‹ Collection complette des œuvres de J.J. RousseauChapitre 2 sur 24 · PRÉFACE · texte numérisé non relu

PRÉFACE

premièrement, la bonté abfolue du projet; en fécond lieu, la facilité de l'exécution.

Au premier égard , il fuffit , pour que le projet foit admit fîble & praticable en lui-même, que ce qu'il a de bon Toit dans la nature de la chofe ; ici , par exemple , que l'éducation propofée foit convenable à l'homme , & bien adaptée au cœur humain.

La féconde confidération dépend des rapports donnés dans certaines fituations : rapports accidentels à la chofe , lefquels , par conféquent , ne font point néceflàires , & peuvent varier à l'infini. Ainfi telle éducation peut être praticable en SuhTe & ne l'être pas en France ; telle autre peut l'être chez les bourgeois , & telle autre parmi les grands. La facilité plus ou moins grande de l'exécution dépend de mille circonilances , qu'il elt impofîîblc de déterminer autrement que dans une application particulière de la méthode à tel ou a tel pays , à celle ou à telle condition. Or, toutes ces applications particulières n'étant pas cfTcnticlles à mon fujet, n'entrent point dans mon plan. D'autres pourront s^en occuper , s'ils veulent , chacun pour le pays ou l'état qu'il aura en vue. Il me fuffit que , par-tout où naîtront des hommes , on puiflè en faire ce que je propofe; & qu'ayant fait d'eux ce que jepropofe , on ait fait ce qu'il y a de meilleur &c pour eux - mêmes & pour autrui. Si je ne remplis pas cet engagement 9 j'ai tort fans doute: mais fi je le remplis, on auroit tort aulU d'exiger de moi davantage; car je ne promets que cela.

EMILE

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