exigea de tous les propriétaires, sous les
(i) They v^ere indemnified for any slanghter ^\phichtht:^ might commit in the exécution oj such an undcrCaking, Hume , XI, 277.
('!) Hume, XI ,378.
\ mêmes peines de confiscation y de déportation ^ de mort^ de se rendre garans pour eux, pour leurs femmes^ pour leurs en (ans, pour leurs domestiques, pour leurs fermiers , pour tous ceux qui habitaient
I sur leurs domaines i quils n'assisteraient à aucune réunion (i). Sur le refus de plusieurs d entre ces propriétaires , huit millemontagnards furent répandus dans les comtés les plus peuplés et les plus indus* trieux de l'Ecosse. Ces montagnards étaient des hommes à demi-sauvages , élevés dans l'ignorance des lois 9 dans l'habitude de la rapine. Rien ne put échapper à leur ingénieuse et cruelle avidité. Us employèrent les menaces y la violence, les tourmens, pour découvrir les trésors que leurs victimes avaient tenté de leur dérober, et dans celte scène d'horreur» ils outragèrent également le sexe , l'âge , la faiblesse, et l'innocence, (a)
Malgré tant de preuves de zèle , Charles crut qu6 des troupes anglaises exécuteraient mieux encore ses intentions. Au bruit d'une résistance légère , opposée à quelques soldats par une réunion religieuse, il envoya le duc de Monmoulh à la tête d'un corps de cavalerie (3). Ce général ayant rencontré l'armée rebelle que le désespoir avait grossie, si toutefois l'on peut appeler armée un rassemblement presque sans armes , la dispersa sans peine , et fit douze cents prisonniers. Jeune et généreux, Monmouth en mit un
grand nombre en liberté (4). Le roi et le duc d'York
(i) Burnel, II , 283 j — Hume , XI , 284.
(2) Burnel, II, 1 83;— Hume, XI, 285.
(3) Burnet, II , 267.
,(4) Hume, XI , 359.
Idi reprochèrent amèrement de ne lés avoir pas massacrés tous (l). Ce dernier, quelque temps après, se rendit lui-même en Ecosse. Il fit mettre hors la loi phis de deux mille personnes. Il envoya dans toutes les maisons des soldats , des espions , des dénoncia* teurs et des juges (2). Il assislail lui-méncie à la to^ ture dessuspecls (3). Trois questions étaient adressées aux accusés. Le silence ou rhésitatioo étaient suivisde la mort (4). D^s femmes furent pendues (5), d'antres noyées. Parmi ces dernières, une fille de dix-huit ans, et l'autre de treize. ^6) Quelques misérables» deve* nus frénétiques par l'oppression , publièrent une déclaration séditieuse. Aussitôt tous les officiers furent autorisés à demander à tous ceux qu'ils rencontreraient dans les chemins et dans les rues, d'abjurer cette déclaration , avec ordre, s'ils refusaient , de les fusiller sur le lieu même , sans avoir besoin de constater leur refus. (7)
C'est de cette administration que Charles, après avoir écouté le long détail de toutes ces horreurs, répondit : « Je vois bien que mes ministres d'Ecosse « ont vexé le peuple ; mais je ne vois pas qu'ils aient « rien fait de contraire à mes intéréls (8j. m
(1) The king himself said to him , that ifhc had bcen there , tJiey should noi havehad ihe trouble qfprùotiers, Buoet, 11, 269. (•2) Hume, XII , 17.
(3) Hume , XH, i5.
(4) Hume, Xn, i«j.
(5) Hume, XH, 17.
(6) Hume, XII, 18.
(7) Hume, XH, 18.
{4) Hume , XII , ^88.
