‹ Collection Complette Des Œuvres de Mr. de VoltaireChapitre 35 sur 80 · IV · texte numérisé non relu

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172 " De l'Italie,'

IV. fortifia Rome à fes dépens. Mais tous les Papes ne pouvaient être de grands -hommes, & toutes les conjonctures ne pouvaient leur être favorables. 'Chaque vacance de fiége caufait les mêmes troubles que l'élection d'un Roi en produit en Pologne. Le Pape élu avait à ménager à la fois le Sénat Romain , le Peuple & l'Empereur. La Noblefle Romaine avait grande part au gouvernement : elle élifait alors deux Confuls tous les ans. Elle créait un Préfet , qui était une efpècc de Tribun du peuple. Il y avait un tribunal de douze Sénateurs : & c'étaient ces Sénateurs qui nommaient les principaux Officiers du Duché de Rome. Ce gouvernement municipal avait tantôt plus, tantôt moins d'autorité. Les Papes avaient à Rome plutôt un grand crédit qu'une puiffance législative.

S'ils n'étaient pas Souverains de Rome , ils ne perdaient aucune occafion d'agir en Souverains de PEglifc d'Occident. Les Evèques fe conftituaient Juges des Rois, & les Papes Juges des Evèques. Tant de ,confli&s d'autorité, ce mélange de religion , de fuperftition , de faiblefle , de méchanceté dans toutes les Cours, rinfunfance des loix , tout cela ne peut être mieux connu que par l'avanture du mariage & du divorce de Lothaire Roi de Lorraine, neveu de Charles le chauve.

Charlentagne avait répudié une de fes femmes , & en avait époufé une autre non feulement avec l'aprobation du Pape Etienne , mais fur fes pref-, fuites follicitations. Les Rois Gontran , Caribert, Sigcbcrt, Chilperic, Dagobert avaient eu

plufieurs

des Papes» &c. 175

plufieurs femmes à la fois fans qu'on eût murmuré ; & fi c'était un Icandale , il était fans trouble. Le temps change tout, bothaire marié avec Teutberge fille d'un Duc de la Bourgogne Transjurane , prétend la répudier pour un inceste avec fon frère , dont elle ell aceufée , & époufer fa maîtrelfe Valrade. Toute la fuite de cette avanture eft d'une fingularité nouvelle. D'abord la Reine Teutberge fè juftifie par l'épreuve de l'eau bouillante. Son Avocat plonge la main dans un vafe , au fond duquel il ramalfe impunément un anneau béni. Le Roi fe plaint qu'on a emploîé la fourberie dans cette épreuve. Il eft bien fïir que fi elle fut faite , l'Avocat de la Reine était inftruit du fecret de préparer la peau à foutenir L'action de l'eau bouillante , fecret qui confifte , dit-on , à fè frotter longtemps d'efprit de vitriol , & d'alun avec du jus d'oignon. Aucune Académie des feienecs n'a de nos jours tenté de connaître fur ces épreuves ce que favent les charlatans.

Le fuccès de çctte épreuve pafTait pour un %6% miracle , pour le jugement de Dieu même i & cependant Teutberge , que le Ciel juftifie , avoue à plufieurs Evèques , en préfence de fon Confefleur, qu'elle eft coupable. Il n'y, a guères d'apparence qu'un Roi qui voulait fe féparer de fa femme fur une imputation d'adultère , eût imaginé de l'accufer d'un iucefte avec fon frère , fi le fait n'avait pas été public. On ne va pas fuppofer un crime fi recherché , fi rare , fi difficile à prouver : il faut d'ailleurs que dans ces temps-là ce qu'on appelle aujourdhui honneur,

ne

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ne fût point du tout connu. Le Roi & la Reine fe couvrent tous deux de honte , lW par Ion accufation, l'autre par fon aveu. Deux Conciles nationaux font affemblés , qui permettent le divorce.

Le Pape Nicolas I. caffe les deux Conciles.

Il dépofe Gantier Archevêque de Cologne , qui avait été le plus ardent dans l'affairé du divorce. Gantier écrit aullitôt à toutes les Egiifes : „ Quoique le Seigneur Nicolas , qu'on nomme 5> Pape, & qui iè compte Pape & Emncreur , 5, nous ait excommuniés , nous avons réiiité à „ fa folie. Enfuite dans fon écrit , s'adreifant au Pape même : „ Nous ne recevons point, „ dit-il , votre maudite fentence : nous la mé- „ prifons ; nous vous rejettons vous-même de j 3 notre communion , nous contentant de celle „ des Evêques nos frères que vous meprifez , „ &c.

