‹ Collection Complette Des Œuvres de Mr. de VoltaireChapitre 25 sur 80 · DU TEMS DE CHARLEMAGNE · texte numérisé non relu

DU TEMS DE CHARLEMAGNE

dans une cuve d'eau bouillante. Il (allait prendre au fond de la cuve un anneau béni. Le juge , en préfènee des prêtres & du peuple , enfermait dans un fac le bras du patient, fcellait le fac de' (bn cachet ; & fi trois jours après il ne paraiiîàit fur le bras aucune marque de brûlure , l'innocence était reconnue. •

Tous les Pliltoriens raportent l'exemple de la Reine Teiitberge , bru de l'Empereur Lothaire petit-fils de Charlemagne , aceufée d'avoir commis un incelte avec fon frère moine & Soudiacre.

Elle nomma un champion qui fe fournit pour elle à l'épreuve de l'eau bouillante , en préfence d'une cour nombreufe. Il ' prit l'anneau béni fans fe brûler. Il eft certain qu'on a des fecrets pour lôutcnir l'a&ion du feu fuis péril pendant quelques fécondes. J'en ai Vu des exemples. Ces fecrets étaient alors d'autant plus communs qu'ils étaient plus nécerîaires. Mais il n'en elt point pour nous rendre ablolument impalîiblcs. Il y a grande apparence que dans ces étranges jugements' on faillit fubir l'épreuve d'une manière plus ou moins rigmiretile lèldn qu'on voulait condamner ou abfoudre.

Cette épreuve de l'eau bouillante était: deftinée particulièrement à la conviction de l'adultère. Ces coutumes font plus anciennes , & fe font étendues plus loin qu'on ne penfe. Les femmes accuices chez les Juifs , étaient fbumiics par la Loi de Moïfe à l'épreuve des eattx de jaloufie. Elles buvaient en préfence des prêtres d'une eau dans laquelle on jettait un peu de tendre confacrée. Cette- «au falutairc à Pinno*

ceii*

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cence fajfait enfler & crever fur le champ les coupables.

Les Savants n'ignorent pas qu'en Sicile dans le temple des Dieux Paliques on écrivait fort ferment qu'on jettait dans un baffm d'eau , & que fi le ferment furnageak , l'acufé était abfous. Le temple de Trè?éne était fameux par de pareilles épreuves. On. trouve encor au bout de l'Orient dans le Japon des ufages femblables , fondés fur la fimplicité des premiers temps , & fur la fuperftition commune à toutes les Nations.

La troifiéme épreuve était celle d'une barre de fer ardent , qu'il fallait porter dans la main l'efpace de neuf pas. Il était plus difficile de tromper dans cette épreuve que dans les autres; auiTi je ne vois perfonne qui s'y foit fournis dans ces fîécles groffiers.

A l'égard des loix civiles , voici ce qui me parait de plus remarquable. Un homme qui n'avait point d'enfans , pouvait en adopter. Les époux pouvaient fe répudier en juftiçe f & après le divorce il leur était permis de paflèr à d'autres nôces. Nous avons dans Àfarculfe \e détail de ces loix.

Mais" ce qui paraîtra peut-être plus étonnant, & ce qui n'en eft pas moins vrai, c'eft qu'au livre deuxième de ces formules de Marailfe y on trouve que rien n'çtait plus permis ni plus commun que. de déroger à cette fameufc Loi Salique) par laquelle les filles n'héritaient pas. On amenait fa fille devant Je Comte ou le CommuTaire , & on dife : * m ma chère fflje , un

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„ uliige ancien & impie ôte parmi nous toute „ portion paternelle aux filles ; mais ayant cou- M fideré cette impiété , j'ai vu que , comme vous „ m'avez été donnés tous de Dieu également , „ je dois vous aimer de même ; ainfi, ma ché- „ re fille , je veux que vous héritiez par por- „ tion égale avec vos frères dans toutes mes „ terres , &c. „

On ne connaiifait point chez les Francs qui vivaient fuivant la loi Saline & Èjpuairt , cette diftindion de nobles & de roturiers , de nobles de nom & d'armes , & de nobles ab avo ou gens vivant noblement. Il n'y avait que deux ordres de citoyens , les libres & les ferfs, à peu près comme aujourdhui dans les Empires Mahomètans & à la Chine. Le terme nobilis n'ell emploïé qu'une feule fois dans les capitulaires au livre cinquième , pour lignifier les officiers , les Comtes , les Centeniers.

Toutes les villes d'Italie & de France étaient gouvernées félon leur droit municipal. Les tributs qu'elles païaient au Souverain, confîftaient en foâerum , paratam\ tmnfiottaticum , fourages , vivres, meubles de fejour. Les Empereurs & les Rois entretinrent longtems leurs Cours avec leurs domaines , & ces droits paiés en nature quand ils voyageaient. Il nous refte un capitulaire de Charlmagrie concernant fes métairies. Il entre dans le plus grand détail. Il ordonne qu'on lui rende un compte exacî de fet troupeaux. Un des grands biens de la campagne confiftait en abeilles. Enfin les plus grandes chofes , & les plus petites de ce temps-là

nous

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nous font voir des loix , des mœurs, & de»

ufages dont à peine il relte des traces.

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