Tandis queTEcosse était ainsi dévastée, on genre différent de tyrannie s'exerçait^n Irlande. Une grande partie des terres de ce royaume appartenait à des acquéreurs de biens nartionaux; le roi, par une dé* claralion positive, avait confirmé leurs acquisitions. Un tribunal fut néanmoins établi^ pour examiner leurs droits, et les réclamations des anciens propriétaires. Les membres de ce tribunal ne sachant d'après quel principe procéder dans leurs jugemens, ne virent dans la puissance dont ils étaient revêtus , qu'un moyen de s'enrichir. Leurs actes ne présentent qu'une longue suite de vénalité et de corruption. Un grand nombre d'acquéreurs fi^t dépouillé, et ceux qui conservèrent leurs propriétés Turent ruinés par les présens qu'exigeaient leurs insatiables juges (i). Nous allons maintenant parler de l'Angleterre; elle nous offre un spectacle différent Une loi positive d'amnistie! empêchait le roi de livrer cette con» trée , comme l'Ecosse , à toute la violence des exé^ entions militaires. Il fallait recourir à l'artifice pour éluder cette loi ,, attribuer des délits imaginaires aux coupables qu'on voulait punir de crimes publique* ment pardonnes , supposer une découverte pour mo«» tiver chaque vengeance , et présenter k la nation , comme des séditieux nouvellement démasqués , cha* cun des malheureux proscrits dès long-^temps comme des rebelles. De là la subversion de toute justice , la vénalité des témoins , l'impudeur et la corruption des juges, la violation de toutes les formes » et cette longue suite d'iniquités absurdes et révoltantes qui ca«
(i) Hume ^ XI; 134, — Burnet, I, 254.
ractérisent tootes les époques de IHiistoire ^ oh les gouvernemens , devenus eunemis et accusateurs da peuple, rangent les citoyens sous diflTéreotes bannières , pour en former , pour ainsi dire , différens corps de conspirateors.
En Angleterre comme en Ecosse ^ les presbytériens furent les objets de la baine commune du pa^ lement et de la cour. Mais réunis dans leurs resseoiimens , ces deux pouvoirs se divisëreni dans leurs affections.
La cour voyait avec plaisir la persécution des anciens amis de la liberté : mais elle aurait vonio protéger les déiensenrs constans de la monarchie, c'est-à-dire^ les calboliques(i).Le parlement, au contraire , ne montrant de servilité que pour le mal, voulait faire peser surles uns et sur les autres un joug également tyrannique (2). Alors s'éleva , entre les autorités qui dominaient sur l'Angleterre » une lutte sourde, mais constante^ qui, loin de tournerai! profit de la liberté; n'eut jamais pour résultat qu'un redoublement d'oppression , tantôt contre une cla^sse de victimes^ tantôt contre l'antre. Les contre révolutionnaires de France ont prétendu qu'en rétablissant le roi dans la plénitude de sa puissance^ un seul de ses droits ; celui de faire grâce , devrait être limité (3); par une couformité bien remarquable , nous trou-
(i) Hume, XI y 5o.
(îi) IJume, XI , 52.
(3) Voyez le Ileiabiissement de la Monarchie , ouvrage publié par les iiia^islials émigrés eu 1793 , et le Développcmenl des principes toridamentaux de la monarchie française ouvrage pubhé eu i jijG,
vons dans les débats du parlement d'Angleterre (i)/ à Tépoque que nous décrivons, des discussions animées , pour savoir si la prérogative royaÀe , que Toq avait d'ailleurs portée au delà de toutes les bornes, s'étendait jusqu'à mitiger les tourmens 4es criminels^
Nous ne donnerons pas ici la liste des statuts absurdes , des réglemens puériles ^ des vexations minutieuses 9 des mesures coërcilives, des lois pénales que chaque session du parlement vit éclore , sous le vaste prétexte de compriirier les deux factions , c'est-àdire y pour ravir à quiconque ne professait pas les opinions dominantes, l'usage de ses droits imprescriptibles et de ses libertés les plus sacrées.
Nous dirons , que les vingt premières années du règne de Charles II nous présentent quinze prétendus complots, sous des dénominations variées (2), et que, dans chacune de ces procédures , Ton voit figurer les mêmes espions^ les mêmes dénonciateurs^ les mêmes témoins (3)- Ces témoins , la plupart condamnés précédemment pour vois, pour actes de faux^ pour les délits les plus infâmes (4)» étaient logés dans
mm
(1) Hume , XI , Sg'i,
(2) This \vas no less thc fifteenth Jalse plot , or sham plot ^ as they were then .called j 'with 'which ihe court y it^ was imaginedj endeavourcd to load their adi^ersarie. Hiiiue,
Xi,4ii.
