AUX ATTAQUES
Dirigées contre lui durant les Elections (i)* -
J usqu'a FRisENT J'ai parlé de moi le moins qu'il m'a été possible. Je n'avais que moi seul à défendre. Honoré aujourd'hui des suffrages de près de trois mille citoyens, je leur dois de prouver que je n'en suis pas indigne. Me calomnier maintenant , c'^st dire à l'Eu^ rope que près de trois mille habitans de Paris , tous 4e cette classe où résident la raison , l'industrie y la richesse çi la force nationale , sont assez aveugles ou assez coupables pour choisir un. faciieux pour représentant. C'est insulter leur moralité et leurs lumières. Je vais donc répondre, ie serai court : le tem[)s nous presse. Je serai modéré , parce que la modération est
(i) Cette réponse me fut , p«ur ainsi dire^ arrachée par une suite de libelles auxquels les électeurs qui fn^âvaient honoré de lenr voix me pressaient de répondre. Comme ces mêmes électeurs Hi^ont accordé de nouveau leurs suffrages Tannée suivante, et comme les lilielles réfutés ont été reproduits , j'ai consigné icî ma réponse ; elle pourra servir encore , parce qu^il païaît que les moyens des agens du pouvoir ^ quelques niims qu^ils portent, «ont l«s mêmes dans tous les temps.
mon caractère , et qu'il y a d'ailleurs un degré de mépris qui inspire du calme*
On a répondu que j'étais étranger. Je suis Français,' fils d'un Français protestant, rentré en France il y a vingt-six ans , comme des milliers de protestans dont l'intolérance avait frappé les familles , et qu'une loi positive a rappelés. J'ai produit mes titres alors; jamais leur validité n'a été contestée par les autorités compé* tentes. Le gouvernement les a reconnus, par cela même qu'il m'a inscrit sur la liste officielle des électeurs , des élîgil)Ies et des candidats ayant obtenu des voix : ou bien croit- on qne 6'est par faveur qu'il m'ait compris sur ces listes ? II faut donc que mes adversaires changent de moyen d'attaque. 11 en est qu'ils ont employa avec succès en ]8i5, contre leâ protestans, à Nismes et ailleurs. Les autres sont inutiles. .Ils peuvent tout, sinon faire que je ne sois pas Français. L'on a voulu rattacher mon nom à des époques funestes. On n'en citera pas une, depuis vingt-cinq ans, où je n'aie recommandé la modération et la justice* On m'a reproché les fonctions que j'ai occupées après le 20 mars. Chose étrange! Les journaux qui m'imputent ces fonctions à crimes , sont sous l'empire d'un ministère dont deux membres au moins, et trois , si je ne me trompe , ont occupé , à la même époque, des fonctions plus éminen tes qu'ils n'ont déposées qu'après la journée de Waterloo,
On m'a désigné comme l'auteur de lacté additionnel ; j'y ai concouru , je l'avoue sans peine , pour y insérer l'article sur la liberté de la presse , sur les jurés^ sur le nombre de la représentation nationale, et. sur la limitation des tribunaux militaires.
Je cherche srfai encore quelque accusation à réfuter* Je ne trouve aucun fait dans les invectives dictées contre moi* Ce n'est pourtant pas l'envie qui manque à ces Kbellistes. S'ils ne disent rien ^ c'est qu'ils n'ont rien à dire , et que ma vie entière n'offre aucune prise à la fureur grossière qui les anime contre quiconque parle pour la justice et réclame pour la liberté*
Aussi l'opinion ne prend pas le change. En dépit de leurs tentatives, elle persiste à porter un homme sans diéntelle, sans alentours, sans pouvoir, sans autre foi*ce que quelques principes qui sont dans toutes les âmes et qu il n'a eu que le mérite de pro* clamer. Trente articléi de journaux sont commandés , trente libelles me déclnrent , et trois mille électeurs réponrdent par leurs suflFrages.
* C'est que ces électeurs veulent le bien , c'est qu'ils adoptent ce qui esk-jiiste; c'est que leur esprit es% flairé 9 parce que leurs intentions sotit pures. Les inr dividus ne sont rien pour eux; les principes sont tout; et le nom propre de chaque Candidat n^^est autre chose qu'une déclaration de principe ) faite libtemeat par là IVatibn. '
Quand ils portèrent avant-hier M. Lafitte^, c'était dire t Un Minisfi'e ne doit pas bouleverser les finances^ en excédant son budget.
