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encore. Ils fc faifaient une guerre continuelle , fe réuniraient pour fe trahir , & s'alliaient fouvent avec les Mufulmans. Alphonfe V. Roi de Léon , ■ donna même l'année iooo. fafœur Tbérêfe en ma; . riage au Sultan Abâala Roi de Tolède.
Les jaloufies produifent plus de crimes entré les petits Princes qu'entre les grands Souverains.
La guerre feule peut décider du fort des vaftes / \
Etats ; mais les furprifès , les perfidies , 'les a£ \ fafllnats, les empoifonnemens font plus corn- ' \\
muns entre des rivaux voiiins , qui ayant beau- \ coup d'ambition & peu de reifources , mettent en œuvre tout ce qui peut fupléer à la force. C'eft ainfi qu'un Sancho Gardas Comte de Caftille empoifonna fa mére à la fin du dixième (iécle , & que fon fils Don Garde fut poignardé par e trois Seigneurs du pais dans le tems qu'il allait fè marier.
Enfin en 103 f. Ferdinand fils de Sanche, Roi de Navarre & d'Arragon , réunit fous fa pui (lance la vieille Caftille , dont fa famille avait hérité par le meurtre de ce Don Garde , & le roïaume I0 3& de Léon , dont il dépouilla fon beaufrere qu'il tua dans une bataille.
Alors la Caftille devint un roïaume , & Léon en fut une province. Ce Ferdinand , non content d'avoir ôté la couronne de Léon & la vie à fon beaufrere , enleva aufïï la Navarre à fon propre frère, qu'il fit affaffiner dans une bataille qu'il lui livra. C'eft ce Ferdinand à qui les Efpagnols ont prodigué le nom de Grand , aparemment pour deshonorer ce titre trop prodigué aux usurpateurs*
Son
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Son pére Don Sanche 9 furnomnié aufîî le Grand , pour avoir fuccédé aux Comtes de CaCtille » & pour avoir marié un de fes El: à 1 Princefle des Afturies , s'était fait proclamer Empereur, & Don Ferdinand voulut auifi prendre ce titre. Il eft fur qu'il n'eft , n'y ne peut être de titre affe&é aux Souverains , que ceux qu'ils veulent prendre , & que l'ufàge leur donne. Le nom d'Empereur fignifiait par-tou l'héritier des Céfars & le maître de l'Empire Romain , ou du moins celui qui prétendait l'être. H n'y a pas d'aparence que cette apellation pût être le titre diftinctif d'un Prince mal affermi s qui gouvernai; la quatrième partie de PElpagne.
L'Lmpereur Henri III. mortifia la fierté CaC. til me, en demandant à Ferabumâ l'hommage de lès petits Etats comme d'un fief de l'Empire. Il eft difficile dédire quelle était la plus mauvaife prétention , celle de l'Empereur Allemand, ou celle de PEfpagnoî. Ces idées vaines n'eurent aucun effet , & l'Etat de Ferdinand refta un petit roïaume libre.
C'eft fous le régne de ce Ferdinand que vivait Rodrigue furnommé le Ci l , qui en ej it époufa depuis Chhmue , dont il avait tué le pére. Tous ceux, qui ne connaiifent cette hiltoire que par la tragédie fi célèbre dans le fiécle pâlie r , croient que le Roi Don Ferdinand pollédaii l'Anda oufie.
Les fameux exploits du Çid fur iit d'abord d'aider Doïl Sanche , fils aîné de Ferdinand, à dépouiller fes frères & fes fœurs de l'héritage que leur avait laifle leur Pére. Mais Don Sanche
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ehe ayant été aflaffiné dans une de ces expéditions injuR-es , fes frères rentrèrent dans leurs X0 W" Etats.
Alors il y eut près de vingt Rois en Efpagne , foit Chrétiens , foit Muîlilmans ; & outre ces vingt Rois un nombre coiùidérable de Seigneurs indépendans , qui venaient à cheval , armés de toutes pièces , & fui vis de quelques Ecuyers , offrir leurs fervices aux Princes ou aux Princefles qui étaient en guerre. Cette coutume , déjà répandue en Europe , ne fut nulle part plus accréditée qu'en Efpagne. Les Princes à qui ces Chevaliers s'engageaient , leur ceignaient le baudrier, & leur faifaient préfent d'une épée, dont ils leur donnaient un coup léger fur l'épaule. Les Chevaliers Chrétiens ajoûtérent d'autres cérémonies à l'accolade. Ils faifaient la veille des armes devant un autel de la Vierge. Les Mufulmans fe contentaient de fe faire ceindre un cimeterre. Ce fut là l'origine des Chevaliers errans , & de tant de combats particuliers. Le plus célèbre fut celui qui le fit après la mort du Roi Don Sanche* alIaUiiie en alîiégeant fa fœur Otiraca dans la ville de Zamore. Trois Chevaliers fotiti tirent l'innocence de l'Infante contre Don Diégue de Lare qui l'aceufait. Ils combattirent l'un après l'autre en champ clos , en préfence des juges nommés de part & d'autre. Don Diégue renverfa & tua deux des Chevaliers de l'Infante ; & le cheval du troifiéme ayant les rênes coupées , & emportant fon maître hors des barrières , le comiat fut jugé indécis.
