CROISADES
■ ^ Empires. Le Mahométifme florilfait , & l'Empire des Califes était détruit par la nation des Turcomâns. On le fatigue à rechercher l'origine de ces Turcs. Elle ell la même que celle de tous
durent toujours plus que les
les
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les peuples conquérans. Ils ont tous été d'abord des fauvages , vivant de rapine. Les Turcs habitaient autrefois au-delà du Taurus & de L'Immaus & bien loin, dit-on, de PAraxe. Ils étaient compris parmi ces Tartares que l'antiquité nommait Scithes. Ce grand continent de la Tartarie , bien plus valte que l'Europe , n'a jamais été habité que par des Barbares. Leurs antiquités ne méritent guères mieux une hiltoire fuivie que les loups & les tigres de leur pais. Ils fe répandirent vers le onzième fiécle du côté de* la Mofcovie. Ils inondèrent les bords de la mer Noire & ceux de la mer Cafpienne. Les Arabes fous les premiers fucceifeurs de Mahomet avaient fournis prcfque toute l'Afie mineure , la Syrie & la Perfe :
les Turcomaivs vinrent enfin qui fournirent les Arabes.
Un Calife de la dinaftie des Abaflides , nommé Motajfem , fils du grand Almamon , & petitfils du célèbre Aarou Ruchild, protecteur comme eux de tous les arts , contemporain de nôtre Louis le débonnaire on le faible , pofa les premières pierres de l'édifice fous lequel fes fucceffeurs furent enfin écrafés. Il fit venir une mince de Turcs pour fa garde. Il n'y a jamais eu un plus grand exemple du danger des troupes étrangères. Cinq à flx cent Turcs à la folde de Motajfem font l'origine de la puiflance Ottomane , qui a tout englouti , de l'Euphrate julqu'au bout de la Grèce, & a de nos. jours mis le lîcge devant Vienne. Cette milice Turque augmentée avec le tems devint funefte à fes maîtres. De nouveaux Turcs arrivent t qui profitè-
f rent
AU TEMS DES CROISADES. 33f
rent des guerres civiles excitées pour le Califat. Les Califes Abaifides de Bagdad perdirent bientôt la Syrie , l'Egypte , l'Afrique , que les Califes Fatimites leur enlevèrent. Les Turcs dépouillèrent & Fatimites & Abailides.
Togrul Beg , ou Ortogrttl Beg , de qui on fait defeendre la race des Ottomans , entra dans Bagdat , à peu près comme tant d'Empereurs font entrés dans Rome. Il fe rendit maître de la ville j & du Calife , en fc profternant à fes pieds. Ortogrul conduifit le Calife Caiem à fon palais en tenant la bride de fa mule ; mais plus habile ou plus heureux que les Empereurs Allemands ne l'ont été dans Rome , il établit fa pui£ Tance , & ne laifla au Calife que le foin de commencer le vendredi les prières à la mofquée , & l'honneur d'inveftir de leurs Etats tous les tirans Mahométans qui fe faifaient Souverains.
Il faut fe fouvenir que comme ces Turcomans imitaient les Francs , les Normands & les Goths dans leurs irruptions , ils les imitaient aufli en fe foumettant aux loix , aux mœurs & à la Religion des vaincus. C'eft ainfi que d'autres Tartares en ontufé avec les Chinois ; & c'eft l'avantage que tout peuple policé , .quoique le plus faible, doit avoir fur le barbare, quoique le plus fort.
Ainfi les Califes n'étaient plus que les chefs
fous
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f >us les Rois Lombards. Je ne compare point fans doute le trône de Terreur à celui de la vérité. Je compare les révolutions. Je remarque que les Califes ont été les plus puiifants Souverains de l'Orient, tandis que les Pontifes de Rome n'étaient rien. Le Califat cil tombé fans -retour j & les Papes font peu à peu devenus de grands Souverains , affermis , rcfpc&és de leurs voifms , & qui ont fait de Rome la plus belle Ville de la terre.
11 y avait donc au tems de la première croifade un Calife à Bagdat qui donnait des inveftitùres , & un Sultan Turc qui régnait. Plufieurs autres ufurpatcurs Turcs & quelques Arabes , étaient cantonnés en Perfe , dans l'Arabie , dans 1'Afie mineure. Tout était divifé , & c'eft ce qui pouvait rendre les croifades heureufes. Mais tout était armé , & ces peuples devaient combattre fur leur terrain avec un grand avantage.
L'Empire de Conttantinople fe foûtenait : tous fes Princes n'avaient pas été indignes de régner. Conftantin Porphirogénéte , fils de Léon le philofophe , & philofophe lui-même , fit renaître, comme fon pére , des tems heureux. Si le gouvernement tomba dans le mépris fous Romain fils de Conftantin , il devint refpcclable aux Nations fous Nicèplwe Phocas , .qui avait repris Candie en 961. avant d'être Empereur. Si Jean Zimijcès alfallina ce Nicéphore , & fouilla de fang le Palais , s'il joignit l'hipocrifie à fes crimes , il fut d'ailleurs le défenfeur de l'Empire contre les Turcs & les Bulgares. Mais fous Michel Paphlagonate on avait perdu la Sicile : fous Romain
Diogé-