ET DE ROME
JUSQU'A FREDERIC l
CE même Henri V, qui avait détrôné & exhumé fon pére , une bulle du Pape à la main , foûtint les mêmes droits de Henri IV»
contre PEglife , dès qu'il fut maître.
Déjà les Papes {avaient fè faire un apui des Rois de France contre les Empereurs. Les prétentions de la Papauté attaquaient , il eft vrai , tous les Souverains ; mais on ménageait par des négociations ceux qu'on infultait par des bulles. Les Rois de France ne prétendaient rien à Rome. Us étaient voifins & jaloux de l'Allemagne. Us étaient donc les alliés naturels des Papes. AulÏÏ Pafcal IL vint en France , & implora le fecours du Roi Philippe: Tes fucceC leurs enufèrent fou vent de même. Les Domaines que polfédait le St. Siège , le droit qu'il reclamait en vertu des prétendues donations de Pépin & de Charlemagne , la donation réelle de la Comteffe Matilâe, ne foifaient point encor du Pape un Souverain puilfant. Toutes ces terres étaient ou conteftées ou pofTédécs par d'autres. L'Empereur foûtenait, non fans raifon,
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que les Etats de Matilde lut' devaient revenir comme un fief de l'Empire ; ainfi les Papes combattaient pour le ipirituei & pour le temporel.
H 07. Pafcal IL n'obtint du Roi Philippe que la permiffion de tenir un Concile à Troye. Le gouvernement était trop faible , trop divifé pour lui donner des troupes.
Henri V. ayant terminé par des traités une * guerre de peu de durée contre la Pologne 3 fut tellement intérefTer les Princes de l'Empire à foutenir fes droits , que ces mêmes Princes qui . avaient aidé à détrôner fon pére en vertu des bulles des Papes, fe réunirent avec lui pour faire annuller dans Rome ces mêmes bulles.
M* 1 » Il defcend donc des Alpes avec une armée * & Rome fut encore teinte de fang ponr cette querelle de la crone & de l'anneau. Les traités, les parjures , les excommunications & les meurtres fe fuivirent avec rapidité. Pafcal IL ayant Iblemnellement rendu les inveftitures avec ferment fur l'Evangile , fit annuller fon ferment par les Cardinaux ; nouvelle manière de manquer à fa parole. Il fe lahTa traiter de lâche & de prévaricateur en plein Concile, afin d'être forcé à reprendre ce qu'il avait donné. Alors nouvelle irruption de l'Empereur à Rome ; car prefque jamais ces Cèfars n'y allèrent que pour des querelles eccléfiaftiques , dont la plus grande était le couronnement. Enfin après avoir créé , dépofé , chafTé , rapellé des Papes , Hen~ ri V. auiîi fouvent excommunié que fon pére, & inquiété comme lui par fes grands valfaux d'Allemagne, fut obligé de terminer la guerre
des
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des inveftitures , en renonçant à cette crofle& II * t * à cet anneau. II. fit plus 5 il fc défifta folemnellement du droit que s'étaient attribué les Empereurs ainfï que les Rois de Franoe, de nommer aux Evèchés, ou d'interpofer tellement leur autorité dans les élections , qu'ils en étaient abfolument les maîtres.
Il fut donc décidé dans un Concile tenu à Rome, que les Rois ne donneraient plus aux bénéficiera canoniquement élus les inveftitures par un bâton recourbé , mais par une baguette. L'Empereur ratifia en Allemagne les décrets de ce Concile : ainfi finit cette guerre fanglante & abfurde. Mais le Concile , en décidant avec tant de mefures, avec quelle efpèce de bâton on donnerait les Evèchés , fe garda bien d'entamer la queftion, fi l'Empereur devait confirmer l'élection du Pape ? Si le Pape était Ton vaflal? Si tous les biens de la ComtefTe Matilde apartenaient à PEglife ou à l'Empire? Il femblait qu'on tint en réferve ces alimens d'une guerre nouvelle.
Après la mort de Henri V. qui ne lama point m fi d'enfans, l'Empire toujours électif, eu: conféré par dix Electeurs à un Prince de la maifon de Saxe : c'eft Lothaire IL II y avait bien moins d'intrigues & de difeorde pour le Trône Impérial que pour la Chaire Pontificale j car quoiqu'en 1059. un Concile tenu par Nicolas IL eût ordonné que le Pape ferait élu par les Cardinaux Evèques , nulle forme, nulle régie certaine n'était encore introduite dans les élections. Ce vice e£ fentiel du gouvernement avait pour origine une
inlfo
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inftitution refpedable. Les premiers Chrétiens tous égaux & tous obfcurs liés enfemble par la crainte commune des Magiftrats , gouvernaient lècrètement leur fociété pauvre & fainte à la pluralité des voix. Les richelîes ayant pris depuis la place de l'indigence , il ne refta de la primitive Eglife que cette liberté populaire devenue quelquefois licence. Les Cardinaux , Evêques , Prêtres & Clercs qui formaient le confeil des Papes , avaient une grande part à 1'éleétion ; mais le refte du Clergé voulait jouir de fon ancien droit; le peuple croyait fon fliffrage néceflaire ,* & toutes ces voix réunies n'étaient rien au jugement des Empereurs, fcijo. Pierre de Léon, petit-fils d'un Juif très-opulent, fut élu par une faction. Innocent IL le fut par une autre. -Ce fut encore une guerre civile. Le fils du Juif, comme le plus riche, refta maître de Rome , & fut protégé par Roger Roi de Sicile , ( comme nous l'avons vu au Chapitre trente-unième -, ) l'autre, plus habile & plus heureux , fut reconnu en France & en Allemagne.'
