‹ Collection Complette Des Œuvres de Mr. de VoltaireChapitre 24 sur 80 · CHARLE MAGNE · texte numérisé non relu

CHARLE MAGNE

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DU TEMS DE ClIARLEMAGNE.

Les Rois envolaient des Commiffaires avec lettres expreffes, rnijji dominiez y qui examinaient la conduite des Comtes. Ni ces Commiifiires, ni ces Comtes ne condamnaient prefque jamais à la mort , ni à aucun fuplice ; car fi on en excepte la Saxe , où Charlemagne fit des loix de làng , prefque tous les délits fc rachetaient dans le réf. te de fon Empire. Le feul crime de rébellion était puni de mort , & les Rois s'en réfervaient le jugement. La loi Salique , celle des Lom~ bards, celle des Ripuaires, avaient évalué à prix d'argent la plupart des autres attentats , ainfi que nous l'avons vû.

Leur jurifprudenoe , qui parait humaine , était en-effet plus cruelle que la nôtre. Elle taillait la liberté de mal faire à quiconque pouvait la païer. La plus douce loi eft celle qui mettant le frein le plus terrible à l'iniquité , prévient ainfi le plus de crimes.

Les loix Saliques furent remifes en vigueur par Charlemagm. Parmi ces loix Saiiques , il s'en trouve une qui marque bien exprellement dans quel mépris étaient tombés les Romains chez les peuples barbares. Le Franc qui avait tué un citoyen Romain , ne payait que mille cinquante deniers i & le Romain payait pour le fang d'un Franc deux mille cinq cent deniers. .

Dans les caufes criminelles indécifes, on fe purgeait par ferment. Il fallait non feulement que la partie aceufée jurât , mais elle était obligée de produire un certain nombre de témoins qui juraient avec elle. Quand les deux parties opofaient ferment à ferment , on permettait quel-

jzz Suite des Usages

quefoîs le combat -, tantôt a fer émoulu tantôt? a outrance.

Ces combats étaient apellés, comme on fait, le jurement de Dieu c'elt aulfi. le nom qu'on donnait à une des plus déplorables folies de ce gouvernement barbare. Les acculés étaient fournis à l'épreuve de Peau froide , de l'eau bouillante , ou du fer ardent. Le célèbre Etienne Ba~ luze a raifemblé toutes les anciennes cérémonies de ces épreuves. Elles commençaient par la Meffe ; on y communiait l'aceufé. On bénhTait l'eau froide , on l'exorcilàit. Enfuite l'aceufé était jetté , garotté , dans Peau. S'il tombait au fond , il était réputé innocent. S'il furnageait, il était jugé coupable. Mr» de Fleur y dans fon hiftorre Eccléfiajiiqae dit que c'était une manière fïire de ne trouver perfonne criminel. J'ofe croire que c'était une manière de foire périr beaucoup d'innocens. Il y a bien des gens qui ont la poitrine aifez large & les poumons aifez. légers , pour ne point enfoncer , lorfqu'unc grolfe corde qui les lie avec plufieurs tours , fait avec leur corps un volume moins pefint qu'une pareille quantité d'eau. Cette malheureufe coutume , profcritc depuis dans les grandes villes , s'eft confervée julqu'à nos jours dans beaucoup de provinces. On y a très - fouvent alTujetti , même par fentence de juge, ceux qu'on faifait pafïèr pour forciers ; car rien ne dure fi long-tems que la fuperftition & il en a coûté la vie à plus d'un malheureux.

Le jugement de Dieu par l'eau chaude s'exécutait en fanant plonger le bras nud de l'aceufé

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