‹ Collection Complette Des Œuvres de Mr. de VoltaireChapitre 54 sur 80 · DE L'ETAT DE L'EUROPE · texte numérisé non relu

DE L'ETAT DE L'EUROPE

mains > tige de cette naifoi, avait eu en 888* ce petit démembrement du Roïaume de Bour*

gogne.

Les Suiflès & les Grilbns , détachés auffi de ce même roïaume , obenlaient aux 1 faillis que les Empereurs nommaient.

Deux villes maritimes d'Italie commençaient à scie ver, non par ces invafîons fubites qui ont fait les droits de prefque tous les Princes qiû ont parle en revue , mais par une induftrie fago qui dégénéra auffi bien ôt en efprit de conquête. Ces deux villes étaient Gènes & Ventfe.

Gènes célèbre du tems des Romains, regardait Charlemagne comme fon reftaurateur. Cet Empereur Pavait rebâtie quelque tems après que les Goths l'avaient détruite. Gouvernée par des Comtes fous Charlemagne & fas premiers" defeend ns , elle fut faccagée au dixième fiécle par les Mahométaus , & prefque tous fes citoyens furent emmenés en fervitude. Mais comme c'était un port commerçant, elle fut bientôt repeuplée. Le négoce qui l'avait fait fleurir, fervit à la rétablir. Elle devint alors, une rép bliq ne. Elle prit Fifle deCorfe fur les Arabes , qui s'en étaient empares. Les Papes exigèrent un tribut pour cette ifle, non feulement parce qu'ils y avaient porTédé autrefois des patrimoines , mais parce qu'ils lè prétendaient luzerains de tous les Roïaumes conquis fur 1 les infidèles. Les Génois payèrent ce tribut au commencement de i onzième fiécle : mais bientôt après ils. s'en affranchirent fous le Pontificat de Lucius IL Enfin, leur ambition çroiûant ' • . • avec

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avec leurs richefles , de marchands ils voulurent devenir conqu crans.

La ville de Venifè, bien moins ancienne que Gènes , affectait le frivole honneur d'une plus ancienne liberté, & jouiflait de la gloire folide d'une puilîance bien fupérieure. Ce ne fi.it d'abord qu'une retraite de pêcheurs & de quelques fugitifs , qui s'y réfugièrent au commencement du cinquième fiécle , quand les Goths ravagaient l'Italie. Il n'y avait pour toute ville que des cabanes fur le Rialto. Le nom de Venifè n'était point encore connu. Ce Rialto , bien loin d'être libre , fut pendant trente années une iimple bourgade apartenant à la ville de Padoue , qui la gouvernait par des Confuls. La viciiïitudc des chofes a nus depuis Padoue fous le joug de Venife.

Il n'y a aucune preuve que fous les Rois Lombards Venife ait eu une liberté reconnue. Il eft plus vraifemblabîe que fes habitans furent oubliés dans leurs marais.

Le Rialto & les petites ifles voifines ne commencèrent qu'en 709. à fe gouverner par leurs Magiftrats. Ils furent alors indépendans de Padoue , & fe regardèrent comme une République.

C'eft en 709. qu'ils eurent leur premier Doge , qui ne fut qu'un Tribun du peuple élu par des bourgeois. Plufîeurs familles qui donnèrent leur voix à ce premier Doge , fubfiftent encore. Elles font les plus anciens nobles de l'Europe , fans en excepter aucune maifon ; & prouvent que la nobleflè peut s'acquérir autrement qu'en po£

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fédant n château, ou en payant des patentes k un Souverain.

Héraclée fut le premier fiége de cette Republiqi e jufqu'à la mort de.fon troifie ne Doge. Ce ne fut qu vers la fin du neuvième ficelé que ces infulaires , retirés plus avant d ns leurs lagunes , donnèrent à cet aiiembla^e de petites illes qui formèrent une ville , le nom de Venife , du nom de cette côte qu'on appellait terra Vénetorwn. Les habitans de as marais ne pouvaient fubfifter que par leur commerce. La néceiïlté fut l'origine de leur puuTance. Iln'eft pas apurement bien décidé que cette République fût alors indépendante. On voit que Bèrenger , reconnu quelque^ iems Empereur en Italie, accorda Pan 950. au Doge e privilège de battre ,monnpie. Ces Doges même étaient obligés d'envoyer aux Empereurs en redevance un manteau de drap d'or tous les ans : & Othon II L leur remit en 998cette efpèce de petit tribut. Mais ces légères marques de vaflalité n'ôtaient rien à la verita- He puifiance de Venife j car tandis que les Vénitiens payaient un manteau d'étoile d'or aux Empereurs , ils acquirent par leur argent & par leurs armes toute la province d'Ktrie , & preÇ. que toutes les côtes de Dalmatie , Spalatro , Raguze , Narenza. Leur Doge prenait vers le milieu du dixième ficelé le titre de Dite de Dal atie-y mais ces conquêtes enrichiraient moins Venife que le commerce , dans lequel elle furpaûait encore les Génois j car tandis que les Barons d'Allemagne & de France bâliuaient des donjons & opprimaient les peuples,

Venife

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Venife attirait leur argent , en leur fourninant toutes les denrées de l'Orient. La Méditerranée était déjà couverte de leurs vaificaux , & elle s'enrichiiîait de l'ignorance & de la barbarie des Nations feptentrionales de l'Europe.

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