‹ Collection Complette Des Œuvres de Mr. de VoltaireChapitre 66 sur 80 · AU TEMPS DES CROISADES · texte numérisé non relu

AU TEMPS DES CROISADES

Diogêne prcfque tout ce qui reftait vers l'Orient, excepté la province de Pont ; & cette province, qu'on apelle aujourdhui Turcomanie, tomba bientôt après fous le pouvoir du Turc Soliman , qui Maitre de la plus grande partie de l'Afie mineure , établit le fiége de fa domination à Nicée , 5c menaçait de - là Conftantinople au rems où commencèrent les croifades.

L'Empire Grec était donc borné alors pre£ qu'à la ville Impériale , du côté des Turcs > mais il s'étendait dans toute la Grèce , la Macédoine, PEpire, la Theifalie, la Thrace , l'Illyrie , & avait même encore Pille de Candie. Les guerres continuelles, quoique toujours malheureufes contre les Turcs , entretenaient un relie do courage. Tous les riches Chrétiens d'Afie, qui n'avaient pas voulu fubir le joug Mahométan, s'étaient retirés dans la ville Impériale , qui par-là même s'enrichit des dépouilles des Provinces. Enfin malgré tant de pertes, malgré les crimes & les révolutions du palais, cette ville, à-lavérité déchue, mais immenfe, peuplée, opulente & refpirant les délices , fe regardait comme la première du monde. Les habitans s'apellaient Romains & non Grecs. Leur Etat était l'Empire Romain : & les Peuples d'Occident , qu'ils nommaient Latins, n'étaient à leurs yeux que des Barbares révoltés.

La Paleftine n'était que ce qu'elle eft aujourdhui, le plus mauvais pais de tous ceux qui font habités dans PAlîe. Cette petite province eft dans fa longucurd'environ quarante-cinq lieues , & de H. G. Tom, L Y trente

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trente à trente - cinq en largeur. Elle eft couverte prefque par-tout de rochers arides, fur lefqnels il n'y a pas une ligue de terre. Si cette petite province était cultivée, on pourrait la comparer à la Suiiie. t La rivière du Jourdain, large d'environ cinquante pieds dans le milieu de fou cours , reliemble a la rivière d'Aar chez les Sunfesj qui coule dans une vallée moins itériie que le rehre. La mer de Tibériade peuc être comparée au lac de Gc- / néve. Cependant les voy. geurs qui ont bien examiné la Suide & la Paieitinc, donnent tous la préférence à la Suiiiè. Il elfc vraifemblable que la Judée fut plus cultivée autrefois quand elle était poffédée par les Juifs. Ils avaient été forcés de porter un peu de terre fur les rochers pour y planter des vignes. Ce peu de terre, liée avec les éclats des rochers, étaient foûtenus par de petits murs dont on voit encore des réf. tes de diftanec en diftance.

La Paleltine , malgré tous ces eiforts , n'eut jamais de quoi nourrir fes habitans; & de même que les treize Cantons envoient le fuperflu de leurs oeuples fervir dans les armées des Princes qui peuvent les payer, les Juifs allaient faire le métier de courtiers en A fie & en Afrique. A reine Alexandrie était -elle bâtie, qu'ils s'y étaient établis. Les Juifs commerçans n'habitaient guères Jérufalem ; & je doute que dans le tems le plus notifiant de ce petit Etat, il v ait jamais eu des hommes auiïï opulcns que le font aujounlhui plulieurs Hébreux d'Amlterdam & de la Haye.

Lor£

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