Quand ils portent aujourd'hui M. Casimir Perrier^ c'est dire : La garde de la France Appartient à des Français.
Quand ils portent M. deLafayette> ilstlisent : Nous adoptons les piîncipes de 1789 et nous délestons les excès de 1 793,
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Quand Us portent M. Manuel^ c est dire : Nous honorons le courage qui dans toutes le& circonstances réclama la dignité et l'indépendance nationale.
Quand ils daignent me porter, enfin , c'est dire ..: Nous consacrQna la liberté individuelle , la liberté de la presse et la sûreté des garanties judiciaires.
J'ignore quel sera le résultat de celte lutte ; mais le spectacle que la France présente à l'Europe n'en est pas mpins imposant et. admirable.
D'une part , totis les moyens sont mis en usage ; toutes les forces sont déployées , toutes les calompiçs répandues. De l'autre , des électeurs paisibles j silencieui^ » obéissant à la loi , protestent, par leurs suffragejS réitérés 9 en faveur des principes de liberté que n'ont pu étouffer ni la terreur ni le despotisme.
Ce ne soni; pas des factieux que des hommes qui se rassemblent^insipourexercer leurs droits selon leur conscience , et qui n'opposent que la régulante et le calme à tous les efforts qu'on fait pour les ^arer;
Ce ne sont pas des factieux , que des citoyens estimables ^ dont un grand nombre, après avoir. glorieusement défendu le sol de la France , servent l'Etat par leurs n^avïiul et Fenrichissent par leur industrie ;
Ce ne sont pas non plus des factieux , que les dtoyens que ces hommes choisissent , et dont plusieurs, vivant dans la retraite , ne leur sont connus que par leurs principes.
Singuliers factieux , que des individus qui n'ont d'autre tort que d'exercer'avec calme , mais librement, les droits qu'on leur a dit d'exercer! Singuliers factieux i que ces capitalistes et ces commerçans^ dont
toute la foi'iuae're^se ^iir lemàkitieQ 4e l^t^dre pubKci et ces éQrivfekius qui 'om toujours déclaré qu'il faUlait profiler \àe ce qui existait , ^t qui'il yàUiît ipieux amé-, livrer que détruii^ I
.. Les factieux s€}nit eeux qui s'agitent, qui menacenti qui injurient, qui frappent leurs ennemis sans défeaae et qui leur imposent silence pour les déchirer.
S'il' ue s'agissait que de moi, tous mes désirs seraient remplis. J'ai travaillé vingt ans de ma vie poui* prendre rang parmi les amis de la liberté. Je n'ai èompté pour rien le repos ^ la fortune , et l'opinion même , quand )'ai cru de mon devoir de me séparer d'elle momentanément. Certes , lorsqu'après m'étre opposé au 20 mars avec quelque courage peut-être, je me suis rapproché du Gouvernement nouveau ^pour contribuera rendre à la nation des organes, et à mettra un terme h la dictature qui était imminente , j'ai su que je bravais des jugemens sévères ; je m'y suis rési-* gné , me confiant au temps , qui ramène toujours la justice. Mon espérance ne m'a point déçu. La moitié des électeurs de Paris m'a donné son suffrage, sans me connaître personnellement. Cette moitié d'une population si éclairée et si honorable m'a déclaré par-là' qu'elle appréciait mes intentions, et que ma conduite lui était eiipliquée. L'avenir est indépendant de moi; inaisL^ quoi qu'il arrive, je n'aurai point a^me plaindre. Je serai reconnaissant pour le sort. J'ai reçu en deux jours la récompense de vingt années. Mais il s'agit aussi de la France. Les principes des candidats, du "> nombre desquels je m'honore d^étre, sont des principes d'ordre et de paix, en même temps que de liberté.
Ce sont des principes qui non-seulement ne produisent pas de révolutions , mais empêchent que les fautes de l'autoriië n'en produisent. Les véritables révolutionnaires sont ceux qui , en violant ces principes ^ mettent également en péril, et les Gouvernemens , et les Peuples.
LETTRES
A M. ÔDILLON-BARROT,
ATOCUT BK M- COUR DE CASSATIOIT »