‹ Collection Complette Des Œuvres de Mr. de VoltaireChapitre 38 sur 80 · DES FIEFS ET DE L'EMPIRE · texte numérisé non relu

DES FIEFS ET DE L'EMPIRE

LA force qui a tout fait dans ce monde , avait donné l'Italie, & les Gaules aux Romains. Les Barbares uftirpèrent leurs conquêtes. Le pére de Charlemagne ufurpa les Gaules fur les Rois Francs. Les Gouverneurs fous la race de Charlemagne ufurpèrent tout ce qu'ils purent. Les Rois Lombards avaient déjà établi des fiefs en Italie. Ce fut le modèle fur lequel fc réglèrent les Ducs & les Comtes dès le temps de Charles le chauve. Peu à peu leurs Gouvernements devinrent des patrimoines. Les Evèques de plufîeurs grands fiéges, déjà puiffans par leur dignité, n'avaient plus qu'un pas à faire pour être Princes : & ce pas fut bientôt fait. De-là vient la puinance féculiére des Evèques de Mayencc , de Cologne , de Trêves , de Wurtsbourg, & de tant d'autres en Allemagne & en France. Les Archevêques de Rheims , de Lyon, de Beau vais , de Langres, de Laon , s'attribuèrent les droits régaliens. Cette puiifance des éccléfiaftiques ne dura pas en France : mais en Allemagne elle eft affermie pour longtems. Enfui les moines eux - mêmes devinrent Princes , les Abbés de Fulde, de St. Gai, de Kenipten , de Corbie , &c. étaient de petits Roi* dans les pais où quatre-vingt ans auparavant ils v x défrù.

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défrichaient de leurs mains quelques terres que des propriétaires charitables leur avaient données. Tous ces Seigneurs , Ducs , Comtes, Marquis , Evêques , Abbés , rendaient hommage au Souverain., On a longtems cherché l'origine de ce gouvernement féodal. Il eft à croire qu'il n'en a point d'autre que l'ancienne coutume de toutes les Nations , d'impofer un hommage & un tribut au plus faible. On fait qu'enfuitè les Empereurs Romains donnèrent des terres à perpétuité à de certaines conditions. On en trouve des exemples dans les vies d'Alexandre Sévère & de Probus. Les Lombards furent les premiers qui érigèrent des duchés relevant en fief de leur roïaume. Spoléte & Bénevent furent fous les* Rois Lombards des duchés héréditaires.

Avant Charlernagne , TaJJîlîon pofledaitle duché de Bavière à condition d'un hommage ; & ee duché eût apartenu à fes defeendans , n Char^ lemagne , ayant vaincu ce Prince , n'eût dépouillé le père & les enfàns.

Bientôt point de villes libres en Allemagne, ainfi point de commerce , point de grandes richefles. Les villes n'avaient pas même de murailles. Cet Etat , qui pouvait être 11 puiifant , était devenu lî faible par le nombre & la divifion de fes maîtres , que l'Empereur Conrad fut obligé de promettre un tribut annuel aux Hongrois , Huns ou Pannoniens , fi bien contenus par Charlemagne, & fournis depuis par les Empereurs de la maifon d'Autriche. Mais alors ils femblaient être ce qu'ils avaient été fous Attila. Ils ravageaient l'Allemagne , les frontières de la

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France. Ils dépendaient en Italie par le Tyrol, après avoir pillé la Bavière, & revenaient enfuite avec les dépouilles de tant de Nations.

C'eft au régne de Henri Foifeleur que fe débrouilla un peu le cahos de l'Allemagne. Ses limites étaient alors le fleuve de l'Oder , la Bohème, la Moravie, la Hongrie , les rivages du Rhin , de l'Efcaut , de la Mofeile , de la Meufe , & vers le Septentrion la Poméraiûe & le Holftein étaient lès barrières.

Il faut que Henri foifeleur fût un des Rois des plus dignes de régner. Sous lui les Seigneurs de l'Allemagne fi divifés, font réunis. Le pre- 9 2 ° mier fruit de cette réunion eil l'affranchi ffement du tribut qu'on payait aux Hongrois , & une grande victoire remportée fur cette Nation terrible. H fit entourer de murailles la plûpart dc$ villes d'Allemagne. Il inftitua des milices. On lui attribua même l'invention de quelques jeux militaires qui donnaient quelques idées des tournois. Enfin l'Allemagne refpirait, mais il ne parait pas qu'elle prétendit être l'Empire Romain. L'Archevêque de Mayence avait facré Henri Voifelair. Aucun Légat du Pape , aucun Envoyé des Romains n'y avait alfiilé.

L' Allemagne fembla pendant tout ce régne oublier l'Italie.

Il n'en fut pas ainfi fous Othon le grand, que les Princes Allemands, les Evèques & les Abbés élurent unanimément après la mort de Hen- $%6. ri fon pére. L'héritier reconnu d'un Prince puitfant, qui a fondé ou rétabli un Etat, eft toujours plus puhfant que fon pére , s'il ne manque

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pas de courage ; car il entre dans une carrière déjà ouverte : il commence où Ton prédéceiîèur a fini. Ainfi Alexandre avait été plus 'loin que Philippe fon pcre , Charlemagne plus loin que Pépin, & Othon le grand palfa de beaucoup Henri Poifeleur.

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