VERS LE TE M PS DE CHARLEM AGNI
JE m'arrête à cette célèbre époque pour confiderer les Ufiges , les Loix , la Reb'gion , les mœurs qui régnaient alors. Les Francs avoient toujours été des Barbares , & le furent encor après Charleutagne. Son régne feul eut une lueur de politefle qui fut probablement le fruit du voiage de Rome , ou plûtôt de fon génie. . ■
Ses prédécefTeurs ne furent illuftres que par des déprédations. Ils détruilirent des villes, & n'en fondèrent aucune. Les Gaulois avaient été heureux d'être vaiucus par les Romains. Marfeille , Arles, Autun, Lion, Trêves étaient des villes floriuantes qui jouilfaicnt paiiiblement de leurs loix muuicipales,.fubordonnées aux fages loix Romaines. Un grand commerce les ani- 1 mait. On voit par une lettre d'un Proconful.
à Théodofe qu'il y avait dans Autun vingt-cinq-' mille chefs de famille. Majs dès que les Bourguignons , les Gots , les Francs arrivent dans la Gaule, on ne voit plus de grandes villes peuplées. Les cirques , les amphitéatres conftruits par les Romains jufqu'au bord du Rhin font démolis i
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molis , on négligés. Si la criminelle & malheufe Reine Brunehant conferve quelques lieues de ces grands chemins qu'on n'imita jamais , on en elt encQr étonné.
Qui empêchait ces nouveaux venus de bâtir des édifices réguliers fur les modèles Romains ï Ils avoient la pierre , le marbre , & de plus beaux bois que nous. Les laines fines couvraient les troupeaux Anglais & Efpagnols comme aujourdhui. Cependant les beaux draps ne fe fabriquaient qu'en Italie. Pourquoi le refte de l'Europe ne îàifait-il venir aucune des denrées de l'Afie '< Pourquoi toutes les commodités qui adouciflent l'amertume de la vie , étaientelles inconnues 'i linon parce qne les Sauvages qui paflerent le Rhin , rendirent les autres peuples fauvages. Qu'on en juge par ces loix Saliques , Ripuaires , Bourguignones que Charlmiagne lui-même confirma, ne pouvant les abroger. La pauvreté & la rapacité avaient évalué à prix d'argent la vie des hommes , la mutilation des membres , le viol y l'incefte , l'empoifonnement. Quiconque avait quatre-cent fous, c'elt-à-dire quatre-cent écus à donner pouvait tuer impunément un Evèque. Il en coûtait deux-cent fous pour la vie d'un Prêtre , autant pour le viol , autant pour avoir empoifonné avec des herbes. Une forci ère qui avoit mangé de la chair humaine , en était quitte pour deux-cent fous > & cela prouve qu'alors les forciéres ne fe trouvaient pas feulement dans la lie du peuple comme dans nos derniers fiécles , mais que ces hor* jreurs extravagantes étaient pratiquées chez les
riches.
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riches. Les combats & les épreuves décidaient * comme nous le verrons , de la poffèlîîon d'un héritage , de la validité d'un teftament. La Jurifprudence était celle de la férocité & de la fuperftition.
Qu'on juge des mœurs des Peuples par celles des Princes. Nous ne voions aucune action magnanime. La Religion Chrétienne qui devait humanifer les hommes , n'empêche point le Roi Clovis de faire aifaiïïner les petits Régas fes voifins. Les deux enfans de Clodomir font maflacrés dans Paris en 533. par un Childebert , & un Clotaire fes oncles , qu'on appelle Rois de France *, Clodoaldo le frère de ces innocents égorgés , eft invoqué fous le nom de St. Clou., parce , qu'on l'a fait moine.
Sous un Chilperk Roi de Sohfons en f 62. tes fujets efclaves défertent ce prétendu roïaume, lalfés de la tirannie de leur maitre qui prenait leur pain & leur vin , ne pouvant prendre l'argent qu'ils n'avaient pas. Un Sigebert , un autre Chilperk font aifaiïincs. Brimehaut d'Arienne devenue Catholique , eft acçufée de mille meurtres ; & un Clotaire IL non moins barbare qu'elle , la fait trainer à la queue d'un cheval dans fon camp , & la fait mourir par ce nouveau genre de fuplicc en 616. Il ne relte de monuments de ces temps atfreux que des fondations de monaftères , & un confus fouveiur de mifére & de brigandages. *
Il ne faut pas croire que les Empereurs reconnulfent pour Rois , ces Chefs fauvages qui dominaient en Bourgogne , à Soiffons , à Paris,
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à Mets , à Orléans. Jamais ils ne leur donnèrent le titre de Baftleiis. Ils ne le donnèrent pas même à Dagobert H. qui réunifiait fous îbn pouvoir toute la France occidentale & orientale jufqu'auprès de Vézcr. Les hiitoricns parlent beaucoup de la magnificence de ce Dagobert , & ils citent en preuve l'orfèvre St. Eloy> qui arriva , dit-on , à la Cour avec une ceinture garnie de pierreries j c'eft-à-dire qu'il vendait des pierreries , & qu'il les portoit à fa ceinture. On parle des édifices magnifiques qu'il fit conttruirc. Où foiu>ils ? La vieille Eglife de de St. Paul n'eft qu'un petit monument gothique. Ce qu'on coimait de Dagobert, c'eft qu'il avait à la fois trois époufes , qu'il aifemblait des conciles , & qu'il tirannifait fon pais.
Sous lui un marchand de Sens nommé Samotj, va trafiquer en Germanie. Il paflè jufques chez les Slaves: Ces autres Sauvages font li étonnés de voir un homme qui a fait tant de chemin pour leur aporter les choies dont ils manquent, qu'ils le font Roi. Ce Samon fit , dit-on, la guerre à Dagobert -, & fi le Roi des Francs eut trois femmes , le nouveau Roi Slavon en eut quinze.
C'eit 'fous ce Dagobert que ' commence l'autorité des Maires dti Palais. Après lui viennent les Rois fainéants , la confufion , le defpotifme de ces Maires. C'elt. du temps de ces Maires au commencement du huitième fiécle , que les Arabes vainqueurs dd l'Elpagne, pénétrent ju£ qu'à Touloufè , prennent la Guienne , ravagent tout jufqu'à la Loire , & font prêts d'enlever les Gaules entières aux Francs qui les avaient
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enlevées aux Romains. Qu'on juge en quel' Rat étaient alors les Peuples , l'Eglife , & les Loix.