(3) La horde nombreuse des espions, des témoins, des délateurs et des suborneurs , s'apercevant que ia puissance était tout entière entre les mains du roi^ se tourna tOL;t à coup contre ses anciens maîtres , et offrit ses services aux ministres* A la honte de la cour, ils furent reçus avec empressement, et leur témoignage, ou , pour mieux dire^ leurs parjures furent employés à légaliser de nouveaux assassinats. Hume , XI ^ 4^3*
(4) Hu^e , XI, 2y8-338 ; — Burnet , l\ , 194-2712.
le palais de Whitebail, entourés de gardes, comblés de pensions et de bienlaits (i). Pour captiver la confiance de juges bien dignes d'eux , ils rétractaieot chaque fois leurs dépositions précédentes, et se déclaraient, par un serment nouveau , coupables de parjure, dans les sermens antérieurs qu'ils avaient prêtés.
L'instruction de ces procès nombreux fut telle, qu'on devait l'attendre de pareils hommes. Les déliteurs se contredisaient à chaque instant (3) : ils ne reconnaissaient pas ceux même qu'ils avaient dénoncés , comme conspirant avec eux (3). Les pièces qu'ils produisaient ne contenaient rien qui corroborât leurs assertions (4^ Mais h moindre incrédulité devenait un crime. Hésiter, était de la complicité (5). Trois membres du parlement furent expulsés de h chambre des communes, pour avoir exprimé des doutes (6). On chercha , dans les prisons , des criminels d'assassinats ^ pour leur faire grâce, et pour les placer parmi les juges (7). Les accusés se voyaient outragés par le tribunal (8j^ interrompus par les hu^ lemens du peuple. Ce peuple furieux menaçait de mettre en pièces ceux qui se présentaient pourdé-
(ij lîunic, XI , 3i2.
(2) Hume , XI, 329.
(5) Il unie XI , 399.
(4) IJuino , XI, 3i5.
(5) Hume , XI , 3o5.
(6) Hume, XI, 338.378.
(n) Burnel, H, 4o().
(8) Hume, XI, 337.
poser en faveur de Honocence (i) y et si quelques témoins bravaient ces menaces , ils étaient condamnés au pilori (2).
Delà sorte périrent dans les supplices, tantôt de malheureux catholiques (3)^ tantôt de courageux prptestans (4) : le véritable crime de ces derniers était d'avoir autrefois servi dans Tarmée républicaine (5). Parmi les catholiques , le vicomte de StafFord y affaibli par l'âge et par les infirmités , et que ses accusa leurs regardaient comme incapable de se défen^ dre (6) , réveilla dans ses derniers momens^ par son intrépidité tranquille et douce» les sentimens de l'humanité^ dans l'âme même de la populace. Le $i« lence des spectateurs ne fut interrompu que par leurs gémissemens* Lorsqu'il les assura de son innocence , ces voix grossières^ qui naguère demandaient, par lies cris tumultueux , sa condamnation et son supplice, s'élevèrent au ciel en acclamations unanimes d'assentiment et de pitié. ^ Nous savons que vous « ètesinnocent, ntylord, mjlord, nous vous croyons 9», irelentit de tons côtés sur ce théâtre de mort (7) ; et
(ï) Hume, XI, 353.
(2) Hume , XII , ;i3 .
(3) Hume, XI, 5a5, 329, 35a^ 554-
(4) Hume , XI , 4 13^ — XII , 36-5o.
(5) Walcott, Rumbold, Rumsey , etc. offiders républicaius sous Cromwell. Quelques-uns d'entr'eux eurent la Ucheté dtt déposer coutre leurs pi étendus complices, et particulièrement contre Russel 5 ce crime leur sauva la vie. Le petit-fils de Bambden n*ayant pas été trouvé coupable , ne fut condamné qu'à une amende de 4o,ooo livres sterling , ou 960,000 livres de DOire monnaie. Hume, XII, 33 et seq.
(6) Hume, XI , 389.
(7) Hume , XI, 394*