‹ Collection Complette Des Œuvres de Mr. de VoltaireChapitre 44 sur 80 · ET DE L'ETAT DE L'ITALIE · texte numérisé non relu

ET DE L'ETAT DE L'ITALIE

fin de ne pas croire en Jesus-Christ. , & d'ar voir invoqué le Diable : deux chofes qui femblent fe contredire. On mêlait donc , comme il arrive prefquc toujours , de faulfes accufations à de véritables ; mais oivnc parla point du tout de la fèiile railbn pour laquelle le Concile était aiTemblé. L'Empereur craignait fans-doute de ^éveiller cette révolte & cette confpiration dans laquelle les aceufateurs même du Pape avaient trempé. Ce jeune Pontife, qui avait alors vingtfept ans , parut dépofé pour fes inceftes & fes fcandales , & le fut en effet pour avoir voulu 9 ainfi que tous les Romains , détruire la puiffance Allemande dans Rome.

Othon ne put fe rendre maître de fa perfonne •> ou s'il le put , il fit une faute en le lait lant libre. A peine avait r il fait élire le Pape Léon VIII, qui, fi l'on en croit le difeours $ Arnaud Evèque d'Orléans , n'était ni éccléfiaftique , ni même Chrétien : à peine en avait-il reçu l'hommage , & avait-il quitté Rome , dont probablement il ne devait pas s'écarter , que Jean XII. eut le courage de faire foûlever les Romains : & oppofant alors Concile à Concile, on dépofa Léon VIIL On ordonna que jamais l'inférieur ne pourrait oter le rang à fin fupérieur.

Le Pape 9 par cette dé.cifîon , n'entendait pas feulement que jamais les Evêques & les Cardinaux ne pourraient dépofer le Pape i mais on défignait aulfi l'Empereur , que les Evêques de Rome regardaient toujours comme un féculier , qui devait à l'Eglife l'hommage & les fer-

mens

aoz Suite de l'empire d'Othon

mens qu'il exigeait (Telle. Le Cardinal nommé Jean, qui avait écrit & lu les accusations contre le Pape , eut la main droite coupée. On arracha la langue, on coupa le nez & deux doigts à celui qui avait fervi de greffier au Concile de dépofition.

Au refte , dans tous ces Conciles , où préfidaient la faction & la vengeance , on citait toujours l'Evangile & les Pérès, on implorait les lumières du St. Efprit , on parlait en fon nom, on faifait même des réglemens utiles > & qui lirait ces actes fans connaître PHiftoire , croirait lire les actes des Saints.

Tout cela fe faifait prefque fous les yeux de l'Empereur 5 & qui fait jufqu'où le courage & le reflentiment du jeune Pontife , le foûlévcment des Romains en fa faveur , la haine des autres villes d'Italie contre les Allemands , eulfent pd porter cette révolution '( Mais lé Pape Jean XI L î> 5 4- fut alfafnné trois mois après, entre les bras d'une femme mariée, par les mains du mari qui vengeait fa honte. Il mourut de fes blcriures au bout de huit jours. On a écrit que ne croïant pas à la Religion dont il était Pontife , il ne voulut pas recevoir en mourant le viatique.

Ce Pape , ou plutôt ce Patrice, avait tellement animé les Romains , qu'ils oférent , même après fa mort, foûteiûr un fiége, & ne fe rendirent qu'à l'extrémité. Othon , deux fois vainqueur de Rome , fut le maître de l'Italie comme de l'Allemagne.

Le Pape Lèon> créé par lui, le Sénat, les

priru

et de l'Etat de l'Italie. 203

principaux du peuple , le clergé de Rome , folemnellemcnt affemblés dans St. Jean âe Latran, confirmèrent à l'Empereur le droit de fe choilîr un fucceifeur au roïaume d'Italie, d'établir le Pape & de donner l'inveftiture aux Evèques.

Après tant de traités & de fermens formés par la crainte , il fallait des Empereurs qui demeuraient à Rome pour les faire obferver.

A peine l'Empereur Othon était retourné en Allemagne, que les Romains voulurent être libres. Ils mirent en prifon leur nouveau Pape , créature de l'Empereur. Le Préfet de Rome , les Tribuns, le Sénat, voulurent faire revivre les anciennes loix ; mais ce qui dans un tems eft une entreprifè de héros , devient dans d'autres une révolte de féditieux. Othon revole en Italie, fait pendre une partie du Sénat : & le Préfet de Rome , qui avait voulu être un Brutiis, fut fouette dans les carrefours , promené nud fur un àne, & jette dans un cachot, 01V il mourut de faim.'

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