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fur le pied où Charlemagne les avait mifes* mais petit à petit les Rois dans leurs befoins tantôt chargèrent les fous d'alliage , tantôt en diminuèrent le poids > de forte que , par un changement qui eft prefquc la honte des gouvernements de l'Europe , ce fou, qui était autrefois ce qu'eft à peu près un écu d'argent , n'eft plus qu'une légère pièce de cuivre avec un i I e d'argent tout au plus i & la livre, qui était le figne repréfentatif de douze onces d'argent, n'eft plus en France que le figne repréfentatif de vingt de nos fous de cuivre. Le denier, qui était la cent-vingt-quatriéme partie d'une livre d'argent , n'eft plus que le tiers de cette vile monnoie qu'on appelle un liard : fuppofé donc qu'une ville de France dût à une autre cent-vingt livres de rente, c'eft-à-dire, quatorze-cent quarante onces d'argent du tems de Charlemagne , elle s'acquitterait aujourdhui de fa dette en payant ce que nous appelions un écu de fix francs.
La livre de compte des Anglais , celle des Hollandais, ont moins varié. Une livre fterling d'Angleterre vaut environ 22 francs de France : & une livre de compte Hollandaife vaut environ douze francs de France ; ainfi les HoU landais fe font écartés moins que les Français de la loi primitive , & les Anglais encore moins.
Toutes les fois donc que l'hiftoire nous parle de monnoie fous le nom de livres , nous n'avons qu'à examiner ce que valait la livre au tems & dans le pais dont, on parle, & la com-
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parer à la valeur de la nôtre. Nous devons avoir la même attention en lifant L'hiftoire Grecque & Romaine. C'eft , par exemple , un trèsgrand embarras pour le lecleur, d'être obligé de réformer toujours les comptes qui fe trouvent dans l'hiftoire ancienne d'un célèbre Profe/Teur de PUniverfité de Paris , dans l'hiftoire eccléfiaftiqiie de Flmri , & dans tant d'autres auteurs utiles. Quand ils veulent exprimer en monnoie de France les talens , les mines, les {efterces , ils fe fervent toujours de L'évaluation que quelques favans ont faite avant la mort du grand Colbert. Mais le marc de huit onces , qui valait fous ce minifrre vingt -fix francs & dix
fous , vaut depuis longtems quarante-neuf livres dix fols : ce qui kit une dilférence de près de la moitié. Cette différence qui a été quelquefois beaucoup plus grande , poura augmenter ou être réduite. Il faut fonger à ces variations ; fans quoi on aurait une idée très-faulfe des forces des anciens Etats, de leur commerce, de la paie de leurs foldats , & de toute leur économie.
Il paraît qu'il y avait alors huit fois moins d'éfpèces circulantes en Italie & vers les bords du Rhin, qu'il ne s'en trouve aujourdhui. On n'en peut guères juger que par le prix des denrées necelfaires à la vie ; & je trouve la valeur de ces denrées , du tems de Charlcmagne , huit fois moins chère qu'elle ne l'eft de nos jours. Vingt-quatre livres de pain blanc valaient un denier d'argent , par les capitulaires. Ce denier était la quarantième partie d'un fou d'or , qui
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valait environ quinze à fcize livres de notre inonnoie d'aujourdhui. Ainfï la livre de pain revenait à un liard & quelque chofc, ce qui cil en eiiet la huitième partie de nôtre prix ordinaire.
Dans les païs fcptentrionaux l'argent était beaucoup plus rare : le prix d'un bœuf y fut fixé , par exemple , à un fou d'or. Nous verrons dans la fuite comment le commerce & les richciles fc font étendues de proche en proche.
Les fciences & les beaux arts ne pouvaient avoir que des commencements biens faibles dans ces va lies païs tout fauvages encore. Eg'mhart fecretaire de Charlemagne nous aprend, que ce conquérant ne rayait pas figner Ton nom. Cependant il conçut par la force de fon génie combien les belles lettres étaient néceflaircs. 11 fit venir de Rome des maîtres de grammaire & d'aritmétique. Les ruines de Rome fournirent tout à FOccident qui n'elt pas encor formé.
Alcuin cet Anglois alors fameux , & Pierre de Pije qui enfeigna un peu de grammaire à Charlema^ne avaient tous deux étudié à Rome.
Il y avait des chantres dans les églifes de France ; & ce qui eft à remarquer , c'elt qu'ils îTappellaicnt Chantres Gaulois. La race des conquérants Francs n'avait cultivé aucun art. Ces Gaulois prétendaient, comme aujourdhui, dif.
puter du chant avec les Romains. La mufique Grégorienne qu'on atribuë à St. Grégoire le grand , n'était pas fans mérite , & avait quelque dignité dans fa firhpîicité. Les chantres Gaulois qui n'avaient point l'ufage des ancien-
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lies notes alphabétiques , avaient corrompu ce chant , & prétendaient L'avoir embelli. Charlemagne dans un de les voïages en Italie les obligea de fe conformer à la mufique de leurs maîtres. Le Pape Aârian leur donna des livres de chant notes * & deux muûciens Italiens furent établis pour enièigner la note alphabétique, l'un dans Metz, l'autre dans Soifions. Il fallut encor envoïer des orgues de Rome.
Il n'y avait point d'horloge formante dans les villes de fon Empire , & il n v en eut que vers le treizième ilécle. De là vient l'ancienne coutume qui fc conferve encor en Allemagne , en Flandre , en Angleterre, d'entretenir des nommes qui avertirent de l'heure pendant la nuit. Le prélent que le Calife Acrm Rachild Et à Clhirkmagne d'une horloge (bnnante , fut regardé comme une merveille. A l'égard des feiences de l'efprit, de la (aine Philofophie, de la Phifique , de l'Aftronomie , des principes de la Médecine, comment auraient - elles pu être connues '( Elle ne viennent que de naître parmi nous.
On comptait encor par nuits , & de là vient qu'en Angleterre on dit encor quatorze imits pour lignifier deux femaines. La langue Romance commençait à fe former du mélange du Latin avec le Tudefque. Ce langage e(t l'origine du Français , de PEfpagnol , & de l'Italien. Il dura jufqu'au tems de Frédéric II, & on le parle encor dans quelques villages des Grifons , & vers la Suifle.
. Les vêtements qui ont toujours changé en
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Occident depuis la ruine de l'Empire Romain étaient courts , excepté aux jours de cérémonie où la làye était couverte d'un manteau fouvent doublé de pelleterie. On tirait comme aujourdhui ces fourrures du Nord , & fur-tout de la Ruiîic. La chaulfurc des Romains s'était confervée. On remarque que Charleuhwne le couvrait les jambes de bandes éntrelaflees en forme de brodequins , comme en nfent encor les montagnards d'Ecole , feul peuple chez qui l'habillement guerrier des Romains s'eft confervé.