Un frère de l'Archevêque de Cologne porta lui-même cette proteftation à Rome , & la mit fur le tombeau de St. Pierre : , l'épée à la main. Mais bientôt après l'état politique des affaires ayant changé, ce même Archevêque changea aiiifi. 11 vint au mont Caiïin fe jetter aux genoux du Pape Aârian fucceffeur de Nicolas.

„ Je déclare , dit-il , devant Dieu & devant fes „ Saints , à vous , Monfeigneur Ach'hm , Souve- „ rain Pontife , aux Evêques qui vous font „ fournis , & à toute l'aflèmblée , que je fup- „ porte humblement la fentence de dépolî- „ tion , donnée canoniquement contre moi par „ le Pape Nicolxs , &c. „ On fent combien un

exem-

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exemple de cette efpèce affermirait la fuperiorité de l'Eglife Romaine ; & les conjonctures readaient ces exemples fréquens.

Ce même Nicolas J. excommunie la féconde fsmme de Lothaire , & ordonne à ce Prince de reprendre la première. Toute l'Europe prend part à ces événements. L'Empereur Louis IL frère de Charles le chauve , & oncle de Lothaire , fe déclare d'abord violemment pour fon neveu contre le Pupe. Cet Empereur qui réfidait en Italie, menace Nicolas I. j il y a du fàng répandu , & L'Italie elt en allarmes. On négocie, on cabale de tous côtés. Teutberge va plaider à Rome ; Valrade fa rivale entreprend le voïage , & n'ofe l'achever. Lothaire excommunié sy tranfpotte , & va demander pardon à Adrien £69 //. fucceifeur de Nicolas , dans la crainte où il eft que fon oncle le chauve armé contre lui au nom de l'Eglife , ne s'empare de fon Roïaume de Lorraine. Adrian IL en lui donnant la Communion dans Rome , lui fût jurer qu'il n'a point ufé des droits du mariage avec Valrade , depuis l'ordre que le Pape Nicolas lui avait donné d« s'en abitenir. Lothaire fait ferment, communie, & meurt quelque temps après. Tous les hiltoriens me manquent pas de dire qu'il eft mort en punition de fon parjure , & que les domef. tiques qui ont juré avec lui , font morts dans l'année.

Le droit qu'exercèrent en cette occafion Nicolas I. & Adrian IL était fondé fur les fauk lès Décrétales deja regardées comme un Côde univerfel. Le contrael civil qui unit deux époivx

• v «tant

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étant devenu un Sacrement, était fournis au jugement de l'Eglife.

Cette avanturc eft le premier fcandalc touchant le mariage des tètes couronnées en Occident. On a vu depuis les Rois de France Robert, Philippe L Philippe Augujie excommunies par les Papes pour des caufes à peu près fem- 1 blablcs, ou même pour des mariages contrao" tes entre parents très - éloignés. Les Evèques nationaux prétendirent longtemps devoir être les Juges de ces caufes. Les Pontifes de Rome les évoquèrent toujours à eux.

On n'examine point ici fî cette nouvelle Jurisprudence elt utile ou dangereufe ; on n'écrit ni comme Jurifconfulte , ni comme Controverfîfte : mais toutes les provinces Chrétiennes ont été troublées par ces fcandalcs. Les anciens Romains , & les Peuples Orientaux furent plus heureux en ce point. Les droits des pères de famille , le fecret de leur lit n'y furent jamais en proie à la curiofité publique. On ne connait point chez eux de pareils procès au fujet d'un mariage ou d'un divorce.

Ce defeendant de Charlemagne fut le premier qui alla plaider à trois -cent heuës de chez lui devant un Juge étranger pour favoir quelle femme il devait aimer. Les Peuples furent fur le point d'être les victimes de ce différend. Louis le àèbonncùre avait été le premier exemple du pouvoir des Evèques fur les Empereurs.

Lothaire de Lorraine fut l'époque du pouvoir des Papes fur les Evèques. H réfulte de toute l'hiftoire de ces temps-là , que la focieté avait

peu

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peu de régies certaines chez les Nations Occidentales , que les Etats avaient peu de loix , & que l'Eglifè voulait leur en donner.

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