‹ Collection Complette Des Œuvres de Mr. de VoltaireChapitre 39 sur 80 · AU DIXIEME SIECLE · texte numérisé non relu

AU DIXIEME SIECLE

OThon qui rétablit une partie de l'Empire de Charlemagne 1 étendait comme lui la Religion Chrétienne en Germanie par des victoires. Il força les Danois les armes à la main à payer tribut, & à recevoir le baptême qui leur avait été prêché un fiécle auparavant , & qui était prefqu'entiérement aboli.

Ces Danois ou Normands qui avaient conquis la Neuftrie & l'Angleterre , ravagé la France & l'Allemagne, reçurent des loix $ Othon. Il établit des Evêques en Dannemarck qui furent alors fournis à l'Archevêque de Hambourg Métropolitain des Eglifes barbares, fondées depuis peu dans le Hollïein , dans la Suéde , dans le Dannemarck. Tout ce Chriftianifme confiftait à faire le figne de la croix. Il fournit la Bohème après une guerre opiniâtre. C'eft depuis lui que la Bohème , & même le Dannemarck furent réputés Provinces, de l'Empire; mai* les Danois

fecoué-

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fccouèrent bientôt le joug.

Othon s'était ajnfi rendu l'homme le plus coxu /idérable de l'Occident , & l'arbitre des Princes. Son autorité était fi grande , & l'état de la France fi déplorable alors , que Louis ^outremer fils de Charles le fimple , defcendant de Charlemagne , était venu en 948- à un Concile d'Evèques que tenait Othon près de Mayence ; ce Roi de France dit ces propres mots rédigés dans les acTes. „ J'ai été reconnu Roi , & facré , par les a Suffrages de tous les Seigneurs , & de toute la „ Noblefle de France. Humes toutefois m'a cha£. „ fé , m'a pris frauduleuiemeiit, & m'a retenu 55 prisonnier un an entier , & je n'ai pu obtenir b ma liberté qu'en lui lainant la ville de Laon w qui reftait feule à la Reine "Gerberge , pour y „ tenir fa cour avec mes fervitcurs. Si on pré- „ tend qne j'aie commis quelque crime qui mé- „ ritât un tel traitement , je fuis prêt à m'en » purger au jugement d'un Concile , & fuivant „ l'ordre du Roi Othon , ou par le combat fin- , 55 gulier. ^

Ce difeours important prouve à la fois bien des chofes ; la pu illance & Othon* la faiblerTe de la France , la coutume des combats finguliers , & enfin l'ufage qui s'établilfait de donner les Couronnes non par le droit du fang, mais par les futfrages des Seigneurs , ufage bientôt après aboli en France.

Tel était le pouvoir Othon le grand* quand il fut invité à paffer les Alpes par les Italiens mêmes , qui toujours factieux & faibles ne pouvaient ni obéir à leurs compatriotes, ni être

libres ,

au dixième Siècle. 193

libres , ni fe défendre à la fois contre les Sarrazins les Hongrois , dont les mourrions infectaient encor leur païs.

L'Italie qui dans fes ruines était toujours la plus riche &' la plus floriilànte contrée de POo cident , était déchirée fans celîe par des Tirans. Mais Rome dans ces divifions doimait encor ie mouvement aux autres villes d'Italie. Qu'on fonge à ce qu'était Paris dans le tems de la Fronde, & plus encor fous Charles Pinfeufé, Se à ce qu'était Londres fous l'infortuné Charles I, on aura quelque idée de l'état de Rome au dixième fiécle. La chaire pontificale était opprimée deshonorée & fanglante. L'élection des Papes fe faifait d'une manière dont on n'a guères d'exemples , ni avant , ni après.

CHAPlf. VINGT-CINQUIEME.

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