C'eft ici un trait d'hiftoire qu'il ne faut pas négliger. Cet Innocent II. pour avoir le fuffrage de l'Empereur, lui cède, à lui & à fes enfans , l'ufufruit de tous les domaines de la Corntelfe Maùlde, par un adte daté du 13. Juin Il 3 3. Enfin celui qu'on apellait le Pape Juif étant mort, après avoir fiége huit ans, Innocent IL fut poffefleur paifible ; & il y eut quelques années de trêve entre l'Empire & le Sacerdoce. L'entoufiafme des Croifades, qui
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était alors dans fa .force , entraînait ailleurs les efprits.
Mais Rome ne fut pas tranquile. L'ancien amour de la liberté rcproduilàit de tems en tems quelques racines. Pluileurs villes d'Italie avaient profité de ces troubles pour fe mettre en Républiques , comme Florence, Sienne, Bologne, Milan, Pavie. On avait les grands exemples de Gènes , de V enifc , de Pife ; & Rom? fe fouve- 1 : r nait d'avoir été la ville des Scipions. Le peuple rétablit une ombre de Sénat , que les Cardinaux avaient aboli. On créa un Patrice au lieu de deux Confuls. Le nouveau Sénat lignifia ati Pape Luans IL que la Souveraineté rélldait dans le 114 * Peuple Romain, & que FEvèque ne devait avoir foin que de L'Eglife.
Ces Sénateurs s'étant retranchés au Capitolc, le Pape Litchis les afficgea en perfonne. Il y reçut un coup de pierre à la tète, & en mourut quelques jours après.
En ce tems Arnaud de Brefda, un de ces hommes à entoujlafme , dangereux aux autres & à eux-mêmes , prêchait de ville en ville contre les richeiles immenfes des eccléiïaltiques & contre leur luxe. Il vint à Rome, où il trduya les elprits difpofés à l'entendre. Il fe flattait de réformer les Papes , & de contribuer à rendre Rome libre. Eitgàie III. auparavant moine à Citcaux & à Clervaux, était alors Pontife. St.
Bernard lui écrivait: „ gardez - vous des Romains: 5) ils font odieux au ciel & à la terre, im- „ pies envers Dieu , féditieux entre eux : ja- „ loux de leurs voiiins , cruels envers les étrangers:
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„ gcrs : ils n'aiment perfonne., & ne font aimes „ de perfonne ; & voulant fe faire craindre de „tous, ils craignent tout le monde, &c. „ Si on comparait ces antithéfes de St. Bernard avec la vie de tant de Papes , on excuferait un peuple qui portant le nom de Romain , cherchait à n'avoir point de maître.
Le Pape Eugène III. lut ramener ce peuple, iin«accoutumÊ à tous les jougs. Le Sénat fubîïlta encore quelques années. Mais Arnaud de Bre~ feia pour fruit de fes fermons , fut brûlé à Rome fous Adrien IV. Deftinée ordinaire des réformateurs qui ont plus d'indiferétion que de puiflance.
Je crois devoir obferver que cet Adrien IV.
né Anglais, était parvenu à ce faite des grandeurs du plus vil état où les hommes puiifent naître. Fils d'un mendiant, & mendiant luimême , errant de pais en pais avant de pouvoir être reçu valet chez des moines de Valence en Dauphiné , il était enfin devenu Pape.
On n'a jamais que les fentimens de fa fortune prélente. Adrien IV. eut d'autant plus d'élévation dans l'efprit, qu'il était parvenu d'un état plus abjed. L'Eglife Romaine a toujours eu cet avantage de pouvoir donner au mérite ce qu'ailleurs on donne à la naiffance : & on peut même remarquer que parmi les Papes ceux qui ont montré le plus de hauteur , font ceux qui naquirent dans la condition la plus vile. Aujourdhui en Allemagne il y a des couvents où l'on ne reçoit que des nobles. L'efprit de Rome a plus de grandeur & moins de vanité.
CHA
CHAPIÏ. ÏRENÏE-HUÏÏIEME.