Parmi
Ifjftj D e V E s p a g n e
Parmi tant d Chevaliers , le Cid fut celui qui fe diftingiu le plus contre les Mufulmans. Plufieurs Chevaliers fe rangèrent fous £ x bannière : & tous enfenible avec leurs Ecuyers & leurs gendarmes compofaient une armée couverte de fer , montée fur les plus beaux chevaux du païs. Le Cid vainquit plus d'un' petit Roi Maure : & s'ét nt enfuite fortifié dans la ville d'Alcafar 5 il s'y form une fouveraineté.
Enfin il perfua 1 a à fon maître Alfonfe VI. Roz de la vieille Caftille , d'afliéger la ville de Tolède, & lut offrit tous fes Chevaliers pour cette entreprife. Le bruit de ce fiége & la réputation du Cid apellerent de l'Italie & de 1 i France beaucoup de Chevaliers & de Princes. Raimond Comte de Toiiloufe, & deux Princes du fmg de France de la branche de Bou gogne , vinrent à ce fiége. Le Roi Mahométan nommé Hiaja * était fils d'un des plus généreux Princes dont l'hiftoire ait confervé le nom. Almamon fort pure avait donné dans Tolède un aille à ce même Roi Alfonfe que fon frère Seiche perfécutait alors. Ils avaient vécu longtems enfemble dans une amitié peu commune ; & Almamon 5 loin de le retenir , quand après la mort de Sanche il devint Roi & par conféquent à craindre , lui avait fait part de fes tréfors. On dit même qu'ils s'étaient féparés en pleurant. Plus d'un Chevalier Mahométan fortit des murs pour reprocher au Roi Alfonfe. ion ingratitude envers fon bienfaiteur ; & il y eut plus d'un combat fingulier fous les murs de Tolède.
Le fiége dura une année. Enfin Tolède capitula %
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pitula , mais à condition que Ton traiterait les Mufiilmaiis comme ils en avaient ufé avec les Chrétiens , qu'on leur bifferait leur Religion & eurs loix : promette qu'on tint d'abord , & que le tems fi violer. Toute . la Caftille neuve fe tendit enfuite au Cid , qui en prit polfeiïion au nom â? Alfonfe - y & Madrid à petite place qui devai un jour être la capitale de i'Efpagne, fut pour ! a première fois au pouvoir des Chrétiens* Piufieurs familles vhurent de France s'établir dans Tolède. On leur donna des privilèges qu'on apeiie même e core en Elpagne franchifes. Le Roi Alfonfe fit aufE-tôt une affembléc d'Evèques , laquelle fans le concours du peuple autrefois néci ilaire 5 élut pour Evêque de Tolède un Prêtre nommé Bernard* . à qui le Pape Grégoire VIL conféra la Primatie d'Efpagne à la prière du Roi. JLa conquête fut prefque toute pou l'E life - y mais le Primat eut l'imprudence d'en abufer , en violant les condi Ions que le Roi avait jurées aux Maures. La grande mot quée devait refter aux Mahométans. L'Arche vêque pendant l'abfence du Roi. , en fit une églife 3 & ex ita contre lui une f'dition. Alfonfe revint à Tolède irrité contre Pindifcrétion du Prélat. Ilapp ii i le foulevement , en rendant la mofquée aux Arabes , & en menaçant de punir l'Archevêque. Il- engagea les Mufulmans à lui demander eux-mêmes la grâce duJPrélat Chrétien 0 & il furent contents & fournis. -,
Alfonfe augmenta encore par un mariage les E ts qu'il gagnait par l'épée du Cid. Sou politique , foit goût , il époufa Zaïd fille de Benadat
. uou-
«2f4 DE l' Espagne nouveau Roi Maure d'A idaloufie , & reçut en ot plufîeurs villes. On lui reproche d'avoir conjointement avec fon beaupére appellé en Elpag d'autres Mahométans d'Afrique. Il eft difficile de croire qu'il ait fait une fi étrange faute contre la politique > mais les Rois le conduifent quelquefois contre la vraifemblance. Quoi qu il en foit , une armée de Maures vient fondre d Afrique en Efpagne, Se augmenter la confufion où tout était alors. Le Miramolin qui régnait à Maroc , envoie fon Général Abértada au fecours du Roi d'Andalo: ie. Ce Général trahit non feulement ce Roi même à qui il était envoyé , mais encore le Mivamolin au nom duquel il venait. Enfin le Miramolin irrité vient lui-même combattre fon Général perfide , qui faiiait la guerre aux autres Mahométans , tandis que les Chrétiens étaient auffi divifés entre eux.
1 L'Efpagne 'tait ainfi déchirée par les Mahométans & les Chrétiens , lorfque le Cid Don Rodrigue à la tète de fa chevalerie fubjugua le roïaume de Valence. Il y avait en Eipagne peu de Rois p us puiflans que lui: mais il n'en prit pas le nom , foit qu'il préférât le titre de Cid , foit que l'efprit de chevalerie le rendit fidèle au Roi Alfonfe fon maître. Cependant il gouverna Valence avec l'autorité d'un Souverain y recevant des Ambalfadeurs , & refpeclé de toutes es Nations. Après fa mort , arrivée l'an 1096. les Rois de Caiiille & d'Arragon continuèrent toujours leurs guerres contre les Maures 5 l'Efpagne ne fut jamais plus fanglante &
plus
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plus défolée. Trifte effet de l'ancienne conlpiration de l'Arche \ èque Opas & du Comte Julien* qui faifait , au bout de 400 ans , & fit encore longtems après, les malheurs de l'